lundi 14 mai 2018

Sans concession

Ma maman avait raison: un peu après la mi-avril, je me suis offert quelques soirées cinéma vraiment différentes les unes des autres. Résultat: c'est en Corée que je vous embarque aujourd'hui. L'occasion de vous présenter un thriller tout juste ressorti dans une copie restaurée: Memories of murder. Petit conseil d'ami: accrochez-vous !

Basé sur une histoire vraie, le scénario nous emmène à la campagne. Nous sommes en 1986. Brouillonne et du coup inefficace, la police locale est à la recherche du moindre indice qui lui permettrait enfin de mettre la main sur un serial killer pervers. Un inspecteur débarque de Séoul pour assister ses collègues de province. Il découvre ainsi leurs "méthodes": bidouiller les preuves et torturer le premier suspect venu dans l'espoir de lui arracher des aveux circonstanciés suffisants pour classer toute l'affaire. Il paraît que Memories of murder s'inscrit dans une logique historique où ces techniques étaient encore monnaie courante. Autant dire que vous n'êtes pas là pour rigoler, les amis ! Maintenant, avant de vous effrayer tout à fait, je tiens à vous dire que j'ai trouvé le film très bon, à la hauteur de ses ambitions, en fait.

Les âmes sensibles auront détourné le regard, mais je vous assure que j'ai vu nombre d'autres films franchement plus gore que celui-là. Ce qui est éprouvant ici, ce n'est pas le sang qui coule: c'est plutôt cette idée d'une fatalité à laquelle les hommes ne peuvent s'opposer. Aussi sombre que pessimiste et donc implacable, le récit nous retient dans l'obscurité, sans rien nous laisser pour espérer une ouverture vers la lumière. Là réside toute l'efficacité de Memories of murder ! Le cadre asiatique n'y change pas grand-chose: nous admettons vite que le mal a, cette fois, toutes les chances de triompher du bien. Incongrues, quelques scènes un peu bouffonnes apportent une densité supplémentaire aux divers personnages, dont le désarroi existentiel est d'autant plus palpable qu'au final, il vient s'exprimer face caméra. Autant vous le dire clairement: le jeu des acteurs et la mise en scène m'ont fort impressionné. Je n'en suis pas encore tout à fait revenu...

Memories of murder
Film sud-coréen de Bong Joon-ho (2003)

Un long-métrage comme Epitaph pourrait à présent convenir à celles et ceux qui, parmi vous, partiront en quête d'une production asiatique encore plus tordue. Vous êtes toujours là, les autres ? J'en profite pour vous dire que l'on peut sûrement rapprocher ce cinéma de celui de David Fincher et notamment de son film Zodiac. Je reste à l'écoute des connaisseurs de la Corée pour d'éventuelles autres comparaisons !

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Ah ! Une bonne nouvelle pour les amateurs du genre...
L'ami Strum a publié une (remarquable) chronique d'analyse du film.

20 commentaires:

Ronnie 64 a dit…

Passionnant :-)

Laurent a dit…

J'ai très envie de le voir, celui-là. Et je crois l'avoir loupé sur Arte, tout récemment. Ce sera pour une autre fois.
Merci d'en avoir parlé, Martin.

Martin a dit…

@Ronnie:

N'est-ce pas ?

Martin a dit…

@Laurent:

Pour ma part, je l'ai attrapé in extremis grâce au replay.
J'espère que tu auras une autre occasion. Et pas d'quoi pour la chronique !

Pascale a dit…

Le cinema coréen est un de mes préférés. Il fait constamment le grand écart entre une extrême délicatesse et la violence la plus extrême aussi.
Ce film est un modèle.

Strum a dit…

Merci pour le lien et ton mot aimable Martin. Un film exceptionnel en effet. Et oui, la violence des meurtres est ici hors champs, au contraire d'autres réalisateurs coréens moins réfléchis ou plus provocateurs que Bong. The Host de Bong est excellent aussi, et Mother à voir également. Ses films internationaux (Le transperceneige, Okja) sont moins bons. Heureusement, son prochain film est à nouveau une production 100% coréenne.

Pascale a dit…

J'ai pas compris le rapport avec Jeanne Calment... Ta maman a 114 ans ???

Martin a dit…

@Pascale 1:

J'ai d'autres films coréens dans ma besace. À suivre…
En attendant, je suis d'accord avec toi, même si mes penchants asiatiques iront plutôt vers le Japon.

Martin a dit…

@Strum:

Je t'en prie: ta chronique mérite largement d'être relayée !
Il ne me reste plus qu'à voir d'autres films de Bong Joon-ho. Les 100% Coréens m'intéressent particulièrement.

Martin a dit…

@Pascale 2:

Hein ? Non, ma maman est beaucoup plus jeune.
C'est dans la chronique précédente que je parle de Jeanne Calment !

Strum a dit…

Merci Martin. Pour le prochain, je te conseille The Host. Ensuite, Mother.

Martin a dit…

C'est toujours un plaisir pour moi de donner un peu plus de visibilité à un texte pertinent.
Merci à toi pour tes conseils quant aux prochains films. Je les verrai dans cet ordre si l'occasion se présente.

Pascale a dit…

Man with high wheels :-)

Pascale a dit…

High heels évidemment.
INDISPENSABLE.

Martin a dit…

@Pascale en première:

Euh... ouais. Aussi.

Martin a dit…

@Pascale en seconde:

Oui, évidemment, ce sont bien des talons et non des roues !

Pascale a dit…

Même s'il fait parfois un sacré cirque ce man, surtout sur une table... il serait capable de faire la roue...
Mets le en haut de la pile. C'est violent et bouleversant.

Martin a dit…

Je vais tâcher de m'en souvenir. Merci du tuyau.

tinalakiller a dit…

Un film exceptionnel dont le dernier plan me hante depuis tellement longtemps.

Martin a dit…

Ah ouais... carrément !
C'est tout l'épilogue qui est marquant, en fait.

"Il avait un visage... ordinaire". Je n'en dis pas plus pour ne pas spoiler.