lundi 18 juillet 2011

Complètement fou !

Une chronique de Martin

Aujourd'hui, un classique: Vol au-dessus d'un nid de coucou. J'ai saisi l'occasion de sa dernière diffusion à la télé pour le découvrir enfin - merci Arte ! Ce n'était pas spécialement prévu, d'ailleurs, mais, encouragé par plusieurs amis, je me suis finalement décidé. Pas de regret: cette immersion au coeur d'un hôpital psychiatrique est restée intéressante en dépit de son "grand" âge - 36 ans. Je suis aussi content de pouvoir désormais ajouter un film à la liste de ceux que j'ai vus, réalisés par Milos Forman. Et, pour info, je précise immédiatement que le métrage a obtenu cinq Oscars en 1976.

Pour le détail de ces récompenses, je vous encourage à faire un saut sur la page dédiée. Afin de dire désormais un mot de ce que le film raconte, je note en fait qu'il commence lors de l'admission hospitalière d'un dénommé Randle Patrick McMurphy, rôle difficile attribué à un impressionnant Jack Nicholson. On ne sait pas vraiment si l'intéressé est réellement fou ou s'il simule. Épris de liberté, contestataire dans l'âme, il a en tout cas intérêt à feindre, vu que, ancien prisonnier, il retournerait derrière les barreaux si son état psychologique était jugé normal. Lors de ce Vol au-dessus d'un nid de coucou, le personnage va se heurter à la suspicion professionnelle d'une infirmière, Milfred Ratched (Louise Fletcher). Une femme tout aussi déroutante dans ses méthodes de soin...

C'est autour de cet improbable duo que s'articule l'essentiel du propos du film. Qui sont les fous ? Qui sont les gens normaux ? Question essentielle, interrogation capitale portée par des acteurs au sommet de leur art. Et pas seulement: si Vol au-dessus d'un nid de coucou est resté dans l'histoire, c'est qu'outre les deux que je viens juste d'évoquer, il regroupe aussi des comédiens de très bon calibre comme Danny de Vito ou Christopher Lloyd, mais également, quelques pensionnaires d'un asile américain et vrais malades ! D'aucuns, rappelant les origines tchécoslovaques de Milos Forman, ont vu dans son intrigue une métaphore de la vie sous le régime communiste de l'époque. Cette perspective peut éclairer le métrage d'un jour nouveau. Je ne suis pas allé aussi loin: j'ai pris les choses au premier degré. Elles m'ont semblé assez surprenantes comme ça.

Vol au-dessus d'un nid de coucou
Film américain de Milos Forman (1975)
Mon père m'avait prévenu: il ne faut pas escompter se détendre devant pareil film. Faut-il y voir la conséquence du temps écoulé depuis sa sortie en salles ? Il a su me convaincre sans m'emballer. Maintenant, je trouve tout de même très intéressant de le replacer dans la filmographie de son auteur. Pour ne citer que les oeuvres dont j'ai déjà parlé ici, quelques parallèles implicites me semblent envisageables avec Amadeus et, surtout, avec Man on the moon. J'ai préféré ces deux films-là à celui d'aujourd'hui et j'espère voir également les autres pour une analyse plus complète. Goûter ou non à ce cinéma doit dépendre de nos attentes du moment, je crois.

dimanche 17 juillet 2011

Picte et picte et Rome et drame

Une chronique de Martin

Je vous préviens: je n'ai pas l'intention aujourd'hui de faire un cours d'histoire. Il est fort possible que Centurion prenne certaines libertés avec la réalité antique, mais je n'en ai cure: je veux parler du film pour ce qu'il est, un simple divertissement pour cinéphile moyennement exigeant. Je l'ai découvert l'autre jour sans y attendre de message philosophique venu des temps anciens. Et j'ai bien fait !

Le héros du jour s'appelle Quintus Dias. Légionnaire des armées romaines, il ne sent pas exactement le sable chaud, d'autant en fait qu'il est le chef d'une garnison postée à la frontière nord de l'empire, dans ce qui est aujourd'hui l'Écosse. Attaquée par un groupe armé picte, il est fait prisonnier et, après avoir passé un sale quart d'heure, parvient à s'échapper. C'est là qu'il tombe sur des militaires de son camp, venus eux aussi botter les fesses des peuplades locales pour la gloire de la Louve. Centurion démarre alors, son scénario développant une idée simple: seuls une poignée de soldats échappent à une embuscade et, après avoir vainement tenté de porter secours à leur général pris en otage, ces mêmes rescapés marchent finalement vers les lignes arrières et les joies inédites de la retraite.

Bien entendu, les choses ne seront pas si simples. Les codes du film d'action sont alors respectés: même s'ils se replient, les personnages principaux gardent en eux une dose d'héroïsme et un sens du devoir suffisants pour ne pas le faire par simple couardise. Il est évident d'emblée qu'avant de parvenir à bon port, toutes sortes de péripéties vont venir contrarier leur progression, péripéties au cours desquelles ils auront de multiples occasions de prouver leur valeur et leur ardeur au combat. En ce sens, Centurion reste un film assez basique, apte à surprendre seulement les rares spectateurs peu habitués au genre. Ce film tient du western, jusque dans la constitution d'un groupe hétéroclite, où chaque membre n'a pour envie que de sauver sa peau.

L'originalité est ailleurs. L'ennemi lancé aux trousses de nos Romains égarés n'est pas plus nombreux, mais il est dominé par une femme aussi sauvage que... muette. Sans malheureusement parvenir totalement à échapper à un certain nombre de clichés, le film prend alors une tournure plutôt intéressante. Autre atout: entendre les légionnaires parler anglais surprend un peu, mais que leurs ennemis s'entretiennent en gaélique ajoute un petit soupçon d'authenticité assez bienvenu. Techniquement, même si les sanglantes batailles restent parfois assez confuses, le long-métrage est ma foi réussi pour ses costumes et ses décors naturels, absolument somptueux. Centurion permet de s'évader du quotidien: c'est sa qualité principale. Un bilan honorable, donc, même s'il y avait sans doute encore mieux à faire. À réserver pour les soirées sans prise de tête.

Centurion
Film anglais de Neil Marshall (2010)
La nationalité du long-métrage vient expliquer qu'il puisse paraître manquer d'emphase dans les scènes d'action. Je n'ai pas (encore ?) eu l'occasion de comparer avec L'aigle de la neuvième légion, film autour des mêmes soldats, sorti cette année. Pour ce qui est maintenant de mes références en péplums récents, elles demeurent assez pauvres. Dernièrement, je vous ai parlé d'Alexandre, un film que j'avais bien aimé. Puisqu'il est ici question de Rome, citions aussi Gladiator: par sa grandiloquence même, le film de Ridley Scott est moins sincère et donc moins agréable. Enfin, à mon goût...

vendredi 15 juillet 2011

Un air de famille

Une chronique de Martin

Aujourd'hui, un texte un peu différent et qui j'espère vous plaira. Comme tous les autres, il reste bien sûr soumis à vos appréciations.

De vous avoir parlé lundi du film
Omar m'a tuer m'a aussi donné envie de prolonger ma chronique d'un autre plus factuelle, sur trois des protagonistes de cette aventure. Je n'ai en effet pu m'empêcher de me rappeler que Roschdy Zem, le réalisateur, et Sami Bouajila, l'acteur, étaient tous deux liés d'amitié avec Rachid Bouchareb, d'abord sur le projet et avec qui ils ont tourné deux premiers films d'une série de trois: Indigènes et Hors-la-loi. Et j'ai du coup eu envie d'évoquer deux autres des comédiens impliqués. C'est parti !

En tournant Omar m'a tuer, Roschdy Zem a donc repris le flambeau de son ami Rachid Bouchareb. C'est son deuxième film de cinéma derrière la caméra, après Mauvaise foi, que je n'ai pas encore découvert. Sous les projecteurs des plateaux de tournage, Zem joue depuis 1987: il compte aujourd'hui une grosse cinquantaine de rôles, sans même en ajouter avec le théâtre. De quoi, je l'espère, apprendre à mieux le connaître à l'avenir. Je saisirai les occasions.

Rachid Bouchareb, lui, fut d'abord assistant-réalisateur de télévision. Pour le cinéma, il a produit quelques longs-métrages et en a réalisé sept, Hors-la-loi, le dernier à ce jour, ayant été nommé pour l'Oscar du meilleur film étranger l'année dernière. Si mes informations sont bonnes, il contribue aussi à la formation d'une partie des cinéastes de demain, en tant qu'administrateur de la FEMIS, l'école parisienne de l'image et du son. J'attends désormais son prochain film. J'avoue sans fausse honte ne pas savoir exactement à quoi m'attendre.

Sur les écrans depuis vingt ans, Sami Bouajila a lui aussi une longue et belle carrière derrière lui. Au cinéma, il a reçu un César en 1998 pour un second rôle dans Les témoins, film d'André Téchiné. Amoureux transi dans le récent De vrais mensonges, il n'hésite donc pas à passer du coq à l'âne, puisque, cette année, on l'a également vu jouer un assassin dans Signature, une série télé tournée sur l'île de la Réunion. À dire vrai, je connais encore mal sa filmographie, mais il m'intéresse grandement: j'apprécie déjà l'audace de ses choix.

La grande star de cette famille de comédiens reste sans aucun doute Jamel Debbouze. Pas plus tard qu'aujourd'hui, je lisais son portrait dans Libé, papier assez chiadé qui évoquait l'homme derrière l'acteur et réciproquement. L'enfant de Trappes a sans doute ses défauts, voire ses contradictions, mais je le trouve attachant, car finalement sincère. Et j'apprécie l'étendue de ses engagements cinématographiques, dont ses prochains projets donnent une idée. Entre l'attendu Poulet aux prunes de Marjane Satrapi (Persepolis) et Le Marsupilami adapté par Alain Chabat, du rire ET des idées !

Et puis, malgré ses frasques répétées, je ne parviens pas à oublier Samy Naceri. Ce monstre d'instabilité est, aux dernières nouvelles, en hôpital psychiatrique fermé, comme prisonnier de droit commun toujours sujet aux plus violentes des sautes d'humeur. Je trouve normal qu'il paye pour ce qu'il a fait. Cela dit, en dehors de ce casier judiciaire lamentable, je dirais qu'il y a un homme et, en rapport avec ce qui nous occupe aujourd'hui, un acteur que je regrette. Révélé dans Taxi en 1998, une niaiserie "longue durée" assez sympa au départ, il n'en était pourtant pas à son premier film. Je le crois capable de mieux et espère qu'un jour, il parviendra à s'amender réellement, à dompter ses mauvais penchants, pour (se ?) le prouver de nouveau. Malgré une période creuse depuis 2008, on lui prête quelques projets pour 2012, notamment le tout prochain film d'Alexandre Arcady, Ce que le jour doit à la nuit, tiré du roman éponyme de Yasmina Khadra. Oui, c'est bien sûr à condition que...

Voilà. Si je ne suis pas exhaustif ou si j'ai commis quelques erreurs factuelles, les commentaires peuvent également servir à compléter et/ou corriger. Merci d'avance pour vos éventuelles contributions.

lundi 11 juillet 2011

La construction d'un innocent ?

Une chronique de Martin

Je n'étais pas encore sur la Côte d'Azur quand l'affaire Omar Raddad a éclaté. Condamné à Nice à 18 ans de réclusion criminelle en 1994, à l'heure où j'étais étudiant en première année de droit, le jardinier marocain clame depuis son innocence et demande du coup à être rejugé, ce que la cour de cassation lui a pourtant refusé en 2002.

Reconnu coupable d'avoir tué sa patronne Ghislaine Marchal, il fait aujourd'hui l'objet d'un film: Omar m'a tuer, titre-réplique, faute d'orthographe comprise, des derniers mots attribués à la victime, retrouvés écrits en lettres de sang sur la porte de la cave où elle fut retrouvée morte. La première question que pose le métrage, c'est celle de sa pertinence: cette affaire devait-elle être ainsi transposée au cinéma ? Une réponse positive peut venir de la dramaturgie même du réel: il peut certes sembler regrettable que le film ait été distribué pour une sortie lors du 20ème anniversaire des faits, mais il s'avère impossible d'occulter que, si longtemps après, la question de ce qui s'est vraiment passé ce jour de juin 1991 fait toujours débat. Même s'il y a donc bien, depuis plus de 17 ans, un coupable désigné dans cette affaire, coupable à la demande duquel le parquet de Grasse a très récemment examiné d'ultimes échantillons ADN, avant de les déclarer inexploitables. Coupable sorti de prison prématurément, dès septembre 1998, au bénéfice d'une grâce présidentielle. Point qui me paraît des plus importants: il est ici présenté dans toute son ambivalence, c'est-à-dire défauts compris.

Si ce n'est au cours d'un bref flash-back, le film ne s'attarde que peu de temps sur la victime. Son scénario s'inspire de deux sources pareillement orientées: un livre écrit par Omar Raddad lui-même, ainsi qu'un autre ouvrage, signé de l'académicien Jean-Marie Rouart, convaincu de son innocence. Logiquement, il s'articule dès le début autour de deux axes: la vie du jardinier, en liberté, au procès évidemment, et en prison, et la contre-enquête menée tambour battant par l'écrivain, à grand renfort d'investigations sur le terrain. Le résultat de ces chassés-croisés laisse, sinon l'impression persistante d'une erreur judiciaire, celle d'une procédure bâclée, biaisée, au préjudice évident des droits de la défense. Les questions reviennent donc: l'homme qui a été condamné méritait-il de passer des années derrière les barreaux ? N'aurait-il pas dû être acquitté, simplement au bénéfice du doute ? Intelligemment, Roschdy Zem, réalisateur, ne répond pas vraiment: il (r)ouvre quelques pistes, partielles et parfois partiales, qui peuvent simplement donner matière à réflexion. Bien qu'il se garde de tout manichéisme exacerbé, on imagine facilement le trouble qu'Omar m'a tuer a pu causer à la famille et aux proches de feue Ghislaine Marchal.

Cinématographiquement, sans qu'on y prête forcément attention, deux techniques ont été adoptées. Pour suivre les pérégrinations éditoriales de Jean-Marie Rouart, alias Pierre-Emmanuel Vaugrenard joué par Denis Podalydès, la caméra tourne à distance, parfois posée sur un rail. Inversement, s'il s'agit de s'intéresser à Omar Raddad himself, incarné par un Sami Bouajila impressionnant d'expressivité, elle s'approche, renforçant encore la possible empathie ressentie pour le sujet. Omar m'a tuer, sans être un plaidoyer, évite délibérément les réquisitoires. C'est aussi, d'après moi, l'histoire d'une métamorphose, celle d'un comédien qui n'a pas hésité à perdre 18 kilos pour devenir son personnage. Le fond du propos ne peut sans doute pas emporter une totale adhésion, mais il reste toujours cette transformation dont le modèle lui-même reconnaît l'efficacité. "Ces mots sont les miens. Ce film, c'est ma vie", a pu dire en substance Omar Raddad, le vrai. Un aspect me dérange quelque peu: parce qu'on peut rester sur une impression trompeuse, et, objectivement, sur une petite phrase devenue inexacte, il est dommage que les derniers développements judiciaires de l'affaire, qui auraient pu être cruciaux pour l'avenir, ne soient pas mentionnés.

Omar m'a tuer
Film français de Roschdy Zem (2011)
Je reviens sur la date de sortie: j'ai d'autant plus de mal à concevoir un hasard que le titre, lui, ne laisse aucune place au doute, écrit d'ailleurs sur l'affiche du film tels que les mots l'étaient sur la porte de sinistre mémoire. En dépit de ces indélicatesses, le long-métrage reste intéressant à suivre et, ainsi que je l'ai également souligné, permet à Sami Bouajila de démontrer toute l'étendue de son talent. Maintenant, je n'ai pas souvenir d'autre film sur une possible erreur judiciaire pour une comparaison de style. Le grand Douze hommes en colère, je l'ai vu au théâtre, avec un Michel Leeb très convaincant dans le rôle tenu jadis par Henry Fonda. Dans ma pile de DVDs, j'ai aussi L'affaire Dominici avec Jean Gabin. Et j'ai noté que la justice pénale française semble de nouveau inspirer les réalisateurs cinéma. On annonce prochainement des productions sur la tragédie d'Outreau ou le meurtre de la famille Flactif au Grand Bornand. À suivre...

samedi 9 juillet 2011

QT, Jamie et moi

Une chronique de Martin

Parce que le cinéma, c'est fait pour s'amuser, je coupe ici, volontairement, le rythme de mes chroniques ordinaires par un texte un peu fantaisiste. Je n'en ai encore jamais écrit dans le genre. Objectivement, ça repose sur trois fois rien, mais voyez plutôt...

Je suis en retard: il y a déjà quelques semaines, la presse cinéma nous apprenait que Quentin Tarantino était à la recherche d'un acteur noir pour son prochain film, présenté comme un western et connu (provisoirement ?) sous le nom de Django unchained. Une histoire d'esclavage et de vengeance. Aujourd'hui, j'ai un souci: QT a trouvé son bonheur. Bah... voici quand même ceux à qui j'avais pensé.

D'abord, Jamie Foxx, que je n'avais pas retenu dans ma petite liste des possibles, mais qui a finalement décroché la timbale. L'avenir nous dira si c'est un bon choix: j'ai de fait apprécié les deux films que j'ai vus avec l'intéressé, L'enfer du dimanche et Collatéral. J'aurais préféré Will Smith, qui était aussi... le premier choix de QT !

Autre option à laquelle j'ai cru: Samuel L. Jackson. Elle m'a paru d'autant plus crédible que le comédien a déjà travaillé avec QT, incarnant un tueur évangéliste dans Pulp fiction. Il est ma foi positif que le réalisateur innove un peu et évite la facilité de tourner plusieurs fois avec les diverses stars qui ont contribué à son succès. Même s'il y a des exceptions... mais ça, c'est une autre histoire !

Pour jouer les affranchis, à tous les sens du mot, je pensais également que Morgan Freeman ferait l'affaire. Son nom évocateur parle pour lui, n'est-ce pas ? Sans doute qu'à 74 ans, le vieux copain de Clint Eastwood a d'autres ambitions cinématographiques. Notez bien toutefois qu'il est malgré tout assez crédible en papy flingueur ! Pour le vérifier, je vous renvoie par exemple à ma chronique de Red.

Denzel Washington, un prétendant ? Son interminable filmographie fait de lui un candidat sérieux, mais peut-être justement un peu trop. Je n'ai pas vu tous ses films, mais j'ai peine à penser à un rôle décalé comme peuvent l'être ceux que Quentin Tarantino offre parfois. Et puisque DW a été un American gangster, je me dis finalement qu'une future collaboration reste envisageable. À suivre...

Personnellement, je crois que j'aurais choisi Eddie Murphy ! Désormais sorti des pitreries de la série Shrek, j'aurais bien vu l'infatigable comique faire un surprenant retour pour marquer l'année de ses 50 ans ! Je crois avoir noté que l'intéressé a un contrat d'exclusivité avec Paramount Pictures: cela peut-il expliquer certains de ses choix cinématographiques ? Possible. Et tant pis pour QT...

Le flic de Beverly Hills, quand même, ça aurait eu de la gueule ! Maintenant, ce qui aurait pu être sympa également, c'est de voir débouler Danny "Roger Murtaugh" Glover. Serait-il en fait trop vieux pour ses conneries ? Je ne crois pas, quand même ! Je constate ici qu'il tourne encore beaucoup: pas moins de dix films l'année dernière et au moins quatre cette année. Alors, autre partie remise ? À voir. Les quatre Arme fatale semblent quand même loin, aujourd'hui...

Pour Sidney Poitier, je veux bien l'admettre, c'était moins évident. Désormais âgé de 84 ans, le tout premier Noir couronné d'un Oscar du meilleur acteur - c'était en 1963, pour Le lys des champs - reste absent du cinéma depuis 2006 et un film ironiquement intitulé Bicentennial nigger. Décoré il y a deux ans par Barack Obama himself, il faudrait quand même que je me décide à le découvrir...

Et maintenant, la première comédienne noire récompensée de l'Oscar de la meilleure actrice ! Vous connaissez ? C'est Halle Berry ! J'ai secrètement rêvé que Quentin Tarantino nous prenne à contre-pied et nous réserve l'une des fantaisies dont il est coutumier en optant pour un premier rôle féminin là où tout le monde imaginait plutôt une incarnation masculine. Raté ! On reverra la belle Halle en fin d'année dans New year's eve, film sur la Saint-Sylvestre de plusieurs couples. Tout ça s'annonce bien différent... et moins sanguinolent, je pense.

Et vous alors, les amis ? Vous auriez choisi qui, à la place de QT ?

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Précision (mercredi 20 juin, 19h25):
J'ai corrigé le texte sur Morgan Freeman pour confirmer ce qu'indique David en commentaires: l'acteur a 74 ans et non pas 64. Il faut croire que j'étais encore un peu endormi quand j'ai fait ce simple calcul...

vendredi 8 juillet 2011

La vie sans elle

Une chronique de Martin

Il a ressuscité le singe le plus célèbre de l'histoire du septième art. Sur un écran de cinéma, il a aussi donné vie aux hobbits, petits êtres fantasmagoriques inventés par J.R.R. Tolkien. Plus tôt, il s'est également intéressé aux films gore. Parce que Peter Jackson a su montrer de multiples talents, j'étais curieux de voir ce qu'il allait faire d'un scénario comme celui de Lovely bones. L'idée: raconter l'histoire (fictive) de Susie Salmon, une adolescente américaine, assassinée un soir de décembre 1973. Plus que sur le crime, le film se concentre sur l'après, quand, d'un au-delà très présent à l'image, la jeune fille voit sa famille et son meurtrier (sur)vivre sans elle.

Lovely bones est l'adaptation du roman La nostalgie de l'ange, écrit par l'Américaine Alice Sebold, traduit dans trente pays, vendu à plus de trois millions d'exemplaires à travers le monde. Il lui est paraît-il assez fidèle. Je ne parlerais pourtant pas d'un long-métrage orienté "grand public": si rien de sanglant n'est montré, les allusions sont assez explicites pour être potentiellement lourdes à supporter. C'est aussi tout de même un film sur la difficulté de faire son deuil devant la mort la plus injuste qui soit. Si ce message peut trouver quelque écho intime auprès de chacun, il peut certainement aussi réveiller des chagrins enfouis. Il vaut mieux le savoir avant, je crois.

Objectivement, le ton de l'oeuvre de Peter Jackson n'a en tout cas rien de larmoyant. Même morte, Susie Salmon reste bien l'héroïne centrale du film et paraît vivante tout du long. Le déroulé progressif de l'intrigue laisse penser qu'aucune souffrance n'est infinie. L'intérêt de cette mise en images est aussi purement artistique: le texte a laissé sa place aux plans de cinéma et quelques-uns, du monde réel ou des univers parallèles, sont d'une grande beauté. Lovely bones peut demeurer un spectacle familial, même s'il ne serait pas inutile que les plus jeunes soient au moins prévenus de ce qui les attend. Pour le coup, c'est sûr que ça change de Frodon et de King Kong...

Lovely bones
Film néo-zélandais de Peter Jackson (2010)
Je vous ai déjà parlé ici de La chambre du fils, autre film puissant sur le deuil d'un enfant: le ton adopté par l'Italien Nanni Moretti est bien différent, ancré dans une cruelle réalité. Peter Jackson n'occulte pas la douleur née de la disparition d'un proche, mais il la transcende pour composer un des univers fantasmagoriques dont il a le secret. Comparé au bouquin, il a également, d'après ce que j'ai cru comprendre, conservé une certaine sobriété, évitant les scènes choc. En cela, et contrairement à ce que j'aurais pu croire de prime abord, il est resté assez proche des thèmes qui lui sont familiers. J'ai noté que ce film évoquait l'une de ses premières productions, Créatures célestes. Il me faudrait le voir pour vous dire mon sentiment.

jeudi 7 juillet 2011

Lascars martiaux

Une chronique de Martin

J'ai réalisé un peu trop tard: dans ma chronique du dernier Pirates des Caraïbes, je n'ai pas dit le moindre mot sur l'usage de la 3D. C'est révélateur: à deux ou trois exceptions près, ce film prouve encore une fois que l'usage intempestif de cette nouvelle technologie n'apporte rien au cinéma. Le cas de Kung-fu panda 2, le film d'animation que j'ai choisi d'évoquer aujourd'hui, est bien différent. Sans être nécessairement indispensable, le relief est ici un vrai plus, qui dynamise l'action et renforce le plaisir pris devant les images. Cette fois, le tarif-supplément réclamé m'a paru... disons acceptable.

Affirmons-le tout net: Kung-fu panda 2 n'est pas la plus originale des productions. Typiquement, si, il y a trois ans, vous avez vu comme moi le premier épisode, vous n'aurez pas de surprise particulière: vous retrouverez même dans ce nouveau film l'ensemble des personnages déjà présentés: dans sa quête héroïque, Po le panda devenu guerrier dragon est toujours assisté de ses amis les Cyclones, animaux traditionnels des arts martiaux, Tigresse, Mante, Grue, Singe et Vipère. Il s'agit désormais pour le sextuor de partir calmer les ambitions dominatrices de Maître Shen, un paon mégalomane placé à la tête d'une armée de loups, qui s'est mis en tête d'administrer la Chine et d'anéantir le kung-fu au profit du canon.

Certains y voient une subtile métaphore des actuelles luttes d'influence sino-américaines. Mouais. Je considère plutôt la mission au premier degré, comme le prétexte à une avalanche de scènes d'action ludiques entre gentils et méchants. Je me suis bien amusé avec Kung-fu panda 2. Parfois un poil répétitifs, les gags ne sont jamais vraiment lourds et fusent de toute façon si vite qu'on reste toujours sur l'impression d'une frénésie comique tout à fait agréable. N'oublions tout de même pas de signaler la très grande maîtrise technique dont ont fait preuve les innombrables créateurs du film: chaque plan est un éblouissement coloré pour ceux qui ont su garder leur âme d'enfant. J'insiste spécifiquement sur une introduction superbe, dans le style des marionnettes chinoises, mais également sur les passages de flash-back, typés manga. Un régal pour la rétine ! Bien plus net, je le redis, que lors du dernier Pirates des Caraïbes.

Kung-fu panda 2
Film américain de Jennifer Yuh Nelson
C'est avec ce genre de travaux que, graphiquement au moins, Dreamworks peut venir contester la suprématie de Pixar. Bravo ! Assez enfantine sans doute, cette dernière production m'a emballé par son rythme et sa magnificence visuelle. Je n'ai pas envie aujourd'hui de mettre un bémol: ces deux indéniables qualités ont suffi à mon bonheur du moment. Franchement, s'il n'y avait pas Rango parmi les films d'animation que j'ai découverts cette année, ce serait sans doute celui-là le plus chouette, avec Raiponce. Envie de dresser votre propre classement ? Mais laissez-vous donc tenter !

mercredi 6 juillet 2011

Une histoire d'eau

Une chronique de Martin

Les plus cinéphiles d'entre vous le savent déjà: le Dark water américain sorti sur les écrans français en 2005 n'est que le remake d'un film japonais du même nom, tourné seulement trois ans auparavant. Vu que le hasard du tirage au sort m'amène à vous parler aujourd'hui de cette seconde version avant son modèle, je voudrais d'abord défendre l'idée qu'elle se tient. Quand je l'ai regardée l'autre jour, c'était déjà pour la troisième fois. Et, même s'il s'était déjà passé un bon moment depuis la précédente, oui, j'ai frémi, une fois encore. Voilà un film qui, pour moi, remplit son contrat d'épouvante.

Dark water - que nos amis québécois connaissent, eux, sous le titre Eau trouble - porte bien son nom. Il raconte l'histoire assez ordinaire de Dahlia Williams, jeune divorcée qui, du fait de cette désunion, s'installe dans un nouvel appartement avec sa petite fille, Cecilia. Rapidement, il s'avère que la maman est tendue, si ce n'est névrosée, par sa rupture récente, bien sûr, mais aussi par un passé qu'on imagine assez douloureux et le rapport qu'elle entretenait enfant avec sa propre mère. L'atmosphère est d'autant plus lourde que l'immeuble où elle emménage est glauque au possible et rendu plus inconfortable encore par des bruits et une mystérieuse fuite d'eau venus de l'étage supérieur. Un étage pourtant inoccupé...

Voilà le décor planté: pour en savoir plus, je vous renvoie directement au film. En DVD, est-ce d'avoir pâti de la comparaison avec son prédécesseur nippon ? Je crois que Dark water n'a pas eu grand succès. Au cinéma, d'après ce que j'ai lu, il n'aurait généré qu'un peu plus de 363.000 entrées en France et, tous pays d'exploitation confondus, même pas couvert son coût de production. Dommage: même convenu et déjà vu, le film garde des qualités certaines, au premier rang desquelles son image terne et le jeu inspiré de ses deux héroïnes, Jennifer Connelly, ici plus angoissée que jamais, et Ariel Gade, épatante gamine de 8 ans seulement.

Dark water
Film américain de Walter Salles (2005)
Je remercie mon ami Sylvain, grâce à qui j'ai eu l'opportunité de voir le film en salles: à l'époque, il était allé au cinéma sans moi et a accepté d'y retourner en ma compagnie. Sans parler de chef d'oeuvre pour autant, j'insiste: astucieusement combinés, le scénario, la mise en scène et le jeu des acteurs ont su me donner une vraie impression de malaise tout au long du métrage. Dans un genre que je connais encore mal et apprécie à vrai dire avec modération, ma référence absolue reste sûrement Les autres, d'Alejandro Amenabar. Il est probable que je vous reparle un jour de cette oeuvre, que j'aime placer quelques encablures devant le pourtant excellent Sixième sens de M. Night Shyamalan. C'est là une fameuse trilogie de la peur !

samedi 2 juillet 2011

Une discussion avec José Alcala

Propos recueillis par Martin

L'avez-vous lue ? Il y a un peu plus d'un mois, j'ai publié ici même une chronique de Coup d'éclat, film noir français sorti cette année au cinéma. Quelque temps plus tard, j'ai eu la chance et le bonheur que son réalisateur accepte l'idée d'une interview, à paraître toujours sur Mille et une bobines. J'ai donc eu une longue discussion avec lui et je tiens à remercier Catherine Winckelmuller pour l'avoir rendue possible. Merci aussi à Philippe Joseph chez qui j'ai pu disposer d'un téléphone à haut-parleur pour faciliter ma démarche. Merci enfin, et avant tout, à José Alcala d'avoir si gentiment offert de son temps pour évoquer son travail dans ce vaste tour d'horizon.

Coup d'éclat, c'est donc votre deuxième long-métrage...
En effet, après Alex, que j'avais sorti fin 2005.

Comment parleriez-vous de votre parcours jusqu'à aujourd'hui ? Cheminement régulier ou plutôt suite de cahots artistiques ?
Je viens d'abord du court-métrage. J'en ai fait pas mal, en arrivant petit à petit, entre mes envies de cinéma et mon regard sur l'actualité, à composer des personnages qui seraient dans l'instant. C'est ce qui m'a toujours préoccupé, en fait: raconter une histoire et, en même temps, parler de mon époque. Quand on essaye de faire du cinéma, il me semble que c'est une chose importante que de capter un peu de ce temps dans lequel on vit. Pour la fiction, c'est quelque chose qui se prépare. Pour le documentaire, en revanche, c'est un peu particulier. Par exemple, quand j'ai commencé un film sur les Molex, en 2008, c'est aussi parce qu'avec le producteur avec qui je travaillais sur une fiction, on s'interrogeait beaucoup sur la crise, ses causes et sur la façon dont le monde allait peut-être changer. J'ai en fait sauté sur l'actualité: c'est en ce sens que mon parcours peut être chaotique.

Mais au point de départ, comment vient-on au cinéma ? Pourquoi ne pas se tourner plutôt vers la télévision ou une autre forme d'expression artistique ?
Je ne sais pas vraiment. Dans ma famille, en tout cas, on n'allait pas au cinéma. J'ai vu mon premier film en salle à 14 ans. Deux ans plus tard, j'allais en voir à peu près 130 dans l'année et je n'ai plus jamais arrêté. C'est quelque chose qui m'a attrapé et ne m'a jamais vraiment lâché. Après, si on arrive dans un milieu d'expression, je crois que c'est d'abord parce qu'il y a des choses qu'on a envie de raconter. Quand j'écris un film, je suis une vraie éponge. Je capte ce qui se passe autour de moi et je le filtre à ma manière. Et pourquoi alors le cinéma ? Personnellement, le premier film que j'ai vu, c'était Soleil rouge. Pas un chef d'oeuvre, sans doute, mais un grand film, quand même. Et j'ai été fasciné par des tas de choses, du générique à ces gens qui s'exprimaient en grand sur un écran. C'était impressionnant !

Vous êtes-vous alors dit que vous vouliez faire quelque chose dans le cinéma ?
Non, c'est venu plus tard. Avec un copain, on avait acheté une Pathé Webo M, un matériel qui était déjà obsolète à l'époque: une caméra 16mm à manivelle, avec 45 secondes d'autonomie. J'habitais alors Montpellier et le réseau France 3 utilisait encore le même type de film: on nous donnait des rouleaux de 30m en noir et blanc et on nous les développait, gratuitement ou juste en échange d'une bouteille de pastis. C'est comme ça qu'on a fait de petits films, en vrais amateurs. Après ça, le copain est resté cinéphile sans faire de cinéma et moi, j'ai voulu m'y mouiller. J'ai donc réalisé un premier court-métrage: la balle était lancée.

Est-ce que ça s'apprend, le cinéma ?
Oui, je pense.

Et vous avez donc fait des études spécifiques ?
Non. J'étais en fait un très mauvais élève en classe, pas du tout intéressé par les études. Dès lors qu'il s'agissait de cinéma, ça m'intéressait, mais je n'avais pas le bagage nécessaire pour aborder une école. J'ai donc pris des cours par correspondance. Bizarrement, j'excellais alors dans une matière comme l'optique, un truc extrêmement complexe. Et, alors même que j'étais pitoyable en maths, tout à coup, animé par la passion du cinéma, j'ai tout compris. Comme quoi, il n'y a rien d'écrit. Maintenant, à l'époque où je commençais, on pouvait toucher à tout. Avec un peu de culot, arriver à faire un court-métrage, c'était possible. On pouvait aussi faire des petits boulots. J'ai donc découvert le cinéma par tous les côtés, la régie, l'assistanat et même la production. C'est intéressant, d'ailleurs, d'arriver à la réalisation en ayant un peu fait le tour de tous les métiers.

Arrivent vos deux longs-métrages de fiction, Alex et Coup d'éclat. Avec pas mal de temps entre les deux...
Oui, en effet. Alex, c'est un film qui est venu assez naturellement, avec un vrai désir de rencontrer des gens vivant en marge de la société et parvenant à se créer une sorte d'économie parallèle, à partir de la vente de palettes ou de petites choses. Je savais que ça existait, mais, dans le village où je venais d'acheter une maison, je l'ai vraiment découvert de très près. J'ai donc eu envie d'en parler et ça s'est monté assez vite, finalement, même si de manière assez bancale. Au départ, le film s'est lancé avec le soutien du Centre national de la cinématographie, Canal+ nous rejoignant en cours de route. Paulo Branco, le producteur, a vraiment misé dessus ! Coup d'éclat, ensuite... le deuxième film était un écueil qui m'a fait beaucoup plus peur que le premier. Peur d'avoir perdu une fraîcheur, un regard naïf. Le scénario a donc pris pas mal de temps à se construire, mais, dans l'intervalle, il y a quand même eu trois documentaires, deux de 52 minutes et un de 90. Je ne suis pas resté sans rien faire.

Pour Coup d'éclat, vous êtes réalisateur ET scénariste...
Oui, mais c'est le cas pour tous mes films, en fait. Je travaille avec Olivier Gorce, la plupart du temps. C'est un peu le scénariste attitré. Je prépare d'ailleurs un autre film actuellement, avec Olivier toujours, et Sophie Fillières.

Nous allons en reparler. Mais Coup d'éclat, pour vous, c'est un film noir ?
Oui, je préfère parler de film noir que de polar, en effet. C'est vrai que c'est l'histoire d'une femme flic, mais ça aurait pu être celle d'un gangster ou de quelqu'un d'autre. L'idée, en suivant cette femme flic, c'était de tracer un chemin, ce qui m'a paru plus simple avec le parcours d'un policier. Ensuite, il y avait vraiment un vrai désir de me frotter à ce genre. Enfin, encore une fois et modestement, j'avais envie de faire un état des lieux de notre société. Pour ça, le film noir me semblait indiqué: tout ce que je vois aujourd'hui est absolument noir. J'ai pu fouiller dans le monde policier actuel, qui se trouve finalement au coeur de pas mal de choses.

Pour faire ce type de films, est-il justement nécessaire de s'immerger auprès de la police d'aujourd'hui, d'intégrer un service, de suivre les fonctionnaires dans leur travail quotidien ? Maïwenn l'a fait pour Polisse. Et vous, qu'en est-il ?
Non, je ne crois pas à tout ça, tout comme je ne crois pas à l'Actors Studio. Je ne pense pas que pour jouer le rôle d'un SDF, il soit nécessaire de revêtir des vêtements sales pendant dix jours. Oui, je suis allé dans des commissariats, oui, j'ai parlé avec des policiers, bien sûr, je suis allé les voir, mais je ne me suis pas immergé dans leur monde. Qu'est-ce que ça voudrait dire ? Vivre ce qu'ils vivent ? Ressentir ce qu'ils ressentent ? Je ne l'ai pas fait. Je suis au contraire, et volontairement, resté à distance. Ce qui a d'ailleurs déclenché des choses intéressantes: les policiers se sont interrogés sur les raisons de ma présence et ont parfois pu se confier à moi. Je crois que c'était plus naturel ainsi. Je voulais un regard au plus juste sur le monde policier. Je me suis fait une idée très personnelle dans un premier temps et je tenais à ce qu'elle le reste, sans subir d'influence. Ce que j'ai fait, en revanche, une fois le scénario écrit, c'est que je l'ai donné à lire à des policiers.

Y a-t-il eu quelques adaptations, après cette phase de relecture ?
Quelques-unes, oui, des corrections d'ailleurs nécessaires. S'agissant d'une fiction, il n'était pas non plus question de coller à la réalité d'une procédure, au risque de ne plus rien créer à côté. Je voulais que Fabienne soit une flic un peu particulière. Peu confrontée au terrain, elle commet des erreurs, des maladresses. Je voulais que tout cela apparaisse.

Peut-on parler de votre film comme d'une oeuvre engagée ?
Engagée ? Oui, mais je ne suis militant de rien. Je vois mal comment on peut vivre dans l'époque actuelle sans y porter au moins son regard. Personnellement, je remarque des choses que j'ai envie de glisser dans mes films. En fait, plutôt que d'engagement, je parle de vigilance. Comme Stéphane Hessel qui parle de s'indigner de certaines situations pour en mesurer les effets néfastes, je reste en éveil.

Le fait d'avoir réalisé des documentaires nourrit-il cette approche ?
Bien sûr: c'est la même personne qui fait les deux, documentaire et fiction. Dans le documentaire, je ne veux toutefois pas parler de militantisme, ce qui consisterait d'après moi à répondre aux questions avant même de les poser. Dans un film comme celui sur les Molex, il est vrai que j'ajoute une voix off, la mienne, qui donne ma position. Il n'empêche que j'essaye d'avoir plutôt une approche de citoyen que de cinéaste. D'être un témoin de ce qui se passe.

Et Coup d'éclat, donc, n'aurait-il pu être tourné en documentaire ?
Si, mais j'ignore alors dans quoi je me serais immergé. Le personnage de Fabienne, en fait, c'est la correspondance de plusieurs femmes que j'ai rencontrées. Plutôt que de raconter leur histoire, j'essaye de raconter ce qu'elles ont ressenti, qu'elles soient policières ou pas. Dans Alex, ce sont aussi d'abord des rencontres avec plusieurs personnes, femmes ou hommes, qui ont donné naissance au personnage. Je ne me suis jamais servi d'un bout d'histoire en particulier, mais plutôt de sensations que j'ai eues en rencontrant telle ou telle personne.

Vous avez donc réalisé un portrait de femmes, au pluriel...
Oui, de femmes, d'hommes... disons d'individus. C'est véritablement l'amalgame de gens que j'ai rencontrés ou dont le discours m'importe parce que j'y suis sensible. Un ensemble de choses que je parviens à recueillir et mon propre sentiment, oui, évidemment...

Je crois qu'il y a malgré tout de nombreuses incarnations féminines, dans votre cinéma...
Oui, y compris dans les courts-métrages, que ce soit Via Ventimiglia, Case départ, La visite, Les gagne-petit ou même Frigo. Il faudrait que j'en parle à mon psy. Je ne sais pas d'où cela vient, mais dès lors que j'écris un personnage d'homme, il me semble beaucoup plus intéressant une fois transformé en femme. Peut-être en raison d'une fragilité plus grande, peut-être parce que les femmes n'ont pas encore tout à fait leur place dans ce monde et que, d'une certaine façon, c'est ce qui les rend plus intéressantes. Imaginez un film comme We want sex equality avec le combat d'hommes: ce serait moins intéressant qu'ils luttent de cette façon-là, il me semble. Ken Loach arrive toutefois très bien à faire ça avec des hommes...

Pourquoi avoir choisi Catherine Frot pour le rôle de Fabienne ? Vous avez écrit le rôle en pensant à elle ?
J'avais envie d'amener un sujet délicat, un sujet de film d'auteur, vers un public plus important. Catherine et moi nous sommes mis d'accord là-dessus et on avait également cette intention-là avec mon producteur. Catherine est venue très vite après l'écriture du scénario, pas pendant: je n'aime pas penser aux comédiens pendant que j'écris une histoire. Pour moi, c'est une comédienne très atypique dans le panorama du cinéma français, avec une façon particulière de parler et de se mouvoir. Elle me semblait capable d'incarner le personnage de Fabienne avec ses maladresses, ses déséquilibres et ses paradoxes. Pour la rencontre, tout se passe toujours par agent interposé, mais en cinq jours, nous étions face à face, ce qui est rapide. Elle avait vu mon précédent film et elle avait lu le nouveau scénario: tout s'est passé de manière très simple, dans la mesure où elle l'avait aimé.

Y a-t-elle également apporté une touche particulière ?
En fait, au niveau scénario, elle n'a rien amené, même si je l'ai adapté, c'est-à-dire que j'ai modifié quelques petites choses en pensant à elle. Au niveau de l'interprétation, elle a en revanche amené beaucoup, comme je l'attendais. On ne choisit pas une comédienne pour rien. J'avais envie de saisir les particularités de ce qu'est Catherine dans la vie, ce qui me plaisait chez elle, et de construire Fabienne avec ça. Ce qui a été assez drôle, c'est que les deux premiers jours de tournage, on n'arrivait pas vraiment à trouver le bon ton. On était un peu embêtés, tous les deux. Après une grosse discussion, c'est comme si Catherine s'était lâchée, abandonnée complètement à son personnage. Au bout de deux jours, j'avais Fabienne devant la caméra, plus Catherine. Et c'était important d'arriver à cette dimension-là.

Le film devait d'ailleurs s'appeler Fabienne, au départ, non ?
Oui, effectivement.

Pourquoi avoir changé de titre ? Vous souhaitiez qu'on se détache un peu du personnage ?
Non, c'est juste que je ne voulais pas faire Alex, Fabienne et Simone, après. Cela ne me plaisait pas trop de fonctionner comme ça. Je n'avais pas envie d'un autre prénom. Ce n'était pas du tout une question de s'éloigner du personnage ou de donner une autre dimension au film, qui reste de toute façon un portrait de femme. J'avais peut-être simplement envie de quelque chose de plus clinquant que Fabienne, qui paraît un peu à plat.

Le film montre une partie de la vie de Fabienne et de son activité professionnelle, mais il y a aussi beaucoup d'ellipses, de choses suggérées. C'était facile, pour vous, de construire le personnage sans tout montrer ?
Auparavant, quand j'avais écrit le personnage d'Alex, il y avait déjà cette envie de rester au présent. Là, maintenant, pas hier ni demain. Tout le film repose sur un passé dont on ne parle jamais. La seule chose qui en reste, c'est un fils dont elle essaye d'obtenir la garde. On devine juste qu'il s'est passé une succession d'événements néfastes. Cela me plaît beaucoup de fonctionner comme ça, de prendre des personnages là où ils en sont. Avec Fabienne, dans Coup d'éclat, je voulais faire la même chose, c'est-à-dire de la prendre là où elle en était. Qu'y a-t-il dans son passé ? On sait simplement qu'il y a la trace d'un enfant. Est-ce que c'est ce qui va faire qu'elle va s'intéresser plus particulièrement à l'enfant de son affaire policière ? Sûrement, mais pas uniquement. On n'essaye pas de sauver un enfant simplement parce qu'on a eu un problème avec un autre. En tout cas, moi qui n'ai jamais eu de problème de quelque ordre que ce soit avec un enfant, s'il y en a un en péril, il me semble que je vais essayer de faire quelque chose. Dans le film, ce détail alimente l'émotionnel. Il y a ainsi toute une série de choses annoncées, mais jamais vraiment ouvertes. Après, que peut-on dire de quelqu'un qui pleure dans une cellule de commissariat ? A-t-on vraiment besoin d'en dire plus ? On peut certes alors parler de violences policières, de stress, et il me semble effectivement que la police n'est plus actuellement génératrice d'autre chose que de stress. Mais voilà, ce sont autant de petites choses que j'ai envie d'égrainer, qui sont autant de questions posées. Il me semble plus intéressant d'essayer de poser du mieux possible les questions plutôt que de donner des réponses convenues ou redondantes. Je crois que c'est ça, mon métier. Qui suis-je, moi, pour donner la moindre réponse ?

Un petit mot sur le reste de la distribution ? Comment s'est construit ce casting ? À part peut-être Tcheky Kario, ce sont plutôt des acteurs peu connus. Et pourtant, Marie Raynal, par exemple, est presque dans tous vos films...
C'est une excellente comédienne et j'ai plaisir à travailler, à construire des films, en pensant à elle. Pour Carole, qu'elle interprète dans Coup d'éclat, j'avais aussi pensé à d'autres, mais à chaque fois, elle s'imposait: je savais qu'elle pouvait une dimension intéressante à ce personnage. Sans être principal, il est central: l'histoire tourne également autour de lui. Il m'a semblé intéressant de confier le rôle à quelqu'un de solide.

Et pourquoi Liliane Rovère, dans le rôle de la mère de Fabienne ?
On s'est rencontrés pour Alex, dans lequel elle interprétait également un rôle secondaire. Très honnêtement, j'ai vu je ne sais combien de dames de son âge en casting et, à chaque fois, elle s'imposait, elle aussi, par son jeu singulier et sa gouaille. Elle joue ici le rôle d'une vieille communiste et je savais qu'elle lui donnerait une dimension forte. Les dames avec lesquelles elle s'est retrouvée en concurrence n'avaient pas de background. Liliane, c'était incroyable: on avait l'impression qu'elle avait été communiste toute sa vie et qu'elle était juste en train de faire un essai devant la caméra.

Et les autres ?
Tcheky Kario ? Lui fait partie des comédiens que j'aime bien, capables d'interpréter des rôles qui ne m'intéressent pas a priori et qui, pourtant, me séduisent toujours. Après, il y a aussi Karim Seghair, un comédien important dans le film et que j'ai eu beaucoup de mal à trouver. Il est en fait beaucoup plus jeune que ce qu'il paraît: nous l'avons vieilli. Je l'avais raté, dans le casting: je l'avais vu passer et l'avais donc trouvé trop jeune, trop vif. J'ai finalement demandé à le revoir. Je lui ai alors demandé de faire tout à fait autre chose et je me suis rendu compte qu'il avait quelque chose qu'on pouvait utiliser. Il est vraiment devenu le personnage, avec cette espèce de voix rocailleuse. J'étais très heureux d'avoir trouvé mon Kacem.

Le décor, maintenant. Coup d'éclat se déroule à Sète et dans la région. Pourquoi avoir choisi cet environnement naturel ?
D'abord parce que, même si je vis à Paris aujourd'hui, j'ai longtemps vécu dans ce coin-là. Sète est une ville importante dans ma vie, un endroit très cosmopolite, comme souvent les ports, où j'aime me réfugier. J'aime ses rues, le tour de l'étang de Thau. L'autre raison, c'est une raison de production. La région Languedoc-Roussillon nous a aidés à construire le film: on aurait pu choisir Marseille, puisque la région Provence Alpes Côte d'Azur l'a fait également. Le commissariat du film est en fait un tout petit poste de police de quartier. Je voulais une ville portuaire à la dimension de mes personnages, des petits flics, pas de ceux qui mènent de grandes enquêtes. Ils font des reconduites à la frontière, mais aussi d'autres petites affaires. Tout ça, je voulais que ça garde une cohérence et Sète semblait très indiquée pour ça, avec ses contrastes. Sur le Canal royal, vous trouverez une ville méditerranéenne telle que vous pouvez l'imaginer, avec des bateaux et des façades de toutes les couleurs. De l'autre coté de la ville, c'est gris et, bizarrement, c'est là que se passent les reconduites à la frontière, que travaille la police de l'air et des frontières, que les bateaux ramènent les gens. C'est aussi un monde ouvrier, avec les silos et les grosses machines autour des navires. Ce côté-là m'a beaucoup plus intéressé que le folklore. C'est vraiment pour ces contrastes que j'ai eu envie d'y tourner.

Il y a beaucoup de lumière sur la côte méditerranéenne et pourtant, votre film est noir, orienté sur la nuit. Cela a-t-il occasionné des difficultés particulières ?
Cela a demandé toute une composition de lumières, organisée par Laurent Machuel, le chef opérateur, mais aussi tout un travail sur le son. Oui, avec toute l'équipe de Pascal Ribier, l'ingénieur du son, et de Nathalie Vidal au mixage, on a vraiment beaucoup travaillé sur cet aspect. Le truc étonnant, c'est effectivement qu'il s'agit d'un film noir, mais avec en même temps beaucoup de lumières, de quoi remplir un camion entier. Cela représentait à chaque fois des infrastructures énormes à mettre en place pour arriver à ce qu'on y voit dans ce noir complet. La nuit, sur le front de mer méditerranéen, c'est très noir et très froid. Voilà le souvenir que j'ai du tournage: ça aura été une construction faite à partir du noir, pour permettre de voir au mieux les personnages...

Si je comprends bien, il vous a aussi fallu illustrer par le son ce qu'on ne voit pas immédiatement à l'image...
Complètement. Je suis sensible au son, au hors-champ et à tout ce que la fiction peut inventer. La construction du réel passe beaucoup par le son: recréer une ambiance par ce biais m'intéresse beaucoup, peut-être même plus qu'avec l'image, et même si j'ai aimé découvrir le format scope, qui permet d'embrasser une surface très large. Cela me plaît énormément de travailler avec du son tout autour. On ne l'a pas fait avec des effets simples, mais avec le son dans toute son amplitude. De quoi réellement envahir la salle de cinéma.

Et la musique ? C'est la même recherche de représentation ?
En fait, je n'ai mis que très peu de musique dans mes deux longs-métrages. Avec Pascal Ribier et Nathalie Vidal, on a plutôt essayé de travailler la bande son comme une composition musicale. Déjà avec Alex, on a voulu créer une musique avec les sons. De mon point de vue, une musique de cinéma, c'est avant tout quelque chose qui doit sous-tendre une émotion. C'est dans ce sens-là qu'on a essayé de travailler. Au mixage, on avait 95 pistes à gérer, tant il y avait de toutes petites choses. Cette fois-ci, sur Coup d'éclat, j'ai fait appel à Sylvain Bellemare: il construit des nappes sonores. Son travail se mélange au son et permet de continuer à générer des sensations.

Votre film m'a fait penser à ceux de Jacques Audiard ou aux romans de Jean-Claude Izzo. Est-ce qu'un jeune réalisateur comme vous se confronte à des références ou cherche-t-il au contraire à s'en libérer pour apporter sa touche ?
C'est drôle, ce que vous dites. Il se trouve que j'ai dévoré les bouquins d'Izzo et que je suis très sensible à son côté noir et anar à la fois. Quant au cinéma d'Audiard, je ne peux faire autre chose qu'y être sensible également. Après, les références, je tâche de m'en débarrasser, de ne pas y penser quand j'écris. Elles doivent bien surgir de temps en temps, mais j'essaye de rester libre, de toujours de faire valoir un point de vue singulier. Mais oui, j'ai évidemment vu tous les films d'Audiard et j'y ai pris énormément de plaisir, tout comme j'ai adoré Izzo, davantage d'ailleurs en littérature qu'au cinéma. L'adapter, c'est sûrement difficile, mais ce qui a été fait reste loin de l'idée que je me fais des bouquins.

Je n'aime pas dévoiler la fin des films, mais, comparé à la trilogie marseillaise d'Izzo, Coup d'éclat paraît tout de même un petit peu plus lumineux, avec un tout petit espoir...
En effet, même si le film est très noir, j'ai l'impression que Fabienne est un personnage qui va vers la lumière. Quand on l'attrape au début, c'est vraiment une saleté: elle fait son boulot comme un métronome donnerait le tempo. Elle se réveille petit à petit: quand sa mère meurt, elle est libérée de quelque chose. Des choses se passent qui arrivent à l'émouvoir, à l'amener vers quelque chose qu'elle avait enfoui au fond d'elle avec beaucoup d'aigreur. La vie lui a donné pas mal de coups, mais, d'une certaine façon, elle finit par se révéler à elle-même.

Pour finir, j'aimerais parler un peu de vous. Vous serez bientôt à Foix pour participer Festival Résistances...
En effet. C'est un festival qui existe depuis maintenant quelques années et présente des films dans le sens d'une réflexion sur notre société, sur la vigilance citoyenne, aussi. Il s'interroge sur la vie sociale, la vie économique, en France et dans le monde aujourd'hui. J'ai la chance d'avoir été invité pour présenter trois de mes films: Alex, Les Molex - Des gens debout et Coup d'éclat. On va avoir toute une réflexion autour de notre positionnement dans la société. Les festivals sont, je crois, des endroits nécessaires. Je suis donc ravi de participer à l'édition de cette année.

Pour un cinéaste, ce sont aussi des lieux de travail, de rencontres. Finalement, qu'en attendez-vous, personnellement ?
Pour chaque film, que ce soit un court-métrage, un documentaire ou un long-métrage, comment ça se passe ? Enfermé dans une pièce, on est seul ou à deux pour écrire. Après ça, le réalisateur se retrouve sur un plateau à diriger techniciens et comédiens: c'est un drôle de truc, quand même. Ensuite, on passe des semaines au montage, puis en promotion du film. On présente alors le fruit de notre travail le plus simplement possible. Or, les gens ont des réactions ! Par rapport à toutes les étapes antérieures, ça m'alimente énormément d'aller au devant d'eux. Quand j'écris un film, je ne pense surtout pas à qui va le voir et comment: ça ne m'intéresse pas encore. Mais ensuite, j'ai envie de savoir ce que les autres en pensent.

Et pas seulement les professionnels, donc ? Le grand public aussi...
Mais c'est absolument nécessaire ! Les professionnels, c'est bien, mais ce qui m'intéresse d'abord, ce sont les gens vers qui le film est dirigé. Il faut bien sûr en avoir la capacité, mais j'aimerais vraiment ne pas travailler pour des raisons financières, faire en fait du cinéma populaire. Cela ne sert à rien de faire des films qui ne soient pas vus par les gens. Se diriger vers une pseudo-élite, ça ne m'intéresse pas du tout.

J'en profite pour vous poser la question de vos projets. Celle d'un autre film que vous aimeriez faire, par exemple...
En réalité, je fête ce soir (le 13 juin, NDLR) avec Sophie Fillières et Olivier Gorce la fin de l'écriture du prochain. Je me languis de savoir quel vin on va boire ! Nous avons écrit un scénario qui s'appelle Les ouvrières. C'est une idée que j'ai eue pendant le tournage de Coup d'éclat. J'avais très envie d'écrire un film choral qui mélange un peu l'aventure que j'ai connue avec les Molex, qui a duré un an de tournage et davantage puisqu'on continue à se voir, cette aventure-là, donc, avec le monde qu'on connaît maintenant. L'idée, c'est d'en faire une sorte de comédie, dramatique, certes, mais comédie quand même. L'histoire d'ouvrières d'une usine en danger, entre les moments où on y croit et ceux où on n'y croit plus. Nous avons pris beaucoup de plaisir à l'écrire, parce qu'il y a vraiment de vrais moments de comédie et d'autres plus tragiques. Le film avance dans les rires et les larmes. J'espère pouvoir le tourner au tout début de l'année prochaine.

À Sète, toujours ?
Non. J'aimerais bien que ce soit dans les Alpes. J'en ai besoin parce qu'il y a un autre élément important dans ce film: le vélo. On fait référence au Tour de France...

J'ai également entendu parler de vous comme auteur dramatique. Vous avez écrit une pièce de théâtre ?
Non. J'ai participé à des scénographies théâtrales, on m'a demandé de faire des vidéos pour le théâtre, mais je n'ai jamais écrit.

Mais l'art vivant, ça vous intéresse, malgré tout ?
Ah oui, beaucoup ! Catherine Frot va jouer Oh les beaux jours de Beckett et j'ai envie de voir ça ! Je n'ai encore jamais vu d'adaptation qui me plaise de ce texte magnifique.

Et écrire une pièce, ça vous semble insurmontable ?
Non, cela fait partie des choses que j'aimerais bien faire. Le théâtre, je sais que c'est très différent du cinéma, en matière de direction des acteurs, surtout, et de mise en scène. J'ai très envie de m'y frotter un jour. C'est forcément très tentant dans la mesure où l'on aborde les comédiens de manière très différente: il y a des répétitions et on peut mettre les choses en place sur la durée. Et puis, ce que je trouve beau aussi, avec le théâtre, c'est qu'ensuite, les comédiens sont seuls maîtres à bord. Quand ils s'emparent du texte et de la mise en scène, on ne peut plus les arrêter. Pendant l'heure et demie de spectacle, on ne peut plus dire "coupez !".

Pour finir, j'aimerais revenir une dernière fois sur Coup d'éclat. S'il fallait maintenant le situer dans votre carrière, comment en parleriez-vous ? Comme d'un aboutissement déjà ? D'une pièce de puzzle ?
En fait, je n'aime pas trop parler de carrière. Je préfère faire un film après l'autre. J'ai fait Alex et j'en suis très heureux. Même chose avec Coup d'éclat, même si, ces deux films, je ne peux plus les regarder. J'en verrais tous les défauts et ce n'est pas pensable. Maintenant, encore une fois, j'essaye vraiment de vivre avec mon époque et de voir ce qui s'y passe. C'est en ce sens que c'est difficile de faire des plans de carrière. C'est vrai aussi que j'ai envie de raconter l'histoire de vieux républicains espagnols encore en vie et qui ont plein de choses à transmettre. Mon père était lui-même un réfugié politique: il a fait la guerre, connu les geôles franquistes, les camps de concentration au nord du Maroc, la guérilla ensuite en résistance. Bien sûr que j'ai envie de le raconter, de parler de pour quoi des gens s'engagent et poursuivent ce qu'ils appellent une forme de résistance, comme par exemple Jean-Marc Rouillan a pu le faire avec Action directe. Au niveau social, ce sont des choses qui m'intéressent. Coup d'éclat, dans cette histoire, c'était en fait l'une des choses dont j'avais envie de parler. Et, un film après l'autre, j'ai toujours envie de parler d'autres choses.