samedi 30 octobre 2010

La mauvaise route

Vous le savez certainement: Cédric Klapisch n'a évidemment pas tourné que des courts-métrages. J'ai envie aujourd'hui de vous parler de celui de ses longs qui a le moins marché: Ni pour ni contre (bien au contraire) n'a attiré en salles qu'environ 375.000 spectateurs. Certes, le chiffre n'est pas ridicule, mais si j'en crois mes sources, 107 autres films ont eu plus de succès en cette année 2003. L'histoire racontée ici a pourtant de la gueule. C'est celle de Cathy, Parisienne et journaliste reporter d'images, mal dans son travail, pas terrible dans sa vie. Le hasard veut qu'elle rencontre Jean, qui lui propose rapidement un petit boulot de tournage, bien payé, à la condition qu'elle ne pose pas de questions. Le beau garçon est aussi un truand.

Plus ou moins consciemment d'abord, Cathy, attirée par l'argent, s'engage sur la mauvaise route et devient la "petite soeur" ambiguë d'un groupe de loulous. Tout resterait sage si, petit à petit, les coups qui se montent ne devenaient pas plus gros ou plus dangereux. Finalement, c'est du braquage nocturne d'une banque qu'il sera question et là, plus possible de revenir en arrière. Comme son titre l'indique, Ni pour ni contre (bien au contraire) ne pose véritablement aucun jugement moral sur ses personnages. Cet état de fait a d'ailleurs été reproché à Klapisch, soupçonné d'une empathie coupable à l'égard de ses "héros". Je ne le vois pas comme ça, moi. Ou alors, s'il faut le confirmer, c'est un reproche qu'il faudrait également faire à d'autres, à commencer par les maîtres du cinéma noir français, les Dassin, Melville et consorts. Pas vraiment pertinent.

Comme souvent au cinéma, je crois en fait qu'il faut savoir dépasser la forme pour s'intéresser au fond (et réciproquement). Si je reviens désormais à des considérations strictement formelles, je trouve finalement Ni pour ni contre (bien au contraire) tout à fait réussi. Les plans d'ouverture du film, qui se répéteront une fois l'histoire avancée, sont de toute beauté et nous plongent dans l'atmosphère avec une réelle efficacité. Tout le métrage est nimbé d'une ambiance nocturne tout à fait adaptée à son propos. Les acteurs, eux, sont très inspirés: de Marie Gillain à Vincent Elbaz, en passant notamment par Simon Abkarian, Zinedine Soualem et Dimitri Storoge, il y a là tout à la fois du talent confirmé et des compétences un peu moins reconnues, en tout cas une bonne alchimie qui rend les choses crédibles. Certains jouent à contre-emploi: c'est encore mieux ainsi. La petite perle noire ne demande au fond qu'à briller davantage.

Ni pour ni contre (bien au contraire)
Film français de Cédric Klapisch (2003)

En attendant de découvrir le prochain film du même réalisateur, prévu l'an prochain, j'ai pris plaisir à revoir celui-là, à contre-courant du reste de sa filmographie. Je n'ai jamais trop saisi ce qui avait pu le tenir à l'écart du grand public. Peut-être bien l'image mainstream de son auteur: il est vrai que l'intéressé livre d'habitude un cinéma plus consensuel. Bref. Pour tous ceux qui aimeront ici Marie Gillain, je recommande L'appât. Encore plus jeune alors, la comédienne belge y montrait des prédispositions pour le film noir. Et dire que j'ai pu la rencontrer, que nous avons dit deux mots de ce beau rôle offert par Cédric Klapisch et que j'ai oublié celui de Bertrand Tavernier !

vendredi 29 octobre 2010

Des origines du cinématographe

Si ce n'est très ponctuellement, je ne me suis jamais intéressé franchement au format court. Depuis le mois de mai dernier, j'espère découvrir Chienne d'histoire, le petit film de Serge Avédikian primé à Cannes, mais j'ignore tout de ce qu'il raconte et ce n'est qu'il y a quelques jours que j'ai compris qu'il s'agissait d'un dessin animé. Avec le cinéma muet, les films à durée réduite sont sans nul doute ma plus grande lacune cinématographique. Vous l'avez certainement remarqué: je n'en ai encore chroniqué aucun sur ce blog. Gageons que le temps m'offrira quelques occasions de combler ce manque. Chers lecteurs, si vous avez des suggestions à faire, je suis preneur.

Je note pour ma défense qu'en dehors des festivals qui leur sont consacrés, les courts se font rares sur écran géant. Exception faite de certains films d'animation Pixar, tous ceux que j'ai vus sont sortis de DVD ou de divers sites Internet. C'est le cas de Ce qui me meut. Cédric Klapisch a signé ce bout de pellicule en 1989, en s'y offrant d'ailleurs une brève apparition. De manière imaginaire, il évoque ici un hommage de l'Académie des sciences à Étienne-Jules Marey, personnage bien réel, pionnier de la photo et précurseur du cinéma. Plutôt anecdotique, ce film en noir et blanc d'environ vingt minutes pourrait agir sur moi comme une piqûre de rappel, une clé de plus vers un monde encore largement inconnu. Enfin, j'essaye d'y croire...

mercredi 27 octobre 2010

L'ombre du doute

Vous avez remarqué ? Autour de l'automne, deux films sont venus interroger notre rapport à l'Algérie. Avant de vous parler du second début novembre, je souhaite revenir sur Des hommes et des dieux. Peut-être l'avez-vous vu: avec les quelque deux millions d'entrées qu'il a déjà enregistrées, il se classera probablement dans le top 20 du box office 2010. Des magazines généralistes lui ont consacré quelques articles approfondis, à l'image de l'Express dernièrement. La question est sur toutes les lèvre (ou presque): qu'est-ce qui attire autant de gens à s'intéresser au sort - il est vrai funeste - de moines français assassinés en Algérie en 1996 ? Sentiment revanchard ? Voyeurisme ? Envie de comprendre l'une des énigmes de l'histoire contemporaine ? Rien de tout cela, à mon sens. La réussite publique de ce long-métrage repose, je pense, sur le bouche-à-oreille. Adeptes ou en quête d'une certaine spiritualité, quelques spectateurs auront payé leur place, puis parlé à d'autres de cette histoire simple et sincère, dignement représentée. Il y a une chose dont je suis absolument sûr: le film porte bien son nom. Il parle effectivement des hommes, mais aussi des dieux, et non pas donc d'un Dieu unique qui condamnerait ou absoudrait sa création en fonction de sa religion.

Des hommes et des dieux est un film sur la foi. Ce n'est pourtant pas l'oeuvre d'un réalisateur bigot, ébahi par une révélation quelconque. Il n'est pas ici question de vérité assenée. Il y a matière à réflexion et interrogation, au contraire. L'anecdote me paraît révélatrice: à aucun moment, et même si c'est évident par ailleurs, les dialogues ne contiennent le mot Algérie ou aucun de ses dérivés. Il n'y a donc aucun véritable jugement de valeur dans le scénario. Simplement l'observation - ou la contemplation, pour pousser l'analogie - de huit hommes face à leur destin. Très vite, la violence qui entoure ces moines, le danger qui les menace, tout est tout à fait explicite. Que faire alors ? Loin du prosélytisme, c'est l'enjeu du film. Partir ? Pour quelles conséquences ? Rester alors ? Pour faire quoi ? Prier, sans doute, chercher une solution, bien sûr, mais existe-t-il seulement une issue ? Le doute s'installe et s'insinue au coeur même de ces hommes, d'autant plus violent qu'ils ont toujours eu l'habitude des décisions collectives et que, cette fois, ils ne sont pas unanimes. Leur dieu aurait-il la réponse ? C'est ce qu'il est permis de croire aussi. Ce n'est pas forcément le message du metteur en scène. D'après moi, Xavier Beauvois a surtout voulu dire que la réponse réside en chacun de nous. En ce sens, il signe là un film profondément humaniste. Humain, tout simplement. Quasi-universel.

Une oeuvre admirable, aussi. Des hommes et des dieux m'a ébloui. Non, je n'ai pas eu envie de m'enfermer dans un monastère ! Je note d'ailleurs qu'il a aussi plu à mon ami Philippe, généralement sceptique ou même critique à l'égard de la manière dont les croyants vivent leur religion, sans distinction de foi pour le coup. Je reviens à l'idée d'un film humaniste. Plutôt que d'une quelconque divinité d'essence supérieure, il est ici question de huit hommes indécis, sur lesquels reposent une communauté plus vaste et qui, par certains aspects, ressemblent beaucoup à chacun de nous. Bien évidemment, le propos n'échappe pas à la critique. Historien de l'Algérie, Benjamin Stora souligne notamment avec justesse qu'on ne sait pas bien ce qui a motivé ces hommes à venir s'installer en Algérie, ni même d'ailleurs quand ils y sont arrivés, avant la guerre d'indépendance, aux heures de la paix retrouvée ou alors que les islamistes occupaient le terrain. Xavier Beauvois ne s'appesantit pas non plus sur le sort des Algériens et les milliers de morts causées par la guerre civile. C'est peut-être sa façon à lui de montrer combien ce qui arrive dépasse même ceux qui vivent (subissent ?) ces événements. C'est aussi une occasion d'aller lire ou relire un livre d'histoire. Cette fois, pas besoin toutefois de connaissances érudites pour s'offrir la séance cinéma...

Des hommes et des dieux
Film français de Xavier Beauvois (2010)
Tournée au Maroc pour raisons de sécurité, une oeuvre qui m'a touché au coeur et finira très haut dans mon classement du millésime 2010. Autre constat: le Grand Prix du tout dernier Festival de Cannes est porté par des acteurs au sommet de leur art, de Lambert Wilson à Michael Lonsdale, en passant par d'autres noms connus - je pense notamment à Olivier Rabourdin ou Jacques Herlin. J'imagine volontiers que beaucoup gardent en mémoire Le nom de la rose comme film à ambiance monastique. Le propos est tout autre ici. Encore une fois, il m'est bien difficile d'offrir un parallèle pertinent avec un autre long-métrage. Sur l'aspect spirituel, je pourrais citer Sept ans au Tibet ou Kundun. Je n'ai pas vraiment fini d'y penser...

lundi 25 octobre 2010

Ah, le petit vin blanc...

Les chemins du septième art sont parfois tortueux. Je lisais ainsi que Bertrand Blier imaginait Le bruit des glaçons depuis vingt ans quand il a finalement eu l'opportunité de le tourner. Le réalisateur confiait d'ailleurs qu'il aurait tout aussi bien pu le monter au théâtre. C'est en fait après s'être retrouvé en difficulté sur d'autres projets qu'il a pu mener à bien celui-là. Le credo: "Tant qu'à ne rien faire d'abouti, autant travailler sur une histoire qui me plaît vraiment". Voilà donc comment on découvre aujourd'hui une oeuvre cinématographique singulière, entre pantalonnade et évocation frontale d'un grave problème de société. Où Albert Dupontel joue avec jubilation le cancer d'un écrivain raté, abandonné par sa femme et accroché jour et nuit à sa bouteille de blanc, alias Jean Dujardin !

C'est d'abord pour ce duo que j'ai décidé de donner sa chance au film. Le fait qu'il soit court - même pas 1h30 générique compris - m'avait aussi suggéré que je n'avais pas grand-chose à perdre. Les temps changent. Dans d'autres circonstances, ou il y a seulement une paire d'années, je crois que j'aurais fait l'impasse. C'était presque hier. L'époque où je ne connaissais pas encore Dupontel, où je n'aimais pas Dujardin et où j'étais sûr de ne pas supporter les aspects grinçants des pensées de Blier. Et là, j'ai aimé Le bruit des glaçons. Je l'ai même trouvé intéressant dans son développement, axé notamment sur ses deux personnages féminins, décalques décalés des hommes, à leur propre tempo. J'ai aussi (et enfin) su apprécier sa conclusion, décalée, pas si mortifère. Surprise. Plutôt positive.

Bien sûr, ce n'est pas de ce film qu'il faut attendre de l'action trépidante. La bastide qui sert de théâtre à cette intrigue fait naître un huis-clos assez oppressant, encore accentué par l'incarnation cancéreuse. Il nous arrive de rire, évidemment, mais toujours jaune. Qui d'autre que Dupontel aurait pu nous le permettre ? Je ne sais. J'insiste toutefois pour dire que, Dujardin en tête, les autres acteurs sont quasi-impeccables. Les spécialistes vous diront que Le bruit des glaçons est un Blier grand cru. Possible. Je connais encore trop mal la filmographie du cinéaste pour en juger avec pertinence. Détail important, j'ai noté que, pour sa diffusion, le long-métrage a bénéficié du soutien de la Ligue contre le cancer. "Il donne une leçon de vie: le meilleur moyen de combattre la maladie, c'est d'y faire face", estime Gilbert Lenoir, son président. Mon avis ? Là dessus aussi, joker. Je laisse en décider celles et ceux qui y sont confrontés.

Le bruit des glaçons
Film français de Bertrand Blier (2010)

Moqueuse, cynique, noire: comme j'imagine beaucoup des oeuvres signées du même réalisateur, celle-là est tout ça. Ce n'est peut-être pas toujours une qualité, mais ce n'est jamais un défaut. J'ai même l'impression qu'il y a ici un respect de la vie et de ses souffrances qu'on ne retrouve pas toujours dans d'autres films osant aborder pareille problématique. Le souci, c'est que j'ai encore une fois aujourd'hui quelque difficulté à trouver une proposition à conseiller en vis-à-vis. Pour ne pas me défiler, et vous suggérer autre chose sur la thématique de la maladie, je citerai au moins Le scaphandre et le papillon, de Julian Schnabel. En vous prévenant toutefois qu'autour de l'histoire vraie d'un autre homme victime d'un mal incurable, le ton est cette fois bien différent. C'est peut-être au fond ce qui pourra rendre intéressant le petit jeu des comparaisons.

samedi 23 octobre 2010

Des vers pour recours

J'ai hésité à titrer cette chronique "Des vers en solitaire". Si j'ai finalement opté pour autre chose, c'est parce que j'ai trouvé le jeu de mots initialement prévu un peu minable et pas adapté au film dont je voulais vous parler aujourd'hui. Poetry mérite mieux, disons. Au rayon des drames qui devraient laisser une empreinte importante dans ma mémoire, cet autre film d'Asie figure parmi les meilleurs. Notez que je ne suis pas le seul à en penser du bien: les jurés cannois lui ont décerné cette année le Prix du scénario. Par souci d'honnêteté, j'ajoute que certains professionnels de la profession considèrent qu'il s'agit là d'une simple consolante. Sans entrer ce soir dans la polémique, je vais justement vous dire deux ou trois mots sur l'intrigue. Mija, l'héroïne de cette histoire, est une dame d'un âge certain, la soixantaine avancée. Elle travaille comme aide-soignante auprès d'un vieil homme grabataire. Elle occupe parfois son temps libre en suivant des cours de poésie. Ses moments de liberté restent d'autant plus rares qu'elle doit aussi s'occuper de son petit-fils, Wook, un adolescent boutonneux pas franchement reconnaissant. Difficile, la situation devient presque intenable quand Mija découvre que le jeune homme s'est rendu complice de viol sur la personne d'une camarade de classe, laquelle s'est d'ailleurs suicidée...

Bien évidemment, présenté ainsi, le film ne risque pas de susciter l'intérêt du grand public. Si mes sources sont bonnes, il n'aurait d'ailleurs attiré qu'un peu plus de 112.000 spectateurs. C'est très peu et c'est injuste. Poetry est un petit bijou, et ce à plus d'un titre. Sans surprise, c'est d'abord à cette vieille dame que l'on s'attache. Pas vraiment gâtée par la vie, un peu dans le déni d'une réalité probablement trop dure à encaisser, Mija est aussi d'une dignité formidable. J'étais curieux de voir comment le long-métrage parlerait de la maladie d'Alzheimer, diagnostiquée chez son personnage principal. En fait, il le fait avec beaucoup de pudeur et je dirais même de discrétion: si la nouvelle tombe très tôt, elle ne reste jamais qu'une menace sous-jacente, finalement comme en filigrane de toutes les autres mauvaises choses qui arrivent à Mija. Il est alors incroyable de constater que l'option que suit le réalisateur n'est pas celle de la pitié. Le récit de cette existence n'est jamais larmoyant, ni vraiment pathétique. Le temps passe, la vie continue. Confrontée à l'adversité, l'attitude adoptée par Mija est la recherche (solitaire) de solutions, beaucoup plus que l'apitoiement et le repli sur soi. Toute cinématographique soit-elle, c'est une leçon qu'on peut aimer retenir pour mieux endurer ses petits bleus à l'âme personnels.

Cela étant dit, l'intérêt de Poetry va au-delà. Comme tout film étranger venu de loin, il ouvre notre regard sur autre chose, apportant du même coup une fraîcheur dont sont dépourvues nombre des habituelles productions à l'affiche de nos cinémas. Oui, une fois encore, en sortant de la salle obscure, j'étais ravi d'avoir découvert un nouveau réalisateur et d'avoir ajouté un élément à ma collection de souvenirs artistiques d'Asie. La chance veut qu'une amie à moi vienne justement de m'offrir dix films coréens - la plupart extrêmement récents. Je ne sais pas si j'y retrouverai d'emblée Jeong-hee Yoon, l'actrice principale de cette touchante production. C'est peut-être l'autre défi qui m'attend: retenir progressivement quelques noms de comédiens et avoir petit à petit une idée précise du contenu de leur filmographie. En attendant, je fais de ce film-là une excellente entrée en matière pour qui s'intéresserait à ce cinéma venu d'ailleurs. Je n'ai pas vu passer les deux heures et quelques, durée du long-métrage: c'est évidemment bon signe. Vous imaginez bien que je ne vais pas vous dire comment tout cela se termine. J'indiquerai juste à l'attention des plus curieux que la fin laisse planer un certain mystère quant à ce qu'il advient exactement de Mija. Point d'ancrage, toutefois: vous saurez ce qu'elle parvient à faire dans le domaine de la poésie. Et, poésie toujours, je parierais presque que vous trouverez que le dénouement n'en manque pas. Maintenant, tout cela est très personnel: c'est à vous de voir...

Poetry
Film sud-coréen de Lee Chang-dong (2010)

Mon smiley fait une drôle de tête. Il peine à sourire de cette histoire assez poignante. Beaucoup de bonnes choses, mais pas tellement l'occasion de se marrer. Le raffinement asiatique dans l'expression des sentiments joue à plein pour la réussite de ce projet ambitieux. Si vous avez aimé le résultat, je ne saurais trop vous recommander de voir ou revoir le magnifique Voyage à Tokyo. Japonaise, placée dans un autre contexte dramatique et historique, l'oeuvre du maître Yasujiro Ozu illustre la destinée d'un vieux couple et parle elle aussi avec pudeur de la difficulté de communication entre les générations.

jeudi 21 octobre 2010

Le vieil homme et la mort

Et si on oubliait un instant la Palme d'or décrochée au mois de mai dernier par Apichatpong Weerasethakul ? Je me dois d'être honnête avec vous: il est vrai que je ne suis pas sûr que je serais allé voir Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures spontanément, s'il n'avait pas été primé sur la Croisette. Aurait-il simplement trouvé un distributeur ? Apparemment, ça n'a pas été une partie de plaisir ! Maintenant, ce que je voudrais et vais essayer de faire, c'est considérer ce long-métrage sans le juger, à l'aune seule de ce que je crois pouvoir attendre d'une oeuvre récompensée à Cannes. C'est une petite colère qui m'anime aujourd'hui: j'ai été très dépité de voir une partie de mes confrères "casser" tout net cette proposition de cinéma au motif qu'elle serait prétentieuse, incompréhensible, ennuyeuse, inesthétique même, ou tout à la fois ! Palme de plomb pour certains, film parmi les plus mauvais de l'année pour d'autres, rien n'a été épargné à cette création venue initialement de Thaïlande. Pour ma part, écoutant mon instinct, j'ai malgré tout décidé de lui donner sa chance, ne serait-ce justement parce que ce n'est pas tous les jours qu'une telle inspiration débarque sur nos écrans. Et, pour en revenir à la polémique qui l'entoure, j'ai trop de respect pour l'aréopage d'artistes réunis autour de Tim Burton au printemps dernier pour penser qu'ils ont choisi de couronner indûment une vague boursouflure à vocation cinématographique. Leurs références sont à l'évidence bien plus larges que les miennes.

Cela étant dit, reprenons les choses dans l'ordre. Oncle Boonmee... évoque les derniers jours de la vie d'un homme, affecté d'une maladie rénale. Aux derniers instants de son existence, l'intéressé s'est retiré dans sa maison de campagne. Il vit chichement aux côtés de sa belle-soeur et de l'employé laotien chargé - entre autres tâches - de lui administrer des soins. Un soir, c'est alors que le trio devise tranquillement sur ce qu'on peut imaginer être une terrasse extérieure que la femme de Boonmee, pourtant décédée, apparaît subitement à la table. Un fantôme bientôt rejoint par une créature simiesque qui s'avère être l'enfant du couple, lui aussi disparu. Curieusement, sitôt la surprise passée, la conversation se poursuit. Elle le fait même le plus naturellement du monde. La vie aussi, d'ailleurs, puisque ce temps qui passe n'est pas encore tout à fait celui de la fin. C'est l'instant où le spectateur que j'étais aurait pu décrocher. Ce phénomène fantastique admis comme un événement tout à fait normal peut déroute. Dérouté, oui, je l'ai été. Séduit aussi ? Peut-être pas. Mais intéressé, à tout le moins. Réfrénant alors une tendance quasi-naturelle à me détourner d'images pour moi exagérément obscures, je me suis accroché. J'ai tâché de rester concentré sur ce que je voyais et entendais, pour m'imprégner ainsi d'une ambiance et, partant, d'une autre culture. J'ignore si j'y suis tout à fait parvenu, mais j'ai tenu jusqu'au générique final.

Une certitude: Oncle Boonmee... est un film lent, très lent. Un film qui ne ressemble à aucun de ceux que j'avais pu voir jusqu'à présent, aussi. J'ai justement essayé de le prendre tel quel, comme un bout de Thaïlande. Je l'ai apprécié comme ça, en m'efforçant d'ouvrir grand ma perception à un objet filmique loin de mon quotidien occidental, gavé, lui, de productions américaines et européennes. Une vraie expérience ! Je ne sais pas s'il faut donc vous conseiller d'essayer à votre tour. Je constate aujourd'hui que peu de Français l'ont fait: à peine 72.500 selon les dernières données du box office. Un flop magistral, plus grand que celui des moins bien accueillies d'entre toutes les Palmes d'or antérieures ! Je continue de trouver ça un peu triste. J'ai l'impression que, "descendu" par une bonne partie de la critique, le film n'a jamais vraiment eu sa chance. Peut-être que d'autres, en compétition avec lui au printemps, laisseront en moi une trace plus durable. Peut-être aussi que le chemin qui devait l'amener à la rencontre avec le public était alors semé d'embûches. Sans doute, même. Il n'en reste pas moins vrai que, sans fierté particulière, je suis juste content de l'avoir vu. Je pourrais me dire que j'ai découvert un cinéma différent, un cinéma autre. J'ai ouvert une nouvelle porte. Je ne la refermerai pas et, à l'avenir, espère avoir d'autres occasions de vous la faire passer. Et pourquoi pas même dans ce cas avec des films objectivement plus accessibles ?

Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures
Film thaïlandais d'Apichatpong Weerasethakul (2010)

La preuve que Cannes ne couronne pas que les vieux barbons occidentaux. Le lauréat de la Palme 2010 a donc été un Thaïlandais, alors âgé de 39 ans. Sur les vingt dernières années, c'est même d'ailleurs la 16ème fois que la Palme échoit à un cinéaste étranger non-américain. Un bon signe de vitalité artistique, d'après moi. Comme vous l'aurez compris, il ne m'est pas facile de comparer valablement cette oeuvre singulière à une autre. Allez, tant pis ! J'ose me lancer: dans un registre similaire, et avec un petit clin d'oeil du destin, je citerais Big fish. Un film étrange signé... Tim Burton.

mardi 19 octobre 2010

Une ruse de Russe ?

Vous le savez déjà: je ne regarde pas que des films pointus. J'aime au contraire mélanger les genres et laisser toute sa place au cinéma dit populaire parce que moins exigeant - notez qu'ici, le terme populaire reste vierge de toute condescendance. Salt, le dernier film que j'ai vu au titre de divertissement pur et dur, ne satisfera pas tout le monde. Je sais de quoi je parle: habituellement plutôt mesuré dans ses propos, un bon copain à moi - salut Jean-Mi ! - le qualifiait même de merde, c'est dire. Je ne suis pas si sévère, en admettant volontiers que cette réalisation signée Phillip Noyce n'a rien d'extraordinaire. J'ai parlé de divertissement et c'est ça, juste ça. Port du cerveau non obligatoire. Ou en mode intermittent, ça suffit.

Au départ, l'idée du film est, si ce n'est originale, plutôt bonne. Salt est un agent du contre-espionnage américain. Son prénom ? Evelyn. Oui, c'est une fille. Blonde puis brune, Angelina Jolie lui prête généreusement ses traits et courbes: je suppose que ça compte aussi dans la décision de donner sa chance au long-métrage. Je lisais dernièrement qu'Angie était d'autant plus bankable qu'elle plaît autant aux deux sexes: les hommes restent baba devant sa plastique et les femmes aiment s'identifier à celle qui ne s'en laisse pas conter à l'écran - en plus d'être Mme Brad Pitt à la ville, excusez du peu. Bref. Au départ, son personnage ici a un problème: un transfuge russe l'accuse d'être un agent dormant à la solde de Moscou. Incroyable, ça, oui ! Mais vrai ou faux ? L'ambiguïté demeure.

Sitôt portée, l'accusation incite en effet Angie / Salt à décamper pour échapper à l'arrestation. Le film prend alors aussitôt la forme d'une course-poursuite de facture assez classique et objectivement bien peu vraisemblable parfois. J'ai noté qu'initialement, le rôle devait être offert à Tom Cruise. J'ai aussi parcouru un article intéressant qui affirmait qu'à Hollywood, l'ancienne Lara Croft était désormais aussi crédible que son collègue scientologue pour ce genre de personnages, à tel point d'ailleurs qu'elle ne le serait que pour ça. L'exemple qui est ici donné n'est pas tout à fait ridicule à mes yeux. Certes, il s'oublie vite, mais emballe d'après moi un pop corn movie tout à fait acceptable. Maintenant, un bémol: pas sûr que j'irai voir avec pareil entrain la suite que la fin de cet opus semble annoncer...

Salt
Film américain de Phillip Noyce (2010)
Ma légendaire indulgence place le film dans le lot des productions honnêtes. Sans être fascinant, il offre un petit moment de détente entre deux productions plus exigeantes. Il est amusant de constater que le cinéma US ressuscite une menace venue de Russie. Un concept oublié depuis un moment, il me semble. Celles et ceux parmi vous qui souhaiteraient se plonger dans un scénario un poil plus consistant pourraient préférer À la poursuite d'Octobre rouge, sorti vingt ans plus tôt, avec Sean Connery en officier de sous-marin soviétique tenté par un exil à l'Ouest. L'un des classiques de mon adolescence.

dimanche 17 octobre 2010

Leur vie, après

Ce n'est pas une péninsule, mais c'est tout de même un cap, un cap symbolique: ce soir, après avoir écrit ma chronique, j'aurai présenté 300 films sur ce blog. D'autres ont fait mieux, mais je suis content. Je trouve que le hasard fait bien les choses: de cap, il est en effet aussi question dans le long-métrage que je souhaite évoquer aujourd'hui, L'arbre, que certains cinémas diffusent peut-être encore au moment où je tape ces lignes. Mais cette fois, pas de joie ou de plaisir, puisque c'est du deuil dont il s'agit. En fait, l'histoire débute à peine que Dawn, son héroïne - une jeune femme d'origine franco-écossaise installée en Australie - perd son mari, Peter, qui est aussi, avec et grâce à elle, le père aimant de quatre jeunes enfants.

D'emblée, et même si l'image, elle, ne l'est pas trop, le coup au coeur est violent. Il l'est d'autant plus, en fait, qu'au tout départ, le couple offre aux regards une harmonie quasi-parfaite. On ressent dès lors une empathie immédiate pour les survivants de cette petite famille et d'abord pour la maman qui a perdu ce papa qui semblait parfait. Merci Charlotte Gainsbourg ! Oui, c'est elle et vous l'aviez reconnue sur la photo, pas vrai ? Tout ça ne vous dit pas pourquoi le film s'appelle L'arbre. Je vais vous l'indiquer: parce que Peter est victime d'une attaque subite quand il rentre chez lui, au volant de sa voiture, et que son véhicule termine sa course à faible vitesse dans le figuier du jardin. Lequel figuier va alors prendre une importance capitale dans la vie de Dawn et ses enfants, à partir du moment où la gamine de la maisonnée se persuade qu'il renferme désormais l'âme du père.

Cette petite Simone est magique. Un autre nom est à retenir: celui de Morgana Davies, la toute jeune comédienne qui l'incarne. Fortiche ! Même si les autres personnages sont TOUS dignes d'intérêt, c'est d'abord à partir de ses réactions à elle que le film prend son envol et sa tonalité, sa couleur en somme. Il est remarquable qu'il ne soit jamais larmoyant. Non, vous ne rirez pas devant L'arbre, mais je suis persuadé que, si quelques larmes coulent, elles sècheront au générique final. La projection fait vivre quelques émotions fortes, mais l'évolution des uns et des autres s'inscrit tout doucement dans une dynamique positive. La toute fin du scénario montre qu'en dépit de tout ce qu'elle contient de douleur parfois, la vie continue toujours. Et, en chemin, qu'il n'est pas nécessaire de tout oublier pour se reconstruire. Un message universel qui, délivré avec tant de délicatesse, aide à aller mieux.

L'arbre
Film franco-australien de Julie Bertuccelli (2010)
Dans un décor absolument superbe, un long-métrage que je classe volontiers parmi les meilleurs de cette année. Grand moment ! Je l'ai déjà dit, mais deux fois valent parfois mieux qu'une pour convaincre totalement: il n'est jamais tout à fait plombant. Disons en tout cas qu'il ne le reste pas et que les plus émotifs - comme mon smiley d'aujourd'hui - peuvent le voir sans trop de crainte. Sur la thématique du deuil, par exemple, un film comme La chambre du fils, signé Nanni Moretti et Palme d'or à Cannes en 2001, s'encaisse sûrement beaucoup plus difficilement. Pour rebondir à présent sur une oeuvre moins âpre, je choisis Max et les maximonstres, de Spike Jonze. Sous la forme d'un conte, une belle variation sur le thème de l'enfant enfermé dans un univers qu'il s'est créé, plus doux que la réalité.

vendredi 15 octobre 2010

Amours croisées

J'ai trouvé le nom de mes films chinois ! Avant d'y revenir un jour prochain, l'heure est venue de reprendre le rythme de mes chroniques ordinaires et de vous proposer de découvrir un nouveau film signé Rohmer: L'ami de mon amie. Une oeuvre dont le réalisme peut rebuter: certains loueront la qualité de l'interprétation des acteurs, là où d'autres les trouveront peut-être empruntés pour la même raison. En fait, aucune star n'émerge de la distribution d'un long-métrage pourtant assez "jeune", puisque sorti il y a 23 ans seulement. Tournées à Cergy-Pontoise, les images paraissent quelque peu datées. Le signe, sans doute, que le temps passe bien vite...

Comme son nom le suggère, L'ami de mon amie observe une femme faire la connaissance d'un homme grâce à une de ses camarades. C'est en fait plus imbriqué: au générique final, vous aurez compris que la proposition vaut dans les deux sens. En clair, Léa présente son ami Fabien à Blanche, qui, elle, convoite plutôt Alexandre. Finalement, Alexandre s'intéresse surtout à Léa, qui lasse ou déroute Fabien, plus ou moins attiré par Blanche. Et au beau milieu de tout ce petit monde, un cinquième personnage "modérateur", Adrienne, qui sort avec Alexandre, trouve Léa stupide, donne quelques conseils à Blanche et ignore Fabien. Vous avez suivi ? Une précision s'impose: ce n'est pas du vaudeville ! Plutôt de la comédie de moeurs en zone urbaine contemporaine. Un style qui ne plaira pas à tout le monde.

Quelques-uns des textes que j'ai lus sur le film après coup insistent sur la qualité des dialogues. Je suis plus réservé. C'est vrai: L'amie de mon amie repose d'abord sur eux et non pas sur l'action. Il peut dès lors vite ennuyer les adeptes d'un cinéma plus dynamique. S'il m'a intéressé, moi, c'est à vrai dire surtout comme pièce du grand puzzle qu'est la filmographie de Rohmer, ainsi que comme premier extrait découvert de la série des Comédies et proverbes que le réalisateur initia en 1981. D'autres films au titre un peu mieux connu sont issus de cette même série. Tôt ou tard, intégrale en main, j'aurai l'occasion d'y revenir. L'occasion de mieux les évaluer, qui sait ? J'imagine que vous êtes habitués à mon grand éclectisme: d'autres suivront donc évidemment d'ici là, qui n'ont strictement aucun lien.

L'ami de mon amie
Film français d'Éric Rohmer (1987)
Un smiley plutôt souriant car, sans crier au chef d'oeuvre, j'ai su apprécier le film. Je me demande s'il n'aurait pas gagné à être joué par des comédiens encore plus jeunes. Ce n'est pas un reproche rédhibitoire: n'étant pas cinéaste, je reste étranger aux contraintes de la direction d'acteur. En tant que spectateur, je n'ai pas trouvé spontanément d'oeuvres dont la thématique puisse reprendre celle qui est développée ici. Dès lors, il peut être intéressant de revenir aussitôt à celui que j'ai chroniqué le 3 octobre dernier, L'amour l'après-midi. Un autre point de vue sur le couple et le monde extérieur du même réalisateur. Avec un autre type de croisements.

mercredi 13 octobre 2010

Made in China

Amis cinéphiles qui passez ici, j'ai besoin de vous. Je sais pertinemment que ce sera difficile, mais j'aimerais pouvoir découvrir - et pourquoi pas, ensuite, voir ? - les films dont viennent les photos du jour. Un petit indice pour mettre les plus connaisseurs d'entre vous sur la piste: je les ai prises en Chine, dans ce qui avait l'air d'être un musée du cinéma, le Exhibition hall of Sun Daolin film art center (tel qu'écrit en anglais sur la façade du bâtiment). Bredouille sur place, je poursuis mon enquête maintenant que je suis rentré, sans grande conviction. Je précise juste qu'un peu plus tard pendant cette même journée du 3 septembre dernier, je suis arrivé au but de ma visite: la vieille ville de Xitang. J'ai découvert ensuite que Tom Cruise y avait tourné une scène de Mission Impossible 3 !

Comme je le fais désormais à chaque fois ou presque, j'ai souhaité revenir de mon séjour à l'étranger avec une moisson de films locaux. Bingo ! Après avoir fait chou blanc en Autriche et aux Pays-Bas, j'ai pu m'offrir quelques longs-métrages chinois, sept au total en fait, auxquels j'ai ajouté une production coréenne. J'ai essayé de prendre des choses dans des styles différents les uns des autres pour varier les plaisirs et vous pouvez compter sur moi pour vous présenter ça progressivement, au fur et à mesure de mes visionnages successifs. Souvenez-vous: il y a peu, j'ai chroniqué un premier film chinois - Shaolin soccer - sur ce blog. D'autres suivront donc. J'en ai désormais une dizaine dans ma collection, à vue de nez. Et j'annonce dès à présent que les jours qui viennent me permettront déjà d'évoquer quelques autres facettes du septième art venu d'Asie. D'emblée, cette perspective me réjouit d'ailleurs au plus haut point.

Statistiquement, c'est vrai: les films asiatiques sont une exception sur ces pages. Il y en a à ce jour 18 au total, une moitié de Japonais et quelques Coréens. C'est bien tout un pan de la culture mondiale que je dois encore découvrir - au même titre que le cinéma africain, par exemple, totalement absent de ces colonnes pour l'instant. Chiffres toujours, je constate que, bon an mal an, quelque chose comme une dizaine de productions chinoises arrive jusqu'à nous chaque année. C'est peu. Certaines de ses oeuvres sont co-produites par des compagnies américaines ou européennes, la plupart estampillée Hong Kong et peut-être de ce fait davantage soumises aux influences occidentales. Notez que je ne suis pas tout à fait largué: l'an passé, je vous ai parlé du film asiatique qui a fait le plus d'entrées. Avis aux amateurs, c'était la dernière livraison du maître nippon Hayao Miyazaki, Ponyo sur la falaise. Plutôt destiné au public enfantin, ce long-métrage d'animation s'est classé à la 58ème place du box office, attirant 910.449 curieux dans les cinémas de France.