lundi 13 novembre 2023

Instinctivement

Immédiat et inexpliqué: dans Le règne animal, il nous est demandé d'accepter l'idée qu'un phénomène puisse transformer certains êtres humains en bêtes - ours, aigle, poulpe, grenouille ou même pangolin ! J'apprécie les artistes français qui s'essayent au cinéma de genre. Thomas Cailley en fait partie... et cela m'a fait plaisir de le retrouver.
 
C'est avec la même satisfaction que j'ai regardé Le règne animal sans tellement me poser de questions. J'y ai découvert un acteur plutôt intéressant en la personne de Paul Kircher, 21 ans. Le scénario le rajeunit un peu, puisqu'il incarne un adolescent, encore au lycée. Avec son père, le jeune homme démarre une nouvelle vie dans le sud de la France, à proximité du lieu où sa mère doit être hospitalisée comme l'une des victimes du phénomène que je viens d'évoquer. Problème: l'ambulance qui la conduit vers cet établissement de soins sort de la route et ses passagers disparaissent alors dans la nature. C'est le point de départ de ce qu'on pourrait appeler un parcours initiatique pour le jeune héros de ce long-métrage assez surprenant. D'après moi, le mieux est de se laisser guider: je ne crois pas utile d'analyser ce qui se passe pour apprécier ce récit vraiment original. Original par nature, pourrais-je dire, en jouant un peu avec les mots !

Vous avez peur d'être largué(e)s ? Je dois vous avouer que le casting m'a aidé à trouver des repères. Au milieu d'une foule d'interprètes inconnus, j'y ai en effet retrouvé un duo d'acteurs que j'apprécie particulièrement, j'ai nommé Adèle Exarchopoulos et Romain Duris. Elle, gendarme, est certes moins mise en avant que lui, brave type fort préoccupé par la santé de sa compagne et la sérénité de son fils. Or, malgré cela, leur binôme fonctionne et s'avère plutôt attachant. Au-delà de ces vagues considérations liées au jeu, Le règne animal parvient à créer un univers tout à la fois fantastique et crédible. Bonus appréciable: quelques très belles scènes (de nuit, notamment). Le décor naturel des Landes de Gascogne joue sans doute beaucoup dans le vif plaisir que j'ai eu, ici et là, à contempler certains plans. Notez par ailleurs que les  effets spéciaux sont vraiment réussis ! Intelligemment, le film n'en abuse pas - et c'est ma foi très bien ainsi.

Le règne animal
Film français de Thomas Cailley (2023)

Une surprise toute relative, mais un long-métrage que j'ai apprécié. Oui, parfois, la joie au cinéma, ce n'est pas plus compliqué que cela ! Certain(e)s d'entre vous se souviendront peut-être que le cinéaste était déjà derrière Les combattants. Cette fois, un lien de cousinage me paraît possible avec des films comme Vincent n'a pas d'écailles ou La dernière vie de Simon. Où l'inattendu survient, sans préavis...

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Et maintenant, pour d'autres opinions...

Je vous recommande de consulter aussi les avis de Pascale et Dasola. J'ai noté également que celui de Princécranoir était des plus cinglants.

samedi 11 novembre 2023

Pour mémoire

Diantre ! Une photo d'Emmanuel Macron sur Mille et une bobines ! Aujourd'hui, je ferai court: je veux simplement vous poser la question de votre intérêt - éventuel - pour les chroniques commémoratives. Celle que j'ai publiée jeudi midi reposait aussi sur mon goût des films historiques. J'aimerais donc savoir si vous le partagez, peu ou prou...

J'aurais bien sûr pu rédiger un énième texte mémoriel ce samedi. Mais lundi, c'est promis: je reviens parler d'un film - sans perspective historique, cette fois, et qui pourrait vous intéresser "autrement". Avez-vous remarqué que, demain, il nous restera cinquante jours avant d'entrer dans 2024 ? Le temps passe très vite, mais le cinéma devrait encore nous offrir quelques belles surprises pour finir 2023. J'ai recompté: l'an passé, après le 11 novembre, j'avais écrit 19 billets sur le blog (et vu 23 films). Je compte bien poursuivre sur cette voie !

jeudi 9 novembre 2023

Oublié, le mur...

Il semblerait que les livres d'histoire soient une source d'inspiration majeure pour les artistes de cinéma. Revenir sur un événement passé par l'entremise d'un long-métrage est souvent un plaisir pour moi. C'est ainsi que j'ai découvert Un amour au temps du no man's land. Un film inédit dans les salles de France et diffusé il y a peu sur Arte...

Il nous accompagne dans l'Allemagne du tout début des années 90. Après la chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989, une petite année est passée avant le retour officiel d'une République unique, réunifiée. Le film nous rappelle que tout cela ne s'est pas déroulé sans heurts. Son scénario imagine que le descendant d'une ex-famille de l'Est veuille à tout prix récupérer la maison de son père, que ce dernier aurait jadis abandonnée pour fuir l'ancien totalitarisme communiste. Oui, mais voilà... d'autres personnes s'y sont légitimement installées. Et toutes ces considérations passent largement au-dessus de la tête de Katja et Thorben, adolescents issus de chacun des deux "camps" définis par leurs parents et tombés amoureux sans imaginer le pire ! Inutile d'aller plus loin: vous avez sûrement compris l'idée générale. Pas antipathique du tout, Un amour au temps du no man's land m'apparaît accessible à tous les publics - c'est sa force et sa limite. Pour ma part, j'ai fini par considérer les deux personnages principaux comme une métaphore de leurs pays respectifs. Oui, ça marche bien !

Un amour au temps du no man's land
Film allemand de Florian Aigner (2019)

Une précision qui pousse à l'indulgence: il s'agit pour le réalisateur d'une toute première oeuvre de fiction. Il est vrai que d'autres films allemands ont plus d'éclat: je pense évidemment à Good bye Lenin. Pour une vue plus sombre de cette période tendue, je vous conseille d'accorder votre attention à un film comme De l'autre côté du mur. Autre option: Le vent de la liberté, avec son grand souffle d'espoir...

lundi 6 novembre 2023

En bande organisée

Je vous ai parlé de la sortie du nouveau film de Martin Scorsese comme d'un événement. Je confirme que Killers of the flower moon pourrait marquer votre année cinéma si vous lui accordez l'attention qu'il mérite pendant... les 3 heures et 26 minutes (!) de projection. Pour ma part, je suis heureux d'avoir pu le voir sur un écran correct...

Oui, je pourrais gloser sur la prestation outrée de Leonardo DiCaprio. Je préfère retenir l'essentiel: un scénario intéressant sur une page noire - et je crois encore méconnue - de l'histoire des États-Unis. Retour il y a un siècle environ, à Fairfax, dans l'État de l'Oklahoma. Cela peut surprendre, mais c'est une réalité: les membres de la tribu amérindienne des Osages prospèrent, car ils sont restés propriétaires de leurs terres et y découvrent alors du pétrole en grande quantité. Cela suscite rapidement la convoitise des Blancs et notamment celle d'un dénommé Ernest Burkhart, jeune gars sans grande ressource intellectuelle, revenu en bonne forme des tranchées européennes. Notre homme trouve refuge auprès d'un oncle, éleveur déjà fort riche et soucieux d'accumuler encore. Ce sera un peu le début des ennuis...

Grâce à son tonton, Ernest devient taxi et fait ainsi la connaissance d'une jeune Osage de bonne famille, dont il tombe vite amoureux. Plus assurée que lui, Molly l'invite chez elle et devient sa femme malgré les vagues réticences que sa mère à elle peut venir opposer. Vous l'aurez compris au vu du titre et en tenant compte du pedigree du réalisateur: Killers of the flower moon n'a rien d'une bluette sentimentale à l'eau de rose entre les enfants de deux communautés rivales. Au contraire, c'est en fait le récit accablant de la spoliation organisée d'un peuple par un autre, sous couvert de coexistence pacifique. Certains Américains parlent ici de "western révisionniste". L'idée n'est pas de nier les faits, mais, au contraire, d'ouvrir les yeux sur la réalité historique, trop souvent oubliée - ou négligée, au moins.
 
Martin Scorsese a vraiment eu le nez creux en retenant Lily Gladstone pour incarner le principal protagoniste féminin de ce nouveau film. L'actrice mériterait l'Oscar et a elle-même des origines autochtones. Croyez-moi: rien que pour elle, vous devriez vous rendre au cinéma. Derrière elle, vous reconnaîtrez aisément quelques autres visages connus et notamment, au tout premier plan, celui de Robert de Niro. D'aucuns chipoteront sur son âge: à 80 ans, Bob est certes plus vieux que son personnage, mais il est comme à chaque fois impeccable dans le costume du chef de clan aux pratiques retorses et criminelles. Je préfère ne pas trop en dire et ainsi préserver l'effet de surprise. J'ajoute simplement qu'on ne s'ennuie pas avec pareille compagnie. L'intrigue m'aura tenu en haleine jusqu'au superbe terme du métrage !

Sur le plan formel, je le soulignerai aussi: Killers of the flower moon n'a pas toujours la flamboyance d'autres opus du même réalisateur. Cela admis, la reconstitution est impeccable et la durée du film pourrait dès lors en faire l'ultime référence d'une oeuvre accomplie. Personnellement, j'espère que ce ne sera pas le cas et que le maître derrière cette merveille pourra nous en offrir d'autres dans un futur proche. Celle-ci, produite par Apple, a toutefois bénéficié d'une sortie en salles, ce qui n'était pas le cas de la précédente, made in Netflix. L'avenir ? Euh... je ne hasarderai pas à le prédire sans info préalable. Disons que je tiens à profiter de ce type de spectacle au présent. Combien serons-nous à suivre la même logique ? Beaucoup, j'espère. Et autant à prolonger le débat, ensuite ! Let's go: tous à vos claviers !

Killers of the flower moon
Film américain de Martin Scorsese (2023)

L'Amérique se regarde sous son vrai jour et c'est plutôt douloureux. Hollywood accepte-t-elle la critique ? Avec émotion, je me souviens du sort réservé à La porte du paradis et au pauvre Michael Cimino. Dans l'exact autre sens, l'accueil triomphal de Danse avec les loups renforce mon envie de le revoir enfin (et avant 2024, si possible...). Le conseil d'Indien: s'intéresser également à The ride... et The rider.

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D'autres avis ? Suivez la flèche...
C'est l'amie Dasola qui a réagi la première, suivie de peu par Pascale et Princécranoir. Autant d'opinions positives (que je relaie avec joie).

samedi 4 novembre 2023

L'enfant et la guerre

Encore une guerre pour terminer cette semaine: celle de 1939-1945. Mon idée, ce samedi ? L'aborder depuis l'arrière et le sol britannique. Lorsqu'il tourna Hope and glory, le réalisateur anglais John Boorman put évoquer son enfance marquée par les bombardements ennemis. Le film est nettement autobiographique, dit-on. Mais pas seulement !

3 septembre 1939. Bill Rowan, sept ans, voit sa jeune vie bouleversée par la décision du roi George VI d'entrer en guerre contre l'Allemagne d'Adolf Hitler, dont les forces armées viennent d'envahir la Pologne. Certain(e)s d'entre vous le savent: ce n'est qu'à peine quelques jours plus tard que, pour la première fois, la Luftwaffe mena un raid aérien contre Londres - plusieurs centaines de personnes furent alors tuées. La force de Hope and glory est de reconstituer cette sombre période tout en l'observant avec les yeux innocents d'un gamin "ordinaire". Quand son père s'engage pour le combat, Bill devient le seul homme du foyer familial, que sa mère et ses deux soeurs occupent avec lui. In extremis, il échappe au sort d'autres gosses, envoyés en Australie par leurs parents qui redoutaient l'embrasement du conflit en Europe. Cela ne rend pas son destin plus enviable, mais cela permet au récit de naviguer sur une ligne de crête, entre drame pur et comédie inattendue. Ce qui caractérise le mieux l'enfant-héros ? L'insouciance. Bill ne comprend ce qui se passe que petit à petit ! Et partiellement...

Mes images ne le montrent pas, mais, en réalité, Hope and glory pourrait être découpé en deux parties distinctes. L'une nous parlerait d'un paradis perdu et l'autre, je crois, d'un Eden finalement retrouvé. Pour cela, la (double) mise en scène s'avère d'une beauté remarquable et d'une efficacité assez peu commune. En un mot, on s'y croirait ! D'ailleurs, comme pour accompagner ce que vivent les personnages dans leur ensemble, le film joue à l'évidence sur nos cordes sensibles. Il offre ainsi un yoyo émotionnel que, pour ma part, j'ai apprécié. Devant cette évocation d'un passé pas-si-lointain, j'ai repensé aussi aux atrocités qui déchirent notre monde aujourd'hui - la résurgence de la lutte armée au Proche-Orient n'étant pas la moins effrayante. Difficile, dès lors, de ne pas conférer à cet opus la valeur universelle que sa relative ancienneté a peut-être trop rapidement fait oublier. Pas sûr qu'un réalisateur français aurait su aboutir à un tel résultat. Quoi qu'il en soit, notons que ce long-métrage obtint cinq nominations aux Oscars... et n'en reçut aucun ! Que cela ne vous en détourne pas !

Hope and glory - La guerre à 7 ans
Film britannique de John Boorman (1987)

La p'tite demi-étoile supplémentaire qui va bien pour vous signifier que le film est un coup de coeur personnel. Il me donne envie de voir d'autres longs-métrages qui évoquent la vie des populations civiles par temps de conflit. Vous en connaissez, vous ? J'ai vu Belfast l'an dernier, mais l'ai trouvé un peu trop propret. La Première guerre mondiale vous intéresse ? Je suggère Les gardiennes, pour débuter...

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Et avant de multiplier les références...

Je vous propose aussi un détour rapide du côté de "L'oeil sur l'écran".

jeudi 2 novembre 2023

I. A. un risque ?

Vous l'aurez constaté (et je l'ai déjà dit): les films de science-fiction ne m'intéressent que très rarement. Je ne suis allé voir The creator qu'après en avoir entendu parler comme d'un long-métrage atypique parmi les dizaines du genre qui déferlent sur les écrans chaque année. Et en notant que plusieurs critiques ont vanté sa direction artistique !

The creator est de fait un beau film. Il imagine le monde de 2060. L'intelligence artificielle a une place si importante dans la technologie que des robots ultra-perfectionnés peuvent accompagner les êtres humains dans chaque étape de leur vie (ce qui est utile et agréable). Cette relation équilibrée peut aussi être une rivalité, dans le domaine sportif notamment. Une opposition qui, un beau jour, devient néfaste lorsque l'IA... envoie une bombe atomique au coeur de Los Angeles. Cinq ans plus tard, une guerre oppose les États-Unis, bien déterminés à tourner le dos à ces innovations, et un continent de Nouvelle Asie soucieux de continuer à les utiliser / développer. Un point de départ intéressant pour un scénario qui est aussi celui d'un blockbuster assumé et, c'est vrai, franchement spectaculaire sur grand écran. John David Washington - fils de Denzel - se montre assez convaincant dans la peau du G.I. idéaliste soumis à des logiques contradictoires...

Efficace, le film n'est pas exempt de tout cliché: on n'échappera pas aux militaires hyper-bourrins, aux enfants innocents ou aux moines bouddhistes non-violents - et même si certains sont des machines. C'est pourquoi The creator reste en fait très américain "dans l'âme". L'emballage est plutôt attrayant, certes, et le cadeau qu'il renferme vaut bien les six euros que j'ai dépensés un samedi pour le découvrir. Après, je ne pense pas avoir vu le film ULTIME sur l'intelligence artificielle. Et d'ailleurs, autant le souligner: d'autres l'ont précédé pour en parler de manière (au moins aussi) pertinente. Ce reproche n'est en fait qu'un bémol: j'ai passé un bon moment face à l'écran. Certains annoncent déjà une suite, mais il me paraît bien inutile d'attendre pour voir cet opus qui, malgré deux ou trois faiblesses narratives, fait le job par lui-même. Les vrais amateurs du genre devraient l'apprécier. Et les autres se décider avec la bande-annonce !
 
The creator
Film américain de Gareth Edwards (2023)

Une relative bonne surprise à mes yeux, venue d'un cinéaste anglais passé par la case Star wars (cf. Rogue one) et qui, ici, s'auto-produit. Bon... d'aucuns trouveront peut-être que son quatrième long-métrage croule sous les références, de 2001 : l'odyssée de l'espace à Avatar premier du nom, en passant par d'autres comme Blade runner. Sincèrement, cela ne me choque pas: j'en ai bien eu pour mon argent.

mardi 31 octobre 2023

Peurs irrationnelles

Je vous ai promis hier un film qui fait peur pour ma chronique d'aujourd'hui... et j'ai un tantinet exagéré. Si ce sont les effusions d'hémoglobine et les monstres hideux qui vous terrifient, je suppose que La maison du Diable devrait vous laisser relativement sereins. Dans cet opus, l'idée est en effet de suggérer plutôt que de montrer...

Le professeur Markway tient à prouver qu'il existe des phénomènes surnaturels qui échappent à toute logique scientifique et rationnelle. Pour y parvenir, il invite plusieurs "cobayes volontaires" à s'enfermer avec lui dans une grande demeure victorienne que l'on dit hantée. Finalement, seuls deux femmes et un homme répondent à son appel. Et, dès la première nuit, tout part en vrille: d'épouvantables bruits surviennent et réveillent Eleanor, qui, effrayée, refuse pourtant d'abandonner le groupe - son autre vie étant tout sauf réjouissante. Vous l'aurez sûrement compris: c'est à travers son regard que le film cherche à nous donner quelques sueurs froides. J'ajoute qu'au plan formel, La maison du Diable affiche d'ailleurs des qualités certaines. Sa magnifique photo noir et blanc constitue sans doute son atout majeur, qui m'a semblé parfois hérité de l'expressionnisme allemand. Le positionnement ou les mouvements de la caméra sont efficaces pour poser une ambiance macabre sans recourir aux effets spéciaux. Ma seule déception: un scénario un peu bancal. Rien de rédhibitoire...

La maison du Diable
Film britannico-américain de Robert Wise (1963)

Il existait des films d'épouvante avant celui-ci (dont Les innocents) ! Néanmoins, beaucoup en parlent comme d'un vrai grand classique. J'avoue avoir davantage tremblé devant l'épatante énigme policière du célèbre Les diaboliques - sorti huit ans  plus tôt. Souvent cité comme référence, Le village des damnés (1960) n'a pas le caractère oppressant du huis-clos. Autant frémir en couleurs et avec Suspiria...

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Une précision pour éviter les erreurs...

Il ne faut pas confondre le film du jour avec un autre fameux standard du genre horrifique: Amityville - La maison du Diable (1979). Oeuvre de Stuart Rosenberg, cet opus a pour cadre la banlieue de New York...

... et quelques liens pour aller plus loin...
Je vous conseille un (dé)tour chez Dasola, Vincent, Benjamin et Lui.

lundi 30 octobre 2023

La surprise Isabelle

Un mot, en cette veille d'Halloween, pour vous parler d'une nouvelle qui m'a étonné: Isabelle Huppert devrait tourner avec Dario Argento. L'actrice l'a annoncé il y a une vingtaine de jours, au Festival du film de Lucques. Elle venait d'être honorée pour l'ensemble de sa carrière !

La relative froideur de la comédienne me laisse parfois "sur le côté". Je la respecte toutefois: j'admire son esprit cinéphile et aventureux. Avec elle, le maître du giallo aurait à coeur de revisiter un classique mexicain des années 40 (NB: Double destinée est le seul que j'ai vu). Si j'ai de bonnes sources, le projet a été retardé après que le cinéaste italien, à 83 ans désormais, est tombé et s'est cassé le col du fémur. Où en est-il aujourd'hui ? Je l'ignore et n'ai que très peu d'éléments factuels à ce stade, le reste de la distribution et le mode de diffusion retenus pour ce nouvel opus m'étant encore inconnus, par exemple. Affaire à suivre, donc: j'en saurai peut-être plus d'ici la fin de l'année.

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Et avant cela, à l'approche de novembre...
Mon envie d'évoquer un certain type de cinéma est toujours présente. Je vous donne rendez-vous demain midi avec un film... qui fait peur !

samedi 28 octobre 2023

État de nature

La gauche au pouvoir ? Quand François Mitterrand a été élu président de la République le 21 mai 1981, il incarnait l'alternance politique après 27 années de domination de la droite (depuis René Coty). D'aucuns ont alors pu craindre que les soldats de l'Armée rouge envahissent Paris... et placent la France sous le contrôle des Soviets !

Ce n'est pas ainsi que Libre Garance ! aborde cette question politique majeure, mais ce film censé se dérouler lors de l'été 1982 montre bien qu'à l'époque, une bonne partie de la gauche française faisait encore la part belle aux idées d'inspiration révolutionnaire. Concrètement, le scénario nous emmène au coeur des Cévennes lozériennes pour y rencontrer les tenants d'un "retour à la terre". Malgré des opinions semblables, les adultes affichent des divergences lorsqu'il s'agit de considérer l'action des Brigades rouges, un groupe militant italien qui n'hésite pas - ou plus - à recourir à la violence. Mais, sitôt ce contexte posé, le long-métrage s'écarte des polémiques des adultes et se concentre alors sur leurs enfants et notamment l'une d'entre elles, Garance, 11 ans. Une gamine en transition accélérée vers l'adolescence et les prises de conscience qui l'accompagnent. Objectivement, cet opus a fait un flop: à peine 9.236 spectateurs dans les salles obscures. Pour ma part, j'en retiens l'aspect ensoleillé et je ne regrette pas de lui avoir donné sa chance ! À vous de juger...

Libre Garance !
Film français de Lisa Diaz (2022)

La performance de la jeune Azou Gardahaut Petiteau mérite le détour pour celles et ceux qui s'intéressent comme moi aux comédien(ne)s débutants(e)s. La présence aussi de Laetitia Dosch, Lolita Chammah et Grégory Montel est un autre élément à mettre au crédit du film. Bon... on est quand même loin d'un Mud, pour l'émotion des pré-ados. Pour la jeunesse en liberté, essayez donc Les géants ou La belle vie !

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Un peu de philo pour finir...

L'état de nature que j'évoque dans le titre de cette chronique correspondrait notamment, pour ses théoriciens, à la liberté absolue née de l'absence des règles propres à un "contrat social" établi. Revers de la médaille: c'est alors la loi du plus fort qui peut s'imposer.

mercredi 25 octobre 2023

Suspecte

"Je souhaitais faire un film sur la défaite d'un couple": cette citation de Justine Triet m'était inconnue quand je suis allé voir Anatomie d'une chute, le long-métrage en question. Je ne crois pas nécessaire d'alimenter le buzz qui, fin mai, a suivi la remise de la Palme d'or. Vraiment, je préfère - et de très loin ! - ne parler ici que de cinéma...

Ma vive curiosité pour cet opus est d'abord née du mystère policier qu'il nous propose d'approcher. Sandra, Samuel et leur fils Daniel vivent dans un chalet des Alpes, quelque part au-dessus de Grenoble. Sandra, romancière à succès, y reçoit une étudiante venue l'interroger sur sa propension supposée à enrichir ses textes de divers éléments de sa propre vie. Problème: Samuel, censé bricoler dans les étages supérieurs, a mis de la musique, si fort que les deux femmes interrompent leur discussion et se donnent un autre rendez-vous. Quelques heures plus tard, Daniel, qui était parti faire une promenade avec son chien, découvre le corps de son père, qui semble être tombé du haut balcon de la demeure familiale. Accident tragique ? Suicide ? Meurtre ? Anatomie d'une chute trouve la justification de son titre. Fondu au noir. Après une ellipse d'un an, le récit se focalise ensuite non plus sur les faits, mais sur la façon dont on peut les reconstituer. Privé du bon air des cimes, nous rejoignons l'atmosphère confinée d'une cour d'assises. Et sans le moindre indice sur ce qui s'est passé...

En somme, nous sommes placés dans la délicate situation d'un juré chargé de forger son intime conviction. Et c'est assez passionnant ! Très vite, l'enfant prend une position centrale, lui que le chagrin assaille cruellement et qui, par son témoignage, pourrait jouer un rôle décisif dans l'idée que les uns et les autres se font de sa mère. L'intelligence d'Anatomie d'une chute ? C'est de nous faire espérer qu'un tel personnage s'avère clairvoyant, alors même que le scénario de Justine Triet et de son compagnon Arthur Harari en fait la victime d'un sévère handicap visuel. Je tiens à souligner ici la performance incroyable du jeune Milo Machado Graner, tout à fait convaincant. D'une manière générale, le film est parfaitement interprété. Il m'a plu d'y voir Sandra Hüller, Swann Arlaud et Antoine Reinartz, notamment. La suprême récompense cannoise était-elle donc méritée ? Peut-être. J'ai découvert trop peu de films de la sélection officielle pour le dire. Disons en tout cas que la qualité des dialogues et de la mise en scène aura emporté mon adhésion. Et il me plairait... d'en débattre encore !

Anatomie d'une chute
Film français de Justine Triet (2023)

J'apprécie le fait qu'après la séance, le doute puisse encore subsister. Sans atteindre les sommets de 12 hommes en colère, le film aborde d'autres questions essentielles et interroge ainsi la notion de couple. Pari gagné pour la réalisatrice, donc, qui remonte dans mon estime. Si la justice vous intéresse, je vous recommande aussi Le 7ème juré. Ou encore Du silence et des ombres, sur la figure du bouc-émissaire.

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Envie d'un autre jugement sur le film du jour ?

OK. Je vous conseille de vous fier à ceux de Pascale, Dasola et Strum.