jeudi 16 octobre 2014

Couples de cinéma

Depuis 1980 et Dernier été, Ariane Ascaride a joué 17 des... 18 films de Robert Guédiguian - le cinéaste était devenu son mari en 1975. Cette relation double, artistique et amoureuse, m'a donné envie d'évoquer quelques autres couples de cinéma. Je n'ai pas le sentiment qu'il existe beaucoup d'exemples similaires, en fait. Je sais cependant que vous en avez en tête que je ne citerai pas. À vos commentaires !

Nicole et Tom
Longtemps, Ms. Kidman et Mr. Cruise ont incarné l'image du couple hollywoodien par excellence. On a aussi beaucoup dit qu'ils s'étaient brouillés sur le tournage d'Eyes wide shut, mais il me semble possible que la perversité du scénario de Stanley Kubrick soit parvenu à abuser les cinéphiles. On prête également bien plus d'intelligence à Madame. Elle et Monsieur sont désormais séparés. lls n'ont plus joué ensemble.

Angelina et Brad
La malheureuse Jennifer Aniston ne s'en est pas relevée: quand Pitt est parti dans les bras de Jolie, il a sans doute entendu ses oreilles siffler, mais sa notoriété s'en est finalement accrue. Le duo glamour du Hollywood de 2014 n'apparaît que très rarement réuni à l'écran. L'écho que j'ai eu de leur "performance" dans Mr. & Mrs. Smith laisse penser qu'il vaut peut-être mieux. Je les aime bien, tous les deux.

Simone et Yves
Avec le couple Signoret / Montand, on remonte loin en arrière. D'ailleurs, aussi populaires soient-ils, eux non plus n'ont pas joué souvent ensemble. Le duo a parfois dû devenir un duel, au moment où une certaine Marilyn est entrée dans l'équation. Reste le souvenir de deux comédiens magistraux, même si d'une époque révolue. Quelques films (ici, Les sorcières de Salem) les unissent à jamais.

Charlotte et Yvan
Ils devaient se marier et, finalement, ils sont partis vivre ensemble aux États-Unis, avec leurs trois enfants. Gainsbourg / Attal: il y a assurément des couples moins harmonieux. La chose remarquable dans leur union, c'est qu'elle ne les prive pas de leur personnalité artistique propre. J'apprécie les deux... pour des raisons différentes. C'est drôle: ils ont joué ensemble dans Ma femme est une actrice !

Jodie et Mel
Quel cinéphile n'a pas rêvé de voir les deux Australiens se marier ? L'homosexualité - revendiquée - de Foster rend la chose improbable. Avec Gibson, la plus francophile (et -phone) des actrices-réalisatrices anglo-saxonnes n'en forme pas moins un extraordinaire couple d'amis. C'est d'ailleurs pour sortir son vieux copain de l'ornière que Miss Jodie a conçu Le complexe du castor. Mel est trop embourbé, mais bon...

Katharine et Spencer
Je l'avoue humblement: qu'ils soient réunis ou non, il me reste beaucoup de films à découvrir du duo Hepburn / Tracy. Leur passion était clandestine et adultère, mais elle a duré plus de vingt ans. Ensemble, les amoureux ont tourné neuf fois. Je défie quiconque d'être insensible quand Spencer-Matt raconte "sa" Katharine-Christina dans Devine qui vient dîner ? Là, ce n'est plus vraiment du cinéma...

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Maintenant, permettez-moi d'insister...

J'aimerais beaucoup connaître vos propres couples du septième art.

mercredi 15 octobre 2014

Horizon bouché

Il n'y manque qu'une partie de pétanque ou de belote. L'avantage premier des films de Robert Guédiguian, c'est qu'on est très souvent en terrain connu. À la vie, à la mort ! n'échappe pas à la règle générale: on retrouve un groupe d'amis marseillais, issus des couches les plus modestes de la société et bien entendu plutôt solidaires. Allergiques aux idées du réalisateur, vous passerez votre chemin...

Entre Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Pascale Roberts, Laetitia Pesenti et Jacques Boudet... la troupe d'acteurs, elle aussi, reste inchangée. La principale valeur ajoutée s'incarne en Jacques Gamblin, qui prend ici l'un des rôles de Pierrot lunaire qui ont fait sa réputation. À la vie, à la mort ! brasse allégrement toutes les thématiques de la misère sociale: boulots avilissants et sans avenir, cynisme des patrons, violence conjugale, trafic de drogue... j'en passe et des pires. Ce cinéma combattant prend ici une tonalité funèbre, d'autant plus sombre que le film finit mal pour l'un des personnages. Mais j'en ai peut-être déjà trop dit...

Ce qui est frappant, c'est que, tout orienté qu'il soit, le discours tenu par Robert Guédiguian reste d'une très vive acuité aujourd'hui, 19 ans après que le film a été tourné. Tout au plus aura-t-on des difficultés pour croire à l'existence de ce cabaret, ultime refuge des petites gens en quête de réconfort. Dans une assez jolie scène pleine d'une ironie féroce, le film nous le présente comme un rêve impossible - le réveil est brutal. À la vie, à la mort ! porte bien son titre. On y parle certes du futur et de la possibilité de faire des enfants pour être heureux. Reste la seule beauté du quotidien, la lumière des ferrys qui sortent du port, la nuit, pour prendre le large. À terre, l'horizon est bouché...

À la vie, à la mort !
Film français de Robert Guédiguian (1995)

Dans la filmographie du réalisateur, le film arrive à la sixième place et juste avant le très célèbre Marius et Jeannette. La dynamique reste la même, mais, en 1997, le ton se fera (un peu) plus léger. Poète malgré tout, Robert Guédiguian reste fidèle à ses convictions. J'ai parfois pensé à Riens du tout, le premier long de Cédric Klapisch. L'école française du cinéma social, c'est aussi un peu Dans la cour.

mardi 14 octobre 2014

Les mistons

À plusieurs reprises déjà, j'ai entendu (ou lu) des critiques cinéma présenter Hirokazu Kore-eda comme - je cite - le Truffaut japonais. Flatteuse, la comparaison apparaît même telle quelle sur la jaquette du DVD de I wish - Nos voeux secrets, quatrième des longs-métrages du cinéaste nippon que j'ai eu l'occasion de découvrir. Je la trouve quelque peu mensongère, pour être honnête. Ou disons réductrice...

Bon, c'est vrai: avec I wish - Nos voeux secrets, Kore-eda démontre une fois de plus, comme son modèle supposé, un talent incroyable pour diriger les enfants. Le film leur est entièrement dédié. L'histoire racontée est celle de Koichi et Ryunosuke, les deux fils d'un couple séparé. Koichi vit à Kagoshima avec sa mère, tandis que Ruynosuke est resté avec son père, à Osaka. Si la question géographique acquiert de l'importance dans ce scénario, c'est parce que les villes doivent prochainement être reliées par un train à grande vitesse. C'est assez pour que l'imagination des gosses s'empare de l'événement et suppose qu'un miracle se produira quand deux convois se croiseront sur la ligne. Toute la qualité du film, c'est très précisément de faire d'un rêve de gamin un vrai élément de narration. Il n'est pas interdit de penser que c'est un peu léger. Moi, j'apprécie cette modestie. Personne ne prétend qu'elle soit autre chose qu'idéaliste et rêveuse.

Un tout petit bémol, tout de même: je suis entré un peu moins vite dans cette histoire que dans d'autres signées du même auteur. Objectivement, Kore-eda s'investit pleinement: il est ici réalisateur, donc, mais aussi scénariste et monteur - une sacrée performance ! Maintenant, et sûrement parce que Koichi et Ryunosuke vivent loin l'un de l'autre, il m'a fallu un petit moment avant de m'adapter parfaitement à l'alternance des scènes à Kagoshima et à Osaka. Ensuite, ça n'a plus été qu'un ravissement et je dois bien reconnaître qu'à la fin du métrage, j'étais en réalité assez ému. Une surprise attend même les amateurs de happy ends, mais je ne vous ai rien dit. I wish - Nos voeux secrets (quel titre, franchement !) doit s'apprécier à la hauteur de ses jeunes interprètes, tous formidables. Les adultes n'y sont presque plus que des éléments de décor, vagues présages d'un futur encore lointain. Pas besoin de se précipiter pour grandir...

I wish - Nos voeux secrets
Film japonais de Hirokazu Kore-eda (2011)

Je me demande finalement si le réalisateur n'a pas plus de points communs avec Spielberg qu'avec Truffaut. C'est bien le maître américain qui présidait le jury du Festival de Cannes quand Kore-eda obtint un Prix pour Tel père, tel fils - un film plus profond que celui d'aujourd'hui. Côté sombre, je conseille vivement Nobody knows. Sauf si vous préférez la fantaisie américaine, E.T. ou Les Goonies...

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Maintenant, si vous voulez rester au Japon, vous pouvez lire...
- David: "L'impossible blog ciné",
- Pascale: "Sur la route du cinéma",
- Dasola: "Le blog de Dasola".

Et si vous ne l'avez pas compris...
Mon titre fait lui aussi référence à une oeuvre de François Truffaut. Pour la retrouver, une source: ma rubrique "Courts-métrages".

lundi 13 octobre 2014

Périple en fauteuil

Mission accomplie ! J'ai désormais vu l'ensemble des films du duo Benoît Delépine / Gustave Kervern. J'ai fini par le début et regardé Aaltra, leur tout premier opus, il y a maintenant quelques semaines. Le hasard est généreux: cela fait jour pour jour dix ans aujourd'hui que les Grolandais ont envahi les écrans des salles de cinéma français. Ce film-là était d'abord passé par la Belgique. Sans blague.

Aaltra m'a vraiment plu. Le fait qu'il ait été tourné en noir et blanc pourrait décevoir, mais c'est finalement tout le contraire: ce choix renforce encore son incongruité. Il est ici question de deux voisins ennemis: l'un, cadre dans son costard-cravate de rigueur, vient juste d'être viré, tandis que l'autre, agriculteur en Marcel blanc, flemmarde allégrement alors qu'il est censé moissonner. Une vague histoire d'inimitié campagnarde va causer une bagarre entre les deux larrons. Un accident plus tard, les voilà tous les deux paraplégiques et, pire, condamnés à s'entendre pour cheminer de concert vers la Finlande. Objectif affiché: récupérer une indemnisation auprès du constructeur qui a fabriqué la remorque qu'ils ont prise sur le coin du museau ! Farfelu, vous avez dit farfelu ? Je confirme. Et parce que Ben et Gus n'ont peur de rien, une partie des - rares - dialogues est en flamand ou en finnois, mais sans aucun sous-titre. Le cinéma est voyage...

Les habitués des deux fous évolueront toutefois en terrain familier. Pour ce premier essai, Delépine et Kervern restent les personnages principaux de leur drôle d'aventure. Ils ont également cru bon d'inviter quelques-uns de leurs fidèles amis pour amuser la galerie. Bingo ! Personnellement, j'aime ces caméos. Benoît Poelvoorde s'offre ainsi un énième rôle de crétin prétentieux, avec sa voix reconnaissable entre mille, mais le dos tourné à la caméra. Bouli Lanners, lui, chante Sunny de Boney M comme vous ne l'avez sans doute jamais entendu. Finlande oblige, vous pourrez aussi compter sur une apparition tardive et drolatique... d'Aki Kaurismäki ! Le cinéaste d'Orimattila fait partie des références affichées de ses hôtes français: son humour nordique colle bien avec celui d'Aaltra. Comme d'autres qui lui sont personnels, le périple que propose le long-métrage ouvre une fenêtre sur une Europe méconnue. Personne ne vous oblige à en rentrer tôt.

Aaltra
Film franco-belge de B. Delépine et G. Kervern (2004)

Deux mecs en fauteuil roulant sur les routes du nord pour obtenir quelque argent: ce genre de road movie improbable peut rappeler d'autres folies, comme Leningrad Cowboys go America, bien sûr. Kaurismäki, Delépine / Kervern, même combat ? Possible. Le film présenté aujourd'hui n'a pas véritablement la tonalité sociale de ceux qui suivront - Louise-Michel, Le grand soir. J'ai rigolé quand même.

dimanche 12 octobre 2014

Quatre saisons

Son prochain film sortira le 3 décembre dans les cinémas français. Mike Leigh est un vieux routier du cinéma anglais, venu présenter cinq de ses oeuvres au Festival de Cannes - ce qui lui valut d'ailleurs d'obtenir la Palme d'or en 1996. Another year, son treizième opus pour le grand écran, n'a décroché "que" la Mention spéciale du jury oecuménique, en 2010. Ce qui ne l'empêche pas d'être intéressant...

Another year, c'est tout d'abord l'histoire de Tom et Gerri, un couple de quinquagénaires londoniens, au niveau de vie assez confortable. Monsieur est ingénieur, Madame psychologue. Ils ont eu un fils, Joe, trente ans tout juste, célibataire endurci et visiteur très régulier. C'est une évidence: Tom et Gerri aiment recevoir et comptent d'innombrables vieux amis. La plus fidèle est Mary, une secrétaire médicale au coeur d'artichaut. Sa grande spécialité est d'affirmer qu'elle va parfaitement bien tout en ayant l'air tout à fait déprimée. Sans révolutionner le cinéma d'auteur, Mike Leigh filme joliment cette petite communauté, découpant son film en quatre chapitres saisonniers. Le scénario, quant à lui, nous place au tout premier rang pour observer le délitement des relations. Âmes sensibles, s'abstenir.

Autant le dire franchement: le long-métrage est plutôt bavard. Sachant qu'en plus, il dépasse les deux heures, je veux bien croire que certains d'entre vous trouveront le temps long. Reste qu'il y a véritablement de belles choses dans Another year. La plus flagrante est liée aux comédiens: chacun joue admirablement sa partition propre, tout en laissant vivre les autres, en harmonie ou contrepoint. C'est typiquement le genre de films à voir en version anglaise ! Nommé à l'Oscar du meilleur scénario original, il reste très accessible au public français et francophone, ce qui se passe chez Tom et Gerri pouvant tout à fait correspondre à nos vies d'Européens ordinaires. Mike Leigh n'est pas un moraliste: il laisse donc chacun libre d'aimer plus ou moins tel ou tel personnage... et d'en conclure ce qu'il voudra.

Another year
Film britannique de Mike Leigh (2010)

Du côté de l'Amérique, il faudrait peut-être bien compter sur le talent d'un Woody Allen pour raconter ce genre d'histoire - le résultat final serait probablement différent, cela dit, plus névrotique, à mon avis. Autant dire que le style de Mike Leigh n'appartient qu'à lui-même ! J'ai retrouvé ici un peu de la finesse d'observation déjà appréciée dans Secrets et mensonges, la fameuse Palme d'or, ou dans Naked...

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Et qu'en pensent mes petits camarades ?

David cite le film dans son top de 2010 - cf. "L'impossible blog ciné". Les rédacteurs de "L'oeil sur l'écran" l'ont beaucoup aimé - et trouvé plus optimiste que moi. Dasola explique avoir eu une surprise agréable (cf. "Le blog de Dasola"). Pascale ("Sur la route du cinéma") y voit en revanche de la soupe tiède. Bref, c'est vraiment contrasté...

vendredi 10 octobre 2014

Musique et réconfort

Gretta vit en Angleterre et écrit des chansons pour son seul plaisir. Elle est venue à New York avec Dave, son petit ami, en négociation pour signer avec un label et enregistrer un album. Quelques jours passent: le boyfriend part en tournée avec ses nouveaux patrons. Quand il revient avec un morceau inédit, Gretta comprend aussitôt qu'il l'a trompée. New York melody démarre ainsi avec une rupture...

En fait, c'est un peu plus compliqué, mais je vous laisserai découvrir comment la jeune femme va rencontrer Dan, un producteur musical qu'une série d'échecs, tant professionnels qu'intimes, a rendu aigri. Autant vous le dire: New York melody ne se distingue pas vraiment par son originalité scénaristique. C'est à vrai dire sur le plan formel qu'il est parvenu à m'embarquer avec lui. La bande originale y est pour beaucoup, évidemment, d'autant qu'elle est quasiment continue. Le long-métrage est aussi un hymne à la ville, qu'on a certes déjà vue d'innombrables autres fois au cinéma, mais qui demeure un décor d'une incontestable efficacité visuelle. Ensuite, pour être honnête jusqu'au bout, je vous dirai qu'elle m'a bien plu, cette petite histoire. Quelques longueurs ici et là ne sont pas venues à bout de son charme.

Côté distribution, les fans, midinettes assumées et autres groupies hystériques, filles ou garçons, auront sûrement reconnu Adam Levine. Le leader des Maroon 5 n'a pas le beau rôle ! Il s'en sort cependant avec les honneurs, pour ce qui est sa première apparition au cinéma. Mark Ruffalo, lui, a plus d'expérience, c'est évident: je l'ai trouvé comme je l'espérais, juste, impliqué dans son rôle, convaincant. Malheureusement, Keira Knightley n'est pas à la hauteur: elle surjoue assez souvent, ses mimiques venant alors contredire son personnage de jeune femme peu sûre d'elle. Bon... j'ai fait avec, malgré tout. C'est même sans retenue que j'ai "sympathisé" avec les rôles secondaires, joués notamment par Hailee Steinfeld, Catherine Keener et James Corden. Elle reste plutôt cool, cette New York melody...

New York melody
Film américain de John Carney (2014)

Surtout, n'allez pas chercher là-dedans quelque chose de réaliste ! Vous verrez un groupe musical se former et trouver illico un terrain d'entente artistique pour s'envoler vers le succès: c'est inconcevable ! Après, n'oubliez pas une chose: c'est du ci-né-ma ! J'avais adhéré encore plus fort au très improbable Happiness therapy. Et je rappelle à toutes fins utiles que John Carney a aussi réalisé le très joli Once...

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Pour conclure, je vous signale un avis différent du mien...

Il est signé Pascale ("Sur la route du cinéma") et dur avec le casting.

mercredi 8 octobre 2014

Solidaires

Matthew Warchus ? Ce nom m'était encore inconnu il y a un mois. Depuis, j'ai découvert Pride, le second film de ce cinéaste, et j'ai cru comprendre que le Britannique était surtout un homme de théâtre. Quinze ans auront en effet passé entre ses deux réalisations cinéma. Pourtant, son oeuvre 2014 ne dénote pas face à celles de réalisateurs plus réguliers, en digne représentante du cinéma social à l'anglaise...

Il faut dire que le sujet est bon ! Le film nous ramène en 1984-85. Alors que le gouvernement Thatcher compte fermer certaines mines britanniques, la résistance s'organise pour maintenir cette activité économique, indispensable à la survie de certains petits villages. Ailleurs dans le pays, des comités de soutien se mettent en place. L'un d'eux, à Londres, est créé à l'initiative de militants (et -tantes) des droits de la communauté homosexuelle. Avec beaucoup d'humour et sur un rythme endiablé, Pride rappelle ce geste de solidarité étonnant, qui a de fait dérouté jusqu'à ses premiers bénéficiaires. Évidemment, cinéma oblige, le ton du long-métrage est 100% positif. En dépit des difficultés, les bons sentiments l'emportent et tout finit toujours par s'arranger au mieux. Un peu d'utopie, ça fait pas d'mal !

Si j'ai si facilement adhéré au propos, c'est parce que le film va droit au but. Pas de digressions: dès les premières images, on est plongé dans le vif du sujet et, même si la fin est prévisible, les péripéties s'enchaînent sans temps mort. L'un des grandes qualités de Pride repose sur la multiplicité de ses protagonistes: du côté des mineurs comme dans les rangs des homos, tous ont voix au chapitre d'un bout à l'autre de l'histoire. Mieux, parce qu'il s'appuie sur des personnages réels, le long-métrage n'oublie pas son contexte historique, évoquant notamment de manière subtile le début des années Sida. Je conseille à tout le monde d'aller voir le résultat, porté par l'espoir d'un monde meilleur. Le discours n'est donc jamais plombant, ni moralisateur. J'ose penser que vous pourriez bien ressortir... avec un grand sourire.

Pride
Film britannique de Matthew Warchus (2014)

Ken Loach et Mike Leigh font des émules: la jeune classe du cinéma britannique n'a pas à rougir de ses oeuvres sociales. Si vous préférez en rire qu'en pleurer, ce que je comprends tout à fait, plusieurs films pourraient tout aussi bien vous convenir: The full monty, le pionnier du genre en 1997, Les virtuoses ou, pour citer au moins un exemple présenté sur le blog, We want sex equality. Une liste non exhaustive.

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Je conclus en allant voir ailleurs...
Je note ainsi qu'on parle du film sur "La cinémathèque de Phil Siné". Pascale, de "Sur la route du cinéma", y va elle aussi de sa chronique. Même chose sur "Le blog de Dasola", avec un texte enthousiaste. Dernière venue, sauf erreur: Tina sur "Le blog de Tinalakiller".

lundi 6 octobre 2014

Messemanne en dit long

J'ai trouvé sympa que Cédric Messemanne me contacte via Facebook pour me demander si je pouvais parler de ses courts. J'ai eu envie alors de prolonger notre échange et d'évoquer son début de parcours. Il a gentiment accepté de répondre à mes questions. À vous de lire...

Comment est venue votre envie de faire du cinéma ?
J'ai fait l’École européenne supérieure de l'image, à Poitiers. Je rêvais surtout d'être animateur, à cette époque. C'est en travaillant sur différentes techniques d'animation que j'ai compris que c'était plutôt le cinéma en lui-même qui m'attirait. La pédagogie était ouverte sur l'ensemble des pratiques. Les enseignants nous poussaient vers l'expérimentation. Quand on a entre 18 et 21 ans, c'est important de ne pas être cloisonné d'entrée de jeu et de pouvoir se trouver. J'ai compris que c'était un langage qui m'intéressait, plutôt qu'une technique particulière. Je suis alors retourné vers le cinéma, en me rendant compte que c'était un art bien plus vaste que ce que j'entrevoyais au départ. J'ai réorienté mon travail au début de la 3ème année que j'ai passée à l'école. Et c'est ce qui m'a conduit vers une autre école, de cinéma, à Toulouse...

Quel a été votre cursus complet ?
J'ai donc commencé à Poitiers, dans une école qui correspond un peu aux Beaux-Arts, avec une ouverture sur les installations numériques. Ensuite, après ces trois années, je suis allé à l’École supérieure d'audiovisuel, à Toulouse. C'est l'une des trois ou quatre écoles publiques de cinéma en France, avec la Fémis et Louis-Lumière. J'ai suivi le cursus réalisation, qui se fait en trois ou quatre ans. Au cours de la dernière année, j'ai aussi pu profiter d'un partenariat établi avec la School of visual arts. J'ai passé six mois à New York. C'est tellement énorme là-bas que leur seul département "Images et films" est bien plus riche que l'école de Toulouse...

Aviez-vous des références, des réalisateurs qui vous inspiraient particulièrement ?
Dans l'animation, j'étais attiré par les Japonais, les réalisateurs qui prennent beaucoup de liberté. Satoshi Kon, par exemple: je trouve qu'en matière de choix de raccords notamment, il fait des choses très créatives, par rapport aux techniques de découpage du cinéma classique. Ensuite, parmi les réalisateurs qui me plaisent beaucoup aujourd'hui, je citerais Steve McQueen, que je trouve génial. Il y a aussi Hirokazu Kore-eda, pour la manière dont il dirige ses acteurs, surtout les enfants. Pour avoir eu moi-même l'occasion d'y travailler au cours de mes études, je me suis rendu compte à quel point c'était difficile. Sa méthode est vraiment étonnante, incroyable...

Vous avez réalisé cinq courts, quelques-uns dans le cadre scolaire, d'autres plus personnels. D'où viennent vos idées ?
Tout dépend. Parfois, ça vient très rapidement. Pour La cellule familiale, par exemple, j'ai tout écrit en une soirée, avec un script d'une page: sans dialogues, cinq minutes de récit tiennent finalement en quelques lignes. Ce que je voulais raconter n'était pas forcément dans mon synopsis: j'avais tout bien en tête. Avec une petite équipe, j'ai apprécié la rapidité que pouvait engendrer cette technique d'écriture rapide, fulgurante. Sur un long-métrage, j'imagine qu'on est bien obligé de coucher ses idées sur le papier. Quand j'ai eu à me pencher sur des choses plus complexes, ça n'a peut-être pas forcément aussi bien fonctionné pour moi.

Et pour le reste ?
Dans mon école, nous avions souvent des contraintes. Il fallait par exemple travailler en collectif, ce qui suppose déjà des compromis lors de l'écriture ou des sujets qui ne vous intéressent pas forcément. Un court-métrage comme La nébuleuse, où j'ai collaboré avec un musicien du Conservatoire de Toulouse, j'ai un peu plus de mal à le partager. Je ne dirais tout de même pas que chaque collaboration amène à créer quelque chose qui vous est étranger. Pour créer After, par exemple, j'ai choisi un compositeur que je connaissais: je savais qu'on avait quelque chose en commun dans nos univers respectifs. C'est ce qui fait que j'arrive à m'approprier ce travail.

C'est donc votre projet le plus personnel ? Le plus abouti ?
Personnel, La cellule familiale l'était aussi, mais étrangement, je dirais que oui. C'est peut-être un peu moins perceptible pour moi dans la manière dont je l'ai écrit. J'ai vraiment essayé de créer un personnage à part. Ce n'est pas si personnel, parce que je n'identifie pas à lui. Quand on crée, on est souvent influencé par tout ce qui nous entoure. Au moment où j'ai écrit le film, je sortais d'une situation personnelle particulière. Certaines choses me travaillaient. Je me suis aussi servi d'une personne de mon entourage pour refaçonner un personnage plus vieux, placé dans une situation différente. Le travail de création consiste à mettre en scène un monologue intérieur, qui n'est pas forcément le but concret du film...

Vous m'aviez parlé de L'escapade comme d'un projet non finalisé. C'est votre dernier court en date ?
Non, c'est After, que j'ai choisi de finir en premier, parce qu'il m'a paru plus simple à finaliser: il dure huit minutes, avec des plans très longs, sans retouche visuelle et avec juste l'ajout de la voix off. L'escapade, je l'ai en fait tourné l'année dernière, avant de partir pour New York. Je n'ai pas pu faire le montage aussitôt. Quand je suis rentré en France, j'ai donc fait After et désormais, je peux repasser sur L'escapade. Il y a quelques effets visuels à faire. Selon les retours que j'ai, je vais peut-être aussi réagencer les choses, changer éventuellement 2-3 petits détails. J'ai l'impression que l'histoire n'est pas encore très claire pour tous les spectateurs. Je me rends compte a posteriori que je n'ai pas tout à fait obtenu ce que je voulais. Maintenant, je préfère y revenir que de bâcler un an de travail.

Comment choisir ses comédiens, quand on est débutant ? Comment trouver ses techniciens ?
Ça dépend de l'endroit où l'on est et du réseau que l'on a. Quand j'étais à Toulouse, c'était compliqué: en tant qu'étudiant, tous vos acteurs et tous vos associés sont bénévoles. Ensuite, là-bas, il y a beaucoup moins d'acteurs qu'à Paris, par exemple. Je devais donc faire appel à des non-professionnels. Par le biais de connaissances, il fallait trouver dans les salles de théâtre, les écoles d'acteurs... des personnes volontaires pour travailler. C'est intéressant, cela dit, parce que ça nous force à nous concentrer pour diriger. Un acteur professionnel, lui, n'aura besoin que de quelques mots pour savoir exactement dans ce dont on parle. Devoir gérer la performance d'un comédien de A à Z vous place en face de vos responsabilités, sachant qu'il faut aussi lui laisser une certaine liberté pour qu'il sorte potentiellement quelque chose de génial. C'est un peu frustrant de travailler ainsi, mais c'est aussi enrichissant: je n'ai pas de regret d'avoir dû appeler des amateurs, des enfants parfois ou des adultes qui n'avaient qu'une expérience de théâtre très limitée...

Et quid des non-comédiens ?
Le reste de personnes dont on s'entoure, ce sont des connaissances. Des amis, d'autres étudiants. Florent Paris, par exemple, qui a composé la musique sur mes deux derniers films, c'est quelqu'un que j'ai rencontré par le biais d'un ami commun, à l'école. Parfois, on a aussi la chance comme ça de rencontrer quelqu'un qui vous est lié artistiquement. Après, à New York, la façon dont on compose une équipe est très différente. Il y a tellement de monde qui a envie de travailler dans le cinéma et d'en vivre que le rapport change. On se retrouve alors plutôt dans une dynamique professionnelle. Les gens sont intéressés par l'expérience qu'on peut leur proposer, mais restent dans la dynamique de vivre de leur travail. Il faut donc très souvent les payer... et surtout que le film se fasse. Il faut être sérieux: il y a tellement d'offres ! Un projet étudiant, c'est un parmi des centaines d'autres. À Toulouse, beaucoup de choses venaient de la motivation et du rapport humain que ça pouvait engendrer. C'était différent...

Aujourd'hui, comment arrivez-vous à diffuser votre travail ?
Tant que j'étais dans le circuit scolaire, ça ne m'a pas inquiété. J'ai contacté beaucoup de festivals, essayé d'avoir des sélections: quand on est étudiant, vous êtes dans le cadre de l'école, ça s'arrête là. Maintenant que je suis sorti, je me rends compte que donner de la visibilité aux films, c'est un peu l'essence de mon travail. Dans les festivals, chacun a déjà son petit film. Les blogs me permettent d'atteindre un autre public. C'est une autre manière d'accéder aux programmes. Je suis le premier à regarder plein de petites vidéos sur le Net. pour les jeunes, c'est un moyen génial d'accéder à de nombreuses petites créations. Quand, comme pour vous, ça passe d'abord par le regard de quelqu'un d'autre, c'est bien aussi. Si on peut arriver à sensibiliser le public par ce biais, c'est tant mieux !

Votre avenir au cinéma, vous l'envisagez comment ? Vous voudriez passer au format long ?
J'aimerais commencer par quelques autres courts-métrages. Aujourd'hui, j'ai le sentiment d'avoir besoin de travaux plus aboutis que ceux que j'ai réalisés jusqu'à maintenant. Je voudrais avoir fait un film qui ait vraiment du succès. Le dernier, After, compte déjà 5-6 sélections en festivals, mais je n'ai pas l'impression de l'avoir tourné dans des conditions habituelles. J'étais seul avec mon acteur? Je filmais et je dirigeais en même temps. J'aimerais réussir à faire un court-métrage de fiction qui soit propre, réussi à mes yeux, avant de partir sur une fiction d'une heure et quelque avec l'assurance nécessaire. J'espère bien parvenir à le faire un jour si j'en ai l'opportunité, mais je sais que je n'y arriverai pas pour l'instant. Avant d'aller plus loin, il faut être sûr de soi pour réussir à convaincre un producteur, mais il le faut aussi pour soi-même, pour penser avoir les épaules nécessaires pour s'investir dans un projet différent.

Du coup, d'où pourrait venir votre déclic, d'après vous ?
Une grosse partie se jouera sur ma satisfaction devant le produit fini, avec l'investissement de plusieurs collaborateurs. Je voudrais pouvoir me dire que ces collaborations ont réussi en tout point. Pour un problème de temps, de matériel ou de moyens financiers, je me dis encore pour l'instant que certaines collaborations n'ont pas été aussi fructueuses que ce que j'aurais aimé. J'ai toujours pensé pouvoir faire mieux que ce qui était finalement accompli. Cela dit, les expériences que j'ai eues me renforcent dans ma volonté. Il n'y a pas de découragement de ma part, simplement cette idée que le chemin est encore un peu long avant que je me crois capable d'y arriver.

Vous avez le sentiment que c'est compliqué, aujourd'hui, de faire du cinéma en France ? Au niveau du financement, notamment ? Quand on compare avec les États-Unis...
C'est difficile pour moi de répondre. Ma comparaison pourrait être injuste. L'expérience que j'ai en France, je l'ai eue à Toulouse. Je n'ai jamais essayé de faire du cinéma à Paris, par exemple. Je pense paradoxalement que c'est peut-être plus facile d'en faire à New York. En fait, je ne suis pas sûr que faire du cinéma soit juste une question de financement. Aux États-Unis, c'est difficile, dans la simple mesure où vous n'avez absolument aucun soutien régional, tel qu'il est possible d'en avoir ici. Le seul soutien éventuel, c'est celui de boîtes de production engagées à vos côtés. En France, les étudiants peuvent avoir accès à différents fonds, auprès des universités, du Centre national du cinéma et de l'image animée, des régions, de l’État... qui peuvent financier des choses plus importantes. J'imagine qu'à Paris, une fois qu'on a trouvé les bons collaborateurs, c'est largement jouable de réaliser. Ce n'est pas si difficile que ça pour les jeunes auteurs - il en émerge encore beaucoup. Disons que c'est d'abord une question de talent et de réseau. Comme jeune réalisateur, on doit s'estimer chanceux d'avoir ces possibilités. Tout ça n'existe pas en Amérique. Si c'est plus facile là-bas, c'est qu'il y a plein de personnes qui ont envie de faire du cinéma. C'est vrai aussi qu'il faut toujours un peu de moyens, quoiqu'il arrive. Autre aspect: à New York particulièrement, c'est assez facile de trouver un décor intéressant...

Et avec tout ça, vous avez encore le temps d'aller au cinéma ?
Assez peu, malheureusement. Ça me manque beaucoup, mais il faut dire que ces derniers temps, j'ai été assez occupé. Je navigue un peu à vue, tout en essayant de finir mes projets. J'ai encore un film tourné à New York l'année dernière, que je n'ai pas encore eu le temps de monter. Je vais essayer de le boucler une fois que j'aurais terminé L'escapade. Au cinéma, ces derniers mois, j'ai vu très peu de créations. Je me contente de séries. Peut-être que j'en ressens moins l'envie. Ça marche par périodes, généralement: quand j'arrive au bout d'un projet, j'entre dans une phase où j'aime me replonger de façon plus intense au cinéma, y aller 6-7 fois par semaine... c'est assez stimulant, en fait. Quand je suis dans une phase d'écriture, j'ai moins de temps. Avec des films tournés sur l'ordinateur et prêts à être montés, j'ai du mal à me dire que je vais aller faire autre chose. C'est un regret, évidemment: je vois bien qu'il y a beaucoup de bons films qui sortent et j'aimerais bien en voir quelques-uns. Quand je vais lire les critiques, ça me fait bien envie...

Quel serait alors votre prochain projet ? Ce film américain tourné l'année dernière à New York ?
Oui. J'ai aussi un projet autour d'une histoire d'amour, avec deux ex qui se retrouvent au cours d'une soirée, alors que la vie les avait un peu séparés malgré eux. Les autres sont encore en phase d'écriture, sans concept abouti. J'ai 2-3 scénarios que j'avais écrits l'an passé, quand j'étais encore à la School of visual arts. L'une de mes idées serait de tourner un drame sur un sujet assez dur, mais qui nécessite davantage de recherches en amont pour pouvoir en faire un bon film. Je n'ai pas encore réussi à lui donner une tournure satisfaisante.

samedi 4 octobre 2014

Courte pause

Non ! Ne partez pas ! Je ne suis pas là aujourd'hui pour vous annoncer une nouvelle interruption dans le fil des chroniques. Je devrais parler de "pause courte", en fait: c'est avec une poignée de courts-métrages que j'ai décidé d'alimenter cette dernière mise à jour de la semaine. L'idée m'en est venue de leur réalisateur, Cédric Messemanne, qui m'a contacté l'été dernier via la page Facebook de Mille et une bobines...

Avant de vous encourager à vous y inscrire, je me propose donc aujourd'hui d'évoquer le travail de Cédric, à qui j'espère aussi donner la parole très rapidement. Une précision: j'ai rédigé ces petites notes moins de 24 heures après avoir vu les courts, sans avoir pris le temps de reparler avec leur auteur, donc. C'est mon ressenti "à chaud". Finalement, ça colle bien à la méthode que j'emploie le plus souvent.

After (2014)
C'est ce court-métrage que Cédric m'a proposé de regarder prioritairement. C'était en fait son dernier travail abouti, je crois. Dans une nuit qui pourrait être celle de New York, on fait connaissance avec un monsieur d'un certain âge. Une voix off rocailleuse nous permet de comprendre qu'il est retour dans ces rues. Il s'interroge sur son avenir, évoque des amitiés, des trahisons aussi. En huit minutes chrono, un personnage est esquissé. Le mystère demeure sur ce qu'il est ou a été, comme perdu dans les images floues qui défilent à l'écran. Entre ombre et lumière, il m'aurait plu d'en savoir davantage, mais j'ai bien aimé ce que j'ai vu et entendu.

La cellule familiale (2011)
Deux enfants calmes, probablement un frère et une soeur, jouent dans leur chambre. Le petit garçon a décidé de maquiller la fillette avec un rouge à lèvres dérobé à leur maman. Quand cette dernière rentre à la maison, elle menace de battre la gamine et s'en prend finalement... à son hamster. Ces six courtes minutes sont traversées d'une tension peu commune, d'autant que tous les rôles sont muets. Je suis resté sur ma faim avec le dénouement - c'est peut-être simplement le format qui veut ça. D'aucuns voient dans ce petit film une évocation froide des violences familiales. Sachant que la victime est animale, ça ne m'a pas ému. Belle maîtrise de la forme, cela dit.

Tout est journalier (2011)
Afin de me présenter ce court, Cédric m'a précisé qu'il était le fruit d'un exercice au cours de sa formation audiovisuelle: il s'agissait essentiellement de n'utiliser qu'une seule bobine 16mm de 3 minutes. La plupart des plans n'ont donc fait l'objet que d'une seule prise. L'historiette met en scène un jeune garçon, qu'un vieux monsieur charge de promener son chien. Surpris par une détonation, l'enfant découvre une arme à feu abandonnée... à proximité d'un cadavre. Vite remis de ses émotions, il emporte le flingue - je ne vais pas dire pourquoi. Au bout d'à peine cent secondes, la chute surprend un peu. Comme si la banalité du quotidien pouvait déraper à tout moment...

La nébuleuse (2012)
Un autre exercice pour Cédric, qui s'est associé pour cette occasion avec un élève-compositeur du Conservatoire national de Toulouse. C'est d'ailleurs sur le plan sonore que ce court m'a d'abord embarqué. J'ai vraiment apprécié le tout premier plan - le visage d'une jeune fille en pleurs, chahuté par un vent violent. Le gros chagrin de Marie s'efface quand elle rencontre Henri, un homme plus âgé qu'elle, veuf, qui lui parle des étoiles et avec qui elle cohabite quelque temps. L'histoire dure seize minutes en tout: Cédric m'a dit qu'il la jugeait mal écrite, qu'il ne s'y retrouvait pas vraiment. Une auto-évaluation que je trouve plutôt sévère. Moi, j'ai vu une assez jolie sensibilité.

L'escapade (2014)
J'ai découvert ce court "en chantier": de l'aveu de Cédric, la version qu'il m'a montrée n'était pas tout à fait aboutie, sur le plan du mixage notamment. Le jeune réalisateur n'a donc pas terminé son travail. Les douze minutes que j'ai pu appréhender m'ont bien plu, cela dit. Parallèles ou non, il y a deux petites histoires: un garçonnet construit une cabane pour son chien sous l'oeil d'un père haltérophile, un couple d'amoureux se promène en pleine nature. Quelques très belles images m'ont permis d'apprécier ce court et préparé à un joli final, emporté par une petite touche d'onirisme. La lenteur de l'ensemble m'a paru favoriser une approche contemplative - et tant mieux pour les yeux !

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Un petit mot de conclusion...

Je suis heureux et plutôt fier qu'un jeune réalisateur ait fait confiance à mon jugement pour vous parler de son travail. Une belle rencontre. Qui sait ? Ces cinq courts sont peut-être le prélude d'une carrière. C'est tout le mal que je souhaite à leur auteur, Cédric Messemanne.

jeudi 2 octobre 2014

Perché

Ça devait bien arriver un jour: Benoît Delépine et Gustave Kervern m'ont déçu. Near death experience restera un rendez-vous manqué. Sur les cinq films que je connais dans leur carrière de six, c'est celui qui me plaît le moins - et de loin. J'espère que ça n'augure pas véritablement de la forme qu'ils donneront à leurs longs-métrages futurs. Bien pire qu'ennuyé, je me suis senti tout à fait indifférent...

L'idée première, pourtant, relève de l'audace coutumière des trublions grolandais. Ben et Gus confient les clés du film à l'écrivain improbable qu'est Michel Houellebecq. La surprise de le voir là n'en est plus une depuis que l'auteur a accepté qu'une partie de ses écrits soit chantée par Jean-Louis Aubert, après mise en musique bien sûr. Qu'il disperse ses particules élémentaires dans les collines de Provence pour faire plaisir à deux autres fous reste à peu près sensé, en comparaison. Near death experience évoque toutefois les suites d'un suicide raté. Paul, employé d'une centrale d'appel téléphonique, broie du noir. Parti de chez lui à vélo, il se dit mort et soliloque dans la garrigue. Bon...

Le gros problème, c'est que je ne me suis jamais senti concerné. Habituellement, j'aime bien la manière dont Delépine et Kervern racontent notre monde de tarés, en vrais poètes du désarroi social. Cette fois, ils ne sont pas parvenus à m'émouvoir. C'est une chose que de faire dire à un quinqua qu'il est obsolète, surtout s'il le pense sincèrement, mais une heure et demie en pareille compagnie interroge sur le pourquoi du comment. Point de dialogues, ici. Seul avec ces idées-là, le "héros" ne croise qu'un pauvre bougre qui l'invite à... jouer aux billes. Chemin faisant, Near death experience livrera son lot d'images floues et de grandes envolées de musique classique. Quelque chose m'a complètement échappé, je crois. C'est dommage. Au moins le film est-il revendiqué comme un opus assez personnel...

Near death experience
Film français de Benoît Delépine et Gustave Kervern (2014)

S'il y a quelque chose que je respecte là-dedans, c'est le côté risque-tout de l'entreprise. Les auteurs ont mis leurs propres deniers dans l'aventure et pour ça au moins, je dis: chapeau, Messieurs ! Maintenant, entre eux qui disent vouloir partager leur mal-être existentiel et leur pote qui se croit au bout de son chemin, il y a trop de névrose à mon goût. Je préfère Louise-Michel ou Le grand soir...

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Tout le monde n'est pas forcément de mon avis...

Phil Siné, lui, a plutôt aimé le film: cf. sa "Cinémathèque".