jeudi 22 janvier 2015

Une star oubliée

Il est bien possible que ma ciné-addiction ait démarré autour d'un film de Billy Wilder. Je me souviens de mon scepticisme à moitié déçu quand, un jour de Noël, mon père m'avait offert un coffret de quatre des films du réalisateur. J'y ai repensé en regardant Fedora avec lui. Méconnu, ce long-métrage est l'avant-dernier du maître américain. D'aucuns l'ont de ce fait présenté comme une oeuvre testamentaire.

L'histoire du cinéma retient que Wilder n'a pas eu les coudées franches pour tourner ce film comme il l'aurait voulu. Sur le site spécialisé DVDClassik, il est même écrit que le cinéaste dut composer avec des contraintes de pré-production tout à fait nouvelles pour lui. Cet encadrement forcé ne se ressent pas à l'image: si Fedora s'écarte radicalement des films de la veine comique de l'ami Billy, il démontre une justesse de ton suffisante pour nous embarquer avec lui. L'histoire est tout à fait originale: après l'annonce du décès d'une star de cinéma, un flashback de quinze jours nous conduit dans les pas d'un producteur, soucieux de lui présenter un nouveau projet de film. On découvre alors que la vedette vit recluse sur une petite île grecque, quasi-prisonnière de son entourage. Pourquoi ? Suspense...

Depuis mon premier Billy Wilder, il est certain que j'ai changé d'avis sur ce cinéma (un peu) ancien. Désormais, j'y adhère totalement ! Fedora résonne comme la formidable déclaration d'amour d'un artiste à son art. La belle inventivité de cette mise en abyme a même incité certains des acteurs à jouer leur propre rôle, à l'image d'Henry Fonda et Michael York. Le rire n'est pas tout à fait oublié: si le scénario repose d'abord sur l'émotion, il met aussi en avant une certaine dose de causticité. Si vous l'ignorez, la vérité du personnage principal risque fort de vous surprendre: la volte-face qui s'ensuit dans le récit est assurément l'une des plus stupéfiantes que j'ai vues au cinéma. D'autres auraient attendu les dernières minutes pour nous asséner pareil retournement: finalement, ici, il y a presque deux films en un. C'est même un minimum, tant les points de vue s’entremêlent. Rassurez-vous: ce n'est jamais au détriment de la clarté de l'intrigue.

Fedora
Film franco-italien (!) de Billy Wilder (1978)

Cette perle mérite assurément sa place aux côtés des meilleurs opus tournés par l'enfant de Sucha. Elle a le mérite de me/nous remémorer que ce dernier n'était pas seulement un prince de la gaudriole. Difficile - ou impossible ? - de ne pas citer Boulevard du crépuscule en comparaison: les points communs entre les deux chefs d'oeuvre sont nombreux. Oui, ils se font écho, même si 28 ans les séparent...

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Le succès du film est très relatif, mais d'autres en parlent...

Exemple: le rédacteur de "L'oeil sur l'écran", moins séduit que moi. Dasola, elle, affirme sur son blog que c'est un film "à ne pas louper".

mercredi 21 janvier 2015

Chemin de croix

Vous parler de Ben-Hur deux semaines après l'attaque de la rédaction de Charlie Hebdo a quelque chose d'incongru. J'ai hésité à revenir ici sur cette action terroriste, comme je l'avais fait quand deux bombes avaient explosé au marathon de Boston, le 15 avril 2013. Le film d'aujourd'hui parle lui aussi de fanatisme religieux. Il est souvent vu comme l'un des plus grands péplums jamais réalisés. Ou le meilleur...

Dans la Jérusalem antique, un haut dignitaire juif retrouve avec joie son ami d'enfance, devenu citoyen et soldat de Rome. Le premier espère vivre en paix, mais l'autre compte imposer sa loi. Les enfants d'hier se déchirent et se séparent avec fracas. Quand un incident survient qui ralentit un court instant l'entrée en ville de l'armée romaine, Ben-Hur - c'est le nom du prince de Judée - s'oppose encore une fois à son camarade Messala et, trahi par ce dernier, est envoyé aux galères. C'est une injustice flagrante et le début d'une vie d'exil. Centré sur ce personnage de dignitaire déchu, le long-métrage entraîne alors son héros dans une série de péripéties dramatiques. Semé d'embûches, son parcours pour revenir chez lui est aussi l'occasion d'un éveil à la spiritualité. On peut bel et bien parler de film biblique, puisque le Christ lui-même apparaît plusieurs fois... de dos. Je ne vois rien qui puisse heurter les idées des non-chrétiens, en fait.

Tout ou presque a été dit sur le faste de ce film aux onze Oscars ! L'aura de Charlton Heston a diminué avec le temps, sans nuire forcément à la réputation du long-métrage. C'est certain pourtant qu'aujourd'hui, les 3 heures 34 de cette fresque sont anachroniques. Ben-Hur offre un voyage dans ce qu'il est convenu d'appeler l'âge d'or du cinéma hollywoodien. Il exalte des sentiments forts et contrastés. La loyauté du héros affronte l'ambition du méchant: de pouvoir aussitôt imaginer comment tout finira ne doit surtout pas vous priver du spectacle et vous empêcher d'être émerveillés. J'ai l'impression que certains des réalisateurs actuels, à l'image de Ridley Scott notamment, ont tenté de préserver l'héritage de ce grand classique. Ce que j'apprécie, moi, c'est d'être immergé dans une reconstitution fastueuse, animée par une marée de figurants - ils étaient 400.000 sur l'ensemble du tournage ! Une copie restaurée circule depuis 2011.

Ben-Hur
Film américain de William Wyler (1959)

Ce chef d'oeuvre ne peut sûrement pas être présenté comme un "cas" isolé. Le cinéma US était alors friand de superproductions historiques de ce genre. Aux côtés des grands noms, j'ai un faible pour certaines d'entre elles, comme La chute de l'empire romain par exemple, sorti cinq ans plus tard. Ceux d'entre vous qui voudraient voir un autre film d'essence évangélique jetteront également un oeil à Barabbas (1961).

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Ils ont eux aussi parlé du long-métrage...

Les rédacteurs de "L'oeil sur l'écran" lui accordent la note maximale.

mardi 20 janvier 2015

Le dernier combat

La fin de 2014 m'a aussi permis de dire adieu à la Terre du Milieu. Manquer Le Hobbit - La bataille des cinq armées était inconcevable pour moi. Certains de ceux qui ont lu le roman originel de l'écrivain britannique J.R.R. Tolkien, paru en 1937, peuvent certes regretter qu'un livre court ait été transformé en une fresque cinématographique d'environ huit heures. Pour moi, c'est à vrai dire un plaisir différent...

C'est donc avec joie que j'ai retrouvé Bilbon Sacquet et ses amis nains. Je vous recommande un petit tour sur mes chroniques des opus 1 et 2 si vous avez besoin de vous rafraîchir la mémoire sur l'histoire. Attention: si vous n'avez pas lu le livre ou vu les films, je risque fort d'en trahir certains secrets - vous pouvez passer au paragraphe suivant si vous préférez (re)découvrir tout ça par vous-mêmes. Toujours là ? Très bien. Je peux donc vous dire que Smaug, le dragon réveillé à l'épisode précédent, va faire long feu. Une fois sa flamme éteinte, c'est une menace bien plus brûlante qui prendra le relais. Désormais, et comme le sous-titre du film le suggère, toutes les races se rassemblent dans un grand combat final, chaque camp ou presque jouant d'abord pour la défense de ses propres intérêts. Le Hobbit... tend un miroir vers le monde réel: à sa manière, il évoque l'absurdité de la guerre. Et même s'il reste bel et bien un film de divertissement.

Sur le plan formel, après avoir trouvé le film précédent trop "chargé" au rayon des effets spéciaux, j'ai retrouvé ici un peu du souffle épique apprécié dans la trilogie Le seigneur des anneaux. Cette fin est le long-métrage le plus court des six adaptations. Il reste ici et là quelques scènes discutables, portées par un humour assez maladroit. Rien de bien méchant: l'action est suffisamment intense et permet donc d'oublier allégrement ces très relatives imperfections. Spectaculaire au possible, la grande bagarre offre ce qu'on pouvait attendre d'une telle conclusion, tout en restant à peu près lisible quand la caméra plonge au coeur de la mêlée. Dans la longue histoire du cinéma international, Le Hobbit... devrait donc pouvoir prétendre au rang de standard du blockbuster bourrin. Je ne suis pas persuadé qu'il soit autre chose, mais je n'en attendais finalement rien d'autre. Un jour ou l'autre, je vais fort probablement finir par lire le bouquin.

Le Hobbit - La bataille des cinq armées
Film américain de Peter Jackson (2014)

Une petite anecdote: si la guerre dure ici près de la moitié du film entier, soit plus d'une heure, elle occupe un seul chapitre du livre ! L'évidence s'impose: c'est pour en mettre plein la vue que cette saga a été conçue. Droits oblige, il paraît improbable de voir d'autres films adaptés de l'univers Tolkien. Peter Jackson serait pris par un projet sur les bombardiers anglais de 1939-1945 et l'épisode 2 de Tintin...

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Un ultime regard par l'intermédiaire des copains...

Pascale ("Sur la route du cinéma") ne semble pas très emballée. Princécranoir ("Ma bulle") est un peu plus enthousiaste et nous offre une belle conclusion. Les deux seules chroniques que j'ai trouvées...

lundi 19 janvier 2015

Ménageri(r)e

Je vois généralement la fin d'année arriver avec de grosses envies côté cinéma. Pour compléter mes escapades en salles, je parcours avidement le programme télé afin de dénicher tel ou tel classique diffusé en cette période. Fin décembre, c'est avec un dessin animé assez récent que j'ai ouvert mes vacances: il m'a semblé intéressant de "rattraper" Madagascar 3 - Bons baisers d'Europe, sorti en 2012.

Au cours des épisodes précédents, Alex le lion, Marty le zèbre, Gloria l'hippopotame et Melman la girafe sont parvenus à s'échapper du zoo de New York. Ils coulent désormais des jours heureux en Afrique. Seulement voilà: le premier nommé a le mal du pays et retournerait volontiers à Manhattan. S'ensuivent évidemment diverses péripéties. Sans entrer dans le détail, je peux indiquer que nos amies les bêtes seront bientôt des animaux de cirque, non sans avoir fait un détour en chemin pour visiter... Monaco. Leur découverte de la Principauté offre à Madagascar 3 ses scènes les plus délirantes et dantesques. Une équipe technique était d'ailleurs venue visiter le pays d'Albert II pour faire quelques repérages. Le résultat est vraiment à la hauteur de l'investissement consenti, je suppose: pour un peu, on s'y croirait !

Dans ce troisième opus, il y a aussi un vrai méchant: une fliquette française qui se verrait bien ajouter une tête de lion à sa collection de trophées. Notre brave pays en prend pour son grade ! Je dois dire qu'il n'échappe pas à la caricature, puisque cette Chantal Dubois, doublée par la diva Marianne James, est une grande fan d'Edith Piaf. N'oublions pas toutefois que tout ça est fait pour rire ! Il est dommage d'ailleurs que le rythme survolté adopté au cours de la virée monégasque s'apaise ensuite. Cela dit, Madagascar 3 demeure digne d'intérêt - et impeccable sur la forme - jusqu'à sa conclusion. L'idéal serait que la franchise s'arrête là: tout me semble déjà avoir été dit autour de ces personnages. Je découvre sur Allociné qu'un numéro 4 figure à l'agenda pour une sortie US programmée le 4 juillet.... 2018.

Madagascar 3 - Bons baisers d'Europe
Film américain d'E. Darnell, T. McGrath et C. Vernon (2012)

Je n'apprends rien aux connaisseurs: de cette série de dessins animés sont issus quatre pingouins indomptables, que leurs admirateurs retrouveront ici avec bonheur. Depuis cet hiver, les palmipèdes possèdent en outre leur film à eux: Les pingouins de Madagascar. Courant avril, le studio DreamWorks devrait revenir avec En route !  

vendredi 16 janvier 2015

2014, côté salles

Finaliser le top 10 de mon année 2014 au cinéma n'a pas été simple. J'ai vu 72 films en salles l'an passé, ce qui constitue un record personnel. Pour ne pas mélanger tout et n'importe quoi, j'ai écarté l'ensemble des reprises - vous avez pu en retrouver quelques-unes dans le top des classiques publié mardi. Les prétendants aux sommets restaient nombreux: voici donc ceux que je retiens comme lauréats...

1. Le conte de la princesse Kaguya / Isao Takahata
La retraite des grands maîtres de l'animation japonaise a fait couler beaucoup d'encre. Après mûre réflexion, j'ai fini par décider d'accorder ma médaille d'or à ce cinéma-là: Le conte de la princesse Kaguya m'a offert l'un de mes plus beaux voyages de 2014. À revoir !

2. Mommy / Xavier Dolan
Le jeune Québécois n'a pas volé son Prix du jury cannois. Avoir concrétisé mon envie de découvrir son cinéma est un bon souvenir estampillé 2014. Mommy - son cinquième film déjà - est une oeuvre singulière et intense. L'amour d'une mère en grand format: j'ai adoré.

3. Under the skin / Jonathan Glazer
J'aime depuis un bon moment les acteurs qui prennent des risques. Scarlett Johansson me semble l'avoir fait ici, en acceptant le rôle presque muet d'une extraterrestre tueuse. Under the skin la suit pas à pas et tisse autour d'elle un trip expérimental. Attention, film-OVNI.

4. Her / Spike Jonze
Un type seul, amoureux du système d'exploitation de son ordinateur personnel: Spike Jonze est à sa place devant ce scénario improbable. Improbable, vraiment ? Joaquin Phoenix fait de son personnage quelqu'un qui peut nous ressembler. Her trouve alors sa pertinence...

5. Only lovers left alive / Jim Jarmusch
J'ai en général peu d'appétit pour les histoires de vampires. Langoureux et assez drôle par moments, Only lovers left alive relativise mon préjugé sur les princes de la nuit. Ses créatures désabusées, lasses de leur immortalité, sont en fait très... humaines.

6. Le garçon et le monde / Alê Abreu
Récompensé au Festival d'Annecy, Le garçon et le monde nous ouvre en grand l'horizon, vers d'autres terres animées. Le trait enfantin d'une partie du long-métrage adoucit une oeuvre plutôt adulte. Coloré et joyeux, ce voyage au Brésil tient aussi du pamphlet écolo. Brillant !

7. Les combattants / Thomas Cailley
J'ai pu craindre que le cinéma français soit absent de ce classement. Heureusement, en prenant du recul, je me suis souvenu qu'il existe encore des artistes inventifs dans notre pays. Le jeu d'Adèle Haenel fait mouche: alerte, Les combattants sent bon l'esprit de la jeunesse.

8. Léviathan / Andreï Zviaguintsev
Le grand drame de l'année écoulée. Léviathan a été distingué du Prix du scénario du dernier Festival de Cannes, entre autres récompenses. Digne écrin de ce récit d'expropriation abusive, les rivages de la mer de Barents ajoutent encore à la force des images. Quelle puissance !

9. Les rayures du zèbre / Benoît Mariage
Un jour, le réalisateur belge m'a pris par surprise: alors que j'avais quelque difficulté à entrer dans son univers, il a fini par m'émouvoir. Depuis, j'essaye de le suivre et c'est avec bonheur que j'ai découvert Les rayures du zèbre. Afrique, Europe et foot... le sourire est amer.

10. Bird people / Pascale Ferran
Le saisissant survol d'un aéroport parisien amène l'épatante scène-clé de ce long-métrage atypique, récit du quotidien de salariés ordinaires et soudaine plongée dans le fantastique. Portée par les courants ascendants, la jolie Anaïs Demoustier est l'âme pure de Bird people. 

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Je peux le confirmer: 2014 restera pour moi un bon millésime. Mes petits camarades ont eux aussi parlé de leurs préférences...
- David,
- Pascale,
- Dasola,
- 2flics,
- Princécranoir,
- Tina,
- Sentinelle.

Bonus: dix films récents ratés au cinéma, rattrapés depuis...
1. Le mur invisible / Julian Marian Pölsler / 2012
2. Les hauts de Hurlevent / Andrea Arnold / 2011 
3. Poulet aux prunes / M. Satrapi et V. Parronaud / 2011
4. Another year / Mike Leigh / 2010
5. Curling / Denis Côté / 2011
6. Never let me go / Mark Romanek / 2010
7. Submarine / Richard Ayoade / 2010
8. Baikonur / Veit Helmer / 2011
9. La dernière piste / Kelly Reichardt / 2010
10. L'air de rien / Grégory Magne et Stéphane Viard / 2012

mardi 13 janvier 2015

2014, premier bilan

Aujourd'hui, dix films ! Je me suis dit qu'il serait intéressant d'évoquer une partie de mon bilan cinéma 2014 assez rapidement. Beaucoup de blogueurs ont déjà fait le leur: ce constat m'a encouragé à me lancer, avant même de vous avoir présenté les longs-métrages que j'ai vus lors de mes vacances hivernales. Et j'ai eu envie d'attaquer avec un top 10 des grands classiques que j'ai découverts...

1. Comrades / Bill Douglas / 1987
Je dois l'admettre: Comrades n'est pas vraiment un grand classique. C'est plutôt un film maudit, sitôt sorti, sitôt disparu des écrans cinéma. Cette histoire vraie d'une injustice sociale dans l'Angleterre et l'Australie du 19ème siècle a bien mérité sa tardive réhabilitation.

2. La porte du paradis / Michael Cimino / 1980
Social et maudit, ce film-là l'est aussi. Il paraît que l'Amérique conserve une rancune tenace à l'égard de Michael Cimino, pour avoir eu l'audace de montrer ici un visage noir de la nation pionnière. Restauré dans son intégralité, La porte du paradis est une merveille.

3. Pique-nique à Hanging Rock / Peter Weir / 1975
Peter Weir est définitivement entré dans mon Panthéon artistique avec ce chef d'oeuvre à peine plus jeune que moi. De jeunes filles disparaissent d'un pensionnat australien: sous couvert de thriller costumé, Pique-nique à Hanging Rock offre un ailleurs mystérieux.

4. Devine qui vient dîner ? / Stanley Kramer / 1967
Des acteurs au sommet de leur talent, un propos d'une intelligence rare sur les questions de tolérance, mais encore une bonne dose d'humour: Devine qui vient dîner ? est presque parfait. À voir aussi les yeux embués, pour le tandem Katharine Hepburn / Spencer Tracy.

5. Shining / Stanley Kubrick / 1980
L'horreur ? C'est l'un de genres cinématographiques que je dédaigne allégrement. D'ailleurs, je classerais plutôt Shining du côté des films d'épouvante. Et tant pis si Stephen King n'a pas aimé cette adaptation d'un de ses romans: à mes yeux, c'est une oeuvre extraordinaire.

6. Lawrence d'Arabie / David Lean / 1962
Les importantes réserves que j'aimais parfois sur le cinéma américain ne sauraient me faire oublier que Hollywood fut pour beaucoup d'artistes européens un Eldorado ou un refuge. L'Anglais David Lean offrit ainsi, avec Lawrence d'Arabie, un chef d'oeuvre intemporel.

7. Blanche Neige et les sept nains / David Hand / 1937
Le tout premier long-métrage d'animation de l'histoire du cinéma ! Faut-il en dire plus ? Blanche Neige et les sept nains porte admirablement ses presque huit décennies, fier éclaireur d'un genre tout nouveau tout beau. À ne surtout pas réserver qu'aux enfants !

8. Persona / Ingmar Bergman / 1966
J'aurai probablement de hautes attentes à l'égard d'Ingmar Bergman après cette première découverte personnelle. Près d'un demi-siècle après sa création, Persona est toujours une oeuvre saisissante. Fond et forme s'associent pour un voyage mémorable au coeur de l'intime.

9. L'aurore / Friedrich Wilhelm Murnau / 1927
Si vous lisez cette chronique le jour de sa parution, vous ne trouverez aucune autre mention de L'aurore sur le blog. J'en reparlerai d'ici quelques jours: c'est le dernier film que j'ai vu en 2014. Une merveille du muet, sortie la même année que le premier long-métrage parlant.

10. Le juge et l'assassin / Bertrand Tavernier / 1976
C'est toujours difficile de terminer un top: plusieurs autres films auraient pu y apparaître. J'ai finalement choisi Le juge et l'assassin comme le digne représentant du grand cinéma d'auteur français. Découverte fascinante: la complémentarité du duo Noiret / Galabru.

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Deux petites précisions pour finir...
J'ai vu cinq de ces dix longs-métrages au cinéma - ça me semble confirmer que telle est la place légitime des grands films. Je reviens très vite, promis, vous présenter mes préférés du millésime 2014. D'ici là, les commentaires vous demeurent bien entendu ouverts !

lundi 12 janvier 2015

Les saisons

Je ne vous apprends sûrement rien: la chute du Mur de Berlin en 1989 et l'éclatement de l'Union soviétique au commencement des années 90 ont souvent motivé pour l'indépendance des peuples jadis surveillés de très près par le "grand frère" russe. La terre éphémère inscrit quelque peu son propos dans cette problématique: ce film très récent vient de Géorgie et se joue sur une île fluviale de la région abkhaze.

Entre les montagnes du Caucase et la Mer Noire, l'Abkhazie compte quelque 215.000 habitants, dont "seulement" une petite moitié d'Abkhazes. Réunies, les communautés géorgienne et arménienne regroupent autant de représentants, auxquels s'ajoutent des Russes, des Grecs et quelques Estoniens. La Géorgie a pris son indépendance depuis 1991. L'Abkhazie y reste intégrée, même si ses velléités d'autonomie ont conduit six pays - dont la Russie - à la reconnaître comme un État à part entière, et ce dès 1992. J'en viens maintenant au film: La terre éphémère ne désigne pas l'ensemble du territoire. Réalisateur et coscénariste, George Ovashvili s'est avant tout penché sur un phénomène naturel du pays: la formation de petits îlots fertiles au milieu des fleuves et rivières, au gré des pierres et limons apportés par le courant. Le long-métrage nous montre un vieil homme et sa petite fille, venus sur un de ces terrains pour y cultiver du maïs.

Faute de trouver un site qui puisse accueillir un tournage, les équipes techniques du film ont créé leur propre îlot au milieu d'un lac abkhaze. L'illusion est parfaite: sur cette bande de terre isolée, on se sent aussi à l'écart du monde que les personnages. La force du scénario tient justement à ce qu'il nous fait comprendre que le monde extérieur, souvent invisible, reste pourtant à proximité immédiate. Moins dominant que la nature elle-même, il impose toutefois ses lois propres, symbolisées par les allers et venues des patrouilles militaires présentes sur le fleuve, porteuses de l'un ou l'autre des drapeaux locaux. Pour parler de ces tensions nationalistes, La terre éphémère adopte un ton vraiment particulier. L'image est très belle, d'abord. Même si tout ou presque se déroule sur la petite île, le cadre apporte un dépaysement peu commun. C'est l'extrême parcimonie du texte dialogué qui peut dérouter. Je vous dirai que cela ne m'a pas dérangé.

La terre éphémère
Film géorgien de George Ovashvili (2014)

J'ai découvert cette histoire en avant-première, grâce à l'association de cinéphiles que j'ai déjà évoquée ici à quelques reprises. J'ai vu quelques noms français au générique - le long-métrage a fait le tour des festivals et bénéficié du soutien de producteurs polonais, turcs, allemands et kazakhs. En le voyant, certains évoquent Into the wild. J'ai pour ma part songé à la nature et au duo de La petite Venise...

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Envie de lire un autre avis ?

Pascale a déjà publié le sien: cf. "Sur la route du cinéma". 

dimanche 11 janvier 2015

Trip spatial

Soirée "vide-neurones", épisode 2: après l'apéro un peu lourdingue des frères Farrelly, nous avons opté pour un plat principal à la saveur cinématographique plus affirmée: H2G2 - Le guide du voyageur galactique. Pour être juste, je crois qu'il est utile de préciser qu'avant d'être un film, cette histoire était celle d'un feuilleton radio des années 70, puis d'une série de bouquins parus entre 1979 et 1992.

Le long-métrage est en fait l'adaptation du premier des cinq romans originels, tous écrits par Douglas Adams (1952-2001). Ancien figurant et/ou rédacteur de sketchs pour les Monty Python, le Britannique partageait avec eux un goût prononcé pour l'absurde et l'improbable. H2G2 s'inscrit pleinement dans cet esprit foldingue: le récit inaugural tourne autour d'Arthur Dent, un jeune homme des plus ordinaires censé quitter sa maison pour laisser la place libre à l'équipe d'ouvriers venue bâtir... un échangeur autoroutier. Caractéristique plus insolite encore: sans l'avoir compris, Arthur a un ami extra-terrestre, Ford. Quand le film débute, ce dernier, d'apparence 100% humaine, vient chez lui pour lui sauver la vie. Peu après, les deux copains naviguent dans un vaisseau spatial, alors que la Terre, elle, a été détruite ! Maintenant qu'il est trop tard pour faire demi-tour, ils se lancent finalement dans une quête spatiale, à la recherche du sens de la vie.

La première photo de ma chronique vous aura certainement laissé comprendre qu'ils ne seront pas seuls dans l'aventure. La seconde représente Marvin, le robot neurasthénique qui accompagne l'épopée jusqu'aux (deux) confins de l'univers. La science-fiction de H2G2 s'appuie franchement sur un bon gros délire cosmique. On y croise d'innombrables créatures - je n'ai rien voulu montrer pour vous laisser quelques surprises. Si le film n'est pas génial, il est assez énergique pour que l'on ne s'ennuie pas. Les comédiens ont l'air de s'amuser franchement et c'est assez communicatif: j'ai aimé trouver là un duo jeune et glamour, Zooey Deschanel et Martin "Le Hobbit" Freeman. John Malkovich s'offre une mémorable apparition, d'autres stars n'étant au générique que pour leur voix: Alan Rickman et Helen Mirren par exemple. Cette facette geek n'a pas suffi à attirer un public élargi: seuls 525.000 spectateurs ont suivi dans les salles françaises.

H2G2 - Le guide du voyageur galactique
Film américano-britannique de Garth Jennings (2005)

Vous serez gentils d'attendre quelques semaines encore pour me voir reparler de la saga Star Wars. Le film d'aujourd'hui conviendra bien aux amateurs de SF un peu bouffonne. Il me faut admettre lucidement que je vois (très) peu de ce genre de longs-métrages. Auparavant, le dernier exemple était Les gardiens de la galaxie. Gardez donc un oeil sur l'étrange Stardust - Le mystère de l'étoile...

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Feriez-vous un détour sur d'autres systèmes ?
"L'impossible blog ciné" évoque le film dans une chronique consacrée notamment à l'un de ses acteurs. "L'oeil sur l'écran" reste classique quant au format de son analyse, avec un avis assez mitigé. C'est tout ce que j'ai trouvé là-dessus sur les blogs de mes petits camarades... 

samedi 10 janvier 2015

Crétins

La pause est terminée ! L'heure est donc venue de vous présenter enfin mes derniers films de 2014. Trois jours avant de partir fêter Noël en famille, une ultime soirée passée chez un copain m'a donné l'occasion d'un double programme "vide-neurones", que nous avons choisi d'ouvrir autour de Dumb and dumber. Oui, ma cinéphilie accommodante accueille parfois ce genre de petits films décérébrés...

Dans la série des productions débiles, celui-là est du haut du panier. Chauffeur de grande remise à la petite semaine, Lloyd Christmas dépose une jolie fille dans un aéroport et croit se rendre compte qu'elle oublie sa valise - alors qu'en fait, elle ne fait que laisser derrière elle un bagage rempli de billets, à destination des ravisseurs de son mari. Amoureux au premier regard, Lloyd joue son rôle rêvé de chevalier servant et, avec son pote Harry Dunne, trace la route jusqu'à Aspen, Colorado pour rendre son bien à l'élue de son coeur. Moult péripéties vont bien sûr perturber ce voyage, que les garçons pensent d'abord faire jusqu'en Floride, leur érudition géographique étant toute relative. À partir de là, Dumb and dumber nous offre tout un catalogue de blagues légères comme une tranche de foie gras.

La vraisemblance, quant à elle, arrive plus rapidement aux oubliettes que Lloyd et Harry au terme de leur périple. Je concède évidemment que ce n'est pas pour me pencher sur notre société que je m'autorise parfois à regarder ce genre de programmes. Je dois même dire que, dans le rôle des parfaits abrutis, Jim Carrey et Jeff Daniels envoient du lourd et ne reculent devant aucune pitrerie. L'incroyable jeu burlesque du premier et l'engagement intégral de son acolyte pourraient finir par emporter le morceau. Vous tomberez rarement sur des crétins aussi "parfaits"... et fiers d'eux-mêmes au cinéma. Dumb and dumber aurait gagné à mieux exploiter le potentiel absurde de son duo principal. En l'état, c'est une comédie pipi-caca ultra-prévisible. Je vais zapper le nouvel épisode sorti en décembre...

Dumb and dumber
Film américain de Bobby et Peter Farrelly (1994)

Deux étoiles et demie, ce n'est pas beaucoup pour un film de rentrée. Quelque chose me dit que c'est assez généreux pour ce film-là ! Maintenant, je m'en remets à votre appréciation. Au très vaste rayon des comédies lourdaudes, j'ai de loin préféré American pie. L'idée générale est qu'il est difficile de faire rire. Mon classique d'humour serait sans aucun doute Un poisson nommé Wanda. Indétrônable ?

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Ce type de pochades serait-il passé de mode, en fait ?

Le film a tout de même vingt ans ! David parlait des frères Farrelly courant... 2011 et pointait alors déjà une notoriété déclinante. Aelezig gère le seul autre de mes blogs-amis à évoquer leurs films...

Un peu d'anglais, pour terminer...
Le titre signifie: "De plus en plus idiot". J'ai bien hésité à y laisser deux majuscules: ça pourrait se traduire "Idiot et Encore-Plus-Idiot". Au Québec, les francophones disent d'ailleurs... La cloche et l'idiot.

vendredi 2 janvier 2015

En avant !

C'est reparti pour un tour ! Avant de véritablement reprendre le fil régulier de mes chroniques, je voulais vous souhaiter à toutes et tous une très belle année 2015, au cinéma et dans votre vie quotidienne. Nous pleurerons peut-être d'émotion devant un film, mais je formule le voeu que ce millésime soit rieur, festif et plein de belles choses. Puisse le septième art favoriser le bonheur, consolidé... ou retrouvé !

Je reviens vite: après encore une grosse semaine offline, j'évoquerai ici même les derniers films que j'ai vus en 2014. Il sera temps ensuite de dresser un petit bilan de ce millésime écoulé, qui m'a permis d'atteindre un encore plus haut sommet en matière de découvertes cinématographiques. J'ai également déjà retenu quelques titres susceptibles d'amorcer ma saison 2015, sur petits et grands écrans. J'imagine que vous aurez compris que je n'ai pas choisi par hasard d'illustrer mon propos avec un trio de Minions - voilà un succès international auquel ont contribué quelques Français, mais oui ! Reste que, si je ne compte évidemment pas écarter l'animation, j'attends avant tout de cette nouvelle année qu'elle soit aussi riche et variée que la précédente, voire plus encore. Qu'elle brille de sa di-ver-si-té !

En regardant en arrière avant d'aller de l'avant, je me suis intéressé au passé lointain: je me suis demandé ce qu'était le cinéma en 1915. J'ai alors appris que Charles Chaplin, qui venait à peine de donner vie au personnage de Charlot, était déjà, à 25 ans, l'un des grands noms de son temps. Ses premiers courts-métrages tournés pour la Keystone eurent même un succès qui encouragea les salles françaises à rouvrir progressivement. Parmi d'autres films, avant tout des productions étrangères ou des reprises, ils prirent une partie de la place laissée vacante par les artistes nationaux mobilisés par la guerre. Le cinéma était si jeune, à cette époque, vingt ans après que les frères Lumière en ont déposé le brevet. Un siècle est passé, sans qu'il s'interrompe. Mon espoir, ce sera bien sûr qu'il nous accompagne encore longtemps.