mercredi 15 mai 2013

Cannes... à distance

Nous y sommes: aujourd'hui s'ouvre enfin la 66ème édition du Festival de Cannes. Je vous ai déjà dit que Steven Spielberg avait été désigné président du jury pour la sélection officielle en lice pour la Palme d'or. J'évoquerai demain les huit personnalités qui feront avec lui ce choix difficile. Il y a du beau monde ! Tout cela nous annonce un Festival franchement prometteur jusqu'au dimanche de la semaine prochaine.

Déjà présente l'an passé pour remettre la Palme, Audrey Tautou revient cette fois animer les cérémonies d'ouverture et de clôture. Pour ma part, j'ai choisi de suivre Cannes... à distance. J'ai voulu vous proposer un suivi quasi-quotidien du déroulé du Festival. L'idée est d'en reparler à peu près un jour sur deux jusqu'à sa conclusion. Mes billets cannois complèteront le fil habituel de mes chroniques.

La succession de Michael Haneke est donc ouverte. J'ai préféré aujourd'hui rester muet sur les films engagés dans la compétition, mais je note tout de même la présence importante du cinéma français. Palme d'or et Grand Prix confondus, notre pays est reparti onze fois vainqueur sur la Croisette, à égalité avec l'Italie, dix rangs derrière les États-Unis. Il est grand temps de remonter les marches !

lundi 13 mai 2013

Sac de noeuds

Après le second film d'un réalisateur prometteur, je me propose aujourd'hui de vous parler du premier long-métrage d'un cinéaste confirmé. Quand j'ai découvert Following (le suiveur), je considérais Christopher Nolan comme un artiste surestimé. Je n'avais apprécié son travail qu'à de rares occasions, alors que plusieurs de mes amis voient en lui l'un des meilleurs metteurs en scène de sa génération. Au bénéfice du doute persistant, j'ai tout de même voulu lui donner une autre chance. J'ai bien fait: son tout premier opus m'a satisfait.

Following (le suiveur) est de fait pour Christopher Nolan une oeuvre très personnelle. Il est ici scénariste, producteur et réalisateur. L'intrigue du film tourne autour de Bill, qui s'imagine dans les habits d'un écrivain et qui, pour trouver l'inspiration d'un possible roman, prend l'habitude de suivre les gens dans la rue. Sa démarche s'arrête souvent à la porte du domicile de ses "cibles": Bill ne fait rien d'autre qu'observer, même si, insidieusement, il commence en fait à prendre du plaisir à espionner autrui. C'est à cet instant précis que le scénario connaît un premier rebondissement. Repéré, le mateur se retrouve coincé en position inverse, obligé de rendre des comptes à sa victime supposée. Laquelle, plus maligne qu'il n'y paraît, l'entraîne aussitôt dans une série de cambriolages. À vous de découvrir la suite...

Un peu comme chez Hitchcock, on trouvera aussi ici une femme fatale, à tous les sens du mot. Le montage du film brouille les repères et en complique la perception: c'est bien tout l'intérêt de la chose. L'autre bon côté du film, c'est qu'il est court, moins d'une heure vingt générique compris. Le sac de noeuds compte plusieurs boucles successives, mais tout finit par s'éclairer dans les derniers instants. Croyez-moi: sans être génial, ce dénouement reste machiavélique. Christopher Nolan s'y entend suffisamment pour semer en chemin quelques fausses pistes qui ne pourront que ravir ceux qui prisent particulièrement les retournements de dernière minute. Construit patiemment sur des bases improbables, Following (le suiveur) retombe finalement sur ses pattes et ça peut faire très mal ! J'espère désormais, s'écartant de la voie toute tracée des blockbusters hollywoodiens de série, Nolan retrouve son flegme anglais originel pour nous offrir d'autres perles noires de ce genre. Wait and see.

Following (le suiveur)
Film britannique de Christopher Nolan (1999)

Grâce à des acteurs méconnus et à cause d'une image noire et blanc un peu abimée, le film fleure bon l'amateurisme - je le dis clairement avec respect et sympathie: il faut débuter un jour et d'autres l'ont fait avec moins de talent. J'insiste sur un point: je préfère ce "petit" film à d'autres du même auteur, Inception ou The dark knight rises. Avant ses prochaines propositions, il me faut découvrir Memento.

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À lire également sur le Net...

L'analyse comparative de mes amis de "L'oeil sur l'écran".

samedi 11 mai 2013

Chronique terrienne

Le fait que Tom Cruise soit scientologue n'a jamais, je crois, altéré l'idée que je pouvais me faire de ses films. Il me semble que j'ai toujours abordé son travail sans tenir compte de son idéologie, même si, bien sûr, l'image que je m'en fais n'est pas spécialement bonne. C'est en tout cas sans trop penser à cet aspect particulier que je suis allé voir Oblivion, le dernier film de la "star" hollywoodienne. Je veux ici saluer mon ami Jean-Michel, qui m'a motivé pour cette séance cinéma. Sans lui, j'aurais pu laisser de côté cet honnête blockbuster.

Je l'ai déjà dit: j'ai souvent des difficultés à aimer la science-fiction. Cela dit, plus je découvre des oeuvres futuristes, plus je m'aperçois que ce genre peut me plaire et confirme un critère d'appréciation établi en quelques occasions: il faut que, du futur fantasmé, je puisse tirer une impression pour le temps présent. Je reste trop cartésien pour perdre tous mes repères temporels, je crois. Bref: Oblivion m'a bien plu parce qu'il repose sur une situation que j'ai très vite admise. Sur une Terre ravagée par une guerre nucléaire et désormais désertée par les humains, un homme et une femme assurent la surveillance technique de stations énergétiques alimentant une station orbitale. Tom Cruise est Jack Harper, ouvrier spécialisé dans la maintenance de drones censés détecter et éliminer les dernières formes de vie extra-terrestres menaçant ce qui, sur Terre, sert encore à la survie de l'humanité. Il assume sa mission en toute efficacité et se contente finalement du bonheur de pouvoir rester sur sa planète natale. Jusqu'à un jour donné, où cette agréable routine se trouve enrayée...

Oblivion pose quelques vraiment questions passionnantes. Il s'écarte franchement de ces films d'action bruts de décoffrage, où le scénario se résume trop souvent à un duel du bien contre le mal. Je dis bravo au réalisateur Joseph Kosinski, qui signe ici l'adaptation au cinéma d'une histoire qu'il a lui-même écrite. Si sa conclusion manque un peu de noirceur à mon goût, je ne veux surtout pas oublier l'intelligence des thèmes abordés et la qualité d'écriture de l'ensemble. Il y a quelque chose d'incarné dans cette aventure, je trouve, et ça m'a fait plaisir de le ressentir sur grand écran. Le long-métrage dure un peu plus de deux heures et rebondit assez souvent pour éviter les temps morts. Il faut dire aussi qu'il est éblouissant sur le plan graphique ! Volontairement, j'ai choisi de ne pas trop en montrer pour préserver vos mirettes: amateurs du genre, vous allez en prendre plein la vue ! Avec ça, les acteurs passent rapidement à l'arrière-plan, Tom Cruise et Morgan Freeman compris. Il faut dire que la jolie Olga Kurylenko n'arrive pas à dégager grand-chose niveau émotion. J'ai trouvé nettement plus touchante la prestation d'une comédienne que j'ai d'ailleurs découverte à l'occasion: la Britannique Andrea Riseborough. Même s'il s'avère plus développé et donc peut-être un peu plus simple à jouer, cette autre "bombe" étaye son personnage de son charisme.

Oblivion
Film américain de Joseph Kosinski (2013)

J'ai découvert le cinéaste avec Tron l'héritage, remake du classique des années 80. J'ai donc vu toute sa filmographie à ce jour. Il est parvenu à m'intéresser à son travail grâce à l'extrême qualité graphique de ses oeuvres. Je crois savoir que désormais, il planche sur une suite à la saga Tron - et il est ma foi possible que j'y revienne quand j'aurai plus d'infos. J'espère qu'il se montrera ensuite capable de franchir un cap au niveau des scénarios. Bons débuts, à suivre...

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Et maintenant, pour aller dans l'autre sens...

Vous pouvez lire la chronique de Pascale ("Sur la route du cinéma").

jeudi 9 mai 2013

Un idéal mafieux ?

"Autant que je me souvienne, j'ai toujours rêvé d'être gangster". Martin Scorsese donne le ton dès le début: plus qu'un simple film supplémentaire sur la mafia, Les affranchis est d'abord le long récit d'une vie, celle d'Henry Hill, gamin devenu délinquant dans l'Amérique des années 50, 60 et 70. J'ai découvert cette fresque très récemment et j'ai pris un plaisir faussement coupable à m'en délecter. C'est typiquement le genre de films qui fonctionne à merveille avec moi comme public: une belle reconstitution et un scénario assez haletant pour rester scotché à l'écran près de deux heures et demie. Le cinéma américain s'exprime dans toute sa grandiloquence: je n'en perds rien !

Henry Hill est donc un ado des quartiers populaires de l'Amérique d'après-guerre. Fasciné par les bandits, il n'a qu'à traverser la rue pour leur proposer ses services et, parce qu'il ne dénonce personne quand il est arrêté, il gagne rapidement les faveurs du chef de clan. C'est pour lui l'occasion de "faire carrière" aux côtés d'un truand confirmé, Jimmy Conway, et d'un malfrat de son âge, Tommy DeVito. Les affranchis tourne autour du trio, avec d'autant plus d'efficacité que les rôles sont confiés à Ray Liotta, Robert DeNiro et Joe Pesci. Têtes d'affiche, les trois acteurs brillent chacun dans son domaine: Liotta en petite frappe trop vite montée en graine, DeNiro en leader charismatique au regard chargé de menaces, et Pesci en tueur psychopathe, prêt à faire parler la poudre à la moindre contrariété. N'oublions toutefois pas la qualité des personnages secondaires, chef mafieux et épouse-complice, dont Paul Sorvino et Lorraine Bracco assument parfaitement l'ambiguïté. Une distribution en or 24 carats.

Il arrive que l'on reproche à Martin Scorsese de ne pas prêter assez d'attention aux détails. Y aurais-je pris garde si je ne l'avais pas su ? Quelques faux raccords un peu gênants "polluent" l'image de son film. Retenir cet aspect des choses et négliger le reste serait dommage. Objectivement, le maître américain sait composer des plans remarquables: Les affranchis en contient quelques-uns capables d'accrocher la rétine des cinéphiles. Je pense à ces longues séquences intérieures et par exemple à cette entrée dans un cabaret par la porte des cuisines, le couple amoureux du criminel et de sa fiancée traversant tout l'établissement avant qu'une table leur soit octroyée au premier rang de la salle de spectacle. Ce que le film a de grand, c'est aussi qu'il élude quelques scènes d'action pour se concentrer alors sur l'intimité de ses personnages - mention pour un repas improvisé entre les trois mafiosi et la vieille mère de l'un d'entre eux, alors qu'un quatrième larron agonise dans le coffre de la voiture. D'autres scènes en prison sont aussi tout à fait remarquables: le clan y règne toujours en monarque absolu. Sur le plan formel, vous noterez qu'inspiré d'une histoire vraie, le long-métage est porté par une bande originale aux petits oignons. Et jamais au détriment des dialogues !

Les affranchis
Film américain de Martin Scorsese (1990)
Il me restera à voir Il était une fois en Amérique de Sergio Leone. Peut-être aussi Scarface de Brian DePalma. Mon petit tour d'horizon des gangsters du septième art est loin d'être terminé. Au film d'aujourd'hui, je préfère cela dit Le parrain de Francis Ford Coppola. Peut-être parce qu'il vient avant dans la chronologie du cinéma mondial. Peut-être aussi parce que Marlon Brando en fait foncièrement un film "à part". En attendant d'aller plus loin, je dirais enfin que connaître l'un ne doit pas vous décourager de voir l'autre.

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En guise de tout petit complément...
Vous pouvez lire l'avis des rédacteurs de "L'oeil sur l'écran".

mardi 7 mai 2013

Fuite en avant

Autant, il y a quelques jours, je voulais parler d'autre chose, autant, cette fois, j'avais envie de retrouver Steven Spielberg. Nous sommes désormais à huit jours de la date où il ouvrira le Festival de Cannes comme président du jury. Je me suis dit que c'était l'occasion d'évoquer la seule de ses oeuvres récompensées sur la Croisette. Sugarland express a reçu le Prix du scénario en 1974. C'est également sa toute première réalisation pour le cinéma, sortie l'année de ma naissance et que j'ai eu plaisir à découvrir très récemment.

Ce scénario s'articule autour de Goldie Hawn. Oscarisée quatre ans auparavant, la comédienne est Lou Jean Poplin, une jeune femme tout juste sortie de prison après une bêtise sans grande importance. Sa première action: faire évader Clovis, son mari, et filer immédiatement chercher son bébé, confié à une famille d'accueil. L'action du film démarre quand le couple parvient à fausser compagnie aux gardiens du mari. J'ajoute ce que vous avez probablement déjà compris: Sugarland express est un road movie. L'occasion pour Steven Spielberg de nous montrer un visage populaire et rural de l'Amérique: c'est très probablement aussi la motivation artistique et humaine du jeune cinéaste, 28 ans à peine quand le film apparaît sur les écrans. Un voyage très agréable, une fuite en avant vers ce que l'héroïne pense être la normalité retrouvée. Oui, mais...

Pour ses grands débuts au cinéma, Steven Spielberg choisit d'illustrer une histoire vraie. Hal Barwood et Matthew Robbins sont co-crédités pour le scénario. Même si l'intrigue proprement dite peut apparaître assez peu originale, le traitement, pour sa part, lui donne une allure assez inédite. Ainsi, c'est par exemple immédiatement après avoir fui que les évadés sont pris en chasse par la police - et des quantités industrielles de véhicules. L'otage qu'ils ont pu prendre sur la route est lui-même le tout premier policier chargé de les appréhender. Sugarland express ne propose pas un suspense ordinaire: la tension ne tient pas tant à la manière dont Lou Jean et Clovis échapperont aux autorités qu'à ce qu'ils finiront par trouver au bout du chemin. Avec beaucoup d'empathie et quelques plans somptueux, ce récit d'abord anecdotique finit par émouvoir. 1974: un réalisateur est né.

Sugarland express
Film américain de Steven Spielberg (1974)

Mon envie de (re)découvrir tous les films du cinéaste grandit encore quand j'appréhende ses premières perles. Cette fois, j'ai ressenti beaucoup de plaisir, sans doute même plus encore que devant Duel, long-métrage sensiblement plus âpre. J'ose même une comparaison avec deux autres road movies: Thelma et Louise (Ridley Scott - 1991) et Un monde parfait (Clint Eastwood - 1993). J'ai un souvenir si ému de ces deux films que j'ai bien l'intention d'y revenir un jour prochain.

lundi 6 mai 2013

Une histoire de folle

J'adore les sushis, moi aussi. Je ne me trouve pas d'autre point commun avec Chouchou, le personnage qu'interprète Gad Elmaleh dans le film éponyme. Dix ans sont passés depuis sa sortie et, curieusement, le voir aujourd'hui fait aussitôt penser à  l'actualité récente. Il y est en effet question d'un homosexuel tendance travesti. Choukri - c'est son vrai prénom - débarque un jour en banlieue parisienne et, bien que maghrébin, se fait passer pour un réfugié politique chilien. Un prêtre feint d'oublier que la dictature est tombée et lui accorde l'asile. C'est le début d'un conte de fées moderne...

Le saviez-vous ? La différence ne fait pas peur et les gentils finissent toujours par être heureux. Pour la blague, on repassera. Exception faite de quelques situations décalées, Chouchou n'est vraiment drôle que par intermittences. Il faut dire que le film s'inspire directement d'un personnage créé par Gad Elmaleh... sur scène. Passer du sketch au long-métrage n'est pas une science facile - d'autres s'y sont cassé les dents. Cette fois, le résultat paraît probant quand d'autres acteurs expérimentés (Claude Brasseur, Catherine Frot ou Roschdy Zem) interviennent. Mais, même avec l'ami Alain Chabat, l'ensemble peine plutôt à décoller. Il faudra donc se contenter de quelques scénettes farfelues et, évidemment, de l'abattage comique du comédien principal. Au-delà du jeu, l'important est dans le verbe, avec des mots déformés en veux-tu en voilà. Parfois, ça reste assez bien trouvé.

Sur le plan de la mise en scène, en revanche, le long-métrage n'invente rien de particulier. La grande linéarité du scénario n'incite guère à la débauche d'effets, c'est vrai, mais le traitement formel semble moins extravagant que les personnages. Bilan: sans m'ennuyer franchement, j'ai regardé ce film d'un oeil paresseux. Inutile d'attendre quelque message subversif: tout du long, le ton employé reste au contraire très sage, presque consensuel. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil... ou presque. Pas exempt d'ailleurs de clichés, Chouchou se répète beaucoup, demeure terre-à-terre et, à de nombreuses reprises, frôle la caricature. Y avait-il mieux à dire ? Peut-être, mais je ne sais pas comment. Il est vrai que la comédie est un genre compliqué. Je l'aime en fait un tantinet plus vacharde.

Chouchou
Film français de Merzak Allouache (2003)
Ce qui sauve le film à mes yeux, c'est sa probable sincérité. Loin d'asséner un message militant, on sent que les protagonistes ont voulu dédramatiser des situations finalement assez banales. On reste toutefois loin de la drôlerie de La cage aux folles, mais c'est vrai qu'on passe difficilement après le formidable tandem Serrault/Poiré. D'autres films ont bien sûr abordé la question du travestissement. J'en retiens et cite deux, vraies merveilles de cinéma, classiques d'entre les classiques: Certains l'aiment chaud et Victor Victoria.

dimanche 5 mai 2013

L'envie d'accélérer

J'ai pris mon élan. La question qui demeure serait: tiendrai-je maintenant la distance ? On verra bien. J'ai toutefois bien l'intention d'aller un peu plus vite dans la parution de mes chroniques. L'ouverture dans dix jours du Festival de Cannes m'a donné l'envie d'accélérer le rythme. Je vais le faire clairement pendant les dix jours de la Croisette, mais vous le constaterez sûrement le moment venu.

Ouvert de nouveau à de possibles collaborations, ce blog doit évoluer. J'ai en tout cas souvent essayé d'y introduire de petites nouveautés pour rafraîchir ma ligne éditoriale faite de respect et de remarques aptes, j'espère, à transmettre un peu de mon amour du cinéma. Plaisir, émotion, partage: je vise toujours des lecteurs très différents les uns des autres dans leur approche du septième art. Pas question d'être snob ou bien élitiste. Ni de verser dans la critique (trop) facile.

D'ailleurs, l'illustration de cette chronique s'appuie sur cette volonté. J'en profite donc pour saluer Warner et MGM, les studios américains qui ont inventé les Toons, Roadrunner, Vil Coyote et tous les autres. Historiquement, pour moi aussi, ces personnages se rattachent clairement au cinéma. Je les ai découverts encore enfant. Le dessin animé était alors la dernière chose que je pouvais regarder à la télé entre le western de La dernière séance et l'heure d'aller me coucher. Souvenir, nostalgie... et source d'inspiration ! Vous avez dit bip-bip ?

vendredi 3 mai 2013

La femme trompée

J'aborde enfin le cinéma de Lou Ye. À deux reprises, j'avais manqué un rendez-vous avec le cinéaste chinois. Pourquoi m'intéressait-il ? Parce que je savais qu'il avait été interdit de tournage dans son pays pendant cinq ans. C'était, je crois, après avoir abordé la question taboue de l'homosexualité dans son Nuits d'ivresse printanière. J'avais aussi été attiré par Love and bruises, son oeuvre dans Paris, avec Tahar Rahim dans le premier rôle masculin. C'est finalement avec Mystery, son septième film, que j'ai découvert le réalisateur. Maintenant, de là à dire que je le connais... n'exagérons rien.

Mystery tourne autour d'une jeune femme trompée par son mari. C'est en écoutant les confidences d'une de ses amies que Lu Jie découvre cet adultère. Dévastée et honteuse, elle ne réagit pas aussitôt et continue de vivre comme si rien ne s'était passé. Mais petit à petit, le scénario la pousse dans ses retranchements intimes et, au drame de l'amour qui s'en va, attache d'autres fils narratifs liés au sentiment de culpabilité et à la valeur d'une vie. J'aime autant vous dire qu'alors que je l'ai abordé comme un thriller, ce qu'il est d'ailleurs aussi, le long-métrage va beaucoup plus loin. Il pose ainsi nombre de questions essentielles et très délicates, montrant qu'au gré des circonstances, les victimes peuvent aussi se muer en bourreaux. Le mystère du titre se décline en plusieurs sous-intrigues, à l'image d'une Chine moins uniforme que le monde occidental veut le croire. Difficile de ne pas être ébranlé par ce qui est montré ou suggéré...

Sur la forme également, le film met très souvent mal à l'aise. Extrêmement mobile, la caméra de Lou Ye ne se fixe jamais longtemps. Au contraire, elle bouge presque en permanence, générant des images filées parfois mal déchiffrables et des effets de flou réguliers. Si c'est une façon d'approcher les personnages, c'est réussi. Je me suis senti nauséeux, comme pris de ce même malaise que celui qu'ils ressentent probablement. Mystery est un long-métrage inconfortable. Lou Ye ose même un décalage assez radical en plaquant sur ses images une version chinoise de l'Hymne à la joie: belle idée de mise en scène pour rendre la noirceur de l'histoire plus profonde encore. De par la violence même des situations, d'aucuns ont suggéré que tout cela était révélateur de la Chine elle-même,un pays si riche de potentiels et pourtant freiné par un comportement social archaïque. C'est possible et, censure ou pas, ce n'est pas rassurant.

Mystery
Film chinois de Lou Ye (2012)
Le long-métrage est arrivé en France par Cannes, retenu en sélection Un certain regard. Lou Ye affirme que le Festival apporte une aide cruciale pour le cinéma indépendant chinois et l'encourage notamment, lui, à se concentrer sur les films. L'artiste dit avoir attendu cinq mois l'autorisation de tourner, avant d'oser s'en passer et de l'obtenir enfin. C'est une chance que ses films parviennent jusqu'à nous. D'autres Chinois parlent aussi très bien de la condition de leur pays par le biais du septième art, à l'exemple de Chen Kaige notamment. Vous en retrouverez sur ma page Cinéma du monde. 

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Et pour être complet...
C'est Pascale qui m'a permis de gagner ma place pour voir ce film. Son avis (positif) est aussi sur son blog: "Sur la route du cinéma".

jeudi 2 mai 2013

Une date, des anecdotes

Ce n'était pas prévu, mais j'ai revu 1941. Vous cliquerez sur le lien pour lire une chronique sur cette pochade de Steven Spielberg, 33 ans à la sortie du film. Moi, je n'ai pas vraiment envie de me répéter. J'aime autant vous en parler en vous livrant quelques anecdotes. C'est avec plaisir que je partage avec vous ce "côté obscur" (ou méconnu).

Pour jouer le rôle d'un officier japonais, Steven Spielberg choisit Toshiro Mifune, star de l'archipel nippon, souvent vu dans les films d'Akira Kurosawa. Pseudo-capitaine de sous-marin, le comédien trouve ses partenaires trop passifs et leur mène la vie dure par souci du réalisme. 1941 est le seul film anglo-saxon où il n'est pas doublé.

Fidèle en amitié, Steven Spielberg s'appuie sur ses acteurs pour oser l'auto-référence. La scène d'ouverture est une copie quasi-conforme des premiers plans de Les dents de la mer, avec la comédienne dévorée par le requin, Susan Backlinie. Une séquence dans un garage fait également écho à Duel: les murs n'ont absolument pas changé. Mieux encore, Lucille Benson reprend son rôle de figurante-pompiste !

En 1980, John Landis offre à son pote Steven Spielberg un petit rôle dans The Blues brothers. Un an avant, avec ses futurs comédiens Dan Aykroyd et John Belushi, il apparaît lui-même très brièvement dans 1941. L'apprenti acteur joue un personnage sans nom, venu remettre un courrier urgent à un général amateur de dessins animés. Imberbe et couvert de poussière, il est tout à fait méconnaissable.

Si vous aimez les versions originales, vous devriez avoir remarqué que, dans 1941, Christopher Lee joue lui-même son texte allemand. Le comédien parle couramment la langue de Goethe, dont il s'est également servi... pour doubler des dessins animés danois. Acteur depuis 1948, popularisé dans le rôle de Dracula, il tourne encore aujourd'hui. Le sorcier Saroumane de la trilogie Le Hobbit, c'est lui.

1941 n'a pas eu un succès énorme à sa sortie, le public américain acceptant mal que Steven Spielberg s'amuse autour de Pearl Harbor. La version que je connais dure un peu moins de deux heures. Il paraît toutefois qu'il existe un director's cut allongé d'une petite demi-heure. On y présente la décision d'attaquer le Japon à la bombe atomique comme... la revanche du candidat perdant d'un concours de danse.

Après 1941, Steven Spielberg ne s'aventura plus dans la comédie pure. À croire qu'il avait tout mis dans ce premier essai ! Il ne faut toutefois pas oublier qu'ici, le cinéaste s'appuie aussi sur un scénario de Robert Zemeckis, un ami avec qui il n'aura pas fini de collaborer. La seconde guerre mondiale sera l'arrière-plan d'autres films: La liste de Schindler, Il faut sauver le soldat Ryan ou Empire du soleil.

mardi 30 avril 2013

Au-delà des nuages

Je suis un peu dingue, je crois, mais j'aime ça. Le mois de mars dernier m'a permis d'établir un nouveau record personnel de films vus au cinéma, avec sept séances en tout. La septième ? J'ai accompagné des amis et suis allé voir Cloud Atlas, un film vraiment atypique. Résumer le scénario est un vrai défi. Cette histoire plutôt complexe se découpe en six morceaux, chacun en un lieu et dans une époque qui lui est propre, du 19ème siècle jusqu'à l'an 2200 et quelque. Parfois, des passerelles narratives relient les scènes entre elles. Reste une longue série d'allers et venues dans l'espace et le temps...

Au total, le film dure près de deux heures 45. L'un de mes collègues de travail m'avait prévenu: "Si tu n'accroches pas, tu vas t'ennuyer". Sincèrement, non, je n'ai pas trouvé le temps long. L'éclatement complet du puzzle scénaristique m'a au contraire permis de focaliser mon attention sur l'écran, sans jamais vraiment décrocher. Il faut dire aussi que j'en ai pris plein les mirettes, les images du futur s'avérant franchement captivantes. Cloud Atlas est une réussite formelle indéniable, un grand spectacle qui tend à prouver au passage que la 3D n'est pas foncièrement nécessaire pour apporter un souffle nouveau à la force visuelle du cinéma. Si prestigieux soit-il, le casting fait presque pale figure à côté des mille couleurs de ce feu d'artifices.

Cloud Atlas n'en réunit pas moins une galaxie de stars. Je citerais entre autres Tom Hanks, Halle Berry, Jim Broadbent, Hugo Weaving, Ben Winshaw, Susan Sarandon et Hugh Grant, excusez du peu. J'admets humblement que mon appétit limité pour la science-fiction m'a privé de bien cerner l'enjeu de ce qui est si brillamment montré, ce qui me laisse tout de même un sentiment mitigé quant à la valeur du film. Je ne suis pas sûr d'avoir envie de lire le bouquin dont il est issu, d'autant qu'il paraît qu'il s'en démarque très largement. J'ajoute que j'ai compris qu'il était question de l'humanité, de son évolution, de son devenir et d'une de ses caractéristiques majeures: l'amour. Attention: le message n'est pas franchement des plus optimistes...

Cloud Atlas
Film américain de Tom Tykwer, Andy et Lana Wachowski (2012)

Le premier réalisateur est allemand: il s'est fait notamment connaître après avoir signé Cours, Lola, cours et Le parfum. Ses complices, frère "normal" et soeur transsexuelle, sont américains et célèbres dans le monde cinéphile comme auteurs de la trilogie Matrix. C'est avant tout la curiosité qui m'a poussé à découvrir le film d'aujourd'hui. Sans regret aucun, mais pas tellement convaincu. Notons toutefois que certains des acteurs jouent... plusieurs rôles !

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Vous cherchez quelqu'un qui a aimé le film ?
Ne cherchez plus: Pascale ("Sur la route du cinéma") en parle aussi.