jeudi 2 mars 2017

Premier nez

Vous avez sans doute remarqué que j'aime parler des films rares. Aujourd'hui, dans ce registre, vous serez servis: j'ai choisi d'évoquer le tout premier Cyrano de Bergerac au format long-métrage. Détail amusant: la pièce a été créée le 28 décembre 1897, soit deux ans jour pour jour après la toute première projection publique de cinéma.

Le film que je veux vous présenter ce jeudi est un peu plus jeune. Sorti en 1923, il est donc muet, ce qui constitue une première source d'étonnement, dès lors qu'il s'agit de faire le portrait d'un personnage connu pour son éloquence. Cela dit, c'est sans nul doute visuellement que ce vieux Cyrano de Bergerac surprend le plus: comme les images choisies pour cette chronique en attestent, c'est un film en couleurs ! La pellicule a en effet été peinte dans son intégralité, par l'utilisation de pochoirs et donc à la main. De quoi renforcer encore les émotions qu'apporte la (re)découverte de cet immense classique du répertoire français. Et même si, cette fois, c'est un Italien qui tient la caméra...

Ai-je besoin d'en dire plus sur l'intrigue ? Pour ceux qui l'ignoreraient encore, toute l'affaire se déroule au 17ème siècle. Un gentilhomme manie avec autant d'aisance le verbe et l'épée, ce qui lui permet d'occire (ou au moins de ridiculiser) les fâcheux qui osent se moquer d'un nez qu'il a proéminent. Notre homme est secrètement amoureux de sa cousine et c'est son malheur: elle en aime un autre... ou fait comme si, ce qui revient quasiment au même. Cyrano de Bergerac est un drame dont je connais très bien les ressorts, mais il se trouve que je ne m'en lasse pas pour autant. Découvrir cette adaptation filmée a été pour moi un grand moment de plaisir et de cinéphilie ! J'ai même pu en profiter dans un cinéma !  Ces presque deux heures sont passées très vite. Je pense que je m'en souviendrai longtemps...

Cyrano de Bergerac
Film franco-italien d'Augusto Genina (1923)

Deux envies après avoir vu ce petit chef d'oeuvre: trouver l'occasion de revoir la pièce... et revoir aussi le film de Jean-Paul Rappeneau sorti en 1990, dix César 1991 et Gérard Depardieu dans le rôle-titre. D'après moi, le personnage lui-même reste sans véritable équivalent. Bon... les amoureux de films de capes et d'épées verront toutefois avec bonheur Les trois mousquetaires, Scaramouche ou Cartouche

mercredi 1 mars 2017

Au pays des génies

Le cinéma a ceci de fabuleux qu'il peut nous remettre régulièrement dans la peau d'un jeune enfant. C'était en tout cas mon état d'esprit lorsque j'ai découvert Le voleur de Bagdad, un film de... 1940 ! Apparemment, il est sorti à l'époque avec la mention: "Un imaginaire arabe en Technicolor". Ce qui aura le mérite de bien poser le décor...

Inspiré des Mille et une nuits, le scénario nous présente tout d'abord le méchant de l'histoire: le grand vizir Jaffar. Dans l'actuelle capitale irakienne, cette fripouille conseillait le roi Ahmad avant de... prendre sa place. Il a comploté pour que la rue se détourne du souverain légitime et, pour faire bonne mesure, sa magie l'a rendu aveugle. Cependant, la plus belle des princesses connaissant un sommeil permanent, Jaffar demeure frustré. Et, pour que le public s'attache évidemment à Ahmad, c'est lui qui raconte cette histoire, au moyen d'un étonnant et long flashback. Mais Le voleur de Bagdad, je veux dire le personnage qui mérite ce titre, c'est Abu, un jeune garçon rencontré par le roi déchu, qui va devenir son ami, vivre avec lui nombre d'aventures périlleuses (parfois sous l'apparence d'un chien !) et l'aider à tout retrouver - son trône, son honneur et son aimée. Épique et picaresque, le récit est vraiment riche en rebondissements.

Compte tenu de son âge, le film accuse évidemment le poids des ans. Les quelques effets spéciaux qu'il utilise sont largement dépassés techniquement. Oui, et alors ? Cela ne m'a absolument pas dérangé. Trépidant, le rythme des péripéties a largement suffi à mon bonheur cinéphile. Ayant eu de plus la chance d'apprécier ce grand spectacle sur un vrai écran de cinéma, je me suis régalé. Le voleur de Badgad est une sucrerie pour les amateurs de film d'aventure à l'ancienne. Comme je l'ai dit au début de cette chronique, on retrouve son âme d'enfant en cheminant aux côtés d'Abu et Ahmad, qu'une dizaine d'années sépare, tout au plus. Leur alliance contre l'infâme Jaffar nous permet de voyager dans un monde imaginaire aux couleurs éclatantes, où les tapis peuvent voler et où une simple bouteille enferme parfois un génie capable d'exaucer plusieurs de nos voeux. Ai-je besoin d'en dire plus ? Je ne me suis pas ennuyé une seconde. Cela donne envie de remonter encore plus loin dans la longue histoire du cinéma - je ne peux alors que vous encourager à faire de même...

Le voleur de Bagdad
Film britannique de L. Berger, M. Powell et T. Whelan (1940)

Pas facile de trouver des photos vraiment évocatrices ! J'ai apprécié ce petit film old school, tout comme j'aime aussi les vieux "coucous" d'Errol Flynn, Les aventures de Robin des Bois ou Capitaine Blood. Pour un film plus jeune, je vous ai aussi conseillé Le corsaire rouge. On peut s'interroger sur la raison qui fait que le cinéma tourne désormais le dos aux histoires en ce genre. Trop naïves, peut-être... 

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Une autre regard sur ce mythe, ça vous tente ?
Le voleur de Bagdad existe dans (au moins) trois autres versions. Dès 1924, Raoul Walsh donne vie à la légende et signe un gros succès du cinéma muet avec Douglas Fairbanks. Suivront donc d'autres films encore, réalisés par Arthur Lubin, en 1961, et Clive Donner, en 1978.

J'avance encore dans mon Movie Challenge...
Cela correspond à l'objectif n°12: "Un film d'action ou d'aventure". Vous l'aurez évidemment compris: je coche la case "Film d'aventure".

Pour finir, quelques liens dignes d'intérêt...
Un avis sur le film est publié par "L'oeil sur l'écran" et d'autres images sont à voir chez Ideyvonne. Princécranoir, lui, avait chroniqué le film de 1924. Je n'en trouve plus trace dans son nouveau chez-lui. Navré...

mardi 28 février 2017

M'enfin...

Oups ! Je voulais initialement vous parler des cérémonies des César et Oscars, juste passées, mais j'ai vraiment manqué de temps libre et d'énergie pour les recherches nécessaires. J'ai donc décidé d'essayer de vous surprendre en évoquant l'un des événements célébrés en ce mardi 28 février 2017: les 60 ans de Gaston Lagaffe !

C'est bien en effet le 28 février 1957 que le héros à l'éternel pull vert fit sa toute première apparition dans les pages du journal Spirou. Maintenant, figurez-vous qu'il est prévu que l'enfant du dessinateur belge André Franquin (1924-1997) tire bientôt sa flemme au cinéma ! Pour être honnête, c'est avec quelque inquiétude que j'ai appris récemment qu'un projet de film était dans les tuyaux pour une sortie déjà programmée le 4 avril... 2018 ! La réalisation de ce projet insolite revient à l'ex-Robin des Bois, Pierre-François Martin-Laval. Âgé de 18 ans et demi, Théo Fernandez tiendra le rôle principal. Autour de lui: Alison Wheeler, Arnaud Ducret et Jérôme Commandeur.

Les adaptations de BD au cinéma me semblent s'être développées toutes ces dernières années, mais avec des films très dispensables. Autre surprise: Gaston, lui, en sera... à sa seconde version filmée ! J'ai retrouvé la trace d'un certain Fais gaffe à la gaffe !, un OVNI réalisé par Paul Boujenah (le frère de Michel) et sorti sur les écrans français le 1er avril 1981. André Franquin lui-même ne voulait pas d'une apparition de son héros en salles: les noms propres de l'oeuvre originelle avaient donc été modifiés ! Le résultat fut un échec critique et commercial, ce qui n'est de fait pas très rassurant pour la suite. Désolé: je n'ai pas réussi à trouver d'image du film de l'an prochain...

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Tout cela ne vous empêche pas d'avoir un avis...
Aimez-vous Gaston ? Lisez-vous encore ses albums ? Et la curiosité d'aller voir le long-métrage 2018 vous titillera-t-elle ? Je vous écoute.

lundi 27 février 2017

Un mystère oriental

J'ai l'impression (peut-être trompeuse) que la présence de films iraniens dans les salles françaises n'étonne plus grand-monde. Cool ! Cela nous permettra de découvrir de nouveaux regards sur le cinéma et sur la vie - ce qui n'est pas toujours la même chose. J'étais heureux dernièrement que mon association retienne Valley of stars...

Comme toujours avec notre petit groupe de cinéphiles, je suis allé découvrir le film sans a priori: je m'étais contenté de quelques photos pour m'en faire une idée avant notre séance. Je savais également que, comme l'a rappelé notre présidente, le film était aussi connu sous un autre titre, A dragon arrives, pour sa diffusion dans les pays anglo-saxons. Au final, je n'ai pas vraiment compris ce que j'ai vu. Valley of stars semble nous embarquer dans une pseudo-enquête policière, un détective privé devant enquêter sur le suicide d'un exilé politique, retrouvé pendu dans l'épave d'un bateau... en plein désert ! Ce point de départ ne fait que lancer une histoire des plus étranges...

En moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire, je me suis senti perdu dans les méandres de ce long-métrage atypique, au développement labyrinthique. Le scénario s'autorise des allers et venues temporels entre l'époque du détective (les années 60), la nôtre et une autre encore - au cours de laquelle un preneur de son a disparu d'un plateau de tournage. Bref... peut-être que ça vous parlera. Moi, j'ai renoncé aux plaisirs de la compréhension et je me suis plus ou moins focalisé sur la forme. Sur ce point, Valley of stars est une belle réussite. L'incroyable décor du film - l'île de Qeshm et ses concrétions rocheuses - est un vrai régal pour les yeux et s'avère une terre propice aux légendes les plus insolites. Le son du film, lui aussi, a été travaillé pour faire forte impression: puisqu'on nous parle de dangers mystérieux et de probables séismes, la tension née à son écoute m'a paru tout à fait justifiée. Je n'en ai donc que plus de regrets encore de m'être égaré dans le montage. Je n'étais pas le seul, visiblement. Dommage de ne pas avoir saisi les mille et une références cachées...

Valley of stars
Film iranien de Mani Haghighi (2016)

Une note moyenne... au bénéfice du doute. Bien des critiques soulignent qu'on est loin d'un pamphlet politique à la Asghar Farhadi. Les vrais experts des légendes et contes orientaux seront en terrain connu, peut-être: derrière le mystère, le long-métrage a du sens ! Cela étant, Les chats persans ou Une séparation me paraissent nettement plus accessibles aux profanes. C'est un tout autre genre... 

samedi 25 février 2017

Désenchantés

Combien de statuettes dorées remportera-t-il finalement, dans la nuit de dimanche à lundi ? Je l'ignore. Nous verrons bien. Ce qui est clair en revanche, c'est qu'avec quatorze nominations à l'Oscar, La La Land est bien l'un des films-événements de ce premier trimestre 2017. C'est pourquoi j'ai souhaité lui consacrer une chronique long format...

Mia est serveuse dans un salon de thé, à deux pas des studios hollywoodiens. Elle passe des auditions, portée par l'espoir de devenir une star de cinéma. Sebastian, lui, tente de joindre les deux bouts grâce à un talent de pianiste et rêve d'ouvrir son propre club de jazz. Au pays des illusions, les deux jeunes gens voient leurs chemins s'entrecroiser, un jour qu'ils... s'insultent dans un embouteillage XXL. Plusieurs mois passent avant que le hasard les réunisse une fois encore, le temps d'une joute verbale et d'une réconciliation. Comédie musicale oblige, c'est en chantant et dansant que le charme opère finalement. La La Land est alors, soyez-en assurés, un film pétillant !

Si j'insiste sur ce point, c'est parce que le miroir des personnages principaux leur renvoie aussi une image peu flatteuse. La La Land joue sur toute une palette d'émotions: son ouverture est euphorisante et colorée, mais le scénario se fait assez vite des plus mélancoliques. Je ne parlerai pas de pessimisme, mais le récit nous dit que le succès ne dépend pas seulement des efforts, mais également des sacrifices auxquels on peut consentir. Et, de fait, la pilule est parfois amère ! Pour le simple spectateur que j'ai été, elle est (un peu) mieux passée grâce à la beauté et l'excellence technique de ce que j'ai vu à l'écran. Et, bien entendu, la musique et la danse y jouent un très grand rôle...

Je ne peux bien sûr pas manquer de citer les acteurs. S'il fallait émettre un tout petit bémol, il consisterait à dire que la caméra s'intéresse surtout à Mia et Sebastian, le récit ne laissant en réalité aucune place pour un personnage secondaire fort. C'est grave ? Non. Je me suis perdu dans les grands yeux d'Emma Stone et veux saluer son investissement: la jeune femme a appris les claquettes, le rythme particulier du jazz et la danse de salon. Ryan Gosling m'a paru convaincant, lui aussi, comme jamais auparavant: il a pris des cours de piano et joue non-doublé ! La La Land s'écarte de la vraisemblance pour mieux nous faire rêver, tout en restant une merveille formelle...

Quelques-unes des critiques que j'ai lues après avoir vu le film pointent certaines réserves sur ce tout dernier point: les voix manqueraient de peps et, pire, les chorégraphies de vrai talent. Mouais... c'est vrai qu'Emma Stone n'est pas Ginger Rogers, pas plus d'ailleurs que Ryan Gosling ne peut se comparer avec Fred Astaire. Qu'importe ! La La Land s'appuie certes sur de grandes références parmi les classiques, mais rien ne dit qu'il ait été conçu pour rivaliser. Loin des inévitables comparatifs, je n'y vois en réalité que l'hommage sincère d'un jeune réalisateur à ceux de ses aînés qui l'ont inspiré. Bref, un film idéal pour me faire aimer le cinéma... encore plus fort !

La La Land
Film américain de Damien Chazelle (2016)

Je suis loin d'être un spécialiste des comédies musicales. Disons donc que celle que j'ai présentée aujourd'hui m'a donné envie d'en (re)voir d'autres, issues du riche répertoire hollywoodien... ou d'ailleurs. Chantons sous la pluie me fait de l'oeil, mais je vous recommande de zyeuter aussi Tous en scène (ou Les parapluies de Cherbourg). Quant à moi, je veux surtout attraper le Chazelle de 2014: Whiplash.

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J'avance d'un cran dans mon Movie Challenge...

Je remplis aujourd'hui la case n°23: "Une comédie musicale".

Plusieurs de mes amis blogueurs ont vu le film...
À lire: les avis de Pascale, Dasola, Sentinelle, Strum et Tina. Princécranoir, lui, en a parlé aussi, mais... sur une nouvelle adresse !

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Mise à jour post-Oscars (lundi 27 - 7h20):

Le film n'a finalement remporté "que" six des statuettes dorées. Emma Stone est sacrée meilleure actrice, Damien Chazelle consacré meilleur réalisateur. Les autres trophées honorent la direction artistique, la photographie, la musique et la chanson (City of stars).

vendredi 24 février 2017

Le banquier stressé

Pierre Richard ? Il est pour moi l'un des tous meilleurs ambassadeurs de la comédie made in France. J'ai provisoirement renoncé à écrire une série de chroniques sur ses films, mais c'est avec un plaisir certain que j'en ai redécouvert un, sympa: La course à l'échalote. Dire que j'étais encore un tout petit bébé quand il est sorti en salles !

Dans toute cette histoire, l'ami Pierrot joue l'un de ces personnages lunaires dont il a le secret. Directeur de banque (par intérim) au cours de l'été, c'est-à-dire pendant les vacances de son patron, il tremble d'effroi à l'idée d'être braqué. Or, il a le chic aussi pour se mettre dans des situations ubuesques et déclencher l'arrivée de la police ! Parfois, entre deux courriers dictés à sa secrétaire, il espionne ouvertement la petite coiffeuse au pied de son bureau, un peu lassée de sortir avec lui: notre homme n'est pas un amant très original. Maintenant, à vous de découvrir comment ce scénario simplissime s'emballe et, donc, pourquoi le film s'intitule La course à l'échalote...

Sans m'esclaffer, je me suis plutôt bien diverti: le long-métrage rappelle qu'il n'est pas besoin d'être vulgaire pour faire rire - une leçon que nombre des comiques d'aujourd'hui seraient inspirés de méditer. Voir aussi Jane Birkin (sans accent aussi prononcé qu'aujourd'hui !) dans le rôle de la fiancée, c'était la cerise sur le gâteau comique. Vraiment facile à digérer, La course à l'échalote vous embarquera jusqu'en Angleterre, au terme d'un très étonnant voyage... en train. Inutile de prétendre que, techniquement, le film vient révolutionner les techniques du cinéma: vous auriez raison de ne pas me croire. Mais son allure vintage en fait toujours un honnête divertissement...

La course à l'échalote
Film français de Claude Zidi (1975)

Le must de Pierre Richard reste le diptyque Le grand blond. J'avoue cependant que j'ai un faible pour son (petit) rôle de paysan allergique à la paresse dans une perle d'hédonisme: Alexandre le bienheureux. Plusieurs décennies ont passé et je ne trouve pas d'artiste comparable dans le cinéma français d'aujourd'hui (si vous avez des idées...). Excellente nouvelle: l'acteur est attendu dans trois films cette année !

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Et une contribution de plus au Movie Challenge...

Avec ce film, je complète en effet l'objectif n°22: "Une comédie".

jeudi 23 février 2017

Au chevet

Un Prix d'interprétation cannois à Marie-Josée Croze. Sur la Croisette toujours, le Prix du meilleur scénario pour Denys Arcand. Trois César au total: meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur scénario. L'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Les invasions barbares reste sûrement dans les mémoires comme un film qui fit sensation...

En propulsant ma machine à remonter le temps vers 2003, j'ai vu récemment ce long-métrage québécois, dont ma mère m'avait dit beaucoup de bien. Le pitch ? Rémy, un homme d'une soixantaine d'années, est hospitalisé du fait d'une maladie sérieuse. Sa femme appelle son fils, jeune trader canadien exilé à Londres, persuadée qu'elle est que les deux hommes, en froid, devraient se réconcilier avant qu'il ne soit trop tard. Pas franchement motivé, Sébastien finit tout de même par débarquer, avant d'être rejoint par toute la bande des amis (et maîtresses !) de son paternel. Les invasions barbares déplaira, je pense, à ceux d'entre vous qui aiment le cinéma réaliste. Pour être honnête, je dois vous dire d'emblée que j'ai trouvé l'humanité qu'il dépeint fort peu intéressante. Ou pire: antipathique...

Je n'ai pas passé un si mauvais moment, mais j'attendais bien mieux de ce récit, incontestablement. Je ne me suis pas senti "concerné" par ce qui pouvait arriver à l'un ou l'autre des personnages. J'ai noté aussi, avec quelque étonnement, que le film semble avoir été diffusé dans une version (un peu) plus courte à l'international qu'au Canada. Après, voilà... j'ai trouvé tout cela bavard et pourtant assez creux. C'est précisément le problème: je n'ai pas compris où le réalisateur voulait en venir. Avec quelques répliques bien senties, Les invasions barbares sonne un peu comme le bilan d'une génération, désabusée par les valeurs de celle qui la suit immédiatement. Soit... et donc ? Impossible pour moi d'en tirer la moindre leçon ! Comme je peux difficilement soutenir que le film est beau, je vous dirai abruptement qu'il me paraît dispensable. C'est dur, j'en conviens, mais c'est ainsi. Et tant pis ! Je donnerai d'autres chances au cinéma made in Québec.

Les invasions barbares
Film canadien de Denys Arcand (2003)

Sans piocher dans la quadrilogie Les boys, petite chose sympathique mais particulière, et sans convoquer Xavier Dolan, je peux conseiller un film comme C.R.A.Z.Y. en très digne représentant du septième art québécois. Je suis à l'écoute de toutes vos possibles suggestions ! J'aimerais voir d'autres films de nos "cousins" d'Amérique. Ma page spéciale "Cinéma du monde" donne quelques-uns de mes bons plans...

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J'avance d'un cran pour mon Movie Challenge...

J'atteins en effet l'objectif n°16: "Un film qui est la suite d'un autre". Le premier opus, Le déclin de l'empire américain, date de... 1986 !

Si vous voulez vous contenter du film d'aujourd'hui...

Vous pourrez lire un autre avis du côté de "L'oeil sur l'écran".

mercredi 22 février 2017

Auprès des arbres

Le Japon prend de la place dans mes découvertes cinématographiques de ce premier trimestre 2017 ! J'ai vu dernièrement mon second film de Naomi Kawase, une réalisatrice que j'étais content de retrouver. Sorti il y a bientôt dix ans, La forêt de Mogari lui a valu le Grand Prix du jury du festival de Cannes. C'est un long-métrage très étonnant...

La caméra nous entraîne au coeur d'une maison de retraite japonaise. Construit au beau milieu de la nature, l'établissement donne de la fin de vie une image relativement apaisée. Naomi Kawase rappelle alors ses (grands) talents de spécialiste du documentaire: elle observe attentivement ce petit monde clos sur lui-même, avant d'en ouvrir grand les portes pour permettre à l'un des pensionnaires de "filer". Monsieur Shigeki, qui n'a visiblement plus toute sa tête, part d'abord en promenade avec Machiko, une aide-soignante peu expérimentée. Bientôt, un imprévu survient et, en un instant, La forêt de Mogari trouve alors la justification de son titre. Non, je n'en dirai pas plus...

Le film fait résolument appel à votre imagination et à votre ouverture d'esprit. Sans véritable souci de réalisme, il concentre son intrigue entre les mains de deux personnages, qu'il suit de très près. Pas sûr pourtant qu'il faille parler d'oeuvre contemplative: le mouvement s'inscrit dans un très bel environnement... sans que ce soit le sujet ! La forêt de Mogari ne suit pas les sentiers battus, mais son intention allégorique est très claire: admirablement photographié, le cadre naturel est ici un personnage à part entière, qui accompagne les êtres de chair et d'os dans un voyage spirituel. Quelque chose les réunit évidemment et il était important qu'ils puissent oublier les conditions premières de leur rencontre pour se rapprocher (sans grand discours). Empathie et recueillement sont les clés de ce voyage. Le ferez-vous ?

La forêt de Mogari
Film japonais de Naomi Kawase (2007)

C'était donc mon second Naomi Kawase, après son Still the water découvert fin 2014. Les deux films ne se ressemblent pas vraiment. Pour retrouver un peu de l'ambiance de celui d'aujourd'hui, je conseille surtout le remarquable Vers l'autre rive (de Kiyoshi Kurosawa). Maintenant, si c'est la relation vieil homme / jeune femme qui titille votre intérêt, je dirais Printemps tardif - dans un tout autre genre...

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Hop ! Un cran de plus dans mon Movie Challenge...

Je réponds ce jour à l'objectif n°30: "Un film réalisé par une femme".

Ce serait plutôt le film qui vous intéresse, dites-vous ?

Dont acte. Je vous recommande un petit tour chez "L'oeil sur l'écran".

lundi 20 février 2017

Être l'autre

D'un lundi à l'autre, le cinéma asiatique d'animation est déjà de retour sur Mille et une bobines. Cette fois, je souhaite vous parler d'un film que j'ai vu au cinéma: Your name. Pour info, cet animé s'est classé premier du box-office nippon pour 2016, après sa sortie en août. Désormais, il est le plus gros succès japonais au classement mondial !

Je ne sais plus dire comment j'en ai entendu parler la première fois. Ce que je sais, c'est que cela m'a donné une grosse envie de découvrir à mon tour ce phénomène. À dire la vérité, Your name est insolite jusque dans son scénario, adaptation d'un roman du même auteur. Makoto Shinkai, 44 ans, nous invite à rencontrer deux adolescents japonais: Mitsuha habite un petit village, tandis que Taki vit à Tokyo. Un phénomène inexpliqué les entraîne soudainement... dans la peau de l'autre ! Cela dure au grand maximum une journée: chacun reprend ensuite possession de son corps. Et, sans préavis, ça recommence ! Du coup, les gamins finissent par devenir familiers et sympathisent...

Par la suite, l'histoire se complexifie quelque peu, à partir de la chute d'une comète et de voyages dans le temps, mais vous imaginez bien que je ne vais pas tout vous raconter ! Même si je pense qu'il faudrait probablement le revoir pour mieux comprendre, j'ai pris un plaisir certain devant le film. L'histoire est sympa, les dessins jolis, l'animation souvent somptueuse et les émotions qu'il procure variées. Carton plein: je me suis laissé embarquer sans difficulté et souligne d'ailleurs qu'à la fin de la séance, une partie du public... a applaudi ! Your name est peut-être un peu complexe pour de jeunes enfants. D'après moi, son public cible est plutôt adolescent ou jeune adulte. L'âge, somme toute, de ses personnages, bien campés et attachants. Petit miracle: le tout est né de l'imagination d'un artiste autodidacte.

Your name
Film japonais de Makoto Shinkai (2016)
Les Asiatiques auraient-ils un "truc" pour écrire des romances décalées ? Dans un autre genre, et en images réelles, je ne peux m'empêcher de citer le très original (et sud-coréen) My sassy girl. Pour parler animation, j'ai ressenti d'autres émotions, plus fortes encore, avec Le voyage de Chihiro. C'est un film très différent ! Celui d'aujourd'hui est plutôt proche de Patéma et le monde inversé.

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La blogosphère parle plutôt en bien de ce film...

J'ai notamment lu une chronique enthousiaste chez Princécranoir. Attention, ami(e)s internautes: le lien pourrait disparaître très vite...

samedi 18 février 2017

Des jeunes d'aujourd'hui

Sauriez-vous situer le Cambodge sur une carte muette ? Je me donne peu de chance d'y parvenir du premier coup. Si je vous pose d'emblée cette question, c'est parce qu'un personnage de Diamond Island, film sorti fin décembre, situe l'Égypte... en Europe, à côté de la France. Peut-être pour nous dire de regarder enfin le monde dans sa globalité.

Davy Chou, lui, est porteur de deux cultures: ce réalisateur français est d'ascendance cambodgienne. Avant les années de la dictature khmère rouge, son grand-père fut l'un des principaux producteurs locaux. Cinéaste depuis maintenant une dizaine d'années, le petit-fils propose, à 33 ans et avec Diamond Island, son premier long-métrage de fiction. Le titre reprend le nom d'un quartier isolé de Phnom Penh. De hautes tours y ont récemment poussé comme des champignons. Juste à leurs pieds, c'est la misère des chantiers. Pour nous permettre de découvrir cette ville dans la ville, la caméra, pudique, suit les pas de quelques agents de sécurité et de jeunes ouvriers. Le contexte posé, elle s'attarde plus spécifiquement sur l'un d'eux, Bora, contraint de laisser derrière lui sa mère et sa vie à la campagne pour aller travailler, sans véritable qualification et à 18 ans seulement. Inutile d'ajouter ce que vous aurez compris: il n'est pas le seul dans ce cas...

Ce film nous offre donc un portrait saisissant de la jeunesse cambodgienne. Avoir un smartphone, draguer, se promener en bande et à moto... les rêves de ces ados ne sont pas si loin des aspirations d'autres gamins de leur âge. Diamond Island le montre et fait preuve d'une grande douceur pour évoquer les ravages de la mondialisation. Ce n'est pas véritablement un film politique: il expose une situation violente, mais ne pousse pas de cris pour dénoncer l'inadmissible. Loin des grands discours, c'est en réalité par les seules forces combinées de l'image et du son, mais aussi par un usage intelligent du hors-champ, en somme en s'appuyant sur une large palette technique, qu'il donne de la vigueur et de la pertinence à son propos. Chacun en retiendra ce qu'il veut. Moi, j'ai aimé la beauté du film. C'est également, je pense, une façon de faire passer un message. Certains l'ont entendu, de fait: Davy Chou a ainsi reçu plusieurs Prix et notamment celui de la Semaine de la critique, à Cannes, l'an passé. À noter enfin: la majeure partie des acteurs sont ici... des amateurs !

Diamond Island
Film franco-cambodgien de Davy Chou (2016)

L'esthétique fluo du long-métrage pourrait rappeler aux connaisseurs le travail de Sofia Coppola (Marie-Antoinette, par exemple) ou celui de Harmony Korine (Spring breakers)... sans être aussi superficiel. J'aime assez le cinéma quand il s'intéresse aux jeunes générations. Auriez-vous des suggestions ? Moi, oui: celle de revoir le Cambodge autrement, avec L'image manquante, le documentaire de Rithy Pahn.