mercredi 15 décembre 2010

Une fin, des débuts

20h00 ! C'est l'heure idéale pour vous faire part d'une information capitale. Est-ce un scoop ? Objectivement, pas pour tout le monde. Une précision, pour commencer: ce sera ma dernière chronique 2010. Je vous retrouverai au début de l'année prochaine, si vous le voulez bien, et je sais déjà plus ou moins ce que je vais raconter au cours de la première quinzaine de janvier. En attendant, et pour faire durer le suspense pour ceux qui ignorent la grande nouvelle dévoilée aujourd'hui, je souhaite évoquer aussi... quatre quatuors de cinéma.

Et d'abord, comme vous le voyez, Les trois mousquetaires, faux trio incarné, de gauche à droite, par Oliver Reed, Richard Chamberlain, Michael York et Frank Finlay, en l'an de grâce 1973. Un exemple parmi d'autres: depuis la glorieuse époque du muet, le roman d'Alexandre Dumas a connu une petite vingtaine d'adaptations orientées grand écran ! Sans doute précurseur, le romancier français avait prévu une suite, certes moins populaire. J'ai quelques lacunes, je dois dire, côté bouquins d'abord, mais aussi côté films. Mais j'ai tout de même prévu de vous parler tôt ou tard d'une version américaine que j'aime beaucoup, avec Gene Kelly et Lana Turner.

D'ici là, évoquerai-je ici Les quatre fantastiques ? Pas dit, en fait. Ce n'est pas faute d'avoir eu ma période comics, mais, en laissant porte ouverte à l'exception, le fait est que, jusqu'à présent, je n'ai jamais particulièrement apprécié les films de super-héros. Disons donc que, si l'occasion se présente, pas sûr que je zappe, mais aussi que je ne cours pas après. L'image ci-dessus ne m'encourage pas davantage: si les trois premiers personnages me paraissent crédibles dans leur représentation, j'avais imaginé La Chose, tout à droite, nettement plus massive. Bon, sur ce, qui vivra verra... ou pas.

Ce qui est sûr à 100%, c'est que j'ai en revanche la ferme intention de revoir - et relire - un jour la trilogie Le seigneur des anneaux. L'occasion de retrouver les hobbits, Pippin, Merry, Frodon et Sam. Pour le coup, l'adaptation cinéma ne m'a absolument pas déçu. Spectaculaire et épique, elle a répondu à mes attentes de lecteur quasi-simultané. Tout au plus puis-je regretter que Peter Jackson ait gommé la deuxième partie du dernier volet, mais il faut savoir admettre que ce n'était pas la plus spectaculaire. Bref, je promets donc de vous en reparler ! L'année prochaine ? Peut-être bien.

Voilà, pour conclure, j'ai choisi un quatuor féminin que je ne connais que de nom: Les quatre filles du docteur March. De Jo, Amy, Beth et Meg, j'ignorais encore tout il y a juste quelques instants. Forcément, je me doutais bien qu'un film avait été tiré du roman, mais sans savoir davantage, pas même l'année de publication: 1868 ! Mon image sort du long-métrage de 1949, je crois, mais il en existe un autre nettement plus récent, sorti en 1994, avec des actrices illustres, Winona Ryder, Susan Sarandon, Claire Danes ou encore Kirsten Dunst. Allez savoir, tiens ! Peut-être finirai-je par le voir...

Cela étant dit, l'heure est venue de dévoiler l'info du jour: si j'ai évoqué ces quatre quatuors plus ou moins illustres, c'est surtout dans l'idée d'en introduire un cinquième, composé pour le coup d'amies que je connais bien. Le but de la manœuvre: vous informer qu'après 382 chroniques, 329 présentations de film et 1.193 jours d'écriture en solitaire, j'ai pensé essayer d'apporter un souffle nouveau en ouvrant "mes" Mille et une bobines à quatre plumes nouvelles. Ce qui me réjouit et, accessoirement, me donne peut-être aussi une allure de chef indien. Je vous donne donc désormais rendez-vous en janvier pour d'autres aventures. Ne soyez pas triste de me voir partir: il n'y a pas de coupure pour les braves et, à partir de demain, les autres membres de la tribu se présenteront. Attention, hein ? Je compte sur vous pour leur réserver bon accueil !

lundi 13 décembre 2010

La DeLorean en seconde

L'envie de revoir un film tient parfois à peu de choses. Ce qui m'a motivé pour un nouveau visionnage de Retour vers le futur 2 ? Simplement une anecdote pas piquée des hannetons. Je vais y venir. D'abord vous dire que le long-métrage de Robert Zemeckis est l'une des exceptions qui confirment la règle selon laquelle les suites multiples ne valent jamais vraiment le coup, et en tout cas très rarement l'oeuvre originelle. Il faut bien reconnaître aussi qu'à la fin du premier épisode de leurs aventures, Marty McFly et Emmett "Doc" Brown nous avaient laissés sur une conclusion plutôt ouverte. Constater qu'ils rempilent pour un second opus n'a finalement rien d'étonnant. Et cette fois, la DeLorean, la voiture qui les fait voyager dans le temps, les conduit droit vers l'avenir, de 1985 à... 2015 !

Présenté par Doc au début du métrage, l'enjeu est simple: empêcher la progéniture de Marty, baptisée de manière très originale Marty Jr, de faire de grosses bêtises compromettant la famille et plus encore. Le tout en évitant de croiser son double dans ce temps pré-composé. Vous suivez ? Je l'espère. Sinon, je vous conjure de donner sa chance au film: je le vends peut-être mal, mais son scénario est d'une clarté lumineuse. Je le dis comme je le pense: Retour vers le futur 2, c'est un vrai moment de bonheur cinématographique. La preuve qu'on peut divertir sur la base d'une intrigue intelligente et sans effets spéciaux "branchouilles". Qu'importe si la technique employée, innovatrice pour l'époque, paraît désormais dépassée: l'ensemble reste tout à fait efficace. Il est très facile de se prendre au jeu.

Le plus drôle, là-dedans, c'est peut-être l'anecdote que j'évoquais dans le premier paragraphe. Oh, une précision: ça ne modifie vraiment rien à l'histoire elle-même. En fait, c'est d'un changement d'interprète dont il s'agit. Après le premier opus, Claudia Wells, l'actrice qui joue Jennifer, la petite amie de Marty, est tombée malade. Elle n'a donc pas pu participer à Retour vers le futur 2 et a dû s'y faire remplacer par Elisabeth Shue. Oui, d'accord mais voilà ! La fin du premier film est aussi le début du deuxième: il a donc fallu retourner la scène quasiment à l'identique. Je l'ai appris tout récemment et croyez-moi si je vous dis que, jusqu'ici, je n'avais jamais prêté attention à ce détail pourtant plus que visible ! J'y vois une preuve supplémentaire de la réussite de ce pop corn movie résolument haut-de-gamme. Si ce n'est déjà fait, je ne peux encore une fois que vous encourager à vous offrir une bonne (re)diffusion !

Retour vers le futur 2
Film américain de Robert Zemeckis (1989)

Même si l'introduction risque alors de vous paraître quelque peu elliptique, je crois jouable d'aborder la trilogie par ce morceau. Cela dit, ne vous y trompez pas: ce serait tout de même bien dommage de se priver du premier. Comme son très digne successeur, Retour vers le futur premier du nom tient aujourd'hui du film culte, au moins pour ma génération. Ce n'est pas pour rien qu'on a dignement célébré cette année le 25ème anniversaire de la saga. Il y a là quelques (bonnes) idées qui ont pu grandement influencer le cinéma de divertissement. Pas de nom particulier à citer, mais, aux côtés des films de Spielberg période 70-80, c'est véritablement l'archétype des ces madeleines que je savoure toujours avec le même plaisir.

samedi 11 décembre 2010

Une nuit en enfer

Ami(e)s insomniaques... ou pas, bonsoir ! Prévoyant un week-end plutôt speed, j'ai pensé que j'aurais aussi bien fait d'écrire maintenant que de prendre du retard sur les autres choses que j'ai l'intention d'avoir bouclées d'ici lundi. Et en fait, ça ne tombe pas mal du tout: c'est de Eyes wide shut, un film dont l'essentiel de l'intrigue se déroule de nuit, que j'avais l'intention de parler. Une oeuvre jouée sur un rythme relativement lent et qui dure, sachez-le, deux heures et demie. Le point névralgique de ce drôle de récit est un couple. Dans une harmonie apparente, Alice et Bill Harford vivent à New York et y élèvent une petite fille d'une dizaine d'années. Lui est médecin hospitalier, elle amatrice d'art et désireuse d'ouvrir une galerie.

Si vous l'ignoriez encore, il est fort probable que vous les ayez reconnus: Nicole Kidman et Tom Cruise incarnent les personnages. Très vite, le duo fonctionne bien, probablement parce qu'à l'époque, l'Australienne et l'Américain n'étaient pas mariés qu'à l'écran, mais également à la ville. Pas question pour autant d'admirer l'image paisible de deux amoureux: un soir, après qu'elle a partagé un joint avec Bill, Alice lui demande des comptes sur sa fidélité et, grisée, raconte qu'elle a rêvé qu'elle le trompait. Une dispute s'ensuit: Bill quitte le foyer et entame une nuit d'errance dans les rues de la ville. Eyes wide shut devient glauque et le restera en fait jusqu'au bout. Très honnêtement, c'est en fait un peu ce à quoi je m'attendais.

Ce film est un cauchemar baroque. Il s'intéresse d'abord longuement aux agissements de Bill, lequel va notamment participer à une soirée costumée pourtant bien peu fréquentable. Il n'oublie pas pour autant Alice, qui dort du sommeil du juste après ses confidences, semble n'éprouver aucun remords vis-à-vis de son époux, mais n'a même pas le courage d'en tirer toutes les conséquences. Ce qui peut encore réunir ces deux-là ? Probablement le sexe, ce que le scénario n'hésite pas à exprimer de manière plutôt frontale. Cette marche en avant vers la déliquescence des sentiments s'achève certes assez crûment, mais, surprise, sur une note plus évocatrice que vraiment explicite. J'en suis ressorti un peu sonné, pas fasciné, mais surtout admiratif de la performance des deux acteurs principaux. Tout ramène à eux, même s'il y a aussi de bons seconds rôles dans Eyes wide shut. Chose sûre et certaine: personne n'est là pour amuser la galerie.

Eyes wide shut
Film américain de Stanley Kubrick (1999)

Le dernier long-métrage du maître prête le flanc à la controverse. D'aucuns jugent ainsi que la version cinéma - que j'ai pour ma part découverte en DVD - ne correspond pas à la vision du réalisateur, mort quelques semaines avant la sortie de son oeuvre sur les écrans. Allez savoir ! Ce qui est certain, c'est que le tournage à lui seul aura déjà duré plus d'un an: on peut donc penser que le montage n'était pas entièrement terminé. Je n'irais pas jusqu'à dire que ça se voit. Si, compte tenu simplement de sa complexité, il m'est difficile d'affirmer qu'il m'a plu, il est patent que le film m'a au moins intéressé. Il est de ceux qui se plaisent à casser le mythe du rêve américain. À ce titre, je crois pouvoir le rapprocher de Macadam cowboy ou même de Requiem for a dream. D'autres illustrations frappantes et radicales de la sauvagerie de la vie en milieu urbain.

jeudi 9 décembre 2010

Bruce tout puissant

J'enchaîne ce matin avec un autre film d'espionnage, d'un style néanmoins très différent. C'est alléché par la perspective de m'offrir une bonne séance de rigolade que je suis allé voir Red, petit projet qui vaut surtout pour les retrouvailles avec ses quatre têtes d'affiche - au sens propre. La liste: Helen Mirren, Morgan Freeman, John Malkovich et, dans la posture du héros inoxydable qui lui va toujours aussi bien, Bruce Willis himself. Ce que raconte l'histoire qu'ils jouent en groupe ? Rien de bien original. En gros, les quatre ont connu leur heure de gloire en tant qu'espions et, bien que désormais à la retraite, en savent trop sur certains dossiers pour pouvoir simplement partir à la pêche. Un ennemi invisible veut les liquider !

En marche avant pour deux petites heures de grand n'importe quoi ! La première partie du métrage est assez jubilatoire: Bruce y croise (enfin) la route d'une donzelle dont il s'est épris... au téléphone. Hein ? Oui, tant pis pour le mythe: le néo-retraité drague à distance, en faisant semblant de porter réclamation pour non-versement répété de ses chèques de pension. Ensemble, et sous la contrainte pour la demoiselle, les deux improbables tourtereaux retrouveront alors le reste de la bande: Morgan en Don Juan des maisons de repos, John toujours paranoïaque d'avoir été shooté au LSD et Helen, classe, follement classe, en tant que digne Britannique de service. Évidemment, c'est son casting qui donne à Red toute sa saveur.

Ne vous y trompez pas: pour le reste, ça défouraille sec, exactement comme dans un film d'action lambda. Ce n'est pas un mal, d'ailleurs, puisque c'est aussi ce qu'on est venu chercher: un juste mélange d'explosions et de répliques ironiques, dans la pure tradition Willis, vingt ans passés après des débuts dans le même registre, en un peu moins décalé tout de même. Seul souci: une fois la dream team réunie, j'ai trouvé Red moins percutant, moins efficace, à vrai dire. La distance que le scénario avait su créer entre les personnages présentés et les archétypes du genre s'estompe: le long-métrage retombe dans un certain nombre de clichés et redevient un produit de consommation cinématographique courante. Dommage ! Reste donc le plaisir de la première heure, assez grand pour m'encourager quand même à aller voir une hypothétique suite... en Moldavie ?

Red
Film américain de Robert Schwentke (2010)

Le plus amusant restera d'être allé voir Bruce Willis à contre-emploi et de finir par se dire que c'est bien davantage les autres qui le sont. Autre sourire après coup en constatant que du haut de ses 55 ans fêtés en mars, le chauve est le jeunot de la troupe. Morgan Freeman, lui, fait le malin et se déclare encore plus vieux qu'il ne l'est réellement. Note pour les cinéphiles: le film offre aussi 2-3 dialogues sympa à ce bon vieux Ernest Borgnine, 94 ans en janvier ! En quête d'un film comparable ? Je vous aurais bien proposé Salt, mais c'est finalement... beaucoup trop sérieux. Sauf à vouloir d'un autre film d'espionnage, je vous recommande plutôt Ocean's 11 et ce côté décalé de la bande de potes en goguette. Et s'il faut que les potes soient des papys, un Space cowboys me paraît encore le plus indiqué.

mardi 7 décembre 2010

Des hommes d'influence

Le cinéma est parfois injuste. Pourtant pourvus d'un certain nombre de qualités, des films tombent dans l'oubli sans que ça puisse totalement se justifier. Les patriotes d'Éric Rochant me semble(nt) s'inscrire dans cette catégorie des longs-métrages mésestimés. Loin d'être parfaite, cette - double - histoire d'espionnage méritait probablement plus d'attention que celle des 321.000 spectateurs venus la découvrir sur grand écran. Elle avait d'ailleurs su capter l'intérêt du comité organisateur du Festival de Cannes 1994, apparaissant en sélection officielle pour mieux repartir bredouille, décision du jury présidé cette année-là par Clint Eastwood. J'entreprends donc ce matin une petite entreprise de réhabilitation.

Le film tourne autour d'Ariel Brenner, jeune Juif parisien un peu idéaliste, qui parvient à intégrer le Mossad, les services secrets israéliens, puis l'unité 238, un corps indépendant servant à peu près les mêmes desseins. Ce sont, eux, je crois, Les patriotes du titre. Leur mission - et ils l'ont acceptée - est de gagner toute la confiance d'un physicien français probablement impliqué dans la construction d'une centrale nucléaire dans un pays arabe. Un argument de scénario qui se développe jusqu'à la moitié du métrage, une autre opération réclamant alors du jeune espion et de ses hommes qu'ils portent assistance à un agent double américain pour exfiltrer des documents confidentiels. Deux idées inspirées de l'actualité de cette époque.

Les patriotes aurai(en)t pu être un long-métrage très conventionnel. Ma seule vraie déception est d'avoir eu l'impression de suivre plutôt deux petits films qu'un grand: en fait, les intrigues ne s'entremêlent pas suffisamment à mon goût. J'ai apprécié leur intelligence, portée plus haut encore par la réalisation, bien sûr, et le fait qu'au départ, on a du mal à croire à la métamorphose d'un jeune homme ordinaire en parfait espion au service d'une puissance étrangère. Acteur malin que je trouve trop rare, Yvan Attal s'en tire bien, à l'image d'ailleurs du reste de la distribution, où l'on appréciera Emmanuelle Devos, Bernard Le Coq ou Jean-François Stévenin (entre autres). J'ai gardé Sandrine Kiberlain pour la fin: méconnaissable avec ses cheveux courts, la comédienne illumine le film de sa beauté, dans un rôle marquant et ambigu. Elle en est presque le fil conducteur inattendu. Mais vous devez bien vous douter que je ne vous ai rien dit...

Les patriotes
Film français d'Éric Rochant (1994)

Une grande réussite ? Peut-être pas. Disons un film bien assez retors pour mériter qu'on lui consacre une soirée plateau télé - ce que j'ai fait il y a quelques semaines. Il est vrai que les "concurrents" possibles ne manquent pas: autant cet exemple ne fait pas l'unanimité, autant l'espionnage reste une valeur sûre des scénarios cinéma. Dans le genre, je vous recommanderais plutôt le Spy game de Tony Scott, avec Robert Redford et Brad Pitt, sauf à lui préférer un énième James Bond, dont l'ultime aventure, Quantum of solace, m'avait passablement déçu. Ceux qui auront apprécié ici Yvan Attal pourront également le retrouver avec plaisir dans un autre film porté par le suspense, dont j'ai parlé en août: Rapt, de Lucas Belvaux.

lundi 6 décembre 2010

L'horreur sauce coréenne

Découvrir le cinéma asiatique n'est pas toujours évident. Ayant eu l'occasion de récupérer une série de dix films sud-coréens, j'en ai regardé un il y a quelques semaines, tâchant d'abord de ne trop rien en savoir avant pour partir "à blanc", sans préjugé. J'avais en fait juste lu qu'il était question d'un film d'horreur en milieu hospitalier. Après coup, je ne peux aujourd'hui prétendre y avoir tout compris. Comme éclatée en plusieurs morceaux, cette histoire de fantômes constitue un puzzle un peu complexe pour mes yeux. Son origine géographique y est-elle pour quelque chose ? Peut-être. Il faut probablement revoir le film (plusieurs fois ?) pour bien tout saisir.

L'oeuvre ici présentée s'appuie sur un flash-back, son narrateur s'avérant être un vieux médecin à la retraite dont l'ancien hôpital va être détruit. Il revient donc aux heures de la seconde guerre mondiale, au cours desquelles la Corée était occupée par les troupes japonaises. À partir de là, il mêle plusieurs récits: celui d'un interne fasciné par la beauté d'une jeune fille suicidée, celui d'une petite fille qui provoque la mort de sa mère et de son nouveau compagnon, celui enfin d'un médecin qui découvre que sa femme n'a pas d'ombre. Même en aimant l'irrationnel, tout cela est un peu déroutant. Certainement pas banal ou mal filmé, mais quelque peu abscons...

Je fais la part des choses: Epitaph est sans aucun doute un bon film. Si j'ai quelque difficulté à juger du talent d'acteurs que je ne connais pas, je peux dire que je n'ai relevé aucune fausse note dans leur jeu, chacun jouant sur le registre de la peur ou de l'effroi de manière plutôt convaincante. Graphiquement, à présent, le long-métrage est d'une grande beauté: on en sortirait presque frustré de ne pas avoir saisi plus de références. Quant à sa durée, moins de deux heures, elle n'est pas assez longue pour que je me sois ennuyé. Mon incursion en territoire cinématographique étranger m'a donc plutôt plu. J'espère que d'autres opérations du genre me permettront d'être progressivement plus réceptif pour mieux apprécier le spectacle.

Epitaph
Film sud-coréen de Shik et Byeong-shik Jeong (2007)
Un nouveau smiley parce qu'objectivement, l'oeuvre des frangins est parvenue à me faire sursauter une paire de fois. Réussie sur le plan strictement plastique, elle reste relativement imperméable à un oeil profane côté scénario, mais n'est pas inintéressante pour autant. Comme je l'ai dit, je crois simplement qu'il me manque encore quelques clés. Pour la peur au cinéma, je juge toujours Sixième sens et Les autres plus efficaces. Quitte à rester en Asie, je suggère l'effroyable thriller japonais qu'est Dark water, dont a d'ailleurs été tiré un remake américain. J'en reparlerai probablement un jour.

samedi 4 décembre 2010

La mutation de Suzanne

Un pavillon bourgeois dans une ville de province, un mari cadre stressé qui est le seul à avoir un salaire, deux grands enfants blonds qui ne savent pas bien quoi faire de leur vie: dans sa tenue rouge cerise, Suzanne a toute la panoplie de la ménagère des années 70. Ce matin-là, quand elle rentre de son footing, elle ne sait pas encore que son destin va basculer. Le bon Robert parti dans l'idée de briser la grève de ses ouvriers ne revient qu'après une courte séquestration et subit une attaque cardiaque. Envolé en cure de repos forcé, il n'a d'autre choix que de confier les rênes de l'entreprise à sa femme. Suzanne à l'usine ou la révélation d'une Potiche. Où il est démontré que le plus cruche n'est pas nécessairement celui qu'on pense...

Pour peu que le septième art vous intéresse, j'ai du mal à imaginer que vous soyez passés à côté de la déferlante Potiche. On a dû parler de ce film dans tous les journaux, sur toutes les chaînes et les ondes diverses et variées. Je le fais moi-même avec plaisir, pour saluer non pas une oeuvre capitale, mais un vrai bon moment de cinéma. Ironie du sort, c'est aussi l'adaptation d'une pièce de théâtre, signée Barillet et Grédy. Catherine Deneuve y reprend le personnage créé par l'inénarrable Jacqueline Maillan. Une star du grand écran succède à un mythe des planches: sur ce premier point, essentiel, aucune fausse note à déplorer. Et le reste de la partition est à l'avenant. Derrière la caméra, il est vrai que le chef tient bien la baguette.

La grande qualité du film est en effet, non pas sa vraisemblance, mais son talent pour être caricatural et crédible à la fois, et donc franchement drôle. Potiche, c'est d'abord une incroyable brochette d'acteurs, tous justes et au service de dialogues ciselés: les rôles principaux sont en outre tenus par d'impeccables Fabrice Luchini, Gérard Depardieu, Karin Viard, Judith Godrèche et Jérémie Renier. C'est aussi - et j'allais dire surtout - une très chouette reconstitution de l'après-mai 68, tables formica, papiers peints fleuris et moumoute sur les téléphones à cadran. Quelques répliques savamment distillées rappellent au passage que, si elle n'est revenue en arrière, la France n'a pas forcément beaucoup changé non plus. Pas toujours rassurant. Bref, ce n'est jamais vraiment impertinent, mais c'est souvent malin. Bilan général: je n'ai pas ri aux éclats, j'ai même été un instant déçu par le dernier tiers du métrage, mais j'en suis sorti avec le sourire.

Potiche
Film français de François Ozon (2010)
La mutation du titre de cette chronique n'est pas qu'une promotion sociale, mais bel et bien une modification substantielle de la nature même de l'héroïne du film. Vous finirez par comprendre que Suzanne cache bien son jeu. Un mot encore sur le soin qu'Ozon et son équipe ont apporté aux plus petits détails. L'hommage à Jacques Demy paraît évident: le seul fait que l'époux de Suzanne gère une fabrique de pébroques ramène immédiatement vers cette merveille de film qu'est Les parapluies de Cherbourg, Catherine Deneuve reliant d'emblée les deux oeuvres et les deux époques. Second parallèle possible, avec Oscar, une autre pièce de théâtre de ce genre adaptée au cinéma. À voir surtout pour l'excitation de Louis de Funès et la roublardise de Claude Rich, l'humour y étant un peu moins fin.

vendredi 3 décembre 2010

Shakespeare en Chine

Souvenez-vous: l'année dernière, le 19 novembre exactement, j'ai parlé ici du cinéaste chinois Chen Kaige. Depuis, je l'ai entendu interviewé dans le documentaire dont je parlais mercredi et, il y a quelques jours, j'ai revu l'un de ses films: L'empereur et l'assassin. Le cinéaste nous invite à la cour de Ying Zhen, souverain du royaume de Qin, l'une des sept provinces de ce qui n'est pas encore la Chine. Le monarque a justement cette ambition d'unifier l'empire ou, comme il est dit beaucoup plus joliment au cours du métrage, "tout ce qui existe sous le ciel". Pour cela, peu à l'aise avec la diplomatie, il mène la guerre et fomente des complots. L'idée du dernier lui vient de la dame de Zhao, une amie d'enfance devenue sa concubine.

Incarnée par la ravissante Gong Li, la possible future impératrice choisit de se présenter à un prince rival le visage marqué au fer rouge. Elle espère ainsi susciter à la fois la pitié et la haine, conduire son chevalier servant à réclamer réparation à Ying Zhen et alors offrir à son vrai amant le prétexte d'une nouvelle annexion. Oui ? Vous avez tout compris ? Je le reconnais: L'empereur et l'assassin repose sur un scénario un peu compliqué, dont ce que je viens juste de dévoiler n'est que le point de départ. Ces somptueuses images partent visiblement d'abord d'une histoire très écrite, on pourrait même dire littéraire - d'où le titre de ma chronique, en fait. Il faut aimer. Pour ma part, cette densité de l'intrigue n'est pas un obstacle au plaisir pris à la découvrir. Bien au contraire, j'apprécie toujours autant ces grandes fresques historiques, même si elles se déroulent dans un univers étranger. Précision: celle-ci se découpe en chapitres.

Sur la forme, L'empereur et l'assassin n'a pas grand-chose d'un film d'action. S'il montre bien quelques scènes de bataille, c'est plutôt dans les alcôves des palais que se déroule l'essentiel de son intrigue. Pourtant, débarrassée des effets numériques jugés incontournables en Occident, l'oeuvre garde un indéniable souffle épique, celui qu'apporte une formidable galerie de personnages. Je ne suis pas sûr qu'elle soit apte à séduire tous les publics, mais j'affirme qu'il y a là un style, un vrai, encore magnifié par des décors et des costumes d'une incroyable beauté. Origine du long-métrage oblige, la plupart des membres de sa distribution reste méconnue. C'est certainement une raison supplémentaire d'apprécier le travail qu'ils proposent ici. Une escapade dans le lointain passé dont je suis revenu charmé.

L'empereur et l'assassin
Film chinois de Chen Kaige (1998)
Bien que sans doute un peu plus accessible que d'autres, le film fait aussi partie, je crois, de ces oeuvres pour lesquelles il vaut mieux abandonner toute référence occidentale. C'est en s'y plongeant tête en avant, sans préjugé ni retenue, que l'on en tire toute la saveur. Amateur du genre, je me suis régalé - la première fois, bien sûr, mais presque autant à la deuxième vision. Le comparatif s'impose naturellement avec Hero: le film de Zhang Yimou s'appuie en effet sur le même argument et élément historique. Il me faudrait le revoir pour en juger avec plus de pertinence. Le souvenir que j'en ai est celui d'une création onirique et colorée, qui m'avait moins convaincu.

jeudi 2 décembre 2010

Les soldats de mon enfance

Désolé, Michel Sardou. Quand j'étais petit garçon, je ne repassais pas mes leçons en chantant. Ou peut-être que si, mais j'ai oublié. Peu importe. Ce dont je suis sûr, c'est que j'ai longtemps collectionné de petites figurines animées qui pourraient valoir cher aujourd'hui conservées sous blister. Cette armée de mon enfance, je l'ai retrouvée il y a peu dans un film: G.I. Joe - Le réveil du cobra. Rien d'autre qu'un blockbuster américain découvert de manière impromptue au cours d'une soirée crêpes chez des amis. Ce n'est pas (ou plus) mon genre préféré, mais il faut bien aussi se montrer ouvert quand on se prétend prêt à presque toutes les expériences cinématographiques. D'ailleurs, là, je ne me suis pas ennuyé.

Entendons-nous bien: film pyrotechnique assez convenu, G.I. Joe... n'apporte rien de franchement imaginatif au septième art contemporain. Mais qu'importe ces pompeuses considérations: il a pour lui le mérite d'annoncer la couleur et de ne pas se présenter pour ce qu'il n'est pas. Une fois le DVD lancé sur la platine, je savais déjà grosso modo à quoi m'attendre... et j'ai été servi. Deux heures plus tard, je n'ai pas regretté d'être resté devant l'écran. L'avantage des productions de ce type, c'est qu'à condition tout de même d'accrocher aux quelques lignes qui servent de scénario, on n'a peu de risque de trouver le temps long. C'est McDo sur pellicule: pas franchement savoureux, mais ça cale toujours les petits creux.

Après, les acteurs, le réalisateur... pour tout dire, je m'en moquerais presque. Je note malgré tout que j'ai retrouvé ce qui me plaisait jadis, à la glorieuse époque des figurines: la galerie de personnages sympa et typés, tant chez les bons que chez les méchants. Séquence émotion et petit bonheur: il y a même Storm shadow, le ninja blanc au service du mal que j'avais véritablement mis BEAUCOUP de temps à dénicher en magasin (Titi, si tu me lis, merci encore !). L'argument développé ici reste assez classique: un sale type entend devenir rapidement le maître du monde et croit s'en donner les moyens grâce à une menace militaire de grande ampleur. Et fort heureusement pour le monde, l'armée (américaine, bien sûr) dispose d'une escouade secrète, aussi surentraînée qu'efficace sur le terrain. G.I. Joe... offre au moins quelques morceaux de bravoure sur le plan des effets spéciaux. J'ajoute d'ailleurs que l'action est en flux tendu tout au long du métrage. C'est peu, ça ne suffit pas toujours, mais c'est déjà ça.

G.I Joe - Le réveil du cobra
Film américain de Stephen Sommers (2009)

Le titre et la fin laissent imaginer une suite. OK, si vous goûtez peu aux explosions en tout genre, ce qu'on vous propose ici en qualité d'épisode numéro 1 risque de vous lasser très vite. Hé, les garçons ! Pour le plaisir des yeux, il y a aussi Sienna Miller et Rachel Nichols dans des costumes moulants ! Souriez, les filles: dans la troupe, il y a encore quelques p'tits mecs, dont un certain Marlon Wayans, auteur d'une vanne à chaque apparition et que j'ai pris pour Thierry Henry. Bon, OK, tout ça ne suffira peut-être à vous convaincre de regarder ce film logiquement produit par... Hasbro, la marque de jouets. Disons quand même que ça peut être sympa pour une séance orientée pop corn. Dans le genre, cette année, j'avais vu L'agence tous risques. Niveau fun, l'oeuvre du jour est un ton en-dessous.

mercredi 1 décembre 2010

Il était une bergère...

Dans le jargon commercial du cinéma, on appelle ça un teasing. Comprenez une courte information susceptible de titiller la curiosité et de donner envie d'y revenir: ce mois de décembre qui débute verra Mille et une bobines connaître un changement important, peut-être même capital. À ceux qui ne sont pas dans la confidence, je donne rendez-vous d'ici quelques semaines. En attendant, pas question aujourd'hui de vous chanter une comptine: je vais plutôt vous parler d'un film chinois, Le mariage de Tuya. Un long-métrage dont l'action se déroule en Mongolie et qui - ô bonheur du hasard renouvelé ! - s'inscrit en écho de celui dont je parlais lundi. Oui, ici aussi, il est question d'union forcée, mais alors pour une toute autre raison...

Le mariage de Tuya, qui en décide ? L'héroïne elle-même, hé oui ! Cette bergère des steppes a deux gros problèmes: un niveau de vie très bas et, en père de ses enfants, un époux sérieusement blessé lors d'un accident domestique, incapable désormais de travailler. Conséquence: elle demande le divorce, non pas dans l'idée d'abandonner son compagnon à son triste sort, mais au contraire pour trouver un autre homme qui comprenne la situation et accepte de venir en aide à l'ensemble de la petite famille. Attitude franchement improbable, à nos yeux d'Occidentaux. Je ne saurais dire si cet argument scénaristique tient la route dans son pays d'origine. Je le suppose, mais, faute d'en avoir encore touché un mot à un ami ethnologue bon connaisseur des Mongols, je n'ai pour l'heure aucune certitude. Tant pis. L'émotion est passée quand même.

Le mariage de Tuya est d'abord un voyage, la possibilité d'appréhender un autre mode de vie, bien loin de nos contrées. Point important: si j'ai bien compris, hormis le personnage principal interprété par la belle Yu Nan, l'ensemble de la distribution implique des comédiens amateurs. De fait, la reconstitution n'en paraît pas moins crédible, d'autant que la grande majorité des plans a été tournée en décors naturels (et somptueux). L'oeuvre mérite donc vraiment le détour: je l'ai moi-même découverte un peu par hasard, achetant un DVD à prix réduit par coup de coeur, et je ne le regrette aucunement. Comment ce film est-il arrivé jusqu'à notre monde ? Bonne question. Je suppose que l'Ours d'or obtenu à la Berlinale 2007 l'a aidé. Profitons donc de cette fenêtre ouverte sur ailleurs: à défaut de nous correspondre, c'est un privilège trop rare pour être boudé.

Le mariage de Tuya
Film chinois de Wang Quan'an (2006)
Pas besoin d'être déjà un grand spécialiste de la civilisation mongole pour comprendre ce long-métrage venu tout droit d'un horizon lointain. Peut-être pas tout à fait universelle, l'oeuvre ici présentée a une force suffisamment évocatrice pour qu'elle puisse être suivie sans la moindre difficulté - et même dans une VO chinoise qu'accompagné de deux amis motivés, j'ai pu tester et apprécier pour vous. Il reste tout de même assez difficile d'établir un parallèle. À vrai dire, rares me paraissent les histoires occidentales illustrant un tel sacrifice. Une fois n'est pas coutume, je pose donc un joker (provisoire ?) et vous invite à me faire part de suggestions éventuelles. Un mot encore: les plus curieux d'entre vous noteront également que le DVD s'accompagne d'un documentaire sur le cinéma chinois, ses sources d'inspiration primitives et ses expressions contemporaines. Rien de très exhaustif, mais, grâce au témoignage de quelques réalisateurs, une première approche plutôt intéressante.