vendredi 7 septembre 2012

Rêve d'envol

Bon, en attendant le retour - hypothétique - de mes plumes associées, j'entame cette sixième année "bobinienne" sans mention de l'auteur de la chronique. Ce sera "Martin par défaut", OK ? Je tiens toutefois une promesse faite hier: l'apparition d'une nouvelle nation de cinéma sur le blog. Une fois encore, je me sens redevable à Arte.

C'est en effet la petite chaîne franco-allemande qui, un soir de match de foot, a préféré diffuser Captain Abu Raeb, un film... jordanien ! Je n'en avais jamais entendu parler avant de lire le programme télé en quête de (bons) choix estivaux. Même Télérama se contentait d'ailleurs de trois lignes de résumé. J'étais en route vers l'inconnu !

Si ce que j'ai lu depuis est exact, le long-métrage serait le premier issu de son pays depuis un demi-siècle ! Je crois pouvoir le présenter comme un spectacle familial, même si certaines (courtes) scènes recèlent une violence difficile à accepter pour les plus jeunes. Il est d'abord question d'un brave type, homme de ménage à l'aéroport d'Amman, qui découvre et s'accapare une casquette de pilote abandonnée à la poubelle. Avec ce couvre-chef, aux yeux d'un groupe d'enfants du voisinage, il va devenir le Captain Abu Raeb, de retour chez lui entre deux vols internationaux. Une jolie illusion maintenue avec d'autant plus de bonheur qu'elle vient idéalement combler le trou laissé par une longue solitude affective. À partir de cette trame poétique, le scénario esquisse alors d'autres thèmes plus profonds...

Pour être juste avec le film, je crois qu'il faut d'abord tenir compte du fait qu'il arrive un peu de nulle part. C'est un objet filmique légèrement bancal, peut-être un peu trop long, avec quelques ellipses bien venues et, à l'inverse, des scènes relativement dispensables. L'étonnant est que, d'abord assez drôle avec ce personnage principal au grand coeur, le long-métrage bascule petit à petit vers le drame. J'ai la très nette impression qu'il dit quelque chose de la Jordanie d'aujourd'hui, sans vraiment savoir à quoi m'en tenir, ne connaissant que très mal la situation actuelle du pays. Captain Abu Raeb m'a plu pour ce qu'il est: le représentant d'une nation dont j'ignorais jusqu'alors toutes les expressions artistiques. Il évoque de manière frontale la condition des femmes en terre d'Islam, celle des enfants, les conflits de génération, la vieillesse et la mort. C'est beaucoup. Trop, diront certains. Mais ça a le mérite d'exister et donc d'orienter notre regard vers autre chose que ce qu'il connaît déjà par coeur.

Captain Abu Raeb
Film jordanien d'Amin Matalqa (2007)
Cette découverte culturelle m'a fait songer à un autre film apprécié cette année et tourné autour d'un groupe d'enfants: Nobody knows. Du Japon à la Jordanie, il n'y a qu'un saut de puce, au plan alphabétique. L'espace est plus important dans la maîtrise de l'outil cinéma. Qu'importe: je me réjouis de voir s'ouvrir d'autres horizons.

jeudi 6 septembre 2012

Ma part du gâteau

Une chronique de Martin

Bon, d'accord, il y a un peu trop de bougies... mais je fête bien l'anniversaire du blog aujourd'hui. Oui, cinq ans déjà que je partage avec vous mes expériences cinématographiques. Je ne pensais pas tenir aussi longtemps, ni d'ailleurs développer cette vraie passion pour les films d'hier et d'aujourd'hui. L'adage veut que l’appétit vienne en mangeant. Vous en reprendrez bien une tranche, pas vrai ?

Puisque les anniversaires sont propices aux bilans chiffrés, je relève que Mille et une bobines compte à ce jour 727 chroniques et évoque 598 films - 580 que j'ai eu le plaisir de vous présenter et 18 analysés par mes plumes associées, entre décembre 2010 et mai 2011. Signe de leur domination sur le marché occidental, les longs-métrages américains s'offrent la part du lion: ils sont 281 contre 173 français. La troisième provenance du blog est la Grande-Bretagne, loin derrière toutefois, avec ses 44 films. L'Asie dans son ensemble pointe à 36 films, dont 15 japonais. Le très florissant marché indien ne compte que 2 représentants, soit autant que la Finlande, nation qui, sauf erreur, demeure la dernière à être entrée dans le cercle. Scoop pour les curieux et habitués: la prochaine ne tardera plus...

Mille et une bobines, c'est aussi une photographie - certes partielle - du cinéma de toutes les époques. Les oeuvres les plus récentes demeurent les plus nombreuses, avec 374 films sortis tout au long des années 2000 et au début de ces années 2010. Le blog évoque tout de même 35 films sortis avant 1960, 38 au cours de la décennie suivante, 44 des années 70, 44 encore des années 80. S'y ajoutent 63 des années 90. Faire mieux ? J'y ai souvent réfléchi. Soucieux d'abord d'écrire régulièrement, j'ai (provisoirement ?) renoncé à un index généraliste des acteurs, jugé trop chronophage. Je cherche vaguement le moyen de faire une passerelle vers la littérature, autour de romans ayant inspiré des films, évidemment. Suis-je reparti pour cinq ans ? Je n'en ai aucune idée. On verra bien en 2017 !

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Une précision qui peut être utile...
Le titre de cette chronique et les images choisies pour l'illustrer viennent du film éponyme de Cédric Klapisch, "Ma part du gâteau". Notez qu'il est possible que je reparle du réalisateur prochainement...

mardi 4 septembre 2012

Crise d'adolescence ?

Une chronique de Martin

Le conflit qui oppose depuis des lustres les partisans des studios Pixar et Dreamworks va-t-il prendre fin ? Je me pose la question quelques semaines après avoir vu Rebelle, tout dernier film d'animation des premiers nommés. Si certains d'entre vous l'ignorent encore, je précise que la firme à la lampe de bureau fait désormais partie du giron Disney. C'est assez flagrant ici. Le savoir-faire reste indubitable, mais c'est peut-être à un public rajeuni que l'on s'adresse dorénavant. Cherchez l'erreur: j'ai vu le film avec... ma grand-mère !

Comment elle l'a trouvé ? Bien, mais un peu bruyant. Opinion partagée avec ma mère, qui nous invitait à l'occasion. À l'initiative de cette sortie commune, je dois dire que j'ai bien aimé Rebelle. L'histoire est celle d'une jeune princesse irlandaise, décidée à rester maîtresse de son avenir et donc à refuser le traditionnel mariage clanique espéré par ses parents. Point positif: bien que ce scénario ne soit pas franchement innovant, il est pourtant tout à fait original. Une fois n'est pas coutume: Disney n'a pas pioché dans le répertoire magique des contes Grimm et Perrault pour trouver un personnage inexploité. L'héritage est là, clins d'oeil compris, mais pas les figures ancestrales. Mickey Mouse réécrit sa propre mythologie, en somme. Raconter des histoires enchanteresses, c'est sûr, la souris maîtrise.

Reste qu'il m'aura manqué une petite touche Pixar. On peut s'interroger sur ce que serait justement ce petit plus susceptible d'être apporté par le studio. Sans le définir vraiment, je dirais probablement un zeste de folie ou un supplément de poésie. Rebelle ne manque pas de beauté, mais peut-être de petites périodes décalées ici et là. Si j'ai choisi d'illustrer ma chronique d'une image des trois petits frères de l'héroïne Mérida, c'est parce que c'est typiquement l'exemple de ce que je peux attendre. Pas nécessaires au bon déroulement de l'intrigue, les rouquins offrent toutefois un fil rouge d'autant plus sympathique qu'ils sont muets. Leur apport burlesque est incontestable et montre bien que l'animation a plus d'une corde à son arc. À voir ce qu'elle nous offrira la prochaine fois...

Rebelle
Film américain de Mark Andrews (2012)
Après avoir vu le film, j'ai lu une critique qui évoquait l'attitude machiste du studio. En effet, si la star est ici féminine, le réalisateur est un homme, qui a repris seul un projet d'abord mené en binôme avec une femme - Brenda Chapman, pour ne pas la nommer. Le fait que le résultat ait une allure un peu hybride s'en trouve peut-être expliqué. Honnêtement, dans la série des histoires de princesses made in Disney, j'ai pu préférer l'approche légèrement plus "radicale" de Raiponce ou même de La princesse et la grenouille. Crise adolescente ou pas, Pixar paraît hésiter entre tradition et modernité.

dimanche 2 septembre 2012

Un fabuleux destin

Une chronique de Martin

Je l'admets: la coïncidence est troublante. Quand Arte m'a permis d'enfin découvrir Citizen Kane, cet immense classique venait juste de voir Sueurs froides - alias Vertigo - d'Alfred Hitchcock lui chiper la première place du grand classement du British Film Institute. Publiée tous les dix ans dans le magazine Sight & Sound, la hiérarchie dresse une liste de 50 films considérés donc comme les meilleurs créés depuis l'origine du cinéma. Discutable, oui, mais référentiel. Notez pour info que Voyage à Tokyo complète le podium 2012...

Existerait-t-il encore aujourd'hui dans le monde cinéphile occidental des amateurs qui n'aient jamais entendu parler de Citizen Kane ? J'aurais aimé en faire partie. Même sous forme parodique, la trame du film et son aboutissement sont généralement connus. Espérant ainsi mieux préserver votre plaisir de découvrir, je me contenterais de dire que le long-métrage trace le parcours d'une vie. Le prétexte d'Orson Welles pour ouvrir son récit réside dans les dernières paroles de son héros. "Rosebud": avant de s'éteindre, Charles Foster Kane prononce ce mot mystérieux et, magnat de la presse, lance au public le dernier aspect de sa personnalité resté inconnu jusqu'alors. L'enquête rendue nécessaire sert de fil conducteur au scénario.

Le film repose donc sur une série de flashbacks, depuis l'enfance campagnarde et modeste du futur grand patron. Au cours d'une scène d'une saisissante beauté, on le voit presque vendu par sa mère biologique au profit d'un homme capable de l'élever. Tout est déjà là. Orson Welles livre au regard un indice important pour prévoir d'emblée la suite. J'admets que c'est plus évident quand on connaît d'avance la fin ! Rassurons les anxieux: Citizen Kane a bien assez d'intérêt en dehors même de l'énigme qu'il propose. Ces thèmes multiples sont d'autant plus intéressants qu'enquête oblige, le film multiplie les angles d'attaque. Après avoir retenu de fausses images d'actualité en introduction, l'écran affiche les points de vue de ceux qui ont côtoyé Kane. Admirable kaléidoscope et portrait subjectif.

Le plus étonnant est peut-être que Citizen Kane reste de facture assez classique quant à l'intrigue elle-même. Récit d'une ascension fulgurante, le film est aussi celui d'une chute presque aussi brutale. Quand le mot fin arrive sur l'écran, on peut légitimement s'interroger sur la postérité de Kane. Patron de presse opiniâtre, diplomate improvisé plus ou moins efficace, homme politique majeur fracassé par la morale, Charles Foster semble presque contemporain ! Le jeu de miroirs qui s'instaure entre l'époque du film et la nôtre ouvre objectivement de larges perspectives d'intérêt pour le long-métrage et son scénario écrit à quatre mains - Orson Welles peut ici remercier son complice Herman J. Mankiewicz, qui lui permit d'obtenir un Oscar. Pas besoin toutefois de remonter les décennies...

Compte tenu de ce qu'était le cinéma en 1941, l'oeuvre reste fascinante par elle-même. Elle est connue pour introduire un nombre important d'innovations technologiques destinées à marquer définitivement l'histoire du septième art. Les plus fameuses demeurent sans doute ces plongées/contre-plongées incessantes venues déterminer l'importance - changeante - des personnages. Convaincant devant la caméra, Orson Welles l'est tout autant derrière ! Alors qu'il n'a que 26 ans, le futur maître invente aussitôt un vocabulaire particulier et immédiatement frappant. Il "bricole" longuement ses images pour obtenir les effets qu'il souhaite mettre en avant. Citizen Kane va même jusqu'à le montrer... aux côtés d'Adolf Hitler ! En tournant plusieurs fois les scènes et en triturant ses bobines, il obtient des profondeurs de champ incroyables. L'effet dramatique du film s'en trouve renforcé: une vraie leçon de cinéma.

Citizen Kane
Film américain d'Orson Welles (1941)
Premier ou deuxième d'un classement de prestige, le film demeure évidemment un standard incontournable pour qui s'intéresse un tant soit peu à l'histoire du septième art. Je n'ose pas ici lui faire l'affront de le comparer avec un autre, mais, en matière de classique éternel, je crois que je lui ai préféré Casablanca - moins innovant, pourtant. Si je ne lui ai décerné que quatre étoiles, c'est parce que j'attendais un peu mieux du scénario. Tout l'inconvénient de connaître à l'avance la conclusion des grands longs-métrages historiques de référence...

vendredi 31 août 2012

Batman ends

Une chronique de Martin

Qu'un film dure deux heures et 44 minutes m'importe peu. Je veux dire que ce n'est pas ce qui me fera renoncer à aller le voir. J'aime vraiment les grandes fresques et le cinéma qui prend son temps. J'avais même un a priori favorable pour The dark knight rises.

Précision pour ceux qui pourraient l'ignorer: ce blockbuster estival est le troisième et dernier épisode d'une série sur le super-héros Batman. Une trilogie cohérente, car tournée par le même réalisateur, à l'inverse des quatre (!) épisodes cinématographiques précédents.

Je dois d'abord admettre que j'ai eu quelque difficulté à raccrocher les wagons. J'ai déjà eu l'occasion de le dire ici: je portais jusqu'alors un regard nuancé sur le diptyque de Christopher Nolan. Il m'a fallu quelques minutes pour resituer cette conclusion dans son contexte général. Soit, donc, Bruce Wayne, milliardaire le jour, chauve-souris la nuit. Une sombre histoire d'amour a fait de lui un homme brisé. Reclus dans son manoir, l'ex-vengeur masqué pleure la femme qu'il a aimée et se laisse accuser d'un meurtre qu'il n'a pas commis. Heureusement, l'ordre règne dans la ville et il n'est donc plus nécessaire qu'il rendosse son costume de justicier. Son titre trompeur ne peut dissimuler que The dark knight rises filme d'abord un homme qui a chuté. On découvrira vite que le même homme s'entraîne toujours dans l'ombre et a gardé sa combativité légendaire. Elle lui sera bien utile quand il lui faudra rempiler. Notez que c'est ce qu'il lui reste de fortune qui est attaqué, en préalable...

Tout (film de) super-héros a son super-vilain. Le méchant s'appelle cette fois Bane, tout simplement, physique de catcheur et idéologie indignée. C'est l'une des bonnes idées du scénario: on s'attaque prioritairement à la bourse, ce qui donne d'efficaces moyens d'action révolutionnaire et oppressante. Le traditionnel combat du bien contre le mal est d'abord une rivalité financière. Il est dommage que, sur cette trame assez bien sentie, Christopher Nolan et son frère Jonathan, assistant scénariste, n'aient pas brodé autre chose. Aussitôt ses enjeux clarifiés, The dark knight rises devient finalement un action movie de facture assez classique. Il faut admettre qu'il emploie la grosse artillerie niveau effets spéciaux. L'univers de Gotham City ainsi créé brille de toute sa noirceur. Problème pour moi: l'imagerie écrase le jeu des acteurs et l'intrigue passe définitivement au second plan. Je pense que je me passerais assez facilement de la suite qu'elle pourrait également annoncer...

The dark knight rises
Film américain de Christopher Nolan (2012)
Je ne crois pas que je reverrai la trilogie Nolan dans son entier. Malgré un casting en béton - Christian Bale, Joseph Gordon-Levitt, Gary Oldman, Marion Cotillard, Anne Hathaway, Morgan Freeman, Tom Hardy et j'en passe, ces aventures de l'homme-chauve-souris peinent décidément à me convaincre. Ironie du sort: je me souviens avoir vu le second opus sur ma télé et The dark knight restera probablement mon épisode préféré. J'avais découvert Batman begins au cinéma: comme sa conclusion, il m'avait laissé sans enthousiasme.

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Pour faire le tour de la question...
"Sur la route du cinéma" et "L'impossible blog ciné": deux sites amis vous proposent leur propre lecture du film. À vous de cliquer !

mercredi 29 août 2012

Chabadabada

Une chronique de Martin

Claude Lelouch n'a pas encore trente ans quand il tourne le plus connu de ses films: Un homme et une femme. Je ne savais pas franchement à quoi m'attendre quand je l'ai découvert il y a un mois pile. On dira que j'ai laissé mes parents choisir le DVD du soir, confiant en le talent du duo Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant. Pas de déception après coup: si cette histoire d'amour porte la trace des années passées, elle n'en est pas moins digne d'intérêt. Pudique et touchant, j'ai trouvé le ton du long-métrage très Nouvelle Vague.

L'histoire est somme toute fort classique. Jean-Louis Duroc, coureur automobile, croise à Deauville une jolie femme prénommée Anne, qui est venue ramener sa fille au pensionnat. L'infortunée maman ayant manqué son dernier train pour Paris, le galant pilote s'offre pour la raccompagner. Un homme et une femme rend la rencontre crédible par les points communs entre ses protagonistes: les enfants d'Anne et Jean-Louis vont dans la même école, les futurs amoureux sont tous les deux veufs et, sans fréquenter les mêmes cercles, s'intéressent l'un à l'autre, en tout cas suffisamment pour se poser réciproquement des questions et ainsi montrer une comptabilité possible. Petite anecdote: j'ai noté au passage que Claude Lelouch avait fait de son personnage féminin une scripte de cinéma. L'occasion pour lui de faire passer quelques messages sur sa vision du septième art. Pas sûr que ce soit neutre. Pas certain du contraire.

Ce qui est flagrant, en revanche, c'est que la forme du long-métrage est très particulière. Je passe rapidement sur le son et cette musique mythique de Francis Lai, à grands renforts de "Chabadabadas". Ancré dans le réel, le film montre notamment de longues sessions de course auto, bruits de moteur vrombissants à la clé. L'aspect cinématographique de l'entreprise saute toutefois aux yeux, notamment par l'usage alterné de la couleur et du noir et blanc. Aucune certitude sur ce point, mais il m'a semblé que le noir et blanc s'imposait sur la durée. Il est l'apanage des scènes intérieures. J'ai lu que Claude Lelouch était trop fauché pour faire autrement. On a pu dire aussi qu'il n'était pas mécontent du résultat et qu'il imaginait avec plaisir que ça permettrait à son film de sortir du lot. Pari gagné: Un homme et une femme reçut la Palme d'or et, peut-être plus surprenant, deux Oscars. C'est devenu un véritable classique.

Un homme et une femme
Film français de Claude Lelouch (1966)
Ne cherchez pas: c'est le premier film du réalisateur présenté ici. J'imagine qu'il y en aura d'autres, mais en attendant,vous pouvez donc vous tourner vers d'autres oeuvres de la Nouvelle Vague. Exception faite de ses courts-métrages, celles de François Truffaut qui sont évoquées sur le blog sont peut-être un peu récentes. Pourquoi alors ne pas revoir Pierrot le fou, de Jean-Luc Godard ? Autre option très recommandable: le Model shop de Jacques Demy.

mardi 28 août 2012

De l'évolution du cinéma

Une chronique de Martin

Je n'arrive pas vraiment à me souvenir si c'est le cas chaque été. Toujours est-il que, depuis plusieurs semaines, mon cinéma préféré reste fermé et ce jusqu'au 3 octobre. Je n'ai pas encore eu l'occasion de vérifier que, comme on me l'a dit, il profitait de cette pause estivale pour s'adapter au format numérique. Je constate toutefois qu'aucune de mes salles habituelles ne sera désormais plus équipée de projecteurs à bobines. Au temps pour le nom de mon blog ! J'ignore s'il faut s'en réjouir ou non. Bagage technique trop limité...

Ce qui est sûr, c'est que je ne suis pas forcément un inconditionnel de l'image haute définition au cinéma. C'est même l'objet d'un débat que j'ai eu avec quelques amis, amateurs intermittents ou cinéphiles plus réguliers. Pour moi, le grain fait partie du septième art. Pas sûr que ce soit possible, mais je n'ai pas particulièrement envie d'apprécier un visuel sans défaut sur les grands classiques. Restaurer les images d'origine, oui. Les altérer au nom de la "perfection", non. Le cinéma reste pour moi un peu de lumière projetée sur un écran. J'avoue qu'entendre le bruit du projecteur lors de ma dernière séance au format 35mm m'a donné une joie particulière. Un peu plus intense.

Bien souvent, je regrette de ne pas encore savoir exactement comment tout cela fonctionne pour vous soumettre des analyses documentées et du coup mieux argumentées. Je me demande souvent ce que sera le cinéma de demain. Des paliers technologiques sont franchis - dernièrement, j'ai ainsi découvert un fauteuil offrant de secouer le spectateur en fonction de ce qui était montré à l'écran. Je ne suis pas réfractaire au changement. En dehors de tout aspect financier, je constate que l'émotion se contente de peu. Souhaitons que la course aux armements que poursuivent certains distributeurs ne leur fasse pas oublier que c'est d'abord en elle que réside le plaisir.

dimanche 26 août 2012

L'honneur de la cavalerie

Une chronique de Martin

Vous connaissez Albert Serra ? C'est un réalisateur espagnol aux films assez pointus que j'espère découvrir un jour. À partir du personnage de Don Quichotte, il a tourné en 2006 un long-métrage dont le titre est le même que celui de ma chronique d'aujourd'hui. Rien à voir avec celui que je veux désormais évoquer: La charge héroïque date de 1949. C'est le deuxième volet d'une trilogie de John Ford censée rendre hommage aux soldats à cheval de l'armée américaine de la fin du 19ème siècle. Sa vedette n'est autre que le mythique John Wayne.

Le scénario progresse avec toute la grandiloquence qu'on peut attendre de pareil spectacle. D'emblée, une voix off plante le décor et flatte l'ego des valeureux pionniers menacés par les tribus indiennes. L'homme blanc vient tout juste de subir un revers important à Little Big Horn. Les officiers de l'armée du général Custer désormais morts, les conditions de survie des colons posent question. C'est dans ce contexte effrayant que Brittles, un capitaine de cavalerie proche de la retraite, est chargé d'une dernière mission. Avec quelques hommes, l'officier devra escorter la femme et la nièce de son commandant en lieu sûr, loin du fortin où la garnison est retranchée. En fait, La charge héroïque porte assez mal son nom français. Admettons toutefois que le titre original, où il est question du ruban jaune porté par une demoiselle, n'est pas plus évocateur. Peu importe. L'intrigue nous conduit bientôt dans les grandes plaines de l'Ouest. Des images Technicolor qui seront consacrées par l'Oscar !

Ce qui peut surprendre, c'est que le propos du film s'écarte largement de la menace que représentent les Peaux Rouges. John Ford paraît surtout s'intéresser aux hommes et à leurs caractères. Si Brittle semble posséder toute la panoplie du héros à l'ancienne, il est aussi un vieil homme en proie à une certaine nostalgie. Ses rapports extrêmement directs avec son chef de camp et son ordonnance apportent quelques bonnes scènes, non dénuées d'un humour bourru. La charge héroïque évoque également une rivalité amoureuse: celle qui oppose deux hommes du régiment pour séduire la fameuse nièce du commandant. Pas si anecdotique, cette histoire dans l'histoire connaîtra plusieurs rebondissements. Au final, aux côtés de la statue John Wayne, de nombreux acteurs auront l'occasion de faire démonstration de leur talent. Et tout cela accompagnera gentiment les spectateurs jusqu'à la confrontation finale, où le sang coulera bien moins qu'on aurait pu l'imaginer. La retraite, elle, attendra...

La charge héroïque
Film américain de John Ford (1949)
Le cinéaste ayant tourné 142 films, je peux dire que j'en ai vu d'autres, d'autant que, jusqu'à l'adolescence, j'étais vraiment adepte du western. Lesquels ai-je donc visionnés ? Là est la vraie question. C'est désormais trop loin dans le passé pour que je m'en souvienne. Note aux amateurs: ce blog peut déjà vous permettre de découvrir Vers sa destinée, le film que John Ford a tiré de la jeunesse d'Abraham Lincoln. Maintenant, merci à vous de me laisser le temps de me replonger dans d'autres vieux classiques hollywoodiens...

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Mais si vous êtes vraiment pressés d'en savoir plus...
Sans fausse honte, je vous envoie aussitôt lire "L'oeil sur l'écran". Grands connaisseurs du cinéma ancien, ses rédacteurs ont déjà parlé de La charge héroïque. Tiens, j'avais même mis un commentaire ! Je constate à présent que 23 autres Ford font l'objet d'une chronique.

vendredi 24 août 2012

Un homme et deux femmes

Une chronique de Martin

Benjamin Braddock est l'enfant chéri de ses parents. Américain d'origine modeste, il vient d'obtenir son diplôme de fin d'études. Avant de se lancer dans la vie active, il compte bien faire un break et profiter de quelques jours de vacances. Alors que son père a prévu une petite sauterie, Ben est reclus dans sa chambre. Pas envie d'aller saluer un à un tous les amis de papa-maman. Le lauréat avait pensé à autre chose, sans savoir vraiment à quoi. Une convive qui souhaite rentrer chez elle lui donne l'occasion de s'éclipser. Oui, mais voilà...

L'image vous l'aura fait comprendre: Benjamin et sa passagère finiront dans le même lit. D'abord timide, le jeune homme devra bien convenir que Madame Robinson est "la plus belle de toutes les amies de (ses) parents". Piqué au vif dans sa fierté, il entamera aussitôt une liaison avec cette femme d'au moins vingt ans son aînée. Le duo Dustin Hoffman / Anne Bancroft joue parfaitement cette joute amoureuse qui ne dit pas son nom - peut-être parce qu'ils n'ont réellement qu'à peine six ans d'écart. J'ai vu Le lauréat en VF. Déçu d'abord, j'ai toutefois pris plaisir à entendre Patrick Dewaere doubler le jeune séducteur. J'ai appris un peu plus tard que, derrière la voix de son initiatrice, se cachait... Rosy Varte ! Là, la différence d'âge des personnages est respectée. Magie des anecdotes de cinéma...

Le scénario, lui, ne s'arrête pas là. Au contraire. Aussitôt la relation Braddock / Robinson sur les rails de la quasi-normalité, il la dynamite avec un personnage tierce: Miss Robinson junior (Katharine Ross). J'en dis trop ! Je vous laisse découvrir la manière dont la belle Elaine s'impose dans le paysage. Il est temps pour moi de parler technique. Sans être trépidant, le rythme du film développe un tempo soutenu. Quelques fondus au noir bien placés le découpent en scènes multiples et bien écrites. Quasi-subliminaux et coquins, une série de plans illustre bien les pensées troublées de Benjamin. Son charme vintage ne doit pas faire oublier que Le lauréat était un film assez audacieux à l'époque de sa sortie. Très souvent drôle, il s'achève sur une note ambiguë. Le sourire de son héros s'efface devant un avenir incertain.

Le lauréat
Film américain de Mike Nichols (1967)
Méconnu, le réalisateur peut pourtant se targuer d'une carrière longue d'une quarantaine d'années ! Si son deuxième long-métrage reste dans les esprits, c'est aussi sans doute pour la bande originale signée Simon et Garfunkel. Quant à trouver des films qui lui soient comparables, c'est une autre histoire. Sur un site où j'ai pioché quelques infos, on parlait de La garçonnière. Pas idiot. J'indique également à celles et ceux qui voudraient voir la jolie Katharine Ross dans un autre registre que, deux ans plus tard, elle sera l'héroïne féminine de Butch Cassidy et le Kid. Avec cette fois Robert Redford et Paul Newman, une variation sur le thème du trio amoureux...

mercredi 22 août 2012

La princesse du désert

Une chronique de Martin

Je reviens aujourd'hui vers le réalisateur Jean-François Laguionie pour vous présenter son tout premier long-métrage: Gwen et le livre de sable. Sept ans après le plus primé de ses courts, le cinéaste français l'est de nouveau avec cette oeuvre d'une durée assez brève, puisque, générique compris, elle ne dépasse l'heure que d'à peine quelques secondes. Sur plusieurs sites Internet, il est mentionné qu'elle se prolonge sept minutes encore. Erreur répétée, j'imagine.

Bien que film d'animation, Gwen et le livre de sable ne repose pas sur une histoire simpliste. Pour résumer, un peuple humain survit dans le désert après un longue ère de tempêtes. Une jeune fille rejoint le groupe et se frotte à la matriarche, âgée de... 173 ans ! On dit que les dieux ont quitté la Terre et les hommes attendent fébrilement leur possible retour, tentant de se protéger du Makou, une entité mystérieuse qui déverse régulièrement des objets géants sur le monde. En guise d'intrigue, il s'agira aussi de chasse à l'oiseau, de voyage jusqu'au royaume des morts et peut-être bien d'amour entre deux jeunes de la tribu sur fond de superstition collective. Pendant une petite heure, donc, Jean-François Laguionie montre beaucoup de choses, mais n'explicite pas toujours le fond du propos. C'est un peu déroutant, mais pas assez long pour être pénible. Il est au contraire agréable d'essayer d'éclairer soi-même les zones d'ombre.

Graphiquement irréprochable, même si certaines couleurs peuvent paraître un peu ternes, le film fut donc primé et reçut même en fait deux récompenses: le Prix de la critique lors du festival d'Annecy (une référence) et le Prix du long-métrage à Los Angeles. Il faut rappeler ce qu'était le cinéma d'animation en 1985: les fondements d'un studio comme Pixar existaient déjà, mais il faudra attendre encore dix ans avant de découvrir un film en images de synthèse ! Gwen et le livre de sable s'appuie sur un dispositif technique assez "simple": le dessin à la gouache et le découpage. On doit accepter de revenir à une animation plus saccadée et un peu rétro pour l'apprécier vraiment. Pour dire ce qui est, je n'y suis parvenu qu'à moitié. J'aime toutefois les efforts que cette inspiration cinématographique réclame à ses spectateurs. Il y a là quelque chose d'un peu surréaliste, qu'on voit peu dans d'autres dessins animés.

Gwen et le livre de sable
Film français de Jean-François Laguionie (1985)
Il me reste deux oeuvres du maître à découvrir. Je pense attendre encore un peu avant de me hasarder au petit jeu des comparaisons. Même si c'est un peu simpliste, je continue de penser que le style Laguionie est vraiment caractéristique de son auteur et que l'évaluer par rapport à un autre n'a en ce sens pas grande signification. J'admets aussi y retrouver un peu de l'esprit artisanal des animateurs japonais. Et je vous annonce que, d'ici quelques semaines, j'ai prévu d'évoquer à nouveau ces mêmes créateurs, en présentant Le voyage de Chihiro et Le tombeau des lucioles. À suivre, si vous le voulez...