mercredi 16 mars 2022

Après la bombe

Que je m'intéresse au cinéma japonais est un secret de Polichinelle pour les habitué(e)s de ce blog. Il me semble que les films historiques présentent un attrait particulier pour mieux comprendre ce peuple lointain. C'est ce qui explique mon souhait de découvrir Pluie noire. Non sans avoir tout de même hésité, j'ai fini par céder à cette envie !

6 août 1945, très tôt dans la matinée. Dans l'idée de mettre un terme définitif au long conflit qui oppose son pays au Japon, le président américain Harry S. Truman a décidé de larguer une première bombe atomique sur la ville côtière de Hiroshima. Quelque 75.000 personnes meurent dans l'instant et deux tiers du bâti est intégralement détruit. C'est de manière tout à fait explicite et saisissante que Pluie noire présente ce terrible événement et ses conséquences sur la population civile. L'originalité du scénario tient à ce que, rapidement, il avance dans le temps et nous conduit quelques années plus tard, en 1950. L'intention est en effet de s'intéresser aux "survivants" de la bombe. J'ai mis des guillemets car leur sort est tout aussi funeste, bien sûr. Mais il n'est pas question de n'observer que les conséquences tardives d'une exposition aux radiations: le film traite aussi de l'évolution sociétale du Japon d'après-guerre, les vieilles traditions et croyances populaires étant difficilement transposables à ce "monde nouveau". Tout cela est très intéressant et admirablement mis en scène. Bravo !

Pluie noire
Film japonais de Shôhei Imamura (1989)

Pas de pleurs, pas de cris: je n'ai pas retrouvé dans cet opus le côté hardcore du cinéaste (voir  Profonds désirs des dieux, notamment). Cette profonde dignité en rend le visionnage un peu moins difficile. Jusqu'alors, mon dernier souvenir cinéma lié à la bombe atomique était un dessin animé, le remarquable Dans un recoin de ce monde. Je vous conseillerais également de jeter un oeil sur Lumières d'été...

----------
Attention à ne pas confondre...
La même année, Ridley Scott a sorti un film intitulé... Black rain ! Flics new-yorkais, Michael Douglas et Andy Garcia arrêtent un yakuza et le ramènent dans son pays pour qu'il y soit jugé. Bref, rien à voir...

Un tout petit point historique...
Le premier président américain à faire un voyage officiel à Hiroshima fut Barack Obama, en mai 2016 et en marge d'une réunion du G7. D'aucuns ont déploré que la démarche puisse passer pour des excuses.

Pour en revenir au film du jour...
Une autre chronique est disponible dans la Kinopithèque de Benjamin.

lundi 14 mars 2022

D'autres monstres

Meilleure photo, meilleurs décors, meilleurs costumes: s'il rate l'Oscar du meilleur film le 27 mars prochain, Guillermo del Toro se consolera peut-être avec une, deux ou même trois autres statuettes dorées. Nightmare Alley, son dernier opus, a certes de sérieux concurrents. N'empêche: devant ce film spectaculaire, je me suis vraiment régalé !

Dans une pièce assez mal éclairée, un homme fait de gros efforts pour tirer un paquet imposant jusqu'à un trou des lames du plancher. C'est quand il a achevé sa besogne qu'on comprend que ledit paquet renferme un cadavre. Le possible assassin reprend alors son souffle pour, ni une ni deux, craquer une allumette et mettre le feu au corps. Bientôt, toute la maison s'embrase: il la quitte sans se retourner. Quelques minutes plus tard, nous apprenons que ce personnage s'appelle Stanton Carlisle et nous le voyons rejoindre la petite équipe d'un cirque itinérant. Une fascinante entrée en matière pour un film d'une durée totale de deux heures et demie. Du cinéma "gourmand"...

J'ai été ravi d'y retrouver un nombre important d'actrices et d'acteurs de talent, à l'image du duo Rooney Mara - Bradley Cooper ci-dessus. La liste complète serait fastidieuse à reproduire, mais je vais citer quelques noms majeurs: Cate Blanchett, Willem Dafoe, Ron Perlman, Toni Colette, Richard Jenkins et Mary Steenburgen sont de la fête ! Après une très longue première partie pour présenter les personnages importants de ce drôle d'univers circassien, le scénario nous entraîne vers un autre horizon: celui du New York chic du début des années 40. Nightmare Alley ne perd alors rien de ses impressionnantes qualités plastiques, tout en endossant les oripeaux d'un film noir "classique"...

Je ne voudrais surtout pas vous gâcher le plaisir de la découverte ! C'est pourquoi je préfère ne pas donner trop de détails sur l'identité des différents protagonistes et les divers enjeux qui les rassemblent. Je vais simplement vous indiquer que le récit s'intéresse à la notion subjective (?) de vérité et, en écho, à tout ce qui relève de l'illusion. Guillermo del Toro nous ouvre les portes d'un monde où le mensonge règne en maître: qui se croit assez fort pour décider de son destin risque fort, à chaque instant, d'être trahi par plus mali(g)n(e) que lui. J'ai trouvé cette tortueuse histoire franchement jubilatoire pour cela ! Elle s'autorise quelques facilités, c'est vrai. Mais rien de scandaleux...

Je crois savoir que, derrière la caméra, le réalisateur (et scénariste) mexicain est souvent admiré et adulé pour les incroyables univers auxquels il donne vie. Notons-le: Nightmare Alley n'est pas son film le plus fantasmagorique, à l'exception peut-être d'une belle séquence de vrai-faux spiritisme nocturne - au final plutôt gore, à vrai dire. Conclusion: même s'il s'avère moins effrayant que d'autres, je dirais qu'il vaut mieux éviter de montrer ce film à une âme sensible, jeune ou moins jeune. Cette réserve émise, je me place sans hésitation dans le camp des défenseurs de ce cinéma léché, mais très efficace. Si tous les blockbusters étaient de cet acabit, j'en verrais davantage !

Nightmare Alley
Film américain de Guillermo del Toro (2021)

On n'est bien sûr pas obligé d'adhérer à ce genre de films, "costauds" et ultra-explicites. Le souhait de tout montrer fait que j'ai ressenti quelques petites longueurs, qu'un véritable classique hollywoodien n'aurait sans doute pas (tiens, au fait... je vous parle d'un remake !). Peu adepte du film noir en général, j'ai aimé que GDT y introduise une part de son imaginaire monstrueux. Et La forme de l'eau, déjà...

----------
Bon, mon avis n'est pas unanime...

Certaines critiques de la presse sont plutôt bonnes, d'autres mitigées. Qui sait ? Pascale et Princécranoir vous aideront peut-être à trancher.

dimanche 13 mars 2022

Après le deuil

Si j'en crois ses notes sur Allociné, Les revenants est plus apprécié par la presse que par le public. Je veux dire aujourd'hui que ce film mérite mieux que le dédain qu'il subit parfois. Il ne s'agit certes pas d'un long-métrage distrayant, mais ses thématiques nombreuses valent bien qu'on s'y arrête un instant. Et le rythme du récit y invite...

Le deuil est-il un sentiment réversible ? C'est le tout premier sujet qu'aborde Les revenants. Au début du film, de nombreuses personnes décédées quittent le cimetière de la ville et reviennent dans le monde des vivants. Rien d'horrible à l'image: ces étranges "morts-vivants" sont semblables à ce qu'ils étaient au moment de leur disparition. Examinés par des médecins, ils s'avèrent même en parfaite santé. Seule différence: la température de leur corps a (légèrement) baissé. La société se doit donc de s'organiser pour les accueillir de nouveau comme si rien ne s'était passé. Cela peut sembler relativement facile dans la mesure où celles et ceux qui reviennent n'étaient pas partis depuis plus de dix ans. Mais ce n'est pas aussi évident, en réalité ! Déconseillé aux moins de douze ans, le long-métrage nous interroge nécessairement sur nos sentiments intimes et nos destins cabossés. J'ai trouvé qu'il le faisait intelligemment, en nous donnant le temps d'y réfléchir sereinement, sans répondre unilatéralement à la question du pourquoi. Ce qui ouvre des pistes - qu'il ne referme pas tout à fait.

Les revenants
Film français de Robin Campillo (2004)

Le premier opus écrit et réalisé par M. 120 battements par minute. J'avoue que c'est aussi pour cette raison que j'ai regardé le film. Maintenant, sur la question du deuil, je l'ai trouvé à la fois intelligent et sensible. D'autres beaux films existent évidemment sur ce sujet délicat: je pense à Vers l'autre rive, Valley of love ou Sous le sable. Bientôt, il est d'ailleurs possible que je vous reparle de résurrection...

samedi 12 mars 2022

Mars attaque

Qui a tiré le premier ? Han ou Greedo ? Je reviendrai (un autre jour) sur la polémique issue de la saga Star Wars, mais je suis sûr de moi ce midi quand je certifie que La guerre des mondes génération 1953 a été déclenchée par les Martiens. Étaient-ils les premiers ? À voir. Quoi qu'il en soit, dans ce film vintage, ils sont tout à fait agressifs...

Ce qui ressemble de loin à un météore s'est abattu sur une montagne californienne. La population, fascinée, se rassemble donc sur le site. Certains imaginent déjà qu'ils pourront tirer profit du phénomène pour établir un parc d'attractions. Il leur faut au moins patienter jusqu'à la fin d'un incendie et le refroidissement complet de l'objet tombé du ciel. Mais, à peine le premier scientifique arrivé sur place pour faire quelques analyses, voilà qu'une soucoupe volante s'extirpe du cratère fumant et élimine au passage trois curieux aux intentions pourtant pacifiques. Il est permis d'envisager ce début de conflit armé comme une métaphore de ce que les Américains des années 50 craignaient de devoir subir en provenance de l'Union Soviétique. Mars-Moscou, même combat ? Si tant est qu'elle existe, la menace rouge n'est jamais directement citée dans La guerre des mondes. Pourtant, les petits hommes verts s'attaquent surtout aux États-Unis et à leurs alliés. Le mal absolu trouve à s'incarner grâce à des effets spéciaux très corrects (pour l'époque) et voit sa propagation freinée par un soudain sursaut de foi chrétienne ! J'évite de tout divulguer pour ne pas vous gâcher la surprise, mais c'est presque drôle, ouais...

La guerre des mondes
Film américain de Byron Haskin (1953)

Attention: ce "vieux coucou" n'est pas un nanar. S'il prête à sourire désormais, c'est parce que les valeurs qu'il met en avant et le jeu outré de certains acteurs paraissent clairement d'un autre temps. N'empêche: j'ai une certaine dose d'affection pour ces longs-métrages pionniers de la SF au cinéma: Les survivants de l'infini, Planète interdite ou L'étoile du silence, venu tout droit d'Allemagne de l'Est !

----------
Cosmique, comique... et culte ?

Vous en jugerez aussi chez Benjamin et du côté de "L'oeil sur l'écran".

jeudi 10 mars 2022

Un idéal malien

J'ai hésité, tergiversé, atermoyé... et finalement, mon dictionnaire des synonymes ne m'aura pas empêché d'aller voir Twist à Bamako. Robert Guédiguian, une fois n'est pas coutume, est sorti de Marseille et a laissé Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan en France pour aller tourner en Afrique ! De quoi me rendre curieux...

Les très nombreuses questions actuelles liées à la présence de l'armée française au Mali et à son retrait programmé ont bel et bien achevé de me convaincre de m'intéresser à cet opus. Nous sommes en 1962 et l'immense pays d'Afrique de l'Ouest est désormais indépendant. Soucieux d'autonomie, son gouvernement veut remplacer le système des chefferies hérité de la colonisation par un régime socialiste strict, avec l'État à la tête de toutes les activités et une redistribution égalitaire entre tous ceux qui créent de la richesse - et ce sans aller jusqu'à copier les modèles russe ou chinois, présumés totalitaires. Twist à Bamako oriente alors notre regard vers un jeune homme idéaliste, Samba, persuadé que ses grandes pensées collectivistes permettront au peuple de jouir ENFIN de la plus complète liberté. Cette liberté que le film illustre notamment par l'ouverture de clubs permettant à chacun(e) de boire et danser jusqu'au bout de la nuit. Extrêmement populaires, ils seront bientôt décriés par un système soucieux d'orthodoxie économique et de rééducation de la jeunesse...

Il est bien difficile, devant ce film, de ne pas (re)penser au Mali d'aujourd'hui et d'oublier qu'il a été tourné... à Thiès, deuxième ville du Sénégal, pour des raisons de sécurité. J'ai lu certaines critiques négatives à l'égard de ce choix, au motif qu'il donnerait de la capitale malienne une pâle copie de ce qu'elle était au début des années 60. D'aucuns pointent en outre divers anachronismes, dans les choix d'accompagnement musical, notamment. Je peux certes concevoir que la reconstitution soit imprécise, mais cela ne me choque pas. Comme de fait tant d'autres films du même auteur, Twist à Bamako nous parle de l'élan d'une jeunesse vers plus de liberté et de justice sociale, en brossant large, mais sans oublier pour autant les espoirs individuels de chacune et chacun des protagonistes. Quelques scènes maladroites ne sauraient occulter un message fort, qui, à mon sens, concerne la France autant que le Mali, l'Europe autant que l'Afrique. Robert Guédiguian, homme de gauche, est aussi un poète: sa façon de nous parler d'amour est ici particulièrement poignante. À (re)voir !

Twist à Bamako
Film français de Robert Guédiguian (2022)

Le cinéaste marseillais a aussi bénéficié ici de l'apport de producteurs italiens, canadiens et sénégalais. Son propos évite tout manichéisme outrancier et m'a donc fait réfléchir bien après la séance. Sa vision historique est aussi intéressante que dans L'armée du crime (2009). Pour regarder l'Afrique en face, Félicité et Lingui méritent d'être vus. Mais, cette fois, j'ai surtout repensé à Timbuktu. Le Mali, toujours...

----------
Un dernier mot de remerciement...

Je veux l'adresser à Pascale, l'une des personnes qui m'ont convaincu d'aller voir ce film précieux. Le dernier jour - et à la dernière séance !

mardi 8 mars 2022

Femmes, femmes...

Comment réagir à ce jour spécial ? Je ne doute pas que vous sachiez que nous célébrons la Journée internationale des droits des femmes. Dans le sillage du mouvement #MeToo, le petit monde du cinéma occidental s'interroge sur ses pratiques. Et moi, j'ai décidé de reparler de six réalisatrices dont le travail m'a récemment plu ou questionné...

Julia Ducournau
- Titane (vu le 2 septembre 2021)
Est-elle incontournable ? Je le crois. La lauréate de la Palme d'or 2021 devrait se voir ouvrir de nouvelles portes et s'imposer durablement dans le paysage cinématographique français. Ce serait cool pour elle. Moi ? Sur les bases d'un premier film prometteur, j'espère mieux d'elle qu'une récompense cannoise, si prestigieuse soit-elle au demeurant. Son goût pour le cinéma de genre a créé une attente. Et tant mieux...

Fanny Liatard
- Gagarine (vu le 27 juin 2021)
Ciel, il y a un homme sur la photo ! Pas de panique: pour nous offrir l'un des films les plus singuliers de l'année écoulée, la jeune cinéaste aura travaillé en binôme avec Jérémy Trouilh, après déjà deux courts communs et des études en duo sur les bancs de Sciences Po Bordeaux. J'attends la suite avec une certaine envie, a fortiori si le tandem continue de mettre en avant la nouvelle génération d'acteurs. Sympa !

Charlène Favier
- Slalom (vu le 12 juin 2021)
Il fallait sans doute un certain culot pour réaliser un tout premier long sur le thème du harcèlement sexuel dans le milieu du sport pro. Témoignant de faits qu'elle a elle-même subis, la réalisatrice a frappé à la bonne porte en choisissant l'intense Noée Abita comme interprète principale. Il paraît qu'elle prépare désormais un film (biographique) sur Oksana Shachko, cofondatrice du mouvement Femen ! À suivre...

Sophie Deraspe
- Antigone (vu le 19 septembre 2020)
Son choix de donner un visage moderne à la grande figure classique aura-t-elle offert un passeport pour la France au film de la cinéaste québécoise ? Je l'ignore, mais je peux toutefois le supposer. Je note qu'apparemment, ses oeuvres précédentes n'ont pas été distribuées dans notre beau pays francophone et reste à l'affût des suivantes. Idem pour la jeune actrice Nahéma Ricci, très investie dans son rôle !

Zoé Wittock
- Jumbo (vu le 12 juillet 2020)
Après la relecture du théâtre grec, je passe à un tout autre univers ! J'en reviens au cinéma de genre, avec cette fois une réalisatrice belge derrière la caméra d'un premier long-métrage. J'ai déjà dû dire que cette histoire de fille tombée raide dingue d'un manège forain peut difficilement faire l'unanimité, mais cela ne m'empêchera pas d'essayer de retenir le nom de l'artiste. Elle a su titiller ma curiosité...

Florence Miailhe
- La traversée (vu le 4 novembre 2021)
Elle est assurément la plus âgée des réalisatrices citées aujourd'hui. Et alors, me direz-vous ? Même si elle a dû attendre d'avoir 65 ans pour sortir un premier long d'animation, ma dernière "égérie du jour" m'a aussitôt convaincu de son immense talent. Son style graphique est somptueux, au bénéfice du public, saisi entre plaisir et émotion. En réalité, je dirais que ne suis pas tout à fait revenu de ce voyage...

----------
Une petite conclusion, malgré tout ?

Elle me permet de citer Marie Amiguet, créditée comme coréalisatrice de La panthère des neiges et, dans ce même film, invisible à l'écran. Compte tenu du sujet, c'est presque normal... mais la dimension symbolique de cette "absence" est forte ! Je reparlerai des données chiffrées sur la présence des femmes dans les métiers du cinéma. Même si des entraves sont levées, l'égalité réelle paraît encore loin...

lundi 7 mars 2022

Petit oiseau blessé

Ça alors ! Les passions bizarres se suivent sur Mille et une bobines ! Aujourd'hui, j'évoque celle qui enflamme Gloria et Paul, deux jeunes d'une quinzaine d'années s'étant rencontrés... à proximité de l'hôpital psychiatrique où la demoiselle est internée ! Ado livré à lui-même après la fuite de son père, le garçon, de nuit, libère son amoureuse...

Pour mieux cerner cette histoire, à défaut de la comprendre, je crois utile de citer la citation de Boileau-Narcejac qui l'introduit: "Il suffit d'un peu d'imagination pour que nos gestes ordinaires se chargent soudain d'une signification inquiétante, pour que le décor de notre vie quotidienne engendre un monde fantastique". Le tandem d'auteurs prévient aussi: "Il dépend de chacun de nous de réveiller les monstres et les fées". Il y a les deux dans Adoration, ce très étrange film belge que j'avais loupé au cinéma et que j'ai rattrapé sur le portail cinéma de mon fournisseur d'accès Internet. Cette cavale éperdue d'âmes fragiles est aussi étrangement réaliste que d'apparence fantastique. Si vous vous laissez prendre au jeu, vous pourriez être émus, pleurer, rire, avoir peur, être étonnés, voire passer par plusieurs sentiments au cours d'une même scène, ici et là. Vous verrez que le petit couple évoluant à l'écran traverse plusieurs tunnels. Je vous laisse découvrir si, à l'autre bout, ils trouvent de la lumière ou encore de l'obscurité. Voilà un film peu banal ! Attention, OK ? Il peut s'avérer... éprouvant !

Adoration
Film belge de Fabrice du Welz (2020)

Je pourrais admettre que mon titre est énigmatique, mais cet opus l'est aussi - dans une certaine mesure. C'est un conte (plutôt) cruel ! Thomas Gioria, le jeune comédien, est très bon, et sa partenaire, Fantine Harduin, impressionnante, mais parfois un peu "too much". Benoît Poelvoorde est là aussi, dans un rôle décisif bien qu'assez bref. Dans un style proche, je recommande un autre film belge: Les géants.

-----------
Vous voulez un dernier tuyau ?

Je crois que Pascale est en adoration devant le film. Non, j'exagère...

samedi 5 mars 2022

New York 1957

Je suppose que vous le savez: fin 2021, Steven Spielberg est revenu sur les écrans avec un remake de West Side story. Le premier film était sorti en 1961, avait décroché un total de dix Oscars l'année suivante, et dépasse désormais en notoriété la comédie musicale originelle, créée à Broadway quatre ans auparavant. Le pur classique !

Petite piqûre de rappel, si nécessaire: West Side story nous ramène dans le New York des fifties. Deux bandes, les Jets et les Sharks, rivalisent de racisme: les premiers se croient seuls Américains légitimes, puisque d'origine européenne, tandis que les autres disent qu'ils ont le droit de vivre au même endroit, après avoir quitté l'île caribéenne de Porto Rico, un territoire de fait associé aux États-Unis. Et voilà que soudain, Maria, une fille du "camp" hispanique, et Tony, un garçon de l'autre côté, se rencontrent et tombent amoureux ! Évidemment, même en reprise, c'est un sujet en or pour Spielberg. Lui-même, né en 1946, dit que cette histoire ne l'a jamais quitté. OK.

L'Amérique post-Trump est peut-être aussi un terreau ultra-favorable pour ressortir cette ancienne rengaine des tiroirs. De par le respect absolu des codes du genre, je n'ai rien relevé de vraiment honteux dans ce West Side story nouvelle génération. Je vais sûrement revoir la version 1961 pour appuyer mon propos, mais il me semble honnête de parler de copie quasi-conforme. Un choix qu'on peut discuter ? Oui. Si les chorégraphies de Jerome Robbins et la musique emblématique de Leonard Bernstein semblent incontournables, je n'aurais pas crié au scandale devant une modernisation du film au contexte sociétal d'aujourd'hui. Bon, on peut juger aussi que le récit reste intemporel...

Gare ! Tout n'est pas beau dans ce film de 2021: mon principal grief concernera l'usage de la lumière, qui procure parfois un sentiment d'artificialité très frustrant (comme devant une scène de théâtre). Cela étant dit, d'autres plans flattent la rétine, à l'image notamment de celui qui illustre la grande confrontation Jets-Sharks, en ombres mélangées filmées du dessus. Certains peuvent reprocher à Spielberg d'avoir ripoliné l'apparence d'un quartier populaire, dont les habitants devraient plutôt vivre dans la crasse, mais je ne suis pas convaincu qu'une vision plus sombre ait caractérisé le film d'il y a soixante ans. Moderne ou non, West Side story est surtout un conte, à mes yeux...

J'ai lu aussi que des effets numériques avaient été utilisés pour lisser ces images et... faire disparaître la transpiration des comédien(ne)s ! Il faut bien admettre qu'ils donnent de leur personne, toutes et tous. Certains numéros de danse sont tout simplement bluffants et, à eux seuls, peuvent justifier que l'on porte un intérêt à ce film nouveau. J'aime moins le côté paillettes et la musique, mais cela fait partie intégrante du tout et me semble dès lors difficilement dissociable. Côté casting, pas de faute de goût, mais pas de révélation non plus. Un personnage inédit est joué par Rita Moreno, 90 ans, déjà présente dans le premier film. West side story n'a (presque) pas pris une ride !

West Side story
Film américain de Steven Spielberg (2021)

Une machine à Oscars ? Nous aurons bientôt la réponse: le film apparaît sept fois parmi les nominés de la cérémonie du 27 mars prochain - avec une bonne chance pour Ariana DeBose en second rôle. Après moult hésitations, je suis content d'avoir réussi à le rattraper sur grand écran. Même si, dans la même configuration, La La Land me convient mieux. Et Chantons sous la pluie au rayon "classiques" !

----------
Notre ami Steven a toujours la cote...

La preuve: le film a attiré Pascale, Princécranoir, Strum et Benjamin. Et Vincent aussi, qui en parle peu, mais le place au sommet de 2021 !

jeudi 3 mars 2022

Modern love

Film, réalisation, scénario original: Licorice Pizza n'est pas le favori numéro 1 des Oscars 2022, mais il pourrait repartir de la cérémonie officielle du 27 mars avec trois des plus prestigieuses statuettes. Pour ma part, j'ai aimé le nouveau Paul Thomas Anderson - un film fluide et positif ! Pourtant, ce n'était pas forcément gagné d'avance...

Mon ami Hugo a bien raison: en choisissant l'imparable Life on Mars ? de David Bowie pour allié sonore, le producteur-réalisateur-scénariste avait presque gagné dès la bande-annonce. La nostalgie fait son effet devant ces images de la San Fernando Valley, un territoire du comté de Los Angeles, au cours des années 70. Un monde que le réalisateur connaît pour y avoir déjà tourné et passé une partie de son enfance. Gary, son héros, n'a d'ailleurs que 15 ans quand il rencontre Alana, venue dans son collège pour tenir lieu d'assistante à un photographe scolaire. Aussitôt sous le charme, le jeune garçon drague l'inconnue qui, pourtant, l'a d'emblée avisé qu'elle avait dix ans de plus que lui. Bientôt, il le fait avec d'autant plus d'efficacité qu'il arrête les cours pour se consacrer pleinement à sa carrière d'acteur et aux affaires qu'il monte avec son premier cachet. Licorice Pizza mise sur un duo étonnant, vous l'aurez compris, et votre plaisir me paraît presque sûr si ledit duo vous convainc jusque dans sa supposée invraisemblance. Alana Haim et Cooper Hoffman, les deux comédiens, le mériteraient !

Je relève au passage que la fille, connue par ailleurs pour ses talents d'auteure et de musicienne, joue avec une bonne partie de sa famille. Le garçon, lui, succède à son paternel (feu Philip Seymour Hoffman) devant la caméra de PTA. On peut aussi s'amuser à noter l'apparition de la fille de Steven Spielberg et celle du père de Leonardo DiCaprio. Bradley Cooper et Sean Penn passent également faire un petit coucou. Finalement, Licorice Pizza ne raconte pas grand-chose de plus fort qu'une histoire d'amour adolescente. Ses très nombreuses digressions font le sel du récit et, par la grâce de superbes plans et d'un montage maîtrisé, les deux heures et quart du film ne sont jamais pesantes. "Il est clair qu'on y a mis une énergie et un entrain particuliers", a dit l'homme derrière ce bel objet, interrogé sur les effets du contexte sanitaire. Et d'ajouter que le film aurait dû être tourné avant la crise. Cette énergie et cet entrain, je les ai trouvés très communicatifs. Nostalgique sans être mélancolique, le récit est sans défaut apparent et plane loiiiiiin du tout-venant du cinéma américain. Bravo et merci !

Licorice Pizza
Film américain de Paul Thomas Anderson (2021)

Je n'avais pas aimé le premier film que j'ai vu de ce cinéaste important de notre époque, mais j'ai appris à apprécier son travail. Certain(e)s affirment que ce nouvel opus s'apparente à un autre, sorti il y a déjà... vingt ans (!): le très sympathique Punch-drunk love. Dans le registre des amours improbables, je vois peu d'équivalents possibles. Les combattants et Le nom des gens ont un côté farfelu...

----------
D'autres avis sur la toile ?

Vous pourrez en trouver chez Pascale, Dasola, Princécranoir et Strum.

mardi 1 mars 2022

Jusqu'à la folie

Mais quelle santé ! En pleine ascension, Virginie Efira s'est montrée dans onze films ces cinq dernières années ! Si les causes de ce succès peuvent être interrogées, sa présence dans En attendant Bojangles s'impose comme une évidence et un très bon choix de distribution. Avec Romain Duris comme partenaire, voilà un beau duo de quadras !

Adapté du roman d'Olivier Bourdeaut (2016), En attendant Bojangles raconte l'histoire de Georges, héritier - peu soucieux - de l'entreprise familiale. Nous sommes en 1958. Plutôt que travailler, notre homme préfère s'incruster dans les cocktails mondains de la Riviera française et y jouer de la crédulité des convives pour s'inventer mille destins fantastiques. C'est au cours de l'une de ces opérations de séduction qu'à son tour, il tombe illico sous le charme de Camille, une femme qui s'avère d'emblée aussi affabulatrice que lui et, par solidarité autant que par rigolade, l'aide à se tirer d'un guêpier trop piquant. Aussitôt après, les deux mythomanes scellent l'union de leurs folies douces en faisant l'amour dans une église. Et... ils ont un enfant ! Nous nous retrouvons alors embarqués pour passer deux heures survitaminées en leur trépidante compagnie. Je tiens à souligner ici que c'est souvent amusant, à coup sûr animé et plein de mélancolie...

J'ai aimé tous les comédiens: découvrir le petit Solàn Machado-Graner et retrouver Grégory Gadebois m'a fait plaisir ! Un casting équilibré. Cela dit et malgré les sourires sur les visages, je vous conseillerais plutôt d'opter pour un autre film si vous espériez voir une comédie. N'ayant pas eu l'occasion de lire le livre avant, je n'avais aucun repère préétabli: c'est peut-être pour cela que j'ai bien accroché au récit. Imaginatif et ludique, En attendant Bojangles nous parle d'une forme d'insouciance qui ne colle pas vraiment au monde qu'elle met au défi. Dans ce monde-là, pas si lointain, on traitait encore les troubles psychiatriques avec de l'eau glacée ou des décharges électriques. N'ouvrir jamais son courrier, vouvoyer sa mère ou avoir un oiseau d'Afrique comme animal de compagnie constituait une excentricité condamnable aux yeux des braves gens. Mais ce qui paraît anormal dans la "vraie" (?) vie peut sembler bien à sa place dans un texte littéraire et/ou au cinéma. En ce sens, le long-métrage d'aujourd'hui ouvre un horizon: du kif après tous ces mois jaugés-fermés-confinés !

En attendant Bojangles
Film français de Régis Roinsard (2022)

Un amour inextinguible enflamme ce drame d'une intensité constante. C'est vraiment personnel, mais j'ai été sensible à cette belle histoire tragique, tout comme j'avais vibré devant l'imparable Take shelter. Corps à coeur, Le mari de la coiffeuse et Mal de pierres rappellent que le cinéma français a toujours été à l'aise avec les passions folles. Et cette fois, j'ai constamment (re)pensé à celle de 37,2° le matin...

----------
Un avis féminin vous serait utile ?

Vous pourriez alors vous fier à celui de Pascale, un peu plus nuancé. Dasola, elle, avait déjà parlé du livre, mais ne l'a pas beaucoup aimé !