jeudi 19 avril 2018

Un plan simple

Le fil de mes chroniques se prolonge aujourd'hui avec un classique hollywoodien: Quand la ville dort. Adapté d'un roman éponyme publié un an plus tôt, ce long-métrage reste dans l'histoire du septième art comme le premier film de casse (caper movie, dit-on aux États-Unis). Un argument largement suffisant pour titiller ma curiosité cinéphile...

Dans une ville qui pourrait bien être Chicago, un type sort de prison et remonte sans attendre une bande pour braquer une bijouterie. L'enjeu n'est pas mince: chaque complice repartirait avec des dizaines de milliers de dollars. Edwin Doc Riedenschneider est déjà persuadé qu'il pourra bientôt couler des jours heureux au Mexique, à distance raisonnable de ces emmerdeurs de flics et enfin rangé des affaires. On y croit volontiers avec lui, et ce d'autant qu'il parvient à recruter un bailleur de fonds pour obtenir le matériel nécessaire, un chauffeur, un gros bras et un perceur de coffres. Il n'est pas question pour moi de dire si le coup marche: la réponse est... dans Quand la ville dort !

Certains aiment aussi ce film parce qu'on y croise Marilyn Monroe. Déjà fatale à 24 ans, la blonde joue un tout petit rôle de femme adultère, qui s'avèrera toutefois déterminant, tant pour la conclusion de l'intrigue que pour le sort de l'un des personnages. Dans un univers très masculin, on constatera d'ailleurs que les protagonistes féminins de cette histoire ne sont pas véritablement relégués au second plan. D'une certaine façon, ils apportent presque la promesse d'une vie différente, à l'abri des contingences de la jungle citadine - soulignées par le titre original du long-métrage et du livre: The asphalt jungle. Film noir oblige, rien n'est évidemment aussi simple, mais je préfère m'en tenir là quant à mes explications pour ne pas risquer de gâcher votre possible plaisir. Je dois avouer à ce stade que le mien est resté un peu en-deça de mes espérances, le (brillant) exercice de style m'apparaissant un peu désincarné, en dehors d'une ou deux scènes fameuses et révélatrices de la solitude qui caractérise les gangsters. Meilleure chance la prochaine fois. Allez, je n'ai rien vu de mauvais...

Quand la ville dort
Film américain de John Huston (1950)

Malgré mes réserves, je ne peux que souligner que ce film ancien servira de matrice (ou de modèle) à bien d'autres longs-métrages arrivés plus tardivement sur les écrans. J'ai d'ailleurs un bon souvenir de Du rififi chez les hommes, que j'aurais déjà pu citer en conclusion de mon texte sur Miller's Crossing. Le film noir n'est pas mon genre préféré, vous l'aurez compris, mais Gilda mérite bien un petit détour.

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Ah ! Une anecdote fameuse...
En 1989, Turner Entertainment, alors propriétaire des droits du film depuis trois ans, décide... de le coloriser ! Diffusée sur la chaîne française La Cinq, cette version ne disparaîtra qu'après une procédure des héritiers de John Huston (arrêt Cour de cassation - 28 mai 1991).

Si vous voulez en savoir un peu plus...
Je citerais en défense mon propre site-référence: "L'oeil sur l'écran".

mardi 17 avril 2018

La vie en fuite

River Phoenix n'avait que 23 ans quand, fin octobre 1993, il est mort d'une overdose au cours d'une soirée à Los Angeles. Il avait tourné une quinzaine de films pour le cinéma et quelques autres pour la télé. On m'avait parlé du grand frère de Joaquin comme d'une étoile filante des écrans, intense et lumineuse. Il ne me restait plus qu'à vérifier...

Quand À bout de course a démarré, je me suis vite senti confiant quant à sa capacité à me plaire. Le film suit les pas d'un adolescent américain apparemment très ordinaire, mais qui semble s'inquiéter quand il observe les mouvements d'une voiture dans son quartier. Bientôt, le scénario nous apprendra que Danny est le fils aîné d'Annie et Arthur, un couple traqué depuis de longues années pour le sabotage d'une fabrique de napalm en pleine guerre du Vietnam. Tout l'intérêt du récit est qu'il nous prend alors à contrepied: loin de se concentrer sur la fuite des activistes, il dresse le portrait sensible d'une famille sous tension et, notamment, de ce jeune homme contraint de vivre comme un vrai fugitif alors qu'il n'a absolument rien à se reprocher. Cette histoire n'est pas d'une originalité folle, mais elle est racontée d'une telle façon que je me suis vraiment attaché aux personnages. River Phoenix assure... et c'est tout le casting qui mérite des éloges !

Tout cela vient me confirmer qu'il est bon parfois de regarder un film sans info préalable sur ce qu'ils peut bien raconter. Quand l'audace s'avère payante, la situation est d'autant plus jubilatoire. J'ajoute que, dans le cas présent, j'ai trouvé certaines scènes très belles. J'espère que, si vous pouvez voir ce long-métrage, vous serez émus comme moi de l'amour naissant entre Danny et Lorna, la fille rebelle de l'un de ses profs. Après une jolie séquence de plage, j'en ai adoré une autre tournée au coeur de la nuit, quand les deux jeunes enlacés paraissent avoir chacun adopté un vêtement appartenant à l'autre. J'en passe et des meilleures: les émotions sont si finement abordées qu'il est difficile, si ce n'est presque impossible, de rester indifférent. À bout de course s'inscrit dans la noble tradition du cinéma populaire américain et nous parle de la force de l'engagement, à tous les sens du terme. Je ne vois rien à ajouter, si ce n'est que la fin est superbe !

À bout de course
Film américain de Sidney Lumet (1988)

Je profite de cette conclusion pour saluer de nouveau le travail impeccable de tous les acteurs: Christine Lahti et Judd Hirsch forment un couple de parents convaincant, mais mon coup de coeur ira à Martha Plimpton (Stef dans Les Goonies !), petite amie de rêve. Autre long-métrage sur un acte militant qui "dérape", Night moves pourrait être le pendant obscur du film cité ce jour. À vous d'en juger.

lundi 16 avril 2018

Au format court

Vous avez vu ? Avec 1971, Motorcycle heart hier et Trois pêcheurs le mois dernier, l'amie Joss vient de vous présenter consécutivement deux courts-métrages. Cela m'invite à me positionner sur ce format. Comme vous le savez, un menu spécial est dédié à ces films courts dans ma colonne de droite. Une façon aussi... de les mettre en avant.

Mais de quoi parle-t-on exactement ? J'ai noté que, souvent, la notion de court-métrage fait débat. Un décret parle d'oeuvres "dont la durée de projection (...) est inférieure ou égale à une heure". La référence légale est importante, dans la mesure où la reconnaissance du format court doit, je présume, ouvrir le droit à certains accompagnements financiers. Dans l'esprit de beaucoup de cinéphiles, le court-métrage reste toutefois un film d'à peine quelques minutes. D'aucuns jugent même qu'il ne peut s'agir que du brouillon d'oeuvres plus développées.

Cette dernière définition est erronée. C'est vrai: certains cinéastes utilisent le court pour tester leurs compétences avant de se lancer dans le grand format. D'autres s'en servent probablement pour faire des économies, n'ayant pas un budget important à leur disposition. Quoi qu'il en soit, je suis bien convaincu que cette forme de cinéma peut nous offrir de très belles choses et que la concision est un atout, parfois, pour qui veut jouer sur l'impact émotionnel de son oeuvre. C'est aussi, bien sûr, une question d'envie, de confiance et de talent !

Je ne peux donc que déplorer le peu de visibilité offerte aux courts. Cela étant dit, je me dois d'être honnête: je ne saisis pas forcément toutes les occasions d'en voir qui se présentent à moi. Ma ville accueille annuellement un festival dédié... et je n'y suis jamais allé. C'est dire que je ne suis pas à un paradoxe près, moi qui insiste aujourd'hui sur la légitimité et la beauté cachée de cet autre cinéma. Assez discret sur Mille et une bobines, il y a pourtant toute sa place. Vous pouvez de fait être sûrs que, de temps à autre, j'en reparlerai...

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Ah ! Votre avis m'intéresse...

Je suis vraiment curieux de votre façon d'aborder le court-métrage. J'ajoute que je suis preneur de vos suggestions pour des découvertes.

dimanche 15 avril 2018

Brève rencontre

Nous sommes le 15: il est donc temps que je laisse notre amie Joss vous présenter un autre de ses coups de coeur tout en images ! Comme le mois dernier, elle a choisi de parler d'un court-métrage...

Toujours dans le semestre cinéma moto, et pour quelques mois encore axée sur mes meilleurs moments passés au premier Festival du Film de Moto qui s'est tenu les 2, 3 et 4 mars à Nice, je profite de l'arrivée du printemps pour vous présenter un court-métrage tout en art, en couleur et aussi en chaleur: 1971, Motorcycle heart. Ce titre vous dit quelque chose ? Ça se pourrait bien puisqu'en 1963, Niki de Saint-Phalle avait précisément associé une moto en relief de plâtre à un énorme cœur ! Était-ce le sien que l’artiste avait voulu représenter ? On ne le saura jamais, mais Stéphanie Varela s'est merveilleusement saisie de l'alibi pour réaliser ce petit bijou que l'on aurait aimé tellement plus long. Contrat (bien) rempli pour ce court-métrage projeté en juin 2017 au Festival Côté Court, puis sur Arte.

Juillet 1971. La star montante française de la moto, Christian Ravel, concurrent émérite de Giacomo Agostini, se rend en Belgique pour participer au Grand Prix de moto. Il tombe en panne et frappe à la porte de Niki de Saint-Phalle. Ils ignorent tout l'un de l'autre. En quelques heures, ils apprendront à se connaître, du moins pour l'essentiel. Entre eux, fusion immédiate. Avant même de s'effleurer. Dans leur moindre regard, leur plus petit mouvement, on sent palpables l'attraction, l'électricité, l'émotion grandissantes. Sous un voile de détachement, d'humour et de légèreté va grandir l'envoûtement réciproque. Que de beauté ! Première bio-fiction consacrée à la vie et l'œuvre de la plasticienne, cette réalisation est à la fois fidèle et utopique. Comme le souligne la réalisatrice, Niki de Saint-Phalle et Christian Ravel ne se sont probablement jamais rencontrés. Ce qui n'empêche pas le faible pourcentage de probabilité de nous maintenir dans une bienfaisante illusion !

J'ai maintes fois revu ce court-métrage, et à chaque projection, j'y ai découvert des angles ou des détails que je n’avais pas perçus aussi intensément la fois précédente. Bien sûr, j'aime la femme, Niki de Saint-Phalle, mais au-delà du personnage passionnant, il y a ce message pour l'humanité entière et, ici, la démonstration du talent de la réalisatrice Stéphanie Varela. Une peinture forte et sincère qui correspond intégralement à l'admiration qu'elle porte à l’artiste... et qui nous est commune ! "Je voulais depuis longtemps faire un film sur sa vie et surtout parler de la femme qu'elle était. Car tout le monde connaît ses Nanas aux rondeurs monumentales, mais peu de gens savent qui fut vraiment Niki de Saint-Phalle (1930-2002), jeune et belle aristocrate franco-américaine, seule femme engagée aux côtés des Nouveaux Réalistes. C'est une femme artiste, libre et rebelle, qui a su conquérir le public et la critique avec ses créations représentant son univers incroyable".

Grâce à l'exceptionnelle présence de la comédienne Anna Mouglalis, Stéphanie Varela est parvenue en quelques dizaines de minutes à dresser un portrait incroyablement fiable. On y découvre une Niki occupée à la fois par la peinture de ses Nanas et par ses tirs à la carabine. Bien entendu, l'artiste ne s'y est pas consacrée simultanément, mais rien n'est dérangeant dans cette mini-fresque construite de symboles vivants qui dressent avant tout un portrait d'une incroyable authenticité. Tandis que défile la bande son de l'un des films préférés (Le bal des vampires), Niki peint, en plein soleil sur le bord de sa piscine, le sein de l'une de ses Nanas. Lumière intense, couleurs vives, sourire aux lèvres, et pourtant…

Quand Niki observe du coin de l'œil le beau jeune homme qui vient de débarquer chez elle, c'est encore avec le regard chargé de légèreté (même si l’on perçoit que rien ne lui échappe). L'air de rien aussi lorsqu'elle observe sur sa table le combat qui se prépare entre deux insectes. Mais à mieux y regarder, c'est toute sa lutte intérieure qui s'expose ! Terrible quand on connaît l'existence de Niki, violée par son propre père à l’âge de onze ans. D'ailleurs, emporté dans cet esthétisme et cette douceur infinis, le papillon pris au piège de la surface de l’eau n'en réchappera pas. Prémices d’une histoire qui ne pourra se vivre totalement. Mais ne gardons de ce court-métrage que la vision belle et forte que nous offre Stéphanie Varela. D'ailleurs, est-il toujours utile de creuser les âmes ? Elles-mêmes ne le souhaiteraient peut-être pas en cet instant magique où Niki et Christian font connaissance. Vivons ce film pleinement, sans arrière-pensée. Laissons-nous envahir par la sincérité de leur attirance et la beauté de la réalisation.

Quand Stéphanie Varela filme Niki dressée sur la moto de Christian Ravel qui lui offre une balade après la séquence de la réparation, c'est toute la victoire de la vie qu'elle nous restitue. Les images s'enchaînent alors pour induire une sensationnelle histoire d'amour, à la fois charnelle et spirituelle. Grâce à la goutte de peinture qui colore de façon fulgurante la totalité du bassin, la même peut-être qui monte en volutes dans l’eau du bain des amants, confondant leurs deux natures, le spectateur entre dans une autre dimension. Celle à laquelle un saut conjoint (marais ou piscine ?) leur a permis d'accéder. Couleurs et silhouettes fusionnent admirablement en dehors du temps. La célébration de l'art et de la vie est totale. Les deux personnages consument leur existence au plus haut du champ des possibles. On le sent, on le sait. L'une à travers l'art extrême, surgi du tréfonds de son corps. L'autre la risquant à chaque tour de circuit. Nul doute qu'ils se rejoignent cette fois pour une forme d’éternité.

Il serait malvenu de décrire la scène finale. Je l'ai aimée comme tout le reste. Étonnante. Un fil d'Ariane la relie à tout ce qui précède, au passé brillant que les deux personnages n'ont pas partagé avant de se connaître... et à leur futur, bien sûr. Indéfectible. Au milieu, quelques heures inoubliables, réduites pour nous à une vingtaine de minutes précieuses. Difficile pari pour la réalisatrice qui a su inclure des images d’archives très à propos. Puisse le tout vous donner cœur à découvrir les arcanes de leurs deux parcours, puisque les deux ont disparu. Le court-métrage de Stéphanie Varela se hisse à leur hauteur. Une vraie œuvre d'art.

Et pour la question du mois: savez-vous si Niki de Saint-Phalle eut un logis en Charente-Maritime ? J'ai cherché en vain, mais je ne le pense pas, même au cours de ses années avec le sculpteur Jean Tinguely. En revanche, quel beau choix ! Une propriété aussi isolée dans laquelle elle aurait vécu seule pour créer. Entre terre et eau, ça lui ressemble.

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Film court, mais texte long: merci, Joss, pour cette chronique ! Rendez-vous est pris le 15 du mois prochain, si vous le voulez bien...

samedi 14 avril 2018

Indianana

Question: il y a des amateurs (ou -trices) de jeux vidéo, parmi vous ? Gamers repentis ou toujours actifs, cette chronique vous est dédiée. J'imagine en fait que c'est à ce public que Tomb raider s'adresse. Nouvelle adaptation de la longue série éponyme, ce film d'aventures est venu titiller le geek qui sommeille en moi. Petit plaisir coupable...

Un petit mot du contexte s'impose, tout de même, pour celles et ceux qui voyageraient ici en terra incognita. La franchise vidéoludique Tomb raider repose sur un personnage principal féminin, Lara Croft, une sorte d'Indiana Jones, avec mini-short et forte poitrine en prime. Depuis 1996, elle a exploré maints territoires isolés et grandes villes internationales, à la recherche de trésors enfouis. Ses aventures pixelisées ont été portées sur les grands écrans du cinéma dès 2001. C'est Angelina Jolie qui incarnait alors l'aventurière, dans un film décrié par la critique, mais qui connut le succès public... et une suite deux ans plus tard. Désormais, c'est une jeune (et mignonne) actrice suédoise, Alicia Vikander, qui tente de relancer la machine à dollars. Après deux ou trois scènes d'exposition assez plan-plan, le scénario l'entraînera au fin fond de l'Asie et vers le tombeau d'une reine réputée pour ses talents de sorcière. Évidemment, c'est assez risqué !

Je vous passe les détails sur l'héritage d'un père disparu et la manière dont la belle Lara saura se concilier les bonnes grâces de compagnons d'aventure au moment de botter les fesses des inévitables méchants. Vous devriez déjà avoir compris l'essentiel. Non ? Je vous conseillerais de laisser votre cerveau débranché si, à mon exemple, vous tenez absolument à découvrir la version 2018 des tribulations de Miss Croft. Tomb raider n'est pas un film antipathique, mais ça reste un produit de consommation (très) courante, sans trop de goût et sans surprise véritable, tel que nos amis les producteurs américains en conçoivent chaque année des centaines. Oui, d'accord, ce n'est pas tous les jours qu'une femme occupe le premier rôle d'un film d'action, mais je crois que cela n'a rien d'étonnant cette fois, le personnage étant identifié au préalable. Bref, je ne me suis pas ennuyé, j'ai même plutôt aimé quelques-unes des dernières scènes, mais je n'ai assurément rien vu de transcendant. En un mot comme en cent, le film fait donc pschitt. Bah ! Je ne suis même pas dépité. Parce que je m'y attendais un peu !

Tomb raider
Film américain de Roar Uthaug (2018)

Vous trouvez que le réalisateur a un drôle de nom ? Il est norvégien ! Sa toute première incursion cinématographique hors de son pays risque fort de ne pas rester dans les annales. Je recommande plutôt aux amateurs de films d'aventures de miser sur les grands classiques et de reconsidérer Indiana Jones et le temple maudit. Les jeunots reverront Les Goonies et les plus grands choisiront The lost city of Z.

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Tant que j'y suis, j'avance le Movie Challenge...

Je vais cocher la case n°3: "Le film a eu de mauvaises critiques". Exemple: le site Écran Large le juge "d'une nullité abyssale" et parle d'un "patchwork d'incompétence, véritable crachat au visage des fans de la saga vidéoludique". Ce qui s'appelle avoir le sens de la mesure...

Et si vous êtes en quête d'une chronique perdue...
Vous pouvez aussi suivre la piste de Tina, assez virulente sur le coup.

jeudi 12 avril 2018

L'embarras du choix

Le mois dernier, j'ai revu deux films de Denis Villeneuve: Incendies et Premier contact. Entre les deux, dans un autre genre, j'ai regardé un documentaire, Quatuor Galilée, un moyen-métrage de Karim Dridi sur un jeune Israélien d'origine palestinienne qui refuse le service militaire et se constitue prisonnier, malgré son talent pour le violon...

Évoquer ces deux petits détours de ma cinéphilie m'invite à me poser la question souvent essentielle du choix des films que je découvre. Généralement, j'agis au feeling, selon l'humeur du moment. La note que j'accorde à tel ou tel long-métrage est d'ailleurs un compromis entre sa valeur (supposée) et mes attentes préalables à son égard. J'aime me laisser surprendre, bien sûr, mais je crois qu'on se prépare toujours avant de se confronter à des images portées par un récit. Parfois, quand plusieurs films me tentent, je procède... à un tirage au sort pour déterminer celui que je verrai en priorité. Je dois dire que c'est surtout ludique, mais que je ne suis pas toujours le résultat.

Une chose avérée: je n'aime pas arrêter un film en cours de route. J'apprécie les grandes fresques et, en tous les cas, ne retoque jamais une oeuvre de cinéma au seul motif qu'elle va au-delà d'une durée supposée "raisonnable" (que je fixe arbitrairement à deux heures). Parce que je vois un peu ou beaucoup plus de films qu'eux, certains de mes amis et parents pensent que mes choix sont plus éclairés. Foutaise ! Quand c'est possible, j'aime suivre les conseils et envies des autres: c'est aussi ainsi que mes goûts s'affinent et se précisent. En fait, le cinéma ne nous laisse jamais à l'abri des bonnes surprises. La liste de celles que je n'ai pas découvertes s'allonge... chaque jour !

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Une petite précision...
J'ai vu les trois films cités en début de chronique "en service commandé": les deux premiers pour les présenter à quelques abonnés d'une bibliothèque et le troisième pour en reparler à mon association.

Et vous, alors, chères lectrices et chers lecteurs...

Pouvez-vous me dire sur quel(s) critère(s) vous choisissez vos films ? Avez-vous l'impression d'avoir un panorama assez large pour dénicher toujours quelque chose d'agréable à voir ? Je suis curieux de le savoir.

mercredi 11 avril 2018

L'enfant exilé

J'ai longtemps hésité avant de regarder Welcome. J'en ressentais l'envie, mais disons que l'opportunité, elle, est venue dans un moment où j'aurais plutôt eu tendance à rechercher un film de divertissement. La participation de Vincent Lindon dans l'un des deux rôles principaux m'a finalement convaincu de "faire un effort". Je ne le regrette pas...

Avant toute autre chose, je voudrais vous dire que ce film est d'abord celui d'un tout jeune acteur, Firat Ayverdi, né en 1990 et qui semble n'avoir tourné que cet unique long-métrage. Et avec quelle intensité ! Objectivement, le scénario réclamait une présence forte: Welcome s'intéresse à un très jeune Kurde arrivé en France après avoir marché pendant trois mois. Comme d'autres plus vieux que lui, le gamin rêve de passer en Angleterre et d'y retrouver la fille dont il est amoureux. Vous l'imaginez: c'est très loin d'être gagné. Attrapé dans la remorque d'un camion, l'adolescent échappe à la prison parce qu'il est mineur. Aussitôt, il échafaude un autre plan: traverser la Manche à la nage ! C'est cette idée qui va le rapprocher, petit à petit, d'un brave type fraîchement divorcé, qui se trouve être prof de natation à la piscine du coin. Lequel essayera de l'aider, tout en le détournant d'un projet évidemment très dangereux. Je vais vous laisser découvrir la suite...

Vous n'aurez pas droit aujourd'hui à une chronique dithyrambique. Welcome est bien loin d'être un excellent film, car il use et abuse parfois de nos cordes sensibles, au point de devenir larmoyant. L'interprétation des acteurs n'est pas en cause: je les ai tous trouvés très justes et j'ai notamment beaucoup aimé ce qu'Audrey Dana faisait du premier personnage féminin, à savoir une femme de bien fragilisée par la contradiction de ses sentiments ou convictions. Malgré quelques traits un peu trop appuyés, j'ai trouvé que le déroulé du scénario évitait le manichéisme et parvenait à raconter des choses profondes - bravo à ceux qui ont imaginé et donné corps à ce récit ! Le film m'a également touché au regard de l'actualité, évidemment. Neuf ans après sa sortie, rien ne paraît avoir changé (ou si peu). L'effet de ces images est démultiplié parce qu'elles abordent un drame collectif en suivant une trajectoire individuelle. Je n'en dis pas plus...

Welcome
Film français de Philippe Lioret (2009)

En dehors de ses qualités cinématographiques, je suis bien certain qu'un tel récit ne peut pas faire l'unanimité. Passons... et rappelons que d'autres films de ce blog parlent des migrations, comme Harragas ou La pirogue pour parler des plus explicites sur l'exil lui-même. Autre registre: j'ai un assez bon souvenir du malaimé Eden à l'Ouest et quelques réminiscences positives sur Inland. Et vous ? Des pistes ?

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J'avance dans mon Movie Challenge...

Eh oui ! Je coche aujourd'hui la case n°24: "C'est un film engagé".

Vous auriez envie de lire d'autres avis ?
Bonne nouvelle: vous pourrez en trouver chez Pascale, Dasola et Lui.

mardi 10 avril 2018

Le solitaire

Je l'aime bien, Nanni Moretti. Je le connais encore mal, cela dit. Dernièrement, je me suis dit qu'il serait sans aucun doute intéressant de voir l'un de ses premiers films et j'ai choisi Bianca. J'y ai regardé de plus près ensuite: ce long-métrage est le quatrième de notre ami italien, sur treize au total à ce jour. Il date de l'année de ses 30 ans...

Michele Apicella est prof de maths. Il arrive à Rome et rejoint le corps enseignant d'un bien étrange établissement: l'école Marilyn Monroe ! Rapidement, la caméra observe plutôt sa vie intime et sa façon bizarre d'observer celle des autres depuis sa terrasse. Son désarroi ensuite quand il voit un policier fermer les volets de l'appartement voisin, après que l'une des femmes du quartier a été assassinée. Entendu comme témoin, voire suspect, l'observateur frustré changera quelque peu d'attitude et, bientôt, s'intéressera à une jeune collègue. Tout en justifiant le titre de son film, Nanni Moretti aura eu le temps d'instiller le doute quant à ses intentions véritables. Un ange passe...

Bon... je dois bien vous avouer que je n'ai pas totalement accroché. C'est peut-être parce que je suis parti avec des attentes particulières à l'égard du film, mais qu'il ne les a pas concrétisées. Ma confusion tient à ce que je ne sais pas trop expliquer ce sur quoi je misais exactement. Je dirai juste que Bianca m'a paru un peu évanescent parfois, à la limite de l'onirisme même: cela a pu me dérouter un peu. Pour autant, je n'ai pas vu un mauvais film: en le considérant bientôt comme le portrait d'un homme très seul, j'ai même trouvé un intérêt certain à le regarder jusqu'au bout pour confirmer cette hypothèse. Quelque chose me dit qu'il faudrait que je vois encore d'autres films de Nanni Moretti (et italiens) pour mieux comprendre ce cinéma. Saisir les occasions: vous pouvez compter sur moi pour m'y employer !

Bianca
Film italien de Nanni Moretti (1983)

Je ne sais pas pourquoi, mais suppose que la première photo utilisée y est pour quelque chose: j'ai L'homme qui aimait les femmes en tête comme possible film de comparaison - mais mon souvenir reste flou. Alors, quel autre film mettre en parallèle avec celui d'aujourd'hui ? Sincèrement, je sèche: j'ai lu toutefois qu'il pouvait faire un diptyque avec... le long-métrage suivant de Nanni Moretti, La messe est finie.

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Aujourd'hui, je vous propose deux autres éclairages...

Vous pourriez être intéressés à lire ce qu'en ont pensé Strum et Lui.

lundi 9 avril 2018

Au coeur des gangs

Le cinéma des frères Coen est peuplé de losers et de sombres crétins. Fichtre ! Certains de leurs personnages sont même les deux à la fois ! C'est en tout cas ce que j'ai pu constater au fil de mes découvertes. Maintenant que j'approche de l'intégrale, je me sens obligé d'affiner ce jugement en pointant les exceptions. Dont celles du film du jour...

C'est un fait: sans renoncer tout à fait à leur esprit de caricaturistes sarcastiques, les frangins ont fait de Miller's Crossing l'un des opus les plus sérieux de leur filmographie - NB: ce n'était que le troisième. Apparemment inspirés par les travaux de Dashiel Hammett, écrivain célèbre des années 30 et 40, Ethan et Joel nous offrent une histoire de gangsters efficace, dans le cadre ultra-classique de la Prohibition. Leur caméra colle aux basques de Gabriel Byrne, excellent en homme de main d'un caïd de la mafia irlandaise, soucieux d'éviter une guerre des gangs. Je vais vous laisser découvrir tout cela par vous-mêmes. Sommairement, je dirais juste que la paix des braves est un concept fragile quand elle repose sur la seule volonté de criminels patentés. Les Coen le démontrent avec brio: grand bonheur pour les cinéphiles !

Attention: si, jusqu'ici, vous êtes toujours restés à l'écart du cinéma du duo, je ne suis pas sûr que ce soit ce film que je vous conseillerais en priorité pour rattraper votre retard. À défaut d'autre qualificatif plus précis, j'ai envie de vous dire que c'est une oeuvre "exigeante". Volontiers bavarde, elle demande une assez vive attention aux détails pour bien mesurer les liens et interactions entre les protagonistes. Heureusement, ces derniers sont incarnés par de très bons acteurs pour la plupart: Gabriel Byrne, donc, mais également John Turturro, Steve Buscemi, Albert Finney, Jon Polito et J.E. Freeman. C'est vrai que cela fait beaucoup d'hommes, mais je ne peux oublier le rôle important, voire décisif, de la belle et étonnante Marcia Gay Harden. Détail qui n'en est peut-être pas un: les Coen auraient un peu peiné pour boucler leur scénario, eux qui sont, en règle générale, réputés pour l'agilité de leur plume. J'y vois le signe que Miller's Crossing était pour eux aussi un film atypique... et cette pensée me comble. Au final, la réussite est là ! J'en ferais volontiers mon pain quotidien !

Miller's Crossing
Film américain d'Ethan et Joel Coen (1990)

C'est dit: la reprise de ce thème classique du cinéma américain n'empêche pas les frères de nous servir une oeuvre des plus soignées. J'ai sans doute loupé certaines clins d'oeil, d'ailleurs, mais je fais pas de rapprochement avec Le parrain, comme j'ai pu en lire ailleurs. Allez, je cite juste Les incorruptibles, Les sentiers de la perdition et Des hommes sans loi: dans ce lot, à coup sûr, je préfère les Coen !

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Allez, pour conclure, un petit contrepoint...
Vous verrez: nos amis de "L'oeil sur l'écran" sont moins enthousiastes.

dimanche 8 avril 2018

Flandre poisseuse

D'un film à l'autre, c'est une évidence: je fais parfois le grand écart. Deux jours après la comédie légère dont j'ai parlé vendredi, j'ai choisi d'enchaîner avec ce qui s'est avéré être l'un des thrillers les plus noirs que j'ai vus depuis longtemps: Les Ardennes. Bienvenue en Belgique ! Soyez donc prévenus: cet opus flamand ne fait pas dans la dentelle...

Le film nous plonge direct dans le vif du sujet. On y voit un corps habillé plonger dans une piscine, en sortir précipitamment et fuir aussi vite que possible. Ce corps est celui de Dave, un jeune type ordinaire, qui vient de se compromettre dans un cambriolage raté avec son frère, Kenny. Moins rapide, ledit frangin, lui, est tombé entre les mains de la police et a été condamné à une peine de prison ferme. Quatre ans plus tard, en libération conditionnelle, il retrouve ce qui lui reste de famille et peine à se réinsérer durablement. Quelque chose nous suggère alors que tout cela va mal se terminer. J'aime autant ne pas vous en dire davantage sur l'intrigue elle-même. Ce que je peux - et veux - souligner, c'est que Les Ardennes dépasse le cadre du polar classique et a parfois l'allure d'une chronique sociale.

En fait, tout concourt à créer autour des personnages une atmosphère poisseuse. L'image paraît presque délavée tant elle est sombre. Personne ne semble devoir être épargné et, si un peu d'humour noir vient très légèrement atténuer la tension, celle-ci opère malgré tout de façon quasi-continue. J'insiste: c'est l'une des qualités du film. Évidemment, pour apprécier ce "spectacle", il vaut mieux être prêt. Les habitués du genre ne cilleront pas, mais les âmes sensibles devraient réfléchir à deux fois... sans forcément renoncer, cela dit. Les Ardennes ne souhaite pas nous parler avec complaisance du mal absolu: il évoque plutôt ce qui ressemble à l'inexorabilité du destin. L'originalité n'est pas toujours au rendez-vous, mais c'est efficace. Ultime conseil: choisissez la VO pour... une immersion en profondeur.

Les Ardennes
Film belge de Robin Pront (2015)
Aujourd'hui, plusieurs films me viennent à l'esprit comme références. Côté flamand, je citerais prioritairement Bullhead, avant Le fidèle. Précision: dans les deux cas, l'histoire est (un peu) moins glauque. Côté américain, Dave et Kenny peuvent aussi rappeler le duo fraternel de Good time. Une scène de "découpage" m'a fait penser à Fargo ! Maintenant, pour plus de noirceur encore, il y a toujours Prisoners...

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N'oublions pas le Movie Challenge...
Je coche (assez facilement) la case n°23: "C'est un premier film".

Le film n'est pas très connu, mais...

Je termine en relevant que Pascale et Dasola en ont parlé également.