lundi 14 mai 2018

Sans concession

Ma maman avait raison: un peu après la mi-avril, je me suis offert quelques soirées cinéma vraiment différentes les unes des autres. Résultat: c'est en Corée que je vous embarque aujourd'hui. L'occasion de vous présenter un thriller tout juste ressorti dans une copie restaurée: Memories of murder. Petit conseil d'ami: accrochez-vous !

Basé sur une histoire vraie, le scénario nous emmène à la campagne. Nous sommes en 1986. Brouillonne et du coup inefficace, la police locale est à la recherche du moindre indice qui lui permettrait enfin de mettre la main sur un serial killer pervers. Un inspecteur débarque de Séoul pour assister ses collègues de province. Il découvre ainsi leurs "méthodes": bidouiller les preuves et torturer le premier suspect venu dans l'espoir de lui arracher des aveux circonstanciés suffisants pour classer toute l'affaire. Il paraît que Memories of murder s'inscrit dans une logique historique où ces techniques étaient encore monnaie courante. Autant dire que vous n'êtes pas là pour rigoler, les amis ! Maintenant, avant de vous effrayer tout à fait, je tiens à vous dire que j'ai trouvé le film très bon, à la hauteur de ses ambitions, en fait.

Les âmes sensibles auront détourné le regard, mais je vous assure que j'ai vu nombre d'autres films franchement plus gore que celui-là. Ce qui est éprouvant ici, ce n'est pas le sang qui coule: c'est plutôt cette idée d'une fatalité à laquelle les hommes ne peuvent s'opposer. Aussi sombre que pessimiste et donc implacable, le récit nous retient dans l'obscurité, sans rien nous laisser pour espérer une ouverture vers la lumière. Là réside toute l'efficacité de Memories of murder ! Le cadre asiatique n'y change pas grand-chose: nous admettons vite que le mal a, cette fois, toutes les chances de triompher du bien. Incongrues, quelques scènes un peu bouffonnes apportent une densité supplémentaire aux divers personnages, dont le désarroi existentiel est d'autant plus palpable qu'au final, il vient s'exprimer face caméra. Autant vous le dire clairement: le jeu des acteurs et la mise en scène m'ont fort impressionné. Je n'en suis pas encore tout à fait revenu...

Memories of murder
Film sud-coréen de Bong Joon-ho (2003)

Un long-métrage comme Epitaph pourrait à présent convenir à celles et ceux qui, parmi vous, partiront en quête d'une production asiatique encore plus tordue. Vous êtes toujours là, les autres ? J'en profite pour vous dire que l'on peut sûrement rapprocher ce cinéma de celui de David Fincher et notamment de son film Zodiac. Je reste à l'écoute des connaisseurs de la Corée pour d'éventuelles autres comparaisons !

----------
Ah ! Une bonne nouvelle pour les amateurs du genre...
L'ami Strum a publié une (remarquable) chronique d'analyse du film.

samedi 12 mai 2018

Deux femmes et...

Vous vous souvenez de Jeanne Calment ? Cette mamie, ex-doyenne des Français et de l'humanité, est décédée en 1997 à 122 ans, 5 mois et 14 jours ! Le cinéma, lui, fêtera sa 123ème bougie en décembre. Comme une vieille personne, il arrive qu'il rabâche la même histoire archi-connue. Pas toujours, ouf ! Et pas dans Les bonnes manières...

Vrai bonheur de la découverte: je suis allé voir ce petit film brésilien sans trop d'info préalable et en réalité sur la seule foi de la confiance que j'accorde aux programmes proposés par Bruno, le vice-président de mon association. Me voilà aujourd'hui face à un défi: vous parler de cette histoire et vous donner envie de la découvrir, sans lever véritablement le voile sur ce à quoi vous devriez vous attendre. Quelques mots simplement pour vous indiquer que le récit débute d'une manière somme toute franchement banale: Ana, future maman célibataire, embauche Clara, jeune femme sans grande référence professionnelle, pour être son aide à domicile et, à terme, la nounou de son enfant. Très froid au départ, le rapport des deux personnages finit par se réchauffer, dès l'instant précis où Clara comprend qu'Ana est sujette au somnambulisme et s'efforce donc de lui venir en aide. Les bonnes manières devient alors une sorte de conte. Surprenant...

Je vais être cash: la tournure fantastique prise par les événements pourrait en laisser plus d'un sur le carreau. Je fais un simple constat objectif: à notre soirée associative, le film n'a pas fait l'unanimité. Cela étant précisé, je peux dire que moi, je l'ai aimé. Sa dimension onirique m'a convaincu, dans la mesure où, dès les premières scènes pourtant ancrées dans le réel, l'ajout aux décors de quelques effets numériques induit une distanciation propre à introduire l'imaginaire. Sans vouloir vexer qui que ce soit, j'ajoute qu'à mes oreilles, l'idée d'étrangeté se nourrit aussi de la sonorité pour le moins inhabituelle de la langue brésilienne (que je trouve agréable, soit dit en passant). Voilà... pour résumer, Les bonnes manières est un film qui dépayse. Ses deux heures passées nous laissent tout le temps de nous évader de notre quotidien, d'autant que la bande originale, en partie écrite par le réalisateur himself, s'avère elle aussi particulièrement soignée. J'ai donc eu un coup de coeur pour cet "objet filmique non identifié". Un bon exemple de ce cinéma de genre bien trop rare sur nos écrans !

Les bonnes manières
Film brésilien de Marco Dutra et Juliana Rojas (2018)

Une escapade vers l'insolite à partir de la réalité: c'est le programme de Real, curieux film japonais, mais bon... la comparaison s'arrête là. Je ne vois pas d'équivalent au long-métrage présenté aujourd'hui. Soucieux de ne pas trop en révéler, je vais vous indiquer simplement que j'ai relevé quelques points communs avec La forme de l'eau. Situé dans un São Paolo revisité, le voyage est plus fascinant encore !

----------
Si vous cherchez à obtenir un peu plus de détails...
Je vous conseille de lire la chronique que Pascale a écrite sur le film.

vendredi 11 mai 2018

À un détail près

Le respect que j'ai pour les classiques du cinéma me fait les aborder avec respect et prudence. Je n'ai pas envie de raconter n'importe quoi sur une oeuvre qui aura été culte en son temps. C'est dans cet état d'esprit que je veux vous parler d'Ascenseur pour l'échafaud. On dit parfois que ce film marque les débuts de la Nouvelle Vague française !

La superbe Jeanne Moreau y incarne une dénommée Florence Carala. Déambulant seule dans la nuit parisienne, la jeune femme s'inquiète de l'absence de Julien, son amant, censé la retrouver dans un bistro après... avoir assassiné son mari ! Le plan semble avoir été exécuté à la perfection, mais le meurtrier a commis une erreur fâcheuse qui, quand il s'en aperçoit, l'oblige à retourner sur le lieu de son crime. Problème: quand il reprend enfin le chemin de la fuite, il se retrouve bloqué dans un ascenseur dont l'alimentation est coupée pour la nuit. Ascenseur pour l'échafaud trouve alors la justification de son titre et Maurice Ronet nous offre une très belle prestation en homme tombé dans son propre piège. Un savant mélange alterné nous invite à nous intéresser à son sort et à celui de sa maîtresse, qui se croit trahie quand elle voit la voiture de son complice passer devant elle sans s'arrêter. Nous, spectateurs, savons qu'elle a en fait été volée...

Pas question pour moi de vous révéler comment tout cela s'achève. J'ajoute qu'aux deux acteurs déjà cités, j'ai vu avec joie s'adjoindre d'autres talents, dont le duo Lino Ventura / Charles Denner en flics particulièrement tenaces. Ce n'est toutefois pas pour eux seuls qu'Ascenseur pour l'échafaud est encore perçu comme un grand film aujourd'hui, soixante ans après sa sortie. Non sans rebondissements inattendus, le suspense implacable qu'il propose s'avère très efficace et a séduit l'amateur de (bons) films policiers qui sommeille en moi. Sur le plan formel, j'ai trouvé ce noir et blanc très réussi, les scènes nocturnes que j'ai déjà citées étant sans doute parmi les plus belles. Autant ajouter ce que les cinéphiles savent: elles sont accompagnées d'une bande originale signée Miles Davis, génie de la trompette jazz. L'ambiance qui en découle marque très favorablement les esprits. Allez... j'ai bien quelques petites réserves, liées notamment au jeu d'un autre duo d'acteurs, autour duquel se construit une intrigue secondaire, mais dans l'ensemble, le film m'a emballé. Un pur plaisir !

Ascenseur pour l'échafaud
Film français de Louis Malle (1958)

Est-ce l'effet de l'absence de couleurs ? J'ai l'impression persistante que notre cinéma national ne nous offre plus de films comme celui-là. Dans le genre, Classe tous risques est très bien aussi, par exemple. On dirait qu'ensuite, les grands noms et titres du patrimoine français préfèrent la gaudriole (cf. Le cave se rebiffe ou Un singe en hiver). La métamorphose des cloportes m'incite à prolonger mon enquête...

----------
Vous préférez retourner dans le Paris nocturne ?
Pas de problème: Eeguab et Lui pourront aussi vous servir de guides.

jeudi 10 mai 2018

Et elle danse...

Bon... avant mon intermède cannois d'avant-hier, je vous avais parlé d'un petit film. Mon fil de chroniques m'invite à en évoquer un autre aujourd'hui: The fits, brièvement sorti en salles en janvier 2017. D'après ce que j'ai lu, il n'aura coûté "que" 150.000 dollars. Il a obtenu le Prix de la critique au Festival du film américain de Deauville 2016 !

En à peine plus d'une heure, Anna Rose Holmer, une documentariste expérimentée qui signe ici sa première fiction, vient coller sa caméra aux basques de son personnage: Toni, une (jeune) Afro-américaine qui, comme son frère, apprend la boxe en amateur. Les choses changent vite quand la demoiselle découvre, au-dessus de sa salle d'entraînement, un groupe de filles de tous âges, aussi noires qu'elle pour la plupart, et pratiquant le drill, une danse proche du hip hop. Révélation ? Peut-être bien, mais The fits ne nous laisse pas le temps d'imaginer le film social qu'il aurait pu être. La réalisatrice a tôt fait de nous emmener dans une autre direction - et oui, c'est intéressant !

Je ne veux pas trop en dire, mais une atmosphère de mystère accompagne le film à partir du moment où le scénario qu'il déroulait jusqu'alors bifurque et prend une tournure franchement inattendue. Certains y verront sans doute un curieux rêve éveillé, quand d'autres interprèteront les images comme une allégorie de ce qui peut arriver aux gamines au moment où elles atteignent l'adolescence. Je dois dire que je serais tout à fait curieux d'avoir un avis féminin sur The fits. Autant insister: singulière, cette "proposition de cinéma" m'a laissé quelque peu interloqué, loin de mes repères habituels sur la scène indépendante américaine. C'est d'ailleurs très bien ainsi, je trouve. Accepter qu'un récit ne soit pas tout à fait cartésien, ça permet aussi de considérer les choses sous un autre angle... et ce n'est pas inutile !

The fits
Film américain d'Anna Rose Holmer (2016)

Entre Billy Elliot en plus énigmatique et... Carrie au bal du diable en moins sanglant, le film a su me plaire de sa drôle de façon ! Il est même parvenu à me transporter sur ses frêles épaules, la scène finale m'évoquant un peu celle d'un autre opus au style aérien: Andalucia. Une chose est sûre: une telle création n'apparaît pas chaque semaine sur les grands écrans blancs de nos cinémas. Et on peut le regretter...

mardi 8 mai 2018

Cannes au premier jour

C'est toujours avec une certaine curiosité que j'attends chaque année l'heure du retour du Festival de Cannes. Pour info, la 71ème édition démarre en décalé, non pas un mercredi, mais un mardi: aujourd'hui. Parmi les 1.906 films soumis à son jugement, le comité de sélection en a retenu 21 pour se disputer la Palme d'or. Quel boulot, mes amis !

De mon côté, je ne prétends pas désormais vous proposer une liste exhaustive des courts et longs-métrages à surveiller de (très) près. J'aurai sûrement l'occasion d'un bilan post-festivalier pour vous dire mes préférences. Pour l'heure, j'avais plutôt envie d'une chronique subjective, à partir des éléments factuels notés avant le coup d'envoi. Ce qui me conduit à exprimer ma joie de voir Cate Blanchett au poste de présidente du jury ! L'Australienne n'est "que" la onzième femme choisie pour assumer ces fonctions. Je suis déjà sûr qu'elle le fera avec classe. Pour parler de son discernement, j'attendrai la suite ! Cannes ne s'est jamais déroulé sans son lot de surprises, après tout...

Après The square et Ruben Östlund, qui remportera la récompense suprême ? C'est presque impossible de le pronostiquer. Il est avéré que la Croisette n'est pas coupée du monde pendant les quinze jours que dure la compétition, mais aussi que les choix du jury cannois s'écartent parfois sensiblement des attentes des médias spécialisés et/ou du grand public. Et qu'il est agréable de se laisser surprendre ! Après tout, le grand vainqueur 2017 avait été admis en compétition au tout dernier moment, ramenant au passage à son pays - la Suède - une Palme... qui avait toujours échappé au grand Ingmar Bergman ! J'imagine que, d'ici deux / trois jours, on aura déjà quelques échos...

La première de mes certitudes, c'est que le glamour compte toujours. Fidèle à son image, Cannes, cette année, démarre en grand pompe avec le couple Penelope Cruz / Javier Bardem, qui vient ouvrir le bal grâce au nouveau film de l'Iranien Asghar Farhadi, Everybody knows. Bonus: le long-métrage participe à la compétition et nous aurons l'occasion de le découvrir en salles... dès demain ! J'ai l'impression que la course à la Palme sera très ouverte cette année, la sélection n'accueillant qu'un seul ex-lauréat, le cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan. Qu'un vent de renouveau souffle sur le Festival me ferait bien plaisir. On ne lui a que trop souvent reproché son (prétendu) conservatisme !

Le fait est que Cannes n'échappe jamais tout à fait à l'engagement politique. Sans la transformer en tribune, Thierry Frémaux, le délégué général du Festival, assume parfaitement le fait d'avoir associé quelques nouveaux visages à sa sélection, tout en y refusant d'ailleurs les films produits par la société américaine Netflix - au seul motif qu'ils n'étaient pas programmés pour sortir dans les salles françaises. On notera, parmi les candidats à la Palme, deux cinéastes censurés dans leur pays: l'Iranien Jafar Panahi et le Russe Kirill Serebrennikov. Des démarches ont été faites pour défendre leur approche, mais l'un et l'autre devraient manquer le rendez-vous cannois. Pensons à eux...

Les absents du Festival ne sont pas toujours privés de liberté. Exemple: bien qu'il ait de nouveau été retenu dans la sélection officielle, il se dit que le Franco-suisse Jean-Luc Godard, 87 ans, devrait rester chez lui plutôt que de venir parader sur la Croisette. Entre nous, je me fiche bien qu'il soit là pour défendre Le livre d'image ou non. D'autres longs-métrages m'intéressent: outre le film d'ouverture, je suis impatient d'en savoir plus sur Les filles du soleil d'Eva Husson, En guerre de Stéphane Brizé, Une affaire de famille d'Hirokazu Kore-eda, BlacKkKlansman de Spike Lee et Yomeddine d'Abu Bakr Shawky. Vous saurez donc bientôt si j'ai eu le nez creux...

Quoi qu'il en soit, et même si je dois admettre n'avoir encore vu aucune des quatre dernières Palmes, je continue d'aimer le Festival. Malgré ses défauts, son côté international me fascine et j'ai été ravi d'apprendre que, cette année, il accréditerait de jeunes cinéphiles pour leur ouvrir ses portes, un peu avant la fin de la compétition. Quant à moi, j'étais disposé à attendre juin - et sa sortie en salles - pour découvrir L'homme qui tua Don Quichotte, annoncé à la clôture de la Quinzaine cannoise. Las ! Un énième incident est venu perturber le parcours ô combien chaotique du film "maudit" de Terry Gilliam. L'ex-Monty Python est désormais en conflit avec... son producteur. Leur bataille juridique pourrait conduire à une déprogrammation ! Une issue qui serait rude pour le duo Jonathan Pryce / Adam Driver...

----------
Voilà, j'ai à peu près fait le tour...
À vous, désormais, de me dire si Cannes vous enthousiasme ou non. Et je vous saurai gré d'argumenter votre point de vue, quel qu'il soit !

lundi 7 mai 2018

Juste un gamin

C'est la présidente de mon association qui m'a demandé si je pouvais regarder Takara - La nuit où j'ai nagé, dans l'idée de le présenter lors de l'une de nos soirées. J'ai donc pu le voir en "avant-première". J'ignore à quelle échelle il sera diffusé, mais il est sorti en salles mercredi dernier. C'est l'occasion de le découvrir à votre tour, donc...

Parlons peu, mais parlons bien: Takara... est un (tout) petit film. D'ailleurs, sa durée n'atteint même pas une heure vingt ! L'histoire elle-même est minimaliste: le scénario nous propose de suivre les pas d'un petit garçon, encore endormi quand son papa est parti travailler. Quand le gamin se réveille, on sait déjà que sa maison est entourée de neige et on se dit qu'il aurait tout intérêt à rester bien au chaud. Évidemment, c'est le contraire qui va arriver sous nos yeux, l'enfant préférant s'aventurer à l'extérieur que d'attendre sagement le retour de son père. Pas vraiment de quoi s'inquiéter pour autant: le film montre un môme futé, capable de s'en tirer sans adulte à ses côtés...

L'anecdote dit que cette histoire est née d'une rencontre impromptue entre un cinéaste français, très attiré par la neige, et un réalisateur japonais, qui souhaitait travailler avec un enfant. Bien que séparés par la haute barrière de la langue, Damien Manivel et Kohei Igarashi semblent être parvenus à s'entendre sur l'essentiel et ont su composer ce que j'appellerai volontiers une "bulle de savon cinématographique". Indiscutablement, Takara... est un film fragile, un geste artistique éphémère, d'autant plus finalement qu'il est... entièrement muet ! Seuls quelques sons nous parviennent, mais sans donner d'explication véritable aux images. De fait, ce n'est pas franchement nécessaire. De par sa grande sobriété, ce récit atteint presque une dimension universelle. Saura-t-il vous émouvoir ? Je vais vous laisser en juger...

Takara - La nuit où j'ai nagé
Film franco-japonais de D. Manivel et K. Igarashi (2018)
Je ne sais pas si les Japonais ont tendance à laisser leurs enfants livrés à eux-mêmes, mais c'était aussi le sujet de Nobody knows. C'est parce qu'il ne s'agit pas d'un drame que le film d'aujourd'hui parvient à se distinguer d'autres oeuvres que j'aurais pu citer aussi. Pour un regard occidental sur le Japon, De l'autre côté de la porte propose une expérience radicale ! Sans liens avec Cherry blossoms...

----------
Hop ! J'en profite pour avancer le Movie Challenge...

Je remplis donc aujourd'hui la case n°34: "C'est un film muet".

samedi 5 mai 2018

Demain les chiens

Je ne suis peut-être pas un inconditionnel, mais j'ai une sympathie certaine pour Wes Anderson et son cinéma. J'ai appris que le Texan vivait désormais à Paris, ce qui contribue à en faire un Américain atypique, a fortiori dans le petit monde du septième art. Il est clair que j'avais du coup une certaine attente à l'égard de L'île aux chiens.

Située dans un futur proche, l'histoire nous conduit vers un Japon revu et corrigé, où des toutous, porteurs d'une maladie, sont jugés dangereux pour l'homme et de ce fait mis à l'écart dans une sorte d'immense décharge. Il est permis d'y voir un complot des chats ! Quand le film commence, un petit garçon débarque dans la réserve canine, dans l'espoir d'y retrouver le quadrupède qui, quelques années auparavant, fut pour lui un compagnon de jeu et un protecteur. Partant de là, le scénario s'emballe et nous invite alors à n'observer les choses qu'à hauteur d'animal. L'île aux chiens est un spectacle d'autant plus savoureux qu'une partie des dialogues reste en version originale japonaise, tandis que de bons acteurs s'amusent à doubler l'ensemble du "casting" à poils longs, drus ou soyeux: Wes Anderson case ainsi bon nombre de ses copains. Ce qui est vrai aux États-Unis l'est aussi en France, le cinéaste ayant lui-même choisi sa distribution francophone. Vos oreilles devraient apprécier, d'un côté ou de l'autre. L'attention accordée au plus petit détail fait vraiment des merveilles !

Une fois n'est pas coutume: je crois que je vais plutôt vous conseiller d'apprécier le film en français. L'image est si riche, la mise en scène si inventive, qu'il serait dommage que vous passiez à côté du plaisir parce qu'il vous aura fallu trop de temps pour lire les sous-titres. Convenons-en également: L'île aux chiens est plutôt un film bavard. Même s'il est franchement burlesque parfois, le long-métrage énonce clairement ses enjeux et se découpe même en chapitres, à l'image des mangas où il puise sans nul doute une partie de son inspiration. Esthétiquement, ce n'est pas toujours à 100 % réussi, mais impossible de ne pas être baba devant les efforts accomplis par les équipes d'animateurs. Ce n'est assurément pas la première fois que le cinéma nous offre de nous émerveiller grâce à la technique du stop motion. Maintenant, quand on sait qu'il faut 24 images pour une seule seconde de film, on perçoit mieux quel gigantesque défi cela a dû représenter. En 130.000 photos, Wes Anderson et ses techniciens nous promènent et nous enchantent sans jamais verser dans la facilité. Chapeau bas !

L'île aux chiens
Film américain de Wes Anderson (2018)

Toute ressemblance avec des situations bien réelles qui concernent des hommes plutôt que des cabots est bien sûr tout sauf fortuite ! Sans doute le film n'est-il pas un pamphlet, mais il dit quelque chose de très juste sur le monde d'aujourd'hui. Si vous êtes encore novices avec le cinéma de Wes Anderson, je vous suggère Fantastic Mr. Fox. Et, hors-animation, Moonrise Kingdom + The Grand Budapest Hotel.

----------
Un arrêt sur la case du Movie Challenge...

Je valide aujourd'hui l'objectif n°37: "C'est un film d'animation".

Et vous n'êtes pas obligés d'en rester là...
D'autres chroniques sont disponibles chez Pascale, Dasola et Strum.

vendredi 4 mai 2018

Bras cassé et disparition

Un détective privé enquête sur l'accident mortel d'une actrice porno. Pour avancer, il cherche une dénommée Amelia, amie de la victime. Problème: la miss se croit également menacée et a payé un "gorille" pour la protéger. La rencontre des deux mecs s'achève sur un bras cassé pour le premier ! Et voilà qu'Amelia sort à son tour des radars...

Bon... j'ai été content de retrouver Ryan Gosling et Russell Crowe dans The nice guys. Leur duo - inédit, je crois - fonctionne bien. D'adversaires, ils deviennent alliés de circonstance et presque amis. Quelque chose dans ce petit film tient du buddy movie des années 80. Logique: cela correspond aux expériences antérieures du réalisateur. Bref, une intrigue parfois absconse sert essentiellement de prétexte pour suivre les déambulations d'un tandem apparemment désassorti et finalement complémentaire. Pour ne rien laisser de côté, on notera qu'une petite fille rejoint les compères et compose avec eux un trio improbable et sympatoche. Tout cela est à prendre au second degré...

J'ai juste envie de vous dire: why not ? Je n'ai pas choisi de regarder ce film pour me prendre la tête. Aux côtés des éternels blockbusters dont le cinéma américain nous inonde, il vaut bien un petit détour. Évidemment, je l'ai aimé pour son côté cool et sa reconstitution soignée du Los Angeles interlope de 1977-78, qui m'ont convaincu qu'un bon travail avait été accompli sur la forme. J'insisterai pour dire que le fond, lui, n'a pas été négligé et que, malgré quelques pointes d'humour bien senties, le récit est sérieux, proche de celui d'un film noir. Dans les faits, c'est bien le contraste entre ce scénario complexe et cette ambiance proche de la farce qui fait le sel de The nice guys. Entendons-nous bien: tout cela n'en fait certes pas un incontournable. Il a su m'amuser et c'est ce que j'attendais de lui: mission accomplie !

The nice guys
Film américain de Shane Black (2016)

Jadis scénariste du premier L'arme fatale, le réalisateur a su recycler les meilleurs ingrédients de la recette pour une nouvelle composition efficace. Du coup, on n'est pas très loin d'un film de Martin McDonagh comme 7 psychopathes, par exemple. Shane Black prolonge le sillon tracé avec Kiss kiss bang bang, son premier film derrière la caméra. Pour plus de bouffonnerie encore, je vous oriente vers Inherent vice.

----------
Vous en voulez encore ? Allez...
Je vous laisserai aller voir ce qu'en ont pensé Pascale, Dasola et Tina.

jeudi 3 mai 2018

Le roi maudit

Sachez-le tout de suite: je n'ai jamais rien lu de William Shakespeare. Pourtant, appréhender une nouvelle adaptation cinéma de Macbeth m'a aussitôt intéressé. Sur la base d'un personnage historique réel ayant vécu en Écosse au 11ème siècle, la légende déroule un récit édifiant (et implacable) sur les conséquences de l'ambition excessive !

Chevalier fidèle à son suzerain, le dénommé Macbeth gagne pour lui une rude bataille qui paraissait perdue d'avance, contre des hordes d'ennemis irlando-norvégiens. Alors qu'il regagne ses terres, il croise le chemin de sorcières, qui lui annoncent qu'il obtiendra rapidement un titre nobiliaire plus élevé avant, un jour, de ceindre la couronne. Problème: au principal allié du guerrier vainqueur, les pythies prophétisent une destinée contraire, tout en l'assurant qu'il donnera naissance à une longue lignée de rois. C'en est trop pour l'humeur funeste de Macbeth, d'autant plus perdu qu'il est poussé au crime par... sa propre femme ! Je ne veux pas en dire plus sur l'intrigue elle-même. Pour vous livrer maintenant mon avis sur cette adaptation millésimée 2015 d'un texte de 1606, je veux citer d'abord les points positifs, liés pour la plupart à l'esthétique du film. L'image est sombre et les protagonistes souvent sales, d'où une imagerie moyenâgeuse crédible, je trouve. Autre point des plus intéressants: le travail mené pour respecter les mots de Shakespeare himself. Immersion garantie.

Le film m'a moins convaincu par d'autres aspects. Les filtres colorés apposés sur l'image sont parfois trop systématiques et apparaissent alors comme une simple facilité - ce qui est tout de même un comble. Les acteurs vedettes, Marion Cotillard et Michael Fassbender, jouent correctement, mais avec moins de charisme que j'avais pu l'espérer. Quelque chose cloche, un peu comme si l'origine théâtrale de l'oeuvre induisait à elle seule un certain statisme des personnages et décors. Attention: je ne vous dis pas que la direction artistique de Macbeth est ratée, mais juste qu'elle s'accompagne de quelques maladresses notables. Exemple: l'usage répété de ralentis, sans raison manifeste. Fort heureusement, le mythe, lui, garde toute sa place et l'histoire n'est absolument pas "hollywoodisée". La fin ouvre certes une porte sans la refermer, mais c'est assez bien amené. Il me semble honnête d'ajouter que je n'aurais pas dit non à un peu plus de noirceur. Maintenant, tel quel, le long-métrage m'a plu. Il y a mieux à regarder pour se divertir, mais ce n'est pas une raison pour détourner les yeux.

Macbeth
Film britannique de Justin Kurzel (2015)

C'est Wikipédia qui le dit: il existe une dizaine d'autres adaptations cinématographiques - et télévisées - de ce classique shakespearien. J'aimerais voir celles d'Orson Welles (1948) et Roman Polanski (1971). Entre les deux, si vous n'êtes pas vraiment inspirés par la mouture dont j'ai parlé aujourd'hui, je vous conseille de faire un pas de côté vers Le château de l'araignée d'Akira Kurosawa (1957). Pur bonheur !

----------
Si vous voulez lire d'autres avis...

C'est tout à fait possible - et notamment chez Pascale, Eeguab et Lui.

mardi 1 mai 2018

1968, année cinéphile ?

Cinquante ans déjà... je suis persuadé que vous n'avez pas attendu cette chronique pour entendre parler de l'anniversaire de Mai 1968. J'estime que certains aspects de ce grand soulèvement social méritent d'être commémorés, mais, ici, je ne parle que de cinéma. J'ai donc cru bon d'étudier... le box-office français de cette année-là !

Tout cela n'est pas très scientifique, d'accord, et je ne prétends pas franchement à l'exhaustivité critique. J'ai en fait choisi de ne retenir que les dix films qui ont connu le plus de succès en salles. Constat d'évidence: 1968 était une (très) bonne année pour Louis de Funès. Non content de placer Le gendarme se marie et Le petit baigneur sur les première et troisième marches du podium, l'acteur comique aura également amené Le tatoué à la huitième position. Le total d'entrées pour ces trois films atteint 15.583.200 tickets vendus ! Difficile de ne pas remarquer que rares sont les comédies françaises qui marchent aussi bien aujourd'hui. Leur valeur est un autre débat...

Parmi les films qui ont "cartonné" en France en 1968, on retrouve deux oeuvres que je qualifie volontiers de classiques, avec d'un côté mon western culte, Le bon, la brute et le truand, et de l'autre l'une de mes références de science-fiction, 2001: l'odyssée de l'espace. Deux chefs d'oeuvre, oui, que j'espère un jour revoir sur écran géant. Deuxième place pour le premier (6.308.276 entrées) et septième rang pour le second (3.256.084 tickets). On retrouve aussi dans le top ten un dessin animé signé Disney, Le livre de la jungle, occupant du pied du podium avec 5.409.805 entrées, et l'une des très rares comédies de Roman Polanski, Le bal des vampires, sixième (3.411.078 fans)...

Pour clore cette liste de dix succès, je ne pointe plus que des films dont je n'avais jamais entendu parler. Signé Alex Joffé, Les cracks semble être une comédie en costumes avec Bourvil et Robert Hirsch. Adieu l'ami, lui, est présenté comme un thriller, avec trois vedettes de cette époque: Alain Delon, Charles Bronson et Brigitte Fossey. Neuvième et dixième, les deux films n'ont pas dépassé la barre symbolique des trois millions d'entrées. Vous me direz que leur score reste respectable et vous aurez raison. Je note toutefois que l'oeuvre au cinquième rang a, elle, franchi les quatre millions. Helga, la vie intime d'une jeune femme est... un film ouest-allemand d'éducation sexuelle, avec notamment un vrai accouchement devant la caméra. Aujourd'hui encore, il est parfois réduit à sa seule facette "érotique" !

Chères lectrices, chers lecteurs, j'ai aussi besoin de vous ! S'il y en a parmi vous qui ont connu Mai 1968 et/ou s'y intéressent, je serais curieux de connaître vos références, anecdotes et souvenirs cinéma pour ce joli mois (et cette année, au sens large). L'esprit libertaire devait aussi souffler dans d'autres oeuvres que je n'ai  pas citées. Pour ma part, j'ai noté que Le plongeon et Le grand silence, sortis en 1968, nageaient également à contre-courant, d'une certaine façon. Maintenant, si je devais refaire un cycle sur cette année-là, je crois que je reverrais avec bonheur Alexandre le bienheureux, La party et Barbarella - pour ne citer, en priorité, que des exemples d'époque.

-----------
Un dernier mot ? Oui...

Un aveu: j'envisage deux autres chroniques sur Mai 1968, d'ici peu. C'est certain que vos commentaires éventuels pourraient les enrichir !