mercredi 12 septembre 2018

Un très long voyage

Si j'en crois ma source Wikipédia, le cinéma chinois est né au début du 20ème siècle, en s'inspirant d'abord des thèmes de l'opéra. Aujourd'hui, ses artistes et techniciens font régulièrement parler d'eux lorsqu'ils s'associent avec d'autres, occidentaux. Le grand film né d'une telle collaboration reste à inventer, mais ça gigote pas mal...

Mon film du jour, Destination Pékin, s'inscrit dans cette mouvance. Sans doute soucieux de rassurer le public français, ses distributeurs rappellent - sur l'affiche ! - qu'il a les mêmes producteurs que Shrek et En route !, deux dessins animés supposés, donc, faire référence. Pourtant, l'opus du jour ne me semble pas pouvoir leur être comparé. Le marketing a ses raisons. Pour ma part, je préfère parler cinéma...

Premier constat d'ordre général: Destination Pékin m'a bien plu. Avant d'entrer dans la salle, je m'attendais à voir un dessin animé plutôt simple, c'est-à-dire sans grande ambition, mais sans esbroufe. Bingo ! L'idée de choisir comme personnage principal un jars frimeur n'est pas spécialement originale, d'autant qu'il s'agit de montrer comment, après avoir raté la migration des oies, il fait le voyage avec deux canetons incapables de voler, affronte mille prédateurs possibles, sympathise avec d'autres animaux et s'en sort finalement sans la moindre égratignure. Du déjà vu, oui, mais ça reste sympa ! Surtout quand, comme ici, tout est vraiment (très) beau à regarder...

Avez-vous comme moi l'impression que les sorties ciné de juillet-août sont de plus en plus réservées aux blockbusters et dessins animés ? Aux États-Unis, et malgré ses facettes chinoises, Destination Pékin est apparu comme un film si ordinaire qu'il n'a même pas été diffusé autrement que sur la plateforme VOD Netflix, si je ne me trompe pas. Oui et alors ? Rien. Je suis juste content de l'avoir vu sur grand écran.

Destination Pékin
Film américano-chinois de Christopher Jenkins (2018)

Pas grand chose à dire de plus sur le sujet. Même si ce dessin animé manque d'originalité, je pense que nous avons également un intérêt majeur à encourager les petits studios... et la diversité du cinéma. Bien sûr, quand Pixar nous offre un Coco ou un Vice-versa, à la fin d'une année ou au milieu d'un millésime, trouver mieux paraît ardu. Ce qui est tout sauf une raison de ne pas profiter des petits plaisirs...

lundi 10 septembre 2018

Les regrets aussi

Les meilleures choses ont une fin. Habitués à travailler ensemble avant et pendant la guerre, l'un à la réalisation, l'autre au scénario, Marcel Carné et Jacques Prévert se retrouvent une toute dernière fois juste après, en 1946, pour un très beau film: Les portes de la nuit. Cet opus serait en fait le dernier représentant du réalisme poétique...

Selon le Larousse des genres et mouvements au cinéma, cet oxymore est d'abord apparu dans les écrits de la critique littéraire. Appliquée ensuite au septième art, l'intention maîtresse du réalisme poétique consiste en une description sensible de personnages issus des classes sociales défavorisées, souvent accablés par un destin contraire. Description toutefois complétée par la démonstration assez explicite de leurs sentiments exacerbés, d'amour et/ou de haine mélangés. Tout cela se retrouve dans Les portes de la nuit, qui s'inspire justement du climat social de la fin de l'hiver 1944-45 pour inventer un drame édifiant et intemporel. Le public de l'époque n'a pas suivi...

Il faut dire que Carné et Prévert ne le ménagent pas franchement ! Reconstruit en studio par Alexandre Trauner, le Paris enfin libéré affiche son côté sombre. La guerre n'est pas terminée et l'héritage pétainiste est donc encore loin d'être soldé. Aux vrais personnages positifs, le film oppose vite des âmes perdues et quelques affreux collaborationnistes, dont la seule motivation personnelle un peu solide reste de passer entre les gouttes des futurs règlements de compte. Les honnêtes gens peuvent-ils simplement s'aimer dans ce contexte ? Pas sûr. La réponse que donne le film n'est pas des plus optimistes. L'idéal serait alors que vous en jugiez par vous-mêmes, à mon avis...

Le duo d'artistes derrière la caméra avait-il en fait un message particulier à faire passer ? Je n'ai pas d'opinion définitive sur le sujet. La question reste posée pour Prévert, connu pour ses engagements politiques, à l'opposé de la France de Vichy. Pour Carné, les choses sont différentes, d'après ce que j'ai pu comprendre. "Ce qui m'attrista le plus, ce fut de voir que le film, dès sa sortie, prit une couleur politique, dit-il un jour à propos de ce film, Les portes de la nuit. Personnellement, je n'avais nullement cherché à la mettre". Qu'importe, au fond: à mes yeux, la puissance émotionnelle du film désamorce toute polémique, d'autant que nous avons 72 ans de recul !

Je vous donnerai donc un conseil: oubliez un instant son apparence réaliste et laissez libre cours à l'aspect poétique de ce long-métrage ! Ses formidables acteurs vous y invitent. Appelés aux premiers rôles après le refus du couple Marlene Dietrich/Jean Gabin, Nathalie Nattier et Yves Montand, le duo d'amoureux, n'ont pourtant que 22 et 25 ans. Serge Reggiani, 24 printemps, est superbe, lui aussi, en incarnation tourmentée du mal absolu. Et que dire alors des cadors ? Jean Vilar ! L'idée de lui faire incarner le Destin tient de l'inspiration géniale. Derrière ? Pierre Brasseur, Julien Carette et d'autres: tous excellents. On ne fait plus de films comme celui-là ? C'est logique et dommage...

Les portes de la nuit
Film français de Marcel Carné (1946)

Politique ou non, ce film m'a donc fait une très forte impression. Maintenant, si vous êtes davantage intéressés par l'histoire d'amour qu'il raconte, je vous conseille d'autres Carné d'ores et déjà présents sur le blog, dont mon préféré: Le jour se lève. Les cinéphiles portés sur une réflexion historique, eux, verront utilement un film allemand sorti juste la même année: Les assassins sont parmi nous. Glaçant !

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À noter également...
 

Le film sublime aussi une chanson devenue légendaire: Les feuilles mortes (paroles de Jacques Prévert sur la musique de Joseph Kosma). Séduits ? Une page Wikipédia vous en dit davantage sur son histoire.

S'il vous reste un peu de temps et d'envie...

Je vous suggère d'aller lire aussi la chronique de "L'oeil sur l'écran". Légèrement plus explicite sur le fond, elle livre aussi quelques infos supplémentaires sur la forme. Vous en savez plus ? Je suis tout ouïe !

dimanche 9 septembre 2018

Le retour des héros

Prendre les mêmes et recommencer: l'éternel phénomène des suites semble parfois être un frein à l'imagination des meilleurs réalisateurs. Volontairement ou non, certains passent la main à un autre cinéaste pour donner une nouvelle vie à leurs personnages (et univers) cultes. Brad Bird, lui, a mis quatorze ans à concocter Les indestructibles 2 !

Bon... ce n'est pas si simple. Scénariste et réalisateur, l'Américain s'est engagé dans divers projets après l'épisode de 2004, en rappelant d'ailleurs par la même occasion qu'il peut aussi porter les casquettes de producteur et de doubleur ! Qu'il ait voulu réunir la famille Parr dans un nouvel opus n'augure rien de la suite donnée à sa carrière. Pixar, le studio, pourrait vouloir lui préférer d'autres protagonistes...

En attendant d'en avoir le coeur net, je vous dirais que je n'ai rien vu de honteux dans Les indestructibles 2. En qualité de divertissement estival, le film tient parfaitement la route. Il reprend l'idée première du premier volet: montrer que les super-héros sont aussi des gens ordinaires et que sauver le monde n'est pas nécessairement possible sans dommages collatéraux. Détail: au caractère trépidant des scènes d'action, j'ai bien souvent préféré l'humour des séquences familiales. Une mention spéciale pour les péripéties autour du bébé. À se tordre !

Sur le plan formel, bien sûr, tout est nickel chrome. J'ai fait l'impasse sur une possible comparaison entre les techniques d'animation d'hier et celles d'aujourd'hui: je suis en fait déjà convaincu des progrès réalisés, mais ce n'est ce qui m'a attiré vers le film, à vrai dire. Objectivement, on se retrouve ici en territoire connu, voire balisé. Aucune réelle surprise devant ce travail soigné et très "oscarisable"...

Les indestructibles 2
Film américain de Brad Bird (2018)

J'en suis sûr désormais: je préfère largement les super-héros animés à leurs homologues de chair et d'os. Les gardiens de la galaxie restent la seule vraie exception à la règle de mon manque d'intérêt pour les récits Marvel, DC Comics et consorts, dès lors qu'ils brillent autrement qu'en dessins. Et je reconnais que, chez Pixar, je préfère d'autres "pépites": Coco, Ratatouille, Wall-e, Le monde de Némo...

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Une chose à ne pas oublier...
Pixar produit également de très bons courts-métrages: j'en reparlerai. Bao, le tout dernier, est parfois projeté avant Les indestructibles 2 !

Et pour être tout à fait complet...

Il me faut aussi vous dire que le film a plutôt plu à Pascale et Dasola.

samedi 8 septembre 2018

Dangereuse ?

Vous connaissez Vimala Pons ? Initialement lancée par Albert Dupontel en 2006, cette jeune actrice (32 ans) est l'un des "nouveaux visages" du cinéma français. En dehors des sentiers battus, elle est apparue dans treize films ces cinq dernières années ! Je parlerai aujourd'hui de l'un de ceux où elle tient le premier rôle: Marie et les naufragés...

L'histoire démarre quand Siméon (Pierre Rochefort, fils de Jean) découvre un portefeuille appartenant à Marie. Le jeune papa célibataire, journaliste au chômage, se dit alors qu'entrer en contact avec la jeune femme est le meilleur moyen de lui rendre son bien. Pourtant, quand il compose le numéro qu'il a récupéré, il tombe d'abord sur un autre homme, Antoine (Eric Cantona), qui le prévient que la jolie étourdie... est dangereuse ! Ce qui n'empêche pas Siméon d'organiser une rencontre et, du fait de la brièveté de celle-ci, d'imaginer qu'il peut ensuite suivre - espionner ? - son coup de coeur pour, peut-être, s'immiscer un peu dans sa vie. Je veux souligner sans plus attendre que Marie et les naufragés est un drôle de film. J'ignore s'il vous plaira, mais il pourrait certainement vous dérouter...

Au-delà des dialogues et des situations, chaque personnage individuel s'adresse directement aux spectateurs pour raconter son histoire propre. Événements ordinaires et faits insolites se mélangent ainsi pour composer un récit hybride, sans forcément qu'il y ait une ligne narrative forte. D'après ce que j'ai pu lire, c'est justement ce ton atypique qui a plu à certain(e)s d'entre vous, ainsi qu'à une partie significative de la presse spécialisée. Moi ? Je suis passé à côté. Rien de grave, rassurez-vous: j'ai vu bien pire ! Je dois admettre toutefois que Marie et les naufragés ne m'a pas plu autant que je l'espérais. Qu'est-ce qui a donc cloché ? Je n'arrive pas à le savoir exactement. Peut-être le fait que l'étrangeté du film ne mène pas à grand-chose. C'est un peu cruel exprimé ainsi, mais je ne vois rien d'autre à dire...

Marie et les naufragés
Film français de Sébastien Betbeder (2016)

Bref... une notation un peu sévère, de fait, pour un OVNI de cinéma. Si vous vous laissez tenter, je tiens à vous dire que le réalisateur devrait proposer un nouvel opus d'ici la fin 2018 (Ulysse et Mona). J'ai lu du bien sur deux films antérieurs: 2 automnes 3 hivers (2013) et Le voyage au Groenland (2016). Avec Vimala Pons, je conseille également la (re)découverte du curieux Vincent n'a pas d'écailles... 

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Et maintenant, tout de même, une précision...

Soyez-en sûrs: peu vu, le film a quelques arguments pour plaire. Sentinelle et Laurent auront peut-être les mots pour vous convaincre !

jeudi 6 septembre 2018

10 + 1

Onze... le chiffre évoque plutôt le football, mais c'est un fait incontestable: voilà onze années que Mille et une bobines existe ! Ceux qui me connaissent s'en étonneront sans doute: c'est un samedi matin, à 8h30, que j'ai trouvé le sujet de cette chronique spéciale. Plutôt qu'une vague rétro, j'évoquerai les origines de ma cinéphilie...

Je l'ai déjà indiqué: c'est après avoir eu à rédiger de mini-critiques dans un hebdo que j'ai décidé de commencer à tenir ce blog. Je crois toutefois que la première graine de ma passion désormais compulsive pour le cinéma remonte à l'enfance et à une émission-culte de la télé des années 80: La dernière séance, de Monsieur Eddy Mitchell. Aujourd'hui, je ne me souviens certes pas de combien des 192 soirées programmées entre 1982 et 1998 j'ai pu regarder, mais je sais bien que mon amour - fondateur - des westerns trouve ici sa source. Désormais, je ne suis pas fou de la petite lucarne, mais je la regarde régulièrement - et surtout pour des films. Non, on ne se refait pas...

Quitte à être maniaque, autant être précis: en plus du blog, je tiens un tableau Excel de tous les films que je vois au fil des années. Considérez-vous comme moi qu'il faut 52 semaines pour faire un an ? Si c'est bien le cas, je peux vous dire que c'est "seulement" en 2011 que, pour la première fois, je me suis rendu au cinéma plus d'une fois par semaine (avec un total de 53 séances en salles cette année-là). Depuis, après un très léger retrait en 2012, j'ai allégrement explosé les compteurs et atteint 78 projections l'an passé. Un chiffre-record qui pourrait être battu fin décembre, si je maintiens le rythme actuel. Autant le dire tout net: pour moi, la salle demeure in-con-tour-nable !

En complément, j'ai bien sûr une importante collection de films personnels, visibles sur divers supports. J'ai juste arrêté d'acheter des DVDs, le temps de visionner tous ceux qui prennent la poussière sur mon étagère. Ouf ! J'ai su sagement rester à l'écart des Blu-ray. Parfois, l'envie me vient de faire un peu de tri, pour sortir de la pile les films que j'ai déjà vus et qui me semblent les moins intéressants. Un jour, peut-être... en attendant, les seuls opus qui rejoignent ceux que je possède viennent de cadeaux ou de filmographies étrangères rares, au gré de mes voyages - les derniers sont tchèques, du coup. Vous l'aurez compris: mes préférences vont toujours... à l'éclectisme !

Des DVDs, il arrive également que l'on m'en prête. C'est assez rare. Compte tenu du volume de ma collection, je suis peu demandeur. Parfois, quand un(e) ami(e) à moi parle d'un film-culte, ma curiosité m'incite évidemment à lui demander s'il est possible de lui emprunter. D'ici quelques jours, je pense également m'abonner à la bibliothèque dont je vous ai parlé à quelques occasions: un prêté pour un rendu. D'envergure régionale, la structure dispose de fait d'une filmothèque conséquente, qui est proposée pour des emprunts et des consultations sur place. Mes interventions là-bas visent aussi à la faire connaître. Pour le curieux que je suis, elle a tout l'air... de la caverne d'Ali Baba.

Quand je ne regarde pas un film, j'entretiens aussi ma cinéphilie quotidienne par la lecture. J'ai quelques ouvrages spécialisés et livres adaptés à l'écran et suis resté fidèle au magazine Studio Ciné Live depuis le premier numéro... tant qu'il a existé. Son orientation éditoriale un peu people complétait idéalement les aspects "pointus" de Cahiers du cinéma, que je continue d'acheter de temps à autre. Aujourd'hui, l'état de la presse en général et des journaux consacrés au septième art me désole. Notable exception: les Fiches du cinéma. J'ai quelques-uns des bouquins que l'association a édités et, au mois d'avril, attends vivement le fameux Annuel. C'est une véritable bible !

Et puis, bien évidemment, il y a les sites Internet... et les v/blogs. Désormais discret sur le forum DVDAttitude, j'observe (de loin) celui de DVDClassik, en quête de nouveaux avis et références méconnus. Sans y intervenir, il m'arrive aussi de faire un saut sur des pages intéressantes, parmi lesquelles celles écrites par Bertrand Tavernier, Shangols ou Olivier Père, programmateur d'Arte. Je crois toutefois que c'est chez mes lecteurs que je me sens le plus à l'aise. Le retrait de ChonchonAelezig fait que je me contente désormais de lire celles et ceux d'entre vous que je cite parfois, à savoir: Pascale, Dasola, Tina, Sentinelle, Ideyvonne, Lutetia, Laurent, 2flics, Princécranoir, Strum, Eeguab, Benjamin et Lui. J'en profite: merci de votre fidélité ! L'anniversaire que je veux fêter aujourd'hui est aussi un peu le vôtre.

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Et désormais, la parole vous est rendue...

Plus que jamais ouvert à vos remarques, je suis également curieux d'en savoir plus sur les territoires de vos cinéphilies. Je vous écoute !

mercredi 5 septembre 2018

Une femme forte

J'ai déjà souligné, à plusieurs reprises je crois, combien le cinéma africain était rare sur nos écrans. Le film que j'évoquerai aujourd'hui est métissé, mais il se passe entièrement au Congo - je vous précise que le réalisateur est franco-sénégalais. Félicité a failli être retenu pour une soirée de mon association... et je l'ai découvert hors-saison.

En un peu plus de deux heures, ce long-métrage plutôt ambitieux compose un étonnant portrait de femme. Votre première surprise viendra peut-être du fait que cette femme vit seule avec son fils adolescent, grâce à l'argent qu'elle gagne la nuit, comme chanteuse dans un bar de Kinshasa. Les sommes qu'elle parvient ainsi à réunir lui offrent un certain confort matériel, mais elles sont insuffisantes quand Samo, l'adolescent précité, est victime d'un accident de moto. Félicité nous montre alors à quel point cette dramatique situation vient altérer le très fragile équilibre de vie de cette mère-courage. Sans cri ni pleur, l'actrice principale, Véro Tshanda Baya Mputu, montre un grand talent et, pour son tout premier rôle de cinéma, s'avère saisissante de vérité. Elle est de fait le premier atout du film. Mobile, la caméra ne la lâche pas et elle est dès lors de tous les plans. Je voudrais retenir aussi la belle prestation du jeune Gaétan Claudia !

La belle histoire de ce film tient également à ce que le réalisateur raconte de ses hésitations à confier le premier rôle à la comédienne qu'il a finalement choisie. "Pendant quatre ou cinq mois, j'ai essayé de la repousser, de me dire qu'elle trop jeune, trop jolie", a-t-il dit. Et d'ajouter ceci: "Dès que je regardais les essais, j'étais aimanté. Tshanda un peu fait un hold-up sur le film... et ça a été un cadeau. J'ai rarement eu en face de moi ce type de puissance". Le cinéaste souligne que, durant le casting, son actrice "n'a cessé de démontrer une envie, une détermination vitale et un grand sens du jeu". Franchement, à l'écran, cet engagement est pour ainsi dire palpable. Même si son rythme assez lent et ses quelques échappées poétiques pourraient vous dérouter, Félicité est un beau film, porté à la fois par une performance de choix, un scénario complexe et une photo remarquable. Pour l'anecdote, l'an passé, il est reparti de la Berlinale avec le Grand Prix du jury. Une récompense méritée pour une oeuvre tournée dans un contexte tendu. Le cinéma africain en a l'habitude...

Félicité
Film franco-sénégalais d'Alain Gomis (2017)
Pas totalement emballé, mais séduit malgré tout: je recommande volontiers ce long-métrage à celles et ceux d'entre vous que l'Afrique intéresse (ou fascine). Attention: le propos n'a ici rien de politique. Parmi les oeuvres comparables déjà citées sur ce blog, je crois pouvoir citer Un homme qui crie - Prix du jury à Cannes, en 2010. Autre tuyau: si Alain Gomis vous est inconnu, visitez son Andalucia ! 

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Et si un autre point de vue vous intéresse...

Vous devriez trouver votre bonheur sur le blog de mon amie Pascale

mardi 4 septembre 2018

Un autre futur

J'ai une question pour vous, lecteurs fidèles ou de passage: un type de film particulier a-t-il votre préférence les soirs de grosse fatigue ? Personnellement, il arrive parfois que je me repose les neurones devant un "spectacle" plutôt médiocre, mais que je veux croire rigolo. C'est ainsi qu'au petit bonheur la chance, j'ai parié sur Cherry 2000 !

Autre question: si je vous parle de Melanie Griffith, vous connaissez ? Vu qu'elle tourne toujours, c'est assez injustement que je vois l'actrice comme une poupée blonde des années 80. J'ajoute que, dans le film qui nous occupe aujourd'hui, elle a bel et bien les cheveux rouges ! Précision: l'action de Cherry 2000 est censée se passer en 2017. Melanie y interprète Edith E. Johnson, une espèce de Mad Max féminin, à qui un dénommé Sam Treadwell, joué par David Andrews, demande de l'aide pour traverser une zone du territoire américain occupée par un gang de fous furieux, dominé par un chef sanguinaire. Objectif (tenez-vous bien !): dénicher et récupérer un robot-femme. À vrai dire, Sam en possédait déjà un, mais il est tombé en panne après ce que ce qu'on pourrait appeler une soirée un peu trop humide.

Vous l'aurez compris: il ne sera pas facile de remplacer une androïde par une autre, et ce même avec le soutien d'une femme bien réelle. Proche du nanar, mais pas prétentieux, le film nous offre un méchant incroyablement kitsch. Au final, je me suis vite laissé prendre au jeu. Le tout est, je crois, de ne pas prendre cette histoire au sérieux. Improbable rejeton du cinéma de genre, Cherry 2000 trace son sillon sans se poser de question existentielle: le fait est que son côté cheap me l'a rendu sympathique. Après, c'est vrai que l'image des femmes n'en sort pas grandie: hormis l'héroïne, toutes celles qui passent devant la caméra sont des machines, des idiotes ou des créatures prêtes à monnayer leurs charmes... après avoir signé un contrat ! Vous me direz: avec un taux de chômage à 40%, on peut comprendre. Non ? Pas vous ? D'accord. Je plaide coupable: j'ai eu un moment d'égarement. Mais il est fort probable que ce ne sera pas le dernier...

Cherry 2000
Film américain de Steve De Jarnatt (1988)

J'ai fait une allusion à Mad Max, mais soyons clairs: le film d'aujourd'hui se place un bon cran en-dessous d'un point de vue qualitatif. Reste qu'il m'a permis un vrai bon moment de détente. Comment l'expliquer ? Je confirme qu'au fond, entre deux oeuvres "exigeantes", j'aime faire une pause avec ce genre de programme. Déjà présentés, Action Jackson ou Jack Burton valent le coup d'oeil !

lundi 3 septembre 2018

Histoire d'héritage

Hakuna matata ! La bonne nouvelle du jour, c'est que j'ai enfin eu l'occasion de voir Le roi lion. Alors qu'il approche gentiment du quart de siècle, ce grand classique Disney se fraye une place intéressante dans mon Panthéon animé. Le fond est classique, mais le savoir-faire du studio américain emporte le morceau ! Et je redeviens un gamin...

Le très noble Mufasa règne sans partage sur un vaste territoire. Monarque généreux, il occupe son temps à assurer la vie en harmonie de tous les animaux. Il s'efforce également de faire de son fils Simba un prince héritier respectable, prêt à s'inscrire dans la même logique quand son heure sera venue de s'installer sur le trône. Une éducation digne qui se heurte à la touchante immaturité du lionceau, mais aussi et surtout... aux ambitions malsaines de Scar, le propre frère du roi. Ce dernier trouve que la couronne lui irait mieux qu'à son neveu. Associé aux hyènes, il fomente un complot à son seul bénéfice. Maintenant, c'est à vous de découvrir la suite: si, de fait, Le roi lion ne réserve qu'assez peu de surprises, il reste un spectacle épatant pour les amateurs du genre. Le tout premier film d'animation entièrement réalisé en images de synthèse ne devait sortir qu'un an plus tard. Pour autant, rien à déplorer: ici, la technique est par-faite !

De quoi faire l'unanimité ? Pas sûr. Je suis convaincu que certain(e)s d'entre vous auront toujours un peu de mal avec le côté gnan-gnan d'une production Disney, a fortiori s'il est appuyé par les chansons ajoutées aux dialogues. Sauf erreur, en version française, Le roi lion en compte sept (six + un "bis" d'Elton John sur le générique de fin). On arrive même à douze une fois ajoutées les reprises et parodies. Que dire ? Pour moi, cela fait partie du truc: il me paraît très clair qu'un tel film s'adresse simultanément à des publics d'âges différents et que la musique peut aussi servir de fil conducteur aux plus jeunes. Notons au passage que ces derniers auront droit à leur lot d'émotions fortes: oui car, dans ce qu'il a de sombre, le récit est plutôt explicite. Cela n'a pas empêché un extraordinaire succès public: les 80 millions de dollars investis se transformèrent en près d'un milliard de recettes internationales ! Vous n'y aviez pas contribué ? Il n'est pas trop tard...

Le roi lion
Film américain de Roger Allers et Rob Minkoff (1994)

Une ombre au tableau: de nombreuses similitudes rapprochent le film du Roi Léo, un manga d'Osamu Tezuka, publié dans les années 50. Ambigu, Disney nia d'abord le plagiat, avant de présenter des excuses à la famille du mangaka, décédé en 1989. Bref... libre à vous d'éviter d'y penser, devant un triomphe inédit jusqu'à La reine des neiges. Dernière information: une version live est attendue pour juillet 2019 !

dimanche 2 septembre 2018

Au bout du fil

Curiosité et bienveillance: je vais m'en tenir à ce que je vous disais hier de ma façon d'accueillir les premiers films d'un auteur de cinéma. Pour être très honnête, je ne sais pas si je serais allé voir The guilty sans la proposition d'un ami, mais j'aime - aussi - suivre les envies des autres. Ce qui m'amène bel et bien à reparler de ce film danois...

L'anglais vous échappe ? The guilty, le titre, fait écho à la culpabilité. J'aime autant ne pas m'étendre sur la traduction exacte, dans l'idée d'éviter toute révélation sur l'intrigue: vous comprendrez sans doute en voyant le film, tout simplement. Je peux quand même vous dire que celui-ci consiste avant tout en un huis-clos tendu dans un centre d'appel de la police danoise. Par les dialogues, on comprend assez vite qu'Asger Holm, le personnage principal, n'a plus que quelques heures devant lui dans ce service, avant de rejoindre sa précédente unité. Sauf que ce flic a aussi de sérieux problèmes, ce qui lui complique singulièrement la tâche dès lors qu'il s'agit de décider d'un mode d'intervention adapté aux situations d'urgence qu'on lui expose. Finalement, c'est le rapt d'une femme qui va retenir son attention jusqu'à la fin de sa journée et même au-delà - je n'en dirai pas plus. L'idée de placer toute l'action loin du champ de la caméra est géniale !

C'est bel et bien par son traitement formel que The guilty témoigne d'une efficacité incontestable. En fait, à proprement parler, l'histoire d'enlèvement n'est pas d'une originalité folle, mais tout faire passer par le son plutôt que par l'image est une vraie bonne idée narrative. Évidemment, pour que cela fonctionne, il faut aussi pouvoir compter sur un bon opérateur caméra - c'est le cas ici - et, surtout, un acteur impliqué. Sur ce dernier point, je dois vous dire que Jakob Cedergren livre une prestation sans défaut, à la fois sobre et convaincante. Chaque voix, elle aussi, est irréprochable et cet harmonieux ensemble fait aisément monter la pression ! Je place toutefois un petit bémol sur cette impression favorable: j'ai compris deux choses importantes avant que le récit les confirme. Résultat: plutôt qu'au vrai suspense proposé, je me suis intéressé au reste... et aux invraisemblances. Rien de grave, mais ça m'a un peu fait sortir de cette bonne histoire. Question de sensibilité, sans doute, et voir le film avec le doublage français n'a pas non plus favorisé mon immersion. Un peu frustrant...

The guilty
Film danois de Gustav Möller (2018)

J'en reviens à l'idée de premier film: il y a assez de maîtrise formelle et de bonnes idées dans ce long-métrage pour donner envie de suivre le réalisateur dans ce qu'il pourrait venir nous proposer ensuite. Repéré au Festival du film policier de Beaune et honoré par le public de Sundance, cet opus aura eu des facilités pour passer les frontières. Mon thriller scandinave de référence ? Insomnia devance Millénium !

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Si vous hésitez encore...

Vous pourrez constater que Pascale et Dasola sont plus enthousiastes. Strum l'est aussi, d'ailleurs, et entre dans le détail pour s'en expliquer.

samedi 1 septembre 2018

Engrenage

Peut-être vous l'ai-je déjà signalé: je porte un intérêt tout particulier aux premiers films. Je les accueille avec curiosité et bienveillance. Deux cas de figure se présentent: 1) la découverte des grands débuts d'un(e) cinéaste que je connais déjà et 2) l'entrée dans l'univers d'un(e) artiste débutant(e). Toril pointe dans la seconde catégorie...

Je ne sais plus exactement ce qui m'a décidé à regarder ce film. J'avais un a priori favorable pour Vincent Rottiers, le jeune acteur principal, 32 ans depuis juin. Idem pour Bernard Blancan, 60 ans bientôt, qui joue ici son père. Les deux hommes nous embarquent cette fois dans une histoire paysanne, tournée en terre camarguaise. L'aîné est un agriculteur courageux, mais criblé de lourdes dettes. Lorsque sa situation bascule, Jean-Jacques commence par menacer ses créanciers et, se sachant acculé, fait une tentative de suicide. Philippe, le plus jeune de ses deux fils, s'efforce alors de l'aider. Problème: il le fait en violant la loi, pour devenir le premier complice d'un éleveur de taureaux, qui trafique du cannabis sous cette façade respectable. Est-ce que ça finit mal ou bien ? C'est à vous de voir. Toril délocalise intelligemment les codes du film mafieux et tient parfaitement la route au rayon thrillers. Je ne me suis pas ennuyé...

Si j'ai un reproche à lui faire, c'est peut-être d'être assez prévisible. L'engrenage annoncé par le titre de ma chronique est si bien huilé qu'en réalité, la mécanique ne sort jamais vraiment de sa trajectoire. D'aucuns pourront juger que cela témoigne d'une véritable maîtrise formelle, toujours louable quand celui ou celle qui tient la caméra démarre dans l'exercice (euh... après trois courts, tout de même). Pour ma part, cela gâche tout de même un peu le plaisir. Je veux rester sur une note positive, car j'ai trouvé l'ensemble du casting convaincant et tout à fait crédible. Il m'aura tout simplement manqué de l'ambigüité ou de la perversité pour que je sois vraiment captivé. J'ajoute cependant que Toril se distingue également par une photo soignée, qui fait presque du territoire un personnage à part entière. On comprend que le cadre s'empare d'un paysage familier pour l'auteur du film. Et on se dit qu'un jour, ce sera agréable d'y revenir avec lui...

Toril
Film français de Laurent Teyssier (2016)

J'ai lu par ailleurs un avis selon lequel le scénario reste à la croisée des chemins, sans oser s'orienter vers le drame social que le film aurait pu être. Cette grille de lecture m'apparaît assez pertinente. Cela dit, il reste une oeuvre très correcte et sans doute assez proche des intentions du réalisateur. La ruralité a de fait plusieurs visages cinéma: Petit paysan, Le démantèlement, Saint Amour, La vache...
 
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Si vous souhaitez y retourner sans attendre...
Pascale peut elle aussi vous servir de guide sur la terre de Camargue.