samedi 15 février 2014

Un regard sur l'Italie

Certains d'entre vous s'en souviennent... peut-être: la belle aventure de ce blog a débuté avec un film italien. Les longs-métrages transalpins demeurent pourtant sous-représentés dans ces pages. C'est aussi avec un certain retard que j'ai découvert dernièrement mon premier Ettore Scola. Il me faudra en voir d'autres pour mesurer plus précisément mon goût pour ce cinéaste, mais ce premier essai m'a déçu. La terrasse - puisque c'est de ce film qu'il s'agit - m'a paru un peu vieillot. Ses qualités d'écriture n'ont pas suffi à m'embarquer.

Le film débute sur un balcon. De très nombreuses personnes devisent sur toutes sortes de sujets plus ou moins compréhensibles. On a vite l'impression d'observer tour à tour plusieurs membres d'une classe sociale élevée, pour ne pas dire des intellectuels. La caméra virevolte et passe presque sans arrêt d'un petit groupe à un autre, au moins jusqu'à ce qu'une femme qu'on imagine être la maîtresse de maison informe ses convives que le buffet dînatoire est prêt. On s'attarde alors sur l'un des invités - Jean-Louis Trintignant - et on le découvre plus en détails, sur la durée et en d'autres lieux. Un bon quart d'heure passe et on revient à la maîtresse de maison, avant de faire connaissance avec un autre personnage. Ils seront cinq à être placés sous les feux de la rampe. Un procédé un peu lassant, à la longue...

Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas écrit: le film possède d'indéniables qualités. Il dresse sans aucun doute un panorama subtil de l'Italie de 1980. Ettore Scola y parle très franchement des mondes du cinéma, de la politique, de la critique, entre autres. Le propos évoque probablement quelques-unes des problématiques sociétales chères au cinéaste. En reconnaissance, le film a été primé à Cannes pour son scénario et ses dialogues. J'ai très probablement manqué d'une meilleure connaissance du cinéma italien pour apprécier le tout à sa juste valeur. Deux heures et demie plus tard, je me dois d'évoquer l'excellente distribution de La terrasse: vous y verrez certainement avec plaisir Ugo Tognazzi, Marcello Mastroianni, Vittorio Gassman et Serge Reggiani. Il est de pires compagnies...

La terrasse
Film italien d'Ettore Scola (1980)

Je vous autorise à mettre ces trois pauvres petites étoiles sur le dos de ma relative inexpérience du cinéma d'auteur italien. J'ai ressenti quelque chose qui ressemblait à un décalage, un peu comme en 2013 devant Vincent, François, Paul et les autres... de Claude Sautet. J'espère être plus sensible une autre fois: je souhaite pouvoir combler une partie de mes lacunes en matière de septième art transalpin. N'hésitez donc pas à m'orienter vers d'autres pistes mieux balisées...

vendredi 14 février 2014

La dame des antipodes

Vous le savez peut-être déjà: Jane Campion sera la présidente du jury du 67ème Festival de Cannes, qui commencera dans pile trois mois. Elle est la dixième femme à accéder à ces fonctions, la première ayant été Olivia de Havilland en 1965. La réalisatrice néo-zélandaise connaît bien la Croisette: elle y a présenté plusieurs films et gagné deux récompenses, la Palme d'or du court-métrage pour Peel en 1986 et la Palme d'or "tout court" pour La leçon de piano en 1993. Ex-étudiante en anthropologie, elle va célébrer ses 60 ans le 30 avril.

Jane Campion n'est pas forcément la plus prolifique des réalisatrices. Elle travaille depuis 1982 et, si j'en crois Wikipédia, a tourné depuis sept courts-métrages, sept longs-métrages et quatre programmes télé. Elle a consacré une partie de sa vie à la peinture, une forme d'expression artistique qui l'a déçue. Elle vit en Australie, là où elle a appris le cinéma, qu'elle dit avoir découvert avec Luis Bunuel. Tentée par la vie d'ermite, elle a mené l'expérience sur... trois jours. "Je suis rentrée avec la conviction que je n'étais pas encore mûre", dit-elle.

Quatre ans après la Palme de La leçon de piano, un déjeuner réunit quelques lauréats et Jacques Chirac, alors président de la République. Jane Campion demanda à être assise à une autre table. Elle entendait ainsi dire son mécontentement à l'égard des essais nucléaires décidés par le chef de l’État dans l'atoll de Mururoa. Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, dit qu'elle "fait partie de ces cinéastes qui incarnent à la perfection cette idée que l'on peut faire du cinéma en artiste et séduire un public planétaire". Et donc... vivement mai !

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Ah oui, au fait, un tout dernier mot...
Désolé pour les amoureux qui espéraient un film romantique le jour de la Saint-Valentin... j'ai préféré privilégier cette autre "actualité".

mercredi 12 février 2014

Parents ?

Pas de chiffres pour le prouver, mais je m'avance quand même: sortir un film le jour de Noël ne me semble pas vraiment être un cadeau fait à ses concepteurs. En fait, j'ai même craint un temps que ce choix étonnant me prive de Tel père, tel fils, Prix du jury à Cannes l'année dernière. Découvert un peu par hasard, le travail du réalisateur japonais Hirokazu Kore-eda m'avait déjà séduit à deux reprises: c'est la raison pour laquelle je ne voulais pas rater sa nouvelle création. Ouf ! Je l'ai vue en janvier, finalement. Sa finesse m'a beaucoup plu !

Le film commence dans le Tokyo bourgeois. Avec sa jeune épouse Midori, Ryota, architecte, élève un petit garçon de six ans, Keita. Papa n'est pas très présent, souvent au travail. Maman s'en sort correctement. L'imprévu survient après un coup de fil de la maternité où est né l'enfant: les médecins ont découvert qu'un échange de bébés avait eu lieu et que Keita n'est donc pas le fils de Midori et Ryota. L'avocat de l'établissement a retrouvé l'autre famille trompée, celle qui élève comme le sien le véritable enfant des "faux" parents. L'idée serait d'organiser une rencontre afin de restituer chacun des bambins à sa famille de sang. Vous l'imaginez bien: ce n'est pas si simple ! Frontalement, Tel père, tel fils pose la question de la parentalité. Avec de nombreux développements tendres ou cruels, le film explique combien le fait d'être parent n'est pas que la conséquence d'un acte charnel et que l'éducation est sans doute au moins aussi importante que la conception. À chacun d'y repenser selon ses propres valeurs...

Tel père, tel fils invite à cette introspection. L'un des grands mérites du film tient justement à ce qu'il fait réfléchir, à mon avis. Il offre même plusieurs opportunités, à travers les diverses situations présentées et l'évolution des quatre parents, assez différents les uns des autres. Bon point: le scénario se garde de porter un jugement définitif sur les personnages et évite du même coup toute dérive manichéenne. Il n'y a ni bon ni méchant, juste des gens ordinaires confrontés à une situation intime extraordinaire. Ils ressemblent finalement à tous ceux que l'on croise dans la rue, à vous, à moi. Hirokazu Kore-eda touche à quelque chose d'universel. Ce qu'il évoque est d'autant plus touchant qu'il fait preuve de pudeur, ses "héros" d'autant plus émouvants que leurs échanges s'opèrent dans la retenue. Pas de cri, peu de larmes... la douleur est rentrée, quasi-muette. N'ayez toutefois pas peur d'une expression tragique: le long-métrage est également porteur d'espoir. Je vous laisse découvrir comment.

Tel père, tel fils
Film japonais de Hirokazu Kore-eda (2013)

Deux pistes à évoquer au petit jeu des comparaisons. Celle qui mène aux autres films du même réalisateur est la plus évidente: mon index des réalisateurs vous place à deux clics d'autres (re)découvertes. Restez-y pour l'autre parallèle: pour ce que j'en connais, je suis d'accord avec ceux qui ont déjà relié le cinéma de Hirokazu Kore-eda avec celui de Yasujiro Ozu. Et je confirme: c'est un vrai compliment !

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Et maintenant, d'autres regards, peut-être ?

"Sur la route du cinéma" et "Le blog de Dasola": je vous invite cordialement à lire ces deux chroniques (positives) du même film.

lundi 10 février 2014

Golden boy

Le loup de Wall Street est-il, comme je l'ai lu, "un cocktail Molotov cinématographique, alliant la folie d'un Terry Gilliam à la grandeur d'un Milos Forman et à l'acidité d'un Oliver Stone" ? Ou bien serait-il plutôt, au contraire, "un navet racoleur enfilant les clichés pour plaire aux admirateurs de Jean-Luc Mélenchon" ? Ni l'un ni l'autre, dirais-je. Je dois avant tout reconnaître que j'ai pris beaucoup de plaisir à voir en salles le nouveau film de Martin Scorsese. Ces trois heures passées chez les plus fous des traders m'ont fasciné. Je vais vous expliquer...

Tout part d'un personnage réel, dont le nom est d'ailleurs conservé dans le film: Jordan Belfort. Le loup de Wall Street, c'est lui. Disons plutôt que c'était lui, puisqu'après un peu de prison, l'ex-golden boy doit encore rembourser une somme XXL à ceux qu'il a floués jadis. Nous sommes à la fin des années 80. Embauché comme assistant courtier chez Rothschild, Belfort perd son emploi un jour où la Bourse dévisse un peu trop fort. Déjà marié, il tâche d'assurer ses arrières en privilégiant un petit boulot rémunérateur. Il comprend vite toutefois qu'il peut gagner plus d'argent en revenant sans tergiverser à ses premières amours financières. Belfort lance sa propre société de gestion et part à la chasse aux petits porteurs. D'abord tournée vers les valeurs non cotées, Stratton Oakmont devient rapidement l'une des plus grosses sociétés de courtage sur la place de New York. Pognon, drogues et putes: ses hauts dirigeants multiplient les excès.

N'attendez pas du film qu'il vous décrypte le fonctionnement régulier de la haute finance: ce n'est pas le but recherché. Le scénario détaille plutôt par le menu les mille et un délires d'un groupe de jeunes gens dénués de tout scrupule. Le spectacle est pour le moins frénétique. Dans la vie des yuppies, pas de place pour autre chose que le plaisir permanent: on a nécessairement la femme la plus classe, la maîtresse la plus soumise, la bagnole la plus tape à l'oeil et le yacht le plus gros. Quand on en a marre, on en change... et on recommence. Il y a quelque chose d'incroyablement amusant à voir tourner le manège enchanté. Martin Scorsese lance une idée à la seconde pour emballer encore l'effroyable machine. Le loup de Wall Street ne connaît donc aucun véritable temps mort. Trois heures de cinéma à haute vitesse. C'est un style caractéristique, qui ne fera pas l'unanimité. Il paraît que le seul mot fuck apparaît 506 fois dans le texte des dialogues...

Il me semble que ceux qui réduisent le film à sa (réelle) vulgarité commettent une erreur. Même appréciation pour ceux qui taxent Martin Scorsese de complaisance. Pour commencer, on ne peut éviter de noter que le réalisateur poursuit ici sa fructueuse collaboration avec son acteur fétiche, Leonardo DiCaprio. Le loup de Wall Street trouve une remarquable incarnation: de tous les plans, "Leo" envoie du lourd dans toutes les situations. Qu'il mène une négociation bancaire de haut vol ou qu'il tente de garder le contrôle de sa Ferrari sous l'emprise de l'une de ses pilules, le jeune homme assure, crédible dans toutes ses addictions. Il donne le tempo d'un film aussi explosif que totalement débridé et, par moments, furieusement drôle. Exemple: la discussion commerciale avec notre Jean Dujardin national sur l'opportunité d'un placement en Suisse est tout à fait jubilatoire. C'est un fait: le long-métrage fait rire avec ce qu'il a de plus immoral.

Est-ce bien raisonnable ? Non, probablement pas. Ce n'est pas parfait non plus, loin de là. On retrouve dans le film un schéma narratif relativement classique: ascension, chute et rédemption. Trois heures sont utilisées pour dire ce qui pourrait certainement tenir en deux. C'est du cinéma au pudding: les scènes spectaculaires s'enchaînent et, à la toute fin, quand le "méchant" tombe, on se dit qu'il pourrait aisément repartir à zéro, ne rien modifier et prospérer de plus belle. C'est après avoir lu d'autres critiques que je me suis rendu compte que Le loup de Wall Street ne montre le monde des "vraies gens" qu'à la conclusion du métrage. Libre, Belfort y a retrouvé l'oreille attentive des petits. Il a écrit sa biographie et donne des conférences sur la vente. C'est peut-être là que réside véritablement le message de Martin Scorsese: au fond, les choses n'ont pas changé. Le monde n'évolue guère et, à la fin, ce sont toujours les mêmes qui rigolent...

Le loup de Wall Street
Film américain de Martin Scorsese (2013)

Parmi les qualités que je reconnais au long-métrage, je veux citer celle de s'inscrire dans une logique de continuité thématique cohérente. Je dresse un parallèle avec Les affranchis, sorti 22 ans plus tôt. Ce qui ne veut pas dire que le style ne se renouvelle pas. Leonardo DiCaprio, lui, s'offre un nouveau grand rôle, noire antithèse de son Gatsby le magnifique. Pour une tout autre lecture des affres de la finance, on reverra avec plaisir le Blue Jasmine de Woody Allen. J'espère aussi un passage télé pour Margin call, de J.C. Chandor.

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Allez, histoire de, une petite citation du film... 
"L'année de mes 26 ans, je me suis fait 49 millions de dollars. Ça m'a carrément fait chier, parce qu'à trois près, ça aurait fait un million par semaine". Régulièrement au cours du métrage, on entend penser Jordan / Leonardo. Quand il ne parle pas directement à la caméra...

Maintenant, si vous voulez rejoindre ceux qui crient au loup...

Vous pourrez entendre parler de Martin Scorsese et Leonardo DiCaprio sur de nombreux autres blogs, parmi lesquels trois que je visite fréquemment: "Liv/raison de films", "La cinémathèque de Phil Siné" et "Sur la route du cinéma". Le film y fait pour ainsi dire l'unanimité ! Sur "Le blog de Dasola", en revanche, l'avis est moins enthousiaste.

dimanche 9 février 2014

L'avion et rien d'autre

Un aveu, d'abord: je ne suis pas très fier de mon titre, décalage baroque de celui d'un excellent film que Bertrand Tavernier a écrit autour de la première guerre mondiale. Je dois en fait vous parler aujourd'hui d'un long-métrage sans point de comparaison: In the air. George Clooney y sillonne les États-Unis pour exécuter ses contrats. "Tueur" moderne, il est chargé par quelques sociétés américaines déclinantes de recevoir pour leur compte leurs personnels en passe d'être licenciés. Un boulot rentable et son quotidien 320 jours par an.

Je crois qu'on peut dégager deux parties, dans In the air. L'intrigue offre également au beau (non ?) George deux partenaires féminines. Natalie, la première, fait le même boulot que lui. Elle vient d'être embauchée dans sa boîte et, arriviste, entend démontrer qu'il est possible d'être plus efficace en bossant autrement - par écran d'ordinateur interposé et à distance, en l'occurrence. Alex, elle, fait probablement un métier différent: Ryan (George, oui !) la croise pourtant souvent dans les aéroports. Parce qu'elle lui ressemble malgré tout dans son mode de fonctionnement, il en tombe amoureux et, évidemment, ça marche ! Deux parties dans le film, donc, l'une consacrée à la formation de la petite jeune aux dents longues, l'autre à la séduction de la quadra sensuelle. Ces deux sous-intrigues contenues dans l'intrigue principale se croisent, évidemment. Je dois dire que j'ai préféré les joutes verbales de la première. What else ?

Le long-métrage commence comme une comédie et dévie progressivement vers quelque chose de moins amusant. Je pense finalement qu'il n'a pas été conçu pour faire rire, même s'il est vraiment drôle par moments. George Clooney sort son cabotinage habituel et je dois dire qu'il est très bon, plein de charme, bien sûr. Je ne connaissais pas les filles, Anna Kendrick et Vera Farmiga. Prestations assez honorables de leur part, je dois dire. Les rôles secondaires sont également bien tenus, en général, avec des visages familiers, mais assez effacés, aussi. In the air m'a plutôt surpris. Seule (petite) déception: les derniers moments voient le rythme décroître et le scénario dériver vers un sentimentalisme ordinaire. Qu'aurait-on pu attendre d'autre ? Je ne saurais dire. Quelque chose d'un peu plus explosif, peut-être, une critique frontale du système capitaliste. Au lieu de ça, on prend un autre vol et voilà. Dommage...

In the air
Film américain de Jason Reitman (2009)

Vous tenez là, chers lecteurs, un bon petit programme plateau-télé. Sincèrement, les premiers dialogues m'ont emballé: ça pétille fort ! Malheureusement, le rythme n'est pas tenu et, comme je l'ai déjà dit précédemment, le long-métrage est un peu moins convaincant ensuite, quand il s'agit de conclure. Je tiens quand même à en parler comme d'une bonne surprise. Je préfère juste le Clooney délirant révélé par les Coen, dans Burn after reading ou Intolérable cruauté.

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Ce qui est sûr, cela dit, c'est que George reste bankable...
Trois blogs amis pour vous en convaincre: "L'oeil sur l'écran" évoque aussi la baisse de rythme que j'ai observée dans la seconde partie. "Sur la route du cinéma", Pascale n'a pas franchement aimé. L'avis publié sur "La cinémathèque de Phil Siné" est, lui, un peu meilleur.

samedi 8 février 2014

Beautés volées

Il ne faut pas se raconter d'histoires: la vocation première de ce blog demeure de parler de cinéma. Même si j'avais d'abord pensé écrire une rétrospective pour cette 1001ème chronique, je me suis vite dit que c'était aussi bien d'enchaîner tout de suite avec un nouveau film. Pique-nique à Hanging Rock m'a littéralement embarqué. Je suis souvent sensible au charme particulier des oeuvres contemplatives. J'ai d'autant plus apprécié celle-là qu'elle se déroule loin dans l'espace et dans le temps, puisqu'en Australie, début 1900. Vous m'y suivez ?

Un jour de Saint-Valentin, la vingtaine de pensionnaires d'une école de filles sort des murs de l'établissement  pour passer un après-midi dans la nature. Après le déjeuner, un petit groupe de quatre s'éloigne pour faire l'ascension d'un piton volcanique voisin. Quand vient l'heure de rentrer, trois d'entre elles ont disparu. On constate aussi l'absence d'une des femmes chargées de leur surveillance. Les recherches menées sur le site ne donnent rien. Pique-nique à Hanging Rock déploie alors son mystère. La magnificence des paysages aborigènes fait de ce décor naturel un personnage à part entière. On voudrait comprendre, mais on n'y parvient pas. Agréable au regard, cette terre lointaine paraît soudain porteuse d'une sourde menace. L'être humain y est-il véritablement à sa place ? Pas sûr. "Tout ce que nous voyons ou paraissons n'est qu'un rêve dans un rêve": le vers d'Edgar Poe cité en préambule du film paraît devoir confirmer le danger des illusions.

C'est finalement tout Pique-nique à Hanging Rock qui semble nager dans un certain onirisme. On a dit que, pour donner à ces images l'allure cotonneuse, un voile de mariée avait été utilisé comme filtre pour la caméra. La beauté diaphane des jeunes actrices fait le reste et confère au film une atmosphère unique. Il est d'ailleurs à signaler que le long-métrage adapte un roman lui-même réputé et populaire pour le mystère qu'il laisse planer sur la frontière exacte entre fiction et réalité. Si j'ai choisi d'illustrer également mon propos par la photo d'un garçon, c'est pour symboliser le fait que certains des personnages s'accrochent à cette même réalité. Eux vivent dans l'espoir d'obtenir une explication rationnelle à ce qui s'est passé. Le doute demeure pourtant, avec des conséquences violentes et désastreuses. À chacun d'apporter sa réponse. La mienne serait qu'à l'aube d'un siècle nouveau, les filles auront enfin su se libérer d'un certain corset social.

Pique-nique à Hanging Rock
Film australien de Peter Weir (1975)

C'est le deuxième long-métrage du cinéaste: vous le connaissez probablement pour d'autres oeuvres, comme Le cercle des poètes disparus, Master and commander ou The Truman show. J'aime vraiment son travail et j'ai franchement apprécié cette opportunité d'appréhender ses presque-débuts. Il y a là une certaine parenté thématique et stylistique avec Délivrance ou Duel. Les spécialistes disent aussi que Sofia Coppola a retenu la leçon pour Virgin suicides.

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Vous avez envie d'en savoir plus pour vous lancer ?

Ce n'est pas illégitime. Deux des blogs que je visite régulièrement disent leur avis: "L'oeil sur l'écran" et "Mon cinéma, jour après jour".

vendredi 7 février 2014

Les débuts de Chaplin

Je vous ai parlé il y a quelques jours de l'anniversaire de mon père. Aujourd'hui, si ce n'est déjà fait, ce sera au tour de mon grand-père maternel de souffler une nouvelle bougie. Et le blog ? Il atteint également un cap symbolique: chers lecteurs, vous lisez actuellement la 1000ème chronique de Mille et une bobines. J'ai décidé de marquer le coup en vous parlant d'un très vieux film (muet): Le roman comique de Charlot et Lolotte aura un siècle avant la fin de l'année ! C'est bel et bien le premier long-métrage d'un certain Charles Chaplin.

Tillie's punctured romance - en version originale - porte mal son titre français. D'abord, parce qu'il a pour vedette une ventripotente star d'opérette, Marie Dressler. Ensuite, parce que Charlot, le personnage de clochard magnifique composé par Chaplin, n'apparaît pas encore. D'ailleurs, le film est aussi connu pour avoir le premier et le dernier que le grand Charles a accepté de jouer sous la direction d'un autre. Ce contexte pris en compte, Le roman comique de Charlot et Lolotte ne manque pas d'attraits. D'aucuns y voient l'apparition du genre comique au cinéma. L'intrigue, elle, surprend: le prétendu Charlot interprète ici un aigrefin de la pire espèce. Quand ce garçon croise une jeune femme aussi laide que naïve, il s'aperçoit bien rapidement que la donzelle est l'héritière d'une fortune colossale. Il décide donc qu'elle surpasse sa fiancée légitime, abandonne alors cette dernière sans l'ombre d'un remords et épouse la millionnaire. Jusqu'à ce que...

Vous lirez peut-être que le film est tiraillé entre un propos moraliste et la volonté burlesque de son réalisateur. Je ne suis pas convaincu. J'ai personnellement pris les choses au tout premier degré et j'ai eu beaucoup de plaisir à apprécier cette production vintage. Peu habitué au rythme propre au cinéma muet, je n'ai pas pour autant ressenti d'ennui. Au contraire, bien que dépassé, l'humour qui se manifeste dans ces images demeure assez plaisant, d'une simplicité charmante. Le roman comique de Charlot et Lolotte mérite le détour. Chaplin n'a que 25 ans: il est apparu dans de très nombreux courts-métrages de la Keystone. Aussitôt après, il rejoindra un autre studio, Essanay. C'est en 1921, et pour sa propre société de production, qu'il créera son premier long: Le kid. Avant que j'y revienne, je ne peux qu'encourager chacun à se replonger dans cette belle filmographie. Tout juste naissant alors, le cinéma de divertissement brillait déjà...

Le roman comique de Charlot et Lolotte
Film américain de Mack Sennett (1914)
Clairement sous-représenté sur ce blog, le cinéma muet mériterait meilleur traitement. Laissez-moi m'y (re)mettre: j'en ai l'intention. L'aimable représentant du genre burlesque dont j'ai parlé aujourd'hui ne fera que renforcer cette envie de remonter aux premiers âges cinématographiques. S'il n'est pas encore question d'un chef d'oeuvre comme Les temps modernes, j'y vois un pas pour prendre le chemin.

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Pour finir, je vous recommande un petit tour ailleurs...
Mes amis de "L'oeil sur l'écran" connaissent bien le cinéma de Chaplin. De très nombreuses chroniques lui sont consacrées sur leur blog.

Dernière minute et mise à jour tardive...
Mercredi 8, 0h45: j'apprends à l'instant que le personnage emblématique de Charlot, lui, est apparu pour la toute première fois dans un court-métrage sorti le... 7 février 1914 ! Sacrée coïncidence !

jeudi 6 février 2014

Totalement givré !

Truls, Sigrid, Espen... dans Le roi du curling, la bizarrerie contamine même le prénom des personnages. Bienvenue en Norvège, les amis ! On connaît le goût des gens du (grand) Nord pour l'étrangeté cinématographique. En 2012, entre autres distinctions, ce film a reçu le Prix du peuple au Festival du film grolandais. S'il reste encore parmi vous des gens qui ignorent la localisation du Groland, j'ajoute que ce pays imaginaire ressemble à une France peuplée de tarés seulement. Et je retourne sans attendre dans la folle Scandinavie...

Comme son titre l'indique, Le roi du curling s'intéresse à ce sport incroyable, sorte de pétanque sur glace et... véritable discipline olympique, tout de même ! Le roi du curling ? C'est Truls. L'affaire marche si bien pour lui qu'avec son équipe, le team Paulsen, l'athlète gagne toutes les compétitions dans lesquelles il est engagé. Problème: son épanouissement sportif tient lieu de monomanie. Devenu givré, Truls est placé sous la tutelle de sa femme et se voit interdit l'accès aux halles de curling. Quand son mentor et entraîneur est hospitalisé pour un cancer, il est pourtant bien obligé de rempiler pour décrocher un nouveau titre et la prime qui va avec. Vous avez compris ? Truls veut que l'on consacre l'argent aux soins de son ami.

Il y a aussi une love story dans Le roi du curling, mais je vais éviter d'entrer dans trop de détails. Vous dire plutôt mon plaisir d'avoir pu découvrir un film norvégien, le premier que j'ai eu l'occasion d'appréhender depuis mars 2009. Comédie décalée, le long-métrage joue efficacement des codes du genre. Son improbable univers dégage même une réelle poésie, burlesque et colorée. Il faut dire également que les acteurs jouent très bien le coup et composent habilement des personnages variés, des fous plutôt attachants. N'allez pas chercher là-dedans un second degré qui n'y est pas forcément ! Objectivement, ce genre de production se savoure par immersion. Soit vous acceptez le côté absurde, soit vous restez à l'écart. J'espère simplement que vous aurez envie d'essayer. Trop sérieux, s'abstenir.

Le roi du curling
Film norvégien d'Ole Endresen (2011)

Même si ceux de ses films que j'ai présentés ici ne sont pas forcément les plus dingues, le Finlandais Aki Kaurismäki vous donnera une autre bonne idée de la folie nordique. Je vous laisse regarder l'index des réalisateurs avant de le compléter ? En attendant, j'attire votre attention sur ma liste "Cinéma du monde" pour y découvrir l'autre film norvégien déjà présenté sur les Bobines, bien différent d'ailleurs. Dans le décalage, vous avez aussi Ni à vendre ni à louer.

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Une dernière petite chose à ajouter, si vous voulez bien...

Le film est brièvement évoqué sur "L'impossible blog ciné". David fait même une toute petite erreur dans le titre en français. Je dis ça...

mardi 4 février 2014

Exils

Je ne crois pas qu'il me soit préalablement déjà arrivé de lancer janvier avec deux séances cinéma en trois jours. Je me sens heureux de l'avoir fait cette année, d'autant que je suis ainsi parvenu à aller voir un long-métrage repéré pour une autre raison: sa nationalité pour partie mexicaine. Rêves d'or - La jaula de oro a un réalisateur espagnol, c'est vrai: Diego Quemada-Diez s'était jusqu'alors fait connaître du milieu du septième art comme assistant du cinéaste anglais Ken Loach. Il signe là sa toute première oeuvre personnelle.

Le Mexique ? J'y viens. C'est une étape obligatoire pour Sara, Samuel et Juan, simples adolescents guatémaltèques en passe de fuir clandestinement vers les États-Unis, dans le vague espoir d'une vie meilleure. Rêves d'or... nous mène avec eux sur la route de l'exil. Cette route est aussi celle de Chauk, un jeune Indien qui ne parle même pas l'espagnol et qui, pourtant, s'agrège au petit groupe aussitôt après que tous se sont tirés d'une première péripétie commune. Cette route est surtout un chemin ferré, les personnages voyageant, comme beaucoup d'autres, sur les toits délabrés d'innombrables trains. L'un des grands mérites du long-métrage tient justement à ce qu'il montre cette situation telle qu'elle est, incertaine et dangereuse. Les plans s'étirent, comme s'il s'agissait finalement d'adopter une démarche de nature documentaire. Le générique révèle le nom de dizaines de vrais migrants comme autant de participants au tournage. Le respect qui est exprimé n'est pas feint. Le drame véritable prend le pas sur la fiction. Plus besoin alors de dialogues...

Rêves d'or... n'est de toute façon pas un film bavard. J'ai aimé constater qu'il n'était pas non plus un film sentencieux ou plombant. Diego Quemada-Diez démontre en montrant. Il était à Cannes, l'an passé: c'est ainsi que son travail est arrivé jusqu'à nos salles. L'immigration clandestine, c'est très souvent un sujet que l'on croit connaître, pour ne pas dire maîtriser. La manière dont les choses nous sont présentées ici n'est pas accusatrice, mais pointe une réalité fréquemment négligée. Je suis passé par des sentiments très variés devant ce triste "spectacle": la nausée et l'effroi ont eu à côtoyer l'inquiétude et la compassion. J'ai frémi, aussi. J'ai senti monter quelque chose de désagréable quand l'image m'a mis sous le nez l'ignoble mur qui borde la frontière américano-mexicaine. Régulièrement entrecoupé par des plans de neige qui tombe, le film dégage, sans pleurs, une sensation de froide inéluctabilité. L'exil reste toujours lié au risque de ne vivre ailleurs que ce qu'on pensait laisser chez soi. Dure leçon de vie quand on n'a pas encore 18 ans...

Rêves d'or - La jaula de oro
Film hispano-mexicain de Diego Quemada-Diez (2013)

Primé sur la Croisette, catégorie Un certain regard, le long-métrage m'en a remis plusieurs en mémoire et d'abord Harragas, autre film d'observation des migrations depuis le point de vue des migrants. J'ai aussi songé à Osama pour ce côté "fuite en avant". Impression curieuse, j'ai également fait un rapprochement avec Gold dans l'idée de la quête d'un Eldorado. Dernier parallèle avec L'été de Giacomo pour une même façon de saisir les choses comme elles se présentent.

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Je crois bien que j'ai quelqu'un à remercier particulièrement...
Sauf erreur, j'ai eu vent du film avant de lire la chronique sur le blog de David ("L'impossible blog ciné"). Disons donc que mon envie d'aller le voir s'est encore accrue après coup. Et qu'en sera-t-il de la vôtre ?

dimanche 2 février 2014

Une vie moins ordinaire

Me revoilà ! Je devrais peut-être rester caché pour avoir confondu Ben Stiller et Adam Sandler, mais il me faut vous parler de La vie rêvée de Walter Mitty, film de et avec le premier nommé. Évitons toute autre ambiguïté: si j'ai choisi de reprendre le titre d'une oeuvre de Danny Boyle pour intituler cette chronique, je sais désormais parfaitement de quoi (et de qui) je parle. Ben Stiller, donc. L'acteur s'offre ici le rôle du chef des archives photo d'un grand magazine américain. Ce qu'on peut appeler une espèce de voie de disparition...

De fait, l'ami Mitty n'a plus qu'une mission: développer le négatif choisi par un grand reporter pour illustrer la dernière publication papier du journal, avant un passage au tout Web. Les ressemblances avec la situation actuelle de la presse sont fortuites. Ou pas. Qu'importe, au fond: si Walter doit agir vite et bien, c'est également parce qu'il espère donner une bonne image à une collègue de bureau dont il est amoureux en secret. La voilà donc résumée, La vie rêvée de Walter Mitty ! Elle aurait lieu dans un monde parfait, où il est facile d'être soi et où personne n'égare jamais l'ultime grand cliché d'un photographe vedette. Vous avez deviné, pas vrai ? Ce monde parfait, notre ami Ben va y entrer sans délai. Il va transformer la tuile qui lui tombe dessus en opportunité de se révéler enfin. Rien que ça.

Je vous laisse décider si c'est bien de la réalité dont il s'agit ensuite ou si le long-métrage n'est au fond qu'une énième représentation colorée d'un fantasme XXL d'épanouissement personnel. Amis cyniques et/ou blasés, La vie rêvée de Walter Mitty pourrait venir heurter votre pragmatisme. Après, comme le disait mon grand-père paternel en de tout autres circonstances, il n'est pas interdit de rêver un peu. Le long-métrage nous y invite franchement: les images sont belles, tournées parfois jusqu'en Islande ou dans la chaîne himalayenne. Côté comédiens, outre Ben Stiller lui-même, j'admets que je connais mal sa partenaire féminine, Kristen Wiig. Le (bon) choix d'attribuer deux des petits rôles à Sean Penn et Shirley Mac Laine (!) m'a reconduit avec plaisir en terrain connu. Du coup, j'ai vécu un vrai bon moment.

La vie rêvée de Walter Mitty
Film américain de Ben Stiller (2013)

Je l'ai vu le jour de sa sortie dans les salles françaises: le 1er janvier dernier. 2014 est parti sur d'assez bonnes bases. Plus question désormais de confondre avec cette autre love story un peu atypique qu'est Punch-drunk love - vous savez, le film avec Adam Sandler ! Bon, j'ai apprécié aussi qu'on parle ainsi des métiers journalistiques. Sur ce point, j'ai vu des choses vraiment bien senties, je dois dire.

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Je m'attendais à ce que le film connaisse plus de retentissement...

Pascale, elle, reste déçue du résultat (cf. "Sur la route du cinéma").