samedi 5 mai 2018

Demain les chiens

Je ne suis peut-être pas un inconditionnel, mais j'ai une sympathie certaine pour Wes Anderson et son cinéma. J'ai appris que le Texan vivait désormais à Paris, ce qui contribue à en faire un Américain atypique, a fortiori dans le petit monde du septième art. Il est clair que j'avais du coup une certaine attente à l'égard de L'île aux chiens.

Située dans un futur proche, l'histoire nous conduit vers un Japon revu et corrigé, où des toutous, porteurs d'une maladie, sont jugés dangereux pour l'homme et de ce fait mis à l'écart dans une sorte d'immense décharge. Il est permis d'y voir un complot des chats ! Quand le film commence, un petit garçon débarque dans la réserve canine, dans l'espoir d'y retrouver le quadrupède qui, quelques années auparavant, fut pour lui un compagnon de jeu et un protecteur. Partant de là, le scénario s'emballe et nous invite alors à n'observer les choses qu'à hauteur d'animal. L'île aux chiens est un spectacle d'autant plus savoureux qu'une partie des dialogues reste en version originale japonaise, tandis que de bons acteurs s'amusent à doubler l'ensemble du "casting" à poils longs, drus ou soyeux: Wes Anderson case ainsi bon nombre de ses copains. Ce qui est vrai aux États-Unis l'est aussi en France, le cinéaste ayant lui-même choisi sa distribution francophone. Vos oreilles devraient apprécier, d'un côté ou de l'autre. L'attention accordée au plus petit détail fait vraiment des merveilles !

Une fois n'est pas coutume: je crois que je vais plutôt vous conseiller d'apprécier le film en français. L'image est si riche, la mise en scène si inventive, qu'il serait dommage que vous passiez à côté du plaisir parce qu'il vous aura fallu trop de temps pour lire les sous-titres. Convenons-en également: L'île aux chiens est plutôt un film bavard. Même s'il est franchement burlesque parfois, le long-métrage énonce clairement ses enjeux et se découpe même en chapitres, à l'image des mangas où il puise sans nul doute une partie de son inspiration. Esthétiquement, ce n'est pas toujours à 100 % réussi, mais impossible de ne pas être baba devant les efforts accomplis par les équipes d'animateurs. Ce n'est assurément pas la première fois que le cinéma nous offre de nous émerveiller grâce à la technique du stop motion. Maintenant, quand on sait qu'il faut 24 images pour une seule seconde de film, on perçoit mieux quel gigantesque défi cela a dû représenter. En 130.000 photos, Wes Anderson et ses techniciens nous promènent et nous enchantent sans jamais verser dans la facilité. Chapeau bas !

L'île aux chiens
Film américain de Wes Anderson (2018)

Toute ressemblance avec des situations bien réelles qui concernent des hommes plutôt que des cabots est bien sûr tout sauf fortuite ! Sans doute le film n'est-il pas un pamphlet, mais il dit quelque chose de très juste sur le monde d'aujourd'hui. Si vous êtes encore novices avec le cinéma de Wes Anderson, je vous suggère Fantastic Mr. Fox. Et, hors-animation, Moonrise Kingdom + The Grand Budapest Hotel.

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Un arrêt sur la case du Movie Challenge...

Je valide aujourd'hui l'objectif n°37: "C'est un film d'animation".

Et vous n'êtes pas obligés d'en rester là...
D'autres chroniques sont disponibles chez Pascale, Dasola et Strum.

10 commentaires:

Pascale a dit…

J'ai aussi aimé le côté visuel moi.
Et moi aussi pour une fois j'encourage la VF. Je ne connais pas suffisamment la voix des acteurs americains pour apprécier.
C'est fou parce que la voix de Mathieu Amalric m'est devenue insupportable et là il fait des merveilles.
Vincent Lindon est incroyablement bon. Très fort solide touchant. Lindon...
Jai hésité à y aller et jai finalement adoré.

Strum a dit…

Merci pour le lien Martin. Je préfère les films grandeur nature d'Anderson à ses films d'animation, mais celui-ci est bien sympathique, en particulier quand on aimes les musiques des films d'Akira Kurosawa.

Strum a dit…

Lire "quand on aime".

Martin a dit…

@Pascale:

C'est vrai qu'il y a sans doute une vraie performance d'acteurs dans les voix, pour le coup, et je comprends parfaitement que tu aies zappé la VO, pour une fois.

Ta remarque me fait penser qu'un jour, il faudrait que je fasse une chronique sur mes voix de cinéma préférés. Cela demande réflexion. Je crois qu'il faut que je laisse mûrir cette idée pour l'exprimer de la manière la plus adéquate.

Martin a dit…

@Strum 1:

Pas de quoi, l'ami. Et d'accord avec toi le côté "kurosawaïen".
Tu n'avais pas accroché à "Fantastic Mister Fox" ?

Martin a dit…

@Strum 2:

Bien sûr. Côté lecteur, le correcteur orthographique avait corrigé de lui-même.

Strum a dit…

Si, c'était sympa Mister Fox. Mais je préfère ses autres films (en particulier Moonrise kingdom et Darjeeling limited)

Martin a dit…

OK ! "Moonrise Kingdom" est sans doute mon Wes Anderson préféré (parmi ceux que je connais et qui sont chroniqués ici). Il se peut d'ailleurs que j'en découvre un autre prochainement, ce qui nous offrirait l'occasion d'en reparler...

princecranoir a dit…

Toi aussi tu t'es laissé attendrir par ces jolies poupées de cire. C'est vrai qu'elles causent beaucoup, c'est un peu la marque du réalisateur. Mais autant proposer à Woody Allen de tourner un film muet, un toutou n'y retrouverait pas ses petits. Je n'ai pas encore vu "Moonrise Kingdom" mais il est sur ma liste à voir depuis très longtemps.

Martin a dit…

Oui, ces toutous m'ont bien plu… et je vais peut-être revoir le film prochainement.

Tout à fait d'accord pour dire que Wes Anderson est aussi bavard que Woody Allen.
C'est dû à leurs initiales communes, peut-être...