vendredi 6 avril 2018

Un imposteur !

Deux films en 2016, deux autres en 2017, trois encore programmés cette année et déjà d'autres prévus en 2019 et 2020: Pierre Richard est en forme, on dirait. Le voir ainsi, à 83 ans passés, me réjouit plutôt, même si je l'ai trouvé fatigué, l'autre soir, sur un plateau télé. J'en resterai sur l'impression de Mme Mills, une voisine si parfaite...

Ce film écrit, joué et réalisé par Sophie Marceau repose sur l'idée ordinaire que la belle, éditrice de romans à l'eau de rose, possède chez elle, sans le savoir, l'une des parties d'un triptyque artistique d'une valeur inestimable. Un vieil homme veut donc récupérer l'objet pour le vendre à un trafiquant d'art chinois. Pour cela, sa méthode consiste à se déguiser en femme, à s'installer dans l'appartement voisin de celui de sa future victime et à attendre le moment opportun pour finalement passer à l'action. Mais ce ne sera pas aussi simple ! Plutôt simpliste, le scénario de Mme Mills, une voisine si parfaite s'avère ultra-prévisible. C'est un fait: il y a de quoi ressortir frustré...

Je ne vous le cache pas: dans l'ensemble, le film a été mal accueilli. Trop peu de matière, dit-on ici. Du cabotinage XXL, ajoute-t-on là. Indiscutablement, Sophie Marceau se filme avec une complaisance quelque peu excessive, parfois, et oublie de diriger un Pierre Richard en roue libre. Par ailleurs, l'histoire que ce très improbable tandem nous raconte est un peu light. Cela dit, je vais attribuer une note correcte au film, pour la sympathie que m'inspire le grand blond devenu blanc. Que voulez-vous ? C'est mon côté un peu "fleur bleue". Mme Mills, une voisine si parfaite laissera sa place à d'autres films parmi les classiques de la comédie, mais ce n'est pas très grave. J'imagine qu'on le reverra rapido sur le petit écran, un dimanche soir de désoeuvrement. Je l'imagine conçu pour cela. Et autant le savoir...

Mme Mills, une voisine si parfaite
Film français de Sophie Marceau (2018)

Pas de surprise: face à cette oeuvre imparfaite, les grands classiques du travestissement cinématographique sont convoqués pour servir d'éléments de comparaison. Beaucoup citent donc Madame Doubtfire ou Tootsie - que j'ai vus, oui, mais il y a (beaucoup) trop longtemps ! Vous cherchez à rire avec un personnage qui choisit de se dissimuler sous les habits de l'autre sexe ? Victor Victoria est un incontournable.

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Une étape de plus pour le Movie Challenge...

Je coche la cache n°14: "Le film est réalisé par l'un de ses acteurs". L'acteur est une actrice, en l’occurrence, comme vous l'aurez compris.

Et, pour finir, un lien un peu moins complaisant...
Pascale a tenu à ranger le film parmi les carottes et navets de mars !

mercredi 4 avril 2018

Un peu avant l'envol

Autant vous le dire tout de suite: j'ai un faible pour Saoirse Ronan. Conséquence: de loin en loin, c'est avec plaisir que je suis son chemin dans des films très divers. Après en avoir entendu plusieurs critiques assez favorables, c'est donc pour elle que je suis allé voir Lady Bird. Même si, nommé cinq fois aux Oscars 2018, il est reparti bredouille...

Lady Bird est en outre le premier film de Greta Gerwig réalisatrice. Je voudrais rappeler que j'aime aussi cette jeune comédienne, égérie fidèle du cinéma américain indépendant. Ici, elle a bâti une histoire qui lui ressemble et qui est, dit-on, d'inspiration autobiographique. L'affaire débute par une citation: "Quiconque parle de l'hédonisme californien n'a jamais passé un Noël à Sacramento" (Joan Didion). Tout en nous permettant de réviser notre géographie, l'aphorisme donne aussitôt le ton de la comédie douce-amère qui va suivre. Pendant une petite centaine de minutes, nous marchons dans les pas de Christine, ado d'origine modeste scolarisée dans un lycée privé dirigé par une communauté religieuse. Déjà bien décidée à quitter définitivement la ville après avoir obtenu son diplôme, la gamine mène la vie dure à son entourage et rêve d'intégrer une université réputée pour s'épanouir enfin. Ce qui n'est évidemment pas gagné d'avance. À partir de cette idée simple, le scénario dessine le portrait d'une jeune femme en devenir. Le ton est à la fois doux et touchant.

J'insiste sur une évidence: le film doit beaucoup à Saoirse Ronan. Maintenant, en rester là serait une injustice pour les autres acteurs. Chose intéressante: je n'y ai pas vu de véritable star du grand écran. Cette distribution "anonyme" fait merveille, je trouve, tant elle paraît à sa place dans le contexte du film. Il est donc vraiment dommage d'après moi que l'Académie n'ait pas mis en avant cette exactitude dans son palmarès 2018 ! Dans le rôle de la mère, Laurie Metcalf n'aurait, par exemple, pas volé une statuette dorée. Même constat d'ailleurs pour Lucas Hedges, parfait premier petit ami de Christine. Au-delà du récit et de ce casting, j'ai également apprécié Lady Bird sur le plan formel et particulièrement pour sa capacité à enchaîner rapidement une multitude de petites scènes d'une vie quotidienne joliment reconstituée - un montage d'une belle efficacité narrative. Tout cela étant censé se dérouler vers 2002, un peu de mélancolie affleure à la fin, quand l'héroïne, un peu apaisée, reprend son souffle. Nous serons restés avec elle, jusqu'au bout, sur le fil de ses émotions.

Lady Bird
Film américain de Greta Gerwig (2017)

Des histoires comme celle-là, le cinéma US en regorge: Frances Ha par exemple ou bien Le monde de Charlie, pour n'en citer que deux parmi celles qui me viennent à l'esprit. Dans un registre comique beaucoup plus léger, La folle journée de Ferris Bueller tiendra lieu de classique indémodable. Une question de génération, peut-être. Vous pouvez lui préférer le désenchantement de La dernière séance !

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Plutôt bien accueilli, le film fait débat sur les blogs...
Vous le retrouverez notamment chez Pascale, Dasola, Tina et Strum.

lundi 2 avril 2018

Le grand pèlerinage

La chronique du jour doit commencer par une petite leçon d'histoire. Février 1890: le gouvernement américain viole le traité qu'il a signé pour mettre fin aux guerres indiennes. Des tribus fuient leur réserve. Quelque 350 Lakotas, hommes, femmes et enfants, sont alors arrêtés et, une fois désarmés, massacrés à Wounded Knee, le 29 décembre...

Le film dont il sera question aujourd'hui nous rappelle cette tragédie. Pourtant, ce n'est ni une fiction-reconstitution, ni un documentaire sur les événements. Après le rappel (écrit) de quelques éléments contextuels, il s'agit plutôt du récit d'une initiative qui, de nos jours, rassemble encore plusieurs tribus: un pèlerinage vers Wounded Knee. The ride se focalise sur l'essentiel: il ne contient aucune interview d'historien et ne recourt à aucune voix off. Pas de discours politique non plus, mais des images saisies au plus près des cavaliers indiens pendant les deux bonnes semaines que dure leur rituel de mémoire. Là aussi, il y a, bien sûr, des hommes, des femmes et des enfants...

La captation de ce moment a nécessité un patient travail d'approche. La réalisatrice explique notamment qu'elle a participé au déplacement pour la première fois en 2009, un peu timide et presque persuadée d'être illégitime. Elle a toutefois bel et bien été acceptée et a pu faire plusieurs voyages, au point de considérer aujourd'hui les Indiens qu'elle a rencontrés comme une deuxième famille. Je peux confirmer que quelque chose de cette intimité sublime The ride, qui, au cours de leur périple, nous montre comment ces gens vivent et perpétuent leurs traditions. Ce n'est pas réellement un spectacle, mais le récit apporte indiscutablement une meilleure connaissance de ces peuples largement livrés à eux-mêmes et, à l'évidence, maintenus en marge. L'histoire est cruelle et édifiante, mais elle est belle et digne, aussi. J'ai apprécié que le film soit un exposé des faits plutôt qu'un pensum militant au service de je ne sais quelle cause. C'est très convaincant !

The ride
Documentaire franco-américain de Stéphanie Gillard (2018)

Revisiter ainsi les grands espaces américains inverse la perspective et la rend très intéressante. Peut-être qu'il manque un petit côté épique pour plus d'impact émotionnel. Pour cela, le cinéma de fiction a du répondant, avec Danse avec les loups et Little big man au rang des incontournables. Je recommande, par ailleurs, Les loups blancs et, surtout, le superbe Ces chansons que mes frères m'ont apprises.

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Une info que je crois bon de vous donner...

Selon une croyance répandue chez les Lakotas, la septième génération après le massacre ramènerait l'unité du peuple. Et... nous y sommes !

samedi 31 mars 2018

Mon défi (étape 1)

Bon bon bon... comme il y a un an jour pour jour, je crois venue l'heure du premier bilan de ma participation au Movie Challenge. Cliquer sur les liens vous permettra, au besoin, de vous familiariser avec les règles de ce bingo cinéma inventé par Tina et son amie Lily. Je dois dire que je me sens assez bien parti dans cette édition 2018 !

Pour rappel, j'ai démarré au tout début de l'année et ma présentation du 31 janvier dernier faisait donc déjà état de trois étapes validées !

Voici donc désormais toutes celles que j'ai pu atteindre depuis...

2. Le film m'a déçu,
Braquage à la suédoise

5. Le film est d'origine européenne (hors France),
Western

8. Un personnage a le même nom (ou surnom) que moi,
Rivière sans retour

10. Le titre du film comporte une saison,
Lumière d'été

12. Le titre du film comporte une couleur,
Pattes blanches

17. Le film est un documentaire,
Makala

20. Le film a été primé à Venise ou à Berlin,
3 billboards - Les panneaux de la vengeance

21. Le film a été primé à Cannes,
American honey

26. Un personnage du film est atteint d'un handicap,
Profonds désirs des dieux

27. Le film n'est pas sorti dans les salles françaises,
The wolfpack

29. Un film avec un acteur que j'adore,
Downsizing

30. Un film avec une actrice que j'adore,
Comment voler un million de dollars

34. Le film est un remake ou a été "remaké",
Le deuxième souffle

38. Le héros du film n'est pas humain,
La forme de l'eau

39. Le film est basé sur des faits réels,
Pentagon papers

Ce bon départ ne doit pas m'illusionner. Depuis ma participation effective l'an passé, je sais d'expérience qu'il est relativement facile de débuter un Movie Challenge et bien plus compliqué de le terminer !

En l'occurrence, voici les rubriques qu'il me faut encore remplir...

1. Je voudrais changer la fin du film,
3. Le film a eu de mauvaises critiques,

4. Personne ne s'attendait à ce que j'aime le film,
7. Le film se déroule dans le milieu médical,
9. Le titre du film comporte un verbe à l'infinitif,

13. Le titre du film comporte un numéro,
14. Le film est réalisé par l'un de ses acteurs,
15. Le réalisateur du film n'est ni acteur, ni cinéaste,

16. Le film est muet,
18. Le film est un court-métrage,
19. Le film est sorti l'année de mon bac,

22. Le film a remporté l'Oscar du meilleur film,
23. C'est un premier film,
24. C'est un film engagé,

25. Le film m'a mis en colère,
28. Le film se déroule au collège, au lycée ou à l'université,
31. C'est un film sensuel,

32. Le film dure au minimum trois heures,
35. Le film est tiré d'une série ou en a inspiré une,
36. C'est l'adaptation d'un livre que j'ai lu,

37. C'est un film d'animation,
40. La bande-originale du film est bonne.

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Comme vous le constatez, j'ai encore pas mal de "travail" devant moi. J'avance doucement et, promis, je vous tiendrai bien sûr au courant !

vendredi 30 mars 2018

Doubles noces

Au programme de ce jour: deux "vieux" films réunis en un diptyque. Le mariage étant leur thème commun, je trouve pertinent et sympa d'ainsi les mettre en parallèle. Cela peut aussi donner une petite idée de l'évolution des moeurs, mais ces deux longs-métrages sont d'un ton assez badin, pour le coup. À classer au rayon des comédies (légères) !

Mon épouse favorite
Film américain de Garson Kanin (1940)

Plutôt bien conservée pour son âge, cette très gentille petite bluette met en scène Cary Grant dans le rôle d'un avocat plaidant sa cause personnelle devant un tribunal. Objets de sa requête: le constat légal de son veuvage et l'obtention du droit de se remarier. Un juge autoritaire complique un peu la chose, mais cette courte obstruction n'a que peu de conséquences en comparaison du retour inattendu d'une première mariée bien vivante. Débute alors, pour le bigame malgré lui, une partie de cache-cache intime avec ses deux épouses légitimes. Mine de rien, à l'époque, c'était un sujet plutôt audacieux ! Quelque chose me dit que le scénariste, lui, a dû ruser pour passer entre les filets de la censure. Il en résulte un film daté, mais rigolo. Coup de coeur personnel pour Irene Dunne... et son art du come-back.

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Une petite anecdote ?
Un remake était prévu en 1962, avec pour vedette Marilyn Monroe. Cyd Charisse et Dean Martin n'ont pu le finir après la mort de la belle. Something's got to give est donc resté inachevé. Une autre version est finalement sortie un an plus tard, en 1963: Pousse-toi, chérie. Doris Day, Polly Bergen et James Garner occupent les rôles principaux.

Et un lien en bonus ?
Vous trouverez un autre avis sur le film du côté de "L'oeil sur l'écran".

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Le père de la mariée
Film américain de Vincente Minnelli (1950)

Cette fois, pas de ménage à trois, mais les profondes inquiétudes d'un papa dont la fille va convoler en justes noces ! Toute la question est bien sûr de savoir si elles sont légitimes ou non. On aurait envie d'y croire une seconde devant la mine déconfite d'un Spencer Tracy convaincant, mais, du haut de ses 18 ans, Liz Taylor est si décidée qu'on pensera plutôt le contraire. Cela dit, et ainsi que son titre l'indique on ne peut plus clairement, le film adopte le point de vue paternel. Rassurez-vous, jeunes gens: c'est bien sûr pour s'en moquer gentiment et donc rire tout au long de ses fameuses (més)aventures. Aujourd'hui, de fait, on ne peut décemment pas faire autre chose ! C'est à la toute fin que l'on pourra ensuite apprécier le côté guimauve de cette histoire, puisque, évidemment, tout est bien qui finit bien...

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Une petite anecdote ?

Oui ! La même (ou presque) ! Juste pour confirmer qu'un remake existe bel et bien, cette fois, sorti aux States le 20 décembre 1991. Avec, au tout premier rang du casting, Diane Keaton et Steve Martin. 

Et... autre chose ?

Non, désolé: je ne vois rien de particulier à ajouter à ce que j'ai écrit. Du coup, on se retrouvera ce week-end pour ma prochaine chronique !

mercredi 28 mars 2018

Bobo biloute

J'aurais pu vivre à Lille, mais un résultat de concours en a décidé autrement, il y a déjà une vingtaine d'années ! Je ne regrette rien. Cela dit, je ne saurai jamais vraiment comment je verrais Dany Boon en tant qu'habitant du Nord. Tout ça pour dire que le régionalisme marqué d'un film comme La ch'tite famille n'a pas de prise sur moi...

Fidèle à son humour, Dany Boon a donc écrit une nouvelle comédie orientée sur les accents et différences socio-culturelles entre le Nord et... le reste. Il s'est donné cette fois le rôle d'un grand designer français, qui dissimule ses origines modestes - et donc nordistes - pour briller dans un certain monde parisien: celui de ses clients. Quand, soudain, sa mère, son frère, sa belle-soeur et sa nièce débarquent dans l'idée de fêter un anniversaire, le choc est violent. Un accident plus tard, notre ami le biloute repenti a perdu la mémoire et retrouvé son vocabulaire provincial. Panique chez les bobos ! Autant admettre que La ch'tite famille ne brille pas par sa subtilité...

Je n'ai pourtant pas envie de cracher sur ce film, que je crois sincère. Les acteurs sont bons, dans l'ensemble, même si François Berléand m'a paru en faire des caisses dans le rôle du "méchant" beau-père. J'aimerais vous préciser que je me suis laissé surprendre par l'épouse revêche qu'incarne Laurence Arné, d'abord parce que cette actrice m'était inconnue jusqu'alors, mais aussi parce que son personnage évolue de manière inattendue. J'octroie d'autres mentions honorables à Valérie Bonneton et au tandem Line Renaud / Pierre Richard. Maintenant, je ne vous raconterai pas d'histoire: La ch'tite famille dégouline de bons sentiments et il faut donc avoir l'estomac solide pour digérer tout ce sucre. Oui, on a déjà vu (beaucoup) plus drôle. Ce ne sera pas ce film qui rehaussera la cote des comédies françaises. Je pourrais donc être plus cinglant, mais je m'y refuse. Avec un instant rock'n'roll et un bêtisier, le final emporte le morceau !

La ch'tite famille
Film français de Dany Boon (2018)

Dix ans après, le célèbre gars du Nord ne renouvelle pas l'exploit comique de Bienvenue chez les Ch'tis. La barre était un peu haute pour cela, j'imagine, en tickets vendus et/ou en qualité d'écriture. Rien n'interdit toutefois de prendre les choses du bon côté et de juger que le Boon actuel est resté fidèle au Dany d'hier (ou inversement). Les inconditionnels pourront toujours enchaîner avec Eyjafjallajökull.

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Et, pour finir, le César est attribué à...

Dany Boon ! L'humoriste s'était ému, en 2009, de l'absence de prix pour les comédies au cours de la  grand-messe du cinéma français. Grace à Raid dingue, le long-métrage en tête du box-office des films français en 2017, il obtient cette année... le premier César du public !

lundi 26 mars 2018

Joyeux Noël

Cela ne m'était plus arrivé depuis... sept ans: j'ai passé tout le mois de février sans voir le moindre film français ! J'ai rattrapé cet impair dès le premier jour de mars, en m'orientant vers un grand classique de notre patrimoine: le Quai des orfèvres d'Henri-Georges Clouzot. Ah, quel bon choix ! Et quel plaisir ! Je me suis franchement ré-ga-lé !

 
Le film a pour cadre général le milieu du music-hall, dans le Paris encore fragile de l'immédiate après-guerre. Marguerite Chauffournier est appellée Jenny Lamour. Chanteuse de cabaret, elle rêve de percer au cinéma. Une ambition que dédaigne son mari. Maurice Martineau est un jaloux, déterminé à tuer quiconque lui contesterait l'exclusivité des faveurs de la belle enfant. Or, un vieillard prétendument influent vient admirer l'intéressée de très près. Qu'arrive-t-il ? À vous de voir. Vous pouvez sûrement deviner que le bien nommé Quai des orfèvres vire alors au polar. Ce n'est pas faux, non, mais... ce n'est pas tout. Très sincèrement, cet aspect du scénario m'a même paru secondaire !

Je m'explique: au-delà donc de l'intrigue, j'ai surtout apprécié le film pour la (belle) lumière qu'il apporte sur la vie des classes populaires. Bien sûr, vous me direz que les temps ont changé et qu'il est probable que ce qui est montré ici n'existe plus sous cette forme aujourd'hui. Qu'importe: l'extrême rigueur apportée à la composition de ce tableau m'a tout simplement émerveillé. Il faut dire aussi que la distribution est vraiment aux petits oignons. Qu'il soit sur le devant de la scène ou plus en retrait, chaque personnage "sonne" juste. J'ai été heureux de cette opportunité de revoir Suzy Delair et de confirmer tout le bien que je pense de Bernard Blier. Cela étant dit, si Quai des orfèvres brille de mille feux, c'est d'abord grâce à l'incroyable Louis Jouvet. Quelle prestation, mes aïeux ! Sa manière d'incarner un flic pugnace et désabusé n'est pas bonne. Non: elle est parfaite ! Et quelle voix ! Avec, en cadeau-bonus, d'excellents dialogues, c'est de l'or en barre ! Comment avais-je pu négliger cette perle jusqu'alors ? Je l'ignore. Autant dire que je vous recommande vivement d'éviter cette erreur...

Quai des orfèvres
Film français d'Henri-Georges Clouzot (1947)

Si mon titre vous surprend, je vous recommande de... voir le film pour comprendre. Un détail amusant: il a bien failli s'appeler ainsi ! Bon... après cette anecdote, quelques suggestions de longs-métrages de la même qualité ? Ce n'est pas très facile à dénicher, sachez-le. Histoire de, je citerais La chienne ou Du rififi chez les hommes. Bien sûr, du même réalisateur, Le corbeau reste un incontournable...

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Maintenant, si vous voulez lire d'autres avis...
Je ne saurais trop vous conseiller un détour chez Princécranoir et Lui.

samedi 24 mars 2018

Flingues et spaghetti

Autant vous le dire franco: il me semble délicieusement anachronique de regarder un western spaghetti aujourd'hui. Le plaisir que j'ai pris devant l'iconique On l'appelle Trinita, l'une des meilleures références du genre, reste indiscutable. Et je ne rougirai donc pas de cette joie procurée par un film certes ordinaire, mais honnête avec son public...

Bon, c'est vrai aussi que le réalisateur et les deux acteurs principaux avançaient masqués ! Sur l'affiche, le cinéaste italien Enzo Barboni apparaissait en fait sous le nom de E. B. Clucher, tandis que les stars et bons copains Mario Girotti et Carlo Pedersoli avaient, eux, adopté des pseudonymes 100% américanisés: Terence Hill et Bud Spencer. Franchement, ce n'est pas très important: l'essentiel tient à la façon dont leur travail revisite les codes du western pour s'en moquer gentiment. L'histoire est des plus classiques: un drôle de type, sorti de nulle part, met ses revolvers au service de simples paysans menacés par des brigands. Le mythe du chevalier blanc fait long feu quand on constate que notre ami a des motivations discutables. Profiter de la vie, manger à sa faim, draguer quelques jolies filles aussitôt que l'occasion se présente: le héros d'On l'appelle Trinita n'est qu'un hédoniste contrarié par les rigueurs de l'Ouest. C'est dur...

Vous aurez tout compris en voyant comment il "monte" à cheval ! Petit conseil: le mieux est de ne pas trop attendre du personnage. Sincèrement, en regardant le film au tout premier degré, j'ai connu un bon moment devant ce qui est objectivement une grosse pitrerie. Comme vous pouvez l'imaginer, les flingues parlent, mais les comptes se règlent surtout lors de bagarres homériques chez les protagonistes de ce cinéma de seconde zone. Pour le reste, on rigolera volontiers devant des décors naturels censés représenter les grands espaces américains alors qu'à l'évidence, le film n'a pas été tourné sur place. Tout cela n'est pas grave, évidemment, et n'a pas empêché le public d'offrir à cette parodie une reconnaissance somme toute méritée. Entendons-nous bien: On l'appelle Trinita n'est pas un chef d'oeuvre immortel du cinéma mondial, mais c'est une oeuvre sincère, je crois. Pas sûr qu'on puisse en dire autant de tous les autres films du genre. Il y en aurait 18 au total du duo Hill-Spencer, figurez-vous ! Je crois que je vais m'arrêter là, mais rien n'est sûr: je peux changer d'avis...

On l'appelle Trinita
Film italien d'Enzo Barboni (1970)

Bon bon bon... on tient là Les sept mercenaires en version dingue. NB: deux autres films du même acabit sont d'ores et déjà chroniqués sur ce blog. Un génie, deux associés, une cloche est encore plus fou côté casting (avec Terence Hill + Miou-Miou + Robert Charlebois !). Quant à Mon nom est personne, j'assume tout: c'est une madeleine de mon enfance... avec Henry Fonda, tout de même. Ah, nostalgie...

vendredi 23 mars 2018

Nos amis indiens

Avez-vous déjà entendu parler de Befikre ? En 2016, ce film indien est devenu le tout premier Bollywood entièrement tourné en France ! Cette romance de plus de deux heures met en valeur Paris, les plages de la Côte d'Azur et le château de Serans, dans l'Oise. Il est bien sorti dans nos salles, mais de façon assez confidentielle, j'ai l'impression...

Cette photo du couple vedette (Vaani Kapoor et Ranveer Singh) m'incite très modérément à pousser plus loin mes investigations. D'ailleurs, autant le souligner: il n'y a encore que quatre films indiens sur Mille et une bobines, dont deux seulement liés à la tradition bollywoodienne de la comédie musicale. Si je vous parle de Befikre aujourd'hui, c'est surtout pour dire ma surprise d'avoir vu le président de la République, Emmanuel Macron, en visite officielle en Inde, évoquer la possibilité d'associer plus étroitement le cinéma français avec celui du sous-continent. "Notre souhait est d'attirer le maximum de tournages de Bollywood en France", a-t-il dit. Bon... pourquoi pas ?

Inde toujours: il paraît qu'à l'automne dernier, le tournage d'un film tamoul, Junga, s'est déplacé sur le site du château de Chambord ! Ces visites inattendues auraient un impact certain sur le tourisme. D'après les derniers chiffres officiels (ceux de 2016), 600.000 Indiens auraient visité la France cette année-là, c'est-à-dire 100.000 de plus que l'année précédente. Et si, tous les ans, seuls 20 millions d'Indiens quitteraient leur pays pour voyager, ce chiffre pourrait vite grimper pour atteindre les 50 millions d'ici deux ans. La Suisse et l'Espagne bénéficieraient déjà de cette manne, grâce notamment à la visibilité offerte par le cinéma. C'est anecdotique, en effet, mais ça m'amuse !

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Alors, demain, tou(te)s en churidar et sari ?
Euh... pas sûr ! Mais je reste quand même curieux de votre opinion...

mercredi 21 mars 2018

La belle et la bête

J'ai vu La forme de l'eau avant qu'il ait reçu quatre des Oscars 2018. Est-ce que j'en aurais fait le meilleur film de l'année ? Je ne sais pas. Ce dont je suis sûr, au moins, c'est que j'ai pris beaucoup de plaisir devant cette histoire, originale et presque décalée parmi les histoires "vraies" et de super-héros que Hollywood n'a de cesse de réinventer...

S'il faut absolument trouver un qualificatif à ce récit, je crois bien que le plus indiqué serait pulp. Depuis que ce cher Quentin Tarantino l'a remis au goût du jour, on sait que cet adjectif très américain correspond parfaitement aux fictions d'une certaine culture populaire. Nul doute que Guillermo del Toro, le réalisateur de La forme de l'eau, trouve de l'inspiration dans les récits de ces magazines bon marché apparus aux États-Unis avant-guerre. Dans le cas qui nous occupera aujourd'hui, il en profite pour donner le premier rôle à un personnage extrêmement humble: une simple femme de ménage. Pour compléter le tableau, on découvre aussitôt que cette Elisa Esposito est muette. Heureusement pour elle, elle peut compter sur deux amis: sa collègue de travail afro-américaine, Zelda, et son voisin, Giles, un illustrateur homosexuel, amoureux des chats. Tout cela pose le décor d'un film attendu pour faire l'éloge de la différence... et la suite le confirme. Dans le laboratoire secret qu'elle nettoie chaque jour, Elisa va croiser le chemin d'une mystérieuse créature. La chance de sa vie, peut-être.

Pour le caractériser, j'ai envie de dire que ce film est une merveille d'équilibre. Parce qu'un excellent Michael Shannon y joue un méchant comme on en voit peu, on tremble volontiers avec les personnages positifs, brillamment interprétés par Sally Hawkins, Octavia Spencer, Richard Jenkins ou Michael Stuhlbarg. On se laisse prendre au jeu quand l'émotion surgit de cette rencontre, pourtant très improbable, avec un monstre capable d'empathie. À son sujet, je tiens à souligner qu'un vrai acteur (Doug Jones) se cache dans le costume de la bête. Cette décision de ne pas recourir uniquement aux effets spéciaux confère d'ailleurs au film une patine bien particulière, joliment rétro. De fait, c'est même toute la direction artistique de La forme de l'eau qui évoque ainsi la facture du cinéma d'antan - et c'est beau à voir ! Cette dimension nostal-geek ne séduira pas forcément tout le monde. En réalité, si vous passez le cap du très onirique générique de début et des premières scènes d'exposition, je crois que le tout vous plaira. Bon... il y aurait matière à chipoter un peu, mais je n'en ai pas envie.

La forme de l'eau
Film américain de Guillermo del Toro (2017)

Avec qui découvrir cette histoire ? C'est une vraie question-piège ! Pourquoi ? Parce qu'à la réflexion, je crois qu'il faut que je dise également que le film est ouvertement hardcore, c'est-à-dire explicite dans toutes ses dimensions. Bien que romantique, il contient aussi quelques scènes d'une très grande violence. Les âmes plus sensibles se contenteront peut-être de E.T. ou, dans un autre genre, de Paul...

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Bonne nouvelle: j'avance dans le Movie Challenge...

Je coche avec joie la case n°18: "Le héros du film n'est pas humain". Affirmons l'évidence: c'est même ce qui le rend tout à fait fascinant ! 

Pour finir, si vous voulez lire d'autres avis sur le film...
Je note qu'il est assez bien accueilli, sans faire pourtant l'unanimité. Vous le vérifierez chez Pascale, Dasola, Tina, Princécranoir et Strum.