mercredi 31 mars 2021

Enfermés

Le troisième - et dernier - tome d'une très populaire série littéraire doit bientôt être publié. Même si l'auteur reste anonyme, l'éditeur parie sur un immense succès mondial: il a embauché neuf traducteurs pour orchestrer une sortie simultanée dans un maximum de pays. Tous réunis, ils travailleront depuis un bunker ultra-sécurisé ! Mais...

Avec l'excellent Lambert Wilson dans le costume impeccable du rôle principal, Les traducteurs ne manque assurément pas de charisme. C'est d'autant plus vrai que d'autres comédiens des plus honorables l'accompagnent dans l'aventure: parmi ceux que je connaissais déjà avant de voir le film, je peux nommer Sara Giraudeau, Olga Kurylenko et Sidse Babett Knudsen chez les dames, mais aussi Eduardo Noriega, Frédéric Chau et encore Riccardo Scamarcio parmi les messieurs. Malheureusement, le résultat n'est pas à la hauteur: cette distribution européenne de qualité n'est jamais vraiment mise en valeur. Le film tourne à vide: il ne parvient pas à enclencher une vitesse supérieure !

Résultat: moi qui espérais voir monter un suspense à forte tendance claustrophobe, je me suis vite désintéressé de ce spectacle médiocre. J'ai tenu jusqu'au bout, mais sans m'être senti tenu en haleine. Dommage: je ne pensais pas voir le dernier chef d'oeuvre du cinéma made in France, mais c'est incontestable que je m'attendais à mieux. Notez qu'à l'international, cela semble fonctionner: Les traducteurs aurait été diffusé dans des pays aussi différents les uns des autres que l'Australie, le Brésil, l'Ukraine et le Japon. C'est un bon produit d'exportation, donc, malgré sa sortie peu avant le début de la crise sanitaire. Me voilà désolé de ne pas me montrer plus enthousiaste ! Le réalisateur, lui, présente son film comme un "thriller sentimental". L'idée lui est venue après qu'il a appris les conditions de traduction d'un polar de Dan Brown: Inferno, un opus de la saga Da Vinci Code. Allez, je veux bien lui souhaiter d'avoir une petite part de ce succès...

Les traducteurs
Film français de Régis Roinsard (2020)

Le huis-clos a du potentiel au cinéma, mais il est ici mal exploité autour de personnages peu intéressants et/ou (très) caricaturaux. C'est sans grand succès que les acteurs essayent de les faire exister. Autant s'enfermer avec la jolie fille de Inside, donc, ou pour un Exam. Si l'enfermement subi vous intéresse, Panic room demeure un plan B acceptable. Barracuda et Tunnel se montrent eux aussi étouffants...
 
----------
Vous voulez un autre avis ?

C'est l'occasion de vérifier que Pascale n'est qu'à peine plus emballée !

lundi 29 mars 2021

La paix oubliée

Les Mariannes, ça vous dit quelque chose ? Planté au milieu de la Mer des Philippines, ce groupe de petites îles est un territoire américain d'une superficie de 1.026 km2 et peuplé d'environ 210.000 personnes. Jusqu'en 1951, l'un de ces "bouts de caillou" a accueilli des soldats japonais, convaincus que la Guerre du Pacifique n'était pas terminée !

Un survivant a ensuite raconté toute l'histoire dans un livre, adapté au cinéma par Josef von Sternberg, un grand réalisateur américain d'origine autrichienne. On a fait connaissance avec... une femme ! Fièvre sur Anatahan explique que, seule représentante du beau sexe parmi la troupe, la mystérieuse Keiko vivait déjà sur l'île en 1944 lorsque les naufragés de la marine de guerre nippone y ont débarqué. Elle est alors devenue leur "reine des abeilles", capable de les fasciner tous, mais aussi, à son insu, une source de discorde et une proie. Pourtant bien réel et vivant, ce beau personnage m'est parfois apparu comme une énième représentation du fantôme japonais traditionnel. Il enferme en lui quelque chose de mystérieux et d'assez évanescent pour susciter un trouble qui n'est pas exclusivement d'ordre érotique. L'usage quasi-constant par le film de la langue originale (non traduite) renforce ce sentiment de flou. Ce que j'ai trouvé des plus agréables...

Rassurez-vous: le film vous donne tout de même quelques repères. Tout au long du métrage, il est en effet séquencé par une voix off anglophone, que le réalisateur a en fait tenu à enregistrer lui-même. On constatera vite que, s'il est souvent fait mention du personnage féminin, le narrateur parle au nom des hommes, comme l'a fait celui qui est revenu sur le sujet après coup. Une fois ce dispositif compris et accepté, Fièvre sur Anatahan se déploie et prend toute sa mesure dramatique: votre vision de l'humanité pourrait s'en trouver altérée ! Curieusement, la remarquable photographie noir et blanc ne fait rien pour nous tenir à distance: au contraire, j'ai trouvé que les images acquéraient presque, grâce à ce choix, une dimension mythologique. Bon... je n'irai pas jusqu'à parler de portée universelle: je crois juste qu'il n'est pas indispensable de connaître l'Asie pour céder au charme vénéneux du récit. Et je n'ai pas terminé d'en explorer les symboles...

Fièvre sur Anatahan
Film japonais de Josef von Sternberg (1953)

De la fin des événements au film, il ne se sera passé que deux ans ! Cela renforce encore la puissance émotionnelle de ce long-métrage atypique, entièrement basé sur une histoire qui ne l'est pas moins. Comment trouver une oeuvre vaguement comparable ? Signes de vie n'est qu'un très lointain cousin allemand et Profonds désirs des dieux un choc d'une autre nature. Voyez L'île nue. Ou Tabou, à la rigueur...

----------
Et pour aller un peu plus loin encore...

Le film est mis à disposition sur la plateforme Arte jusqu'au 19 avril. Et vous pourrez également vous référer à l'avis de "L'oeil sur l'écran" !

dimanche 28 mars 2021

En attendant Clint...

Une info rapide: je profite d'avoir revu La mule (avec mes parents) pour vous dire deux mots du tout dernier projet de Clint Eastwood. Entre le 4 novembre et le 16 décembre l'année dernière, le réalisateur est parvenu à mettre en boîte un nouveau film, intitulé Cry Macho. Et qui y tient le rôle principal, à votre avis ? Clint lui-même, bien sûr !

Le pitch est tout ce qu'il y a de plus eastwoodien: une ancienne star du rodéo est contactée par un homme qui lui demande de se rendre au Mexique pour ramener son fils, parti avec sa mère alcoolique. C'est l'adaptation d'un roman de N. Richard Nash, lui-même auteur d'un premier scénario dès 1975, mais incapable de trouver un studio pour tourner. L'intérêt d'Eastwood pour le sujet remonte déjà à 1988 !

D'autres comédiens auraient pu lui griller la politesse: Burt Lancaster et Pierce Brosnan furent évoqués. Roy Scheider, lui, eut la possibilité de se lancer en 1991: sa version est restée inachevée. On parla ensuite d'Arnold Schwarzenegger, mais élu gouverneur, il fut retenu par ses obligations politiques, puis englué dans un scandale d'enfant caché ! Autant de circonstances qui ont fini par sourire à Papy Clint...

Reste à envisager l'avenir et à réfléchir à la chronologie des médias. Warner annonce le film pour le 22 octobre, mais le rendrait disponible en simultané au cinéma et sur sa plateforme à la demande, HBO Max. D'où ma crainte: d'autres longs-métrages exploités de cette manière risquent en effet de ne jamais être proposés aux salles françaises. Comme si le coronavirus avait besoin d'aide pour plomber l'ambiance !

----------
Et vous, vous l'attendez, cet Eastwood 2021 ?

Je vous invite à me livrer vos diverses impressions en commentaires.

vendredi 26 mars 2021

Liaison fatale

Le nom de Gabrielle Russier vous est-il familier ? Cette jeune femme a défrayé la chronique en 1968 lorsque, professeure dans un lycée marseillais, elle a entretenu une liaison avec l'un de ses élèves. L'affaire est venue devant la justice et s'est terminée par un suicide. Très vite, ce drame a inspiré un beau film. Son titre: Mourir d'aimer.

Sorti trois ans après les faits, ce long-métrage témoigne du courage et de l'engagement de l'actrice principale: la grande Annie Girardot. C'est elle qui m'a donné envie de me pencher sur cette triste histoire. C'est elle aussi qui tient le film sur ses épaules, avec plus de force que son jeune partenaire - Bruno Pradal, il est vrai encore débutant. Avec le recul du temps qui est passé, on mesure mieux l'injustice qu'ont eu à subir les deux amants: en prison pour elle, en hôpital psychiatrique pour lui. Et, même si leur (grande) différence d'âge pose question, on est choqué de voir à quel point la famille de l'ado s'est acharnée contre celle qu'elle considérait comme une sorcière ! Ces gens, pourtant, avaient plutôt des idées orientées très à gauche. Ils étaient eux aussi professeurs. Et ils connaissaient bien Gabrielle...

Surprise: au début du film, un carton indique que les personnages sont imaginaires et présente ainsi comme une "pure coïncidence" toute ressemblance avec des personnes vivantes ou ayant existé. Certes, au cinéma, tout se passe à Rouen, mais après m'être penché sur les vrais protagonistes, je peux vous certifier que le scénario reste extrêmement proche de la réalité historique. Mourir d'aimer entre d'ailleurs aussitôt dans le vif du sujet: il ne donne aucun détail sur la manière dont le couple a pu se former et vient de facto rappeler qu'il n'a eu que très peu de temps - et d'occasions - pour s'épanouir vraiment. Dans le contexte post-Mai 68, c'est un constat saisissant ! Je n'ai pas été franchement surpris d'apprendre que le long-métrage avait connu un grand succès à sa sortie: 5,9 millions de spectateurs. Il occupe le cinquième rang des films français les plus vus au cours des années 70... et mérite que l'on s'y intéresse encore aujourd'hui. Le relatif académisme de sa réalisation n'en amoindrit pas la force. Allez donc savoir comment tout cela se serait terminé, de nos jours...
 
Mourir d'aimer
Film français d'André Cayatte (1971)

Cette histoire ne pouvait être examinée qu'avec beaucoup de pudeur. Nul besoin de crier pour être percutant: d'une très grande sobriété formelle, ce long-métrage nous montre à l'évidence qu'un style retenu permet tout aussi bien de faire passer de belles émotions au cinéma. D'autres films d'amour contrarié ? Le secret de Brokeback Mountain en est un, mais pas vraiment comparable. Je veux revoir Love story !

mercredi 24 mars 2021

Une vie sous contrôle ?

Le voyage dans le temps est l'un des thèmes récurrents du cinéma fantastique. Dans le film que je présente aujourd'hui, un jeune adulte possède le super-pouvoir de revenir dans le passé rien qu'en serrant les poings et en se concentrant, le tout dans une petite pièce sombre. Ce qui lui donne la chance... de corriger quelques erreurs de parcours.

Il était temps
est un film que j'avais raté au cinéma et j'espérais voir depuis longtemps. Il présente d'abord des airs de comédie romantique moderne: Domhnall Gleeson, qui incarne Tim, est certes un peu vieux pour ce rôle, mais "colle" bien avec la gaucherie de son personnage. Certains se reconnaîtront sans doute dans cet avatar de cinéma. Léger, le ton du long-métrage s'enrichit d'une petite dose de gravité quand le héros vieillit, se marie, a un boulot et un premier enfant. Tout ce cheminement peut sembler banal, mais sa simplicité même rend l'affaire attachante. On nous raconte l'histoire d'une simple vie qui ressemble à la nôtre, à cette différence près que sa trajectoire peut être rectifiée si elle s'écarte du droit chemin d'abord envisagé. Serait-ce judicieux de vouloir ainsi contrôler sa destinée ? Ce récit alimente la réflexion et traite la question avec beaucoup de finesse...

Incarné par l'excellent Bill Nighy, le père du principal protagoniste apporte au film un léger supplément de mélancolie qui le transforme en autre chose qu'une pochade post-adolescente des plus ordinaires. Mary, la compagne de Tim (Rachel McAdams), passe au second plan quand les deux hommes se rapprochent, ce qui paraît à la fois logique et un peu regrettable - je ne pense pas que sa présence sur le devant de la scène aurait affaibli le propos. Bref... tel quel, Il était temps conserve assez d'atouts dans son jeu pour séduire un large public. Aurait-il cependant été mal distribué en France ? Il n'y a guère attiré qu'un peu plus de 217.000 spectateurs dans les salles obscures. Allociné lui accorde toutefois une note de 4,2 / 5 côté grand public. Bon... il est vrai que la note "médias" est plus faible (3,2 seulement). Ce serait vraiment dommage de reculer à la lecture de ce chiffre moyen: comme à chaque fois, la vérité du film, c'est d'abord la vôtre !

Il était temps
Film britannique de Richard Curtis (2013)

Scénariste réputé, le réalisateur mélange ici l'humour et l'émotion pour composer un joli film, avec sensibilité, mais sans mièvrerie. L'équilibre est presque parfait et offre un bon moment de cinéma populaire. À celles et ceux qui cherchent une comédie romantique originale, je conseille habituellement un opus coréen: My sassy girl. La délicatesse et Elle s'appelle Ruby m'avaient bien plu également...

lundi 22 mars 2021

Le rêve de la danse

"What a feeeeeeeeeeeeling" ! Qui n'a jamais daigné bouger son corps sur le tube im-pa-rable d'Irene Cara me jette la première pierre. J'avoue: je me suis transformé en midinette devant Flashdance. Mine de rien, il s'agit du sixième plus grand succès du box-office français pour l'année 1983. Il se classe troisième sur le sol américain !

Alex Owens, 18 ans, vit à Pittsburgh et travaille en tant que soudeuse dans une usine sidérurgique. Elle s'offre un complément de salaire comme danseuse sexy dans un cabaret, en tout bien tout honneur. L'adolescente, malgré toute sa fougue, n'a pas assez confiance en elle pour passer les auditions d'une école de ballet: elle a le sentiment qu'elle n'y serait pas à sa place. Elle vit donc un relatif entre-deux affectif, avec pour principale compagnie une ancienne ballerine devenue une vieille dame et le bon gros toutou qu'elle a adopté. J'imagine que la suite n'a rien de très surprenant: tout va s'arranger ! Flashdance est l'un de ces récits initiatiques propres au cinéma US...

Sans échapper aux clichés, le film est donc transcendé par une bande originale emballante, qui rappellera des souvenirs à celles et ceux d'entre vous qui ont connu - et aimé - les eighties. "She's a maniiiiac ! Maniiiiiiac on the floor ! And she's dancing like she's never danced before" ! Les grands hymnes de cette joyeuse époque s'enchaînent sans répit et je suis persuadé que vous en reconnaîtrez quelques-uns. Bon... Flashdance n'a pas grand-chose d'autre à offrir, à dire vrai. C'est un classique de son temps, porté par l'énergie (communicative) de la jolie Jennifer Beals - 19 ans seulement lorsque le film est sorti. Wikipédia dit qu'elle fut choisie aux dépens de deux autres candidates et après que des photos ont circulé au sein de l'équipe de production. Pour les aider à se décider, il aurait été demandé à ces messieurs avec laquelle des trois comédiennes en lice... ils aimeraient coucher ! C'est certain qu'à l'époque, il n'était pas encore question de #MeToo...

Flashdance
Film américain d'Adrian Lyne (1983)

Quatre étoiles généreuses pour cette guimauve à la saveur vintage. Quelque chose dans le scénario m'a rappelé Rocky, autre "biographie" d'un héros issu du peuple qui s'accomplit - et se révèle à lui-même - via la pratique d'une activité physique. Si l
a danse vous a attirés jusqu'ici, un classique pourrait vous plaire (Les chaussons rouges ?). Parmi les films récents, je conseille The fits ! Et mieux encore: Yuli !

samedi 20 mars 2021

Tordu et farfelu

J'ai récemment entendu Pierre Richard parler à la télé de ses regrets d'avoir refusé un rôle (principal) dans un film avec Louis de Funès. C'est aux côtés de Michel Serrault - et d'Anna Galiena - qu'il évolue dans Vieille canaille. Je n'avais jamais entendu parler de cet opus jusqu'à son arrivée au programme... de l'une de mes chaînes Internet.

Imprimeur de province, Darius Caunes s'entend si mal avec sa femme qu'un soir, il finit par l'étrangler. Deux années passent sans qu'il soit inquiété. Notre homme a sympathisé avec le flic chargé de l'enquête et gardé tant de confiance en son talent qu'il arrondit ses fins de mois en se fabriquant de faux billets, qu'il blanchit allégrement dans l'une ou l'autre des boutiques des villes environnantes. Une mécanique huilée à la perfection et que rien ne semble dès lors devoir enrayer. Évidemment, comme vous pouvez l'imaginer, ce n'est pas si simple ! On constatera non sans jubilation qu'une secrétaire un peu godiche pourrait bien être le grain de sable venu dérégler la belle horlogerie...

Deux personnages ambigus, un autre du genre tordu: Vieille canaille nous propose un spectacle tout à la fois décousu et farfelu. Le film souffre parfois d'un manque de rythme, mais attire la sympathie grâce aux trois acteurs principaux. Avis à ses fans: Catherine Frot apparaît, elle aussi, dans un petit rôle - son quatorzième au cinéma. Cette distribution prestigieuse ne fait pas du film un vrai classique incontournable, mais elle le rend agréable à suivre, faute de mieux. Allergiques à l'humour noir (et potache), vous pouvez vous abstenir ! Les autres, je ne vois pas de raison objective de bouder votre plaisir possible, à moins que vous attendiez davantage qu'un divertissement sans prétention. Pour une p'tite soirée plateau-télé, ça fera l'affaire. Même si, à l'époque, le film n'a attiré que 161.370 curieux en salles...

Vieille canaille
Film français de Gérard Jourd'hui (1993)

Serrault fait du Serrault, Richard joue - légèrement - à contre-emploi et Galiena sur plusieurs tableaux: la combinaison est assez décente. J'ai repensé à Rien ne va plus pour le grand Michel en arnaqueur toujours, avec cette fois Isabelle Huppert comme complice régulière. L'escroquerie de large envergure n'a pas forcément le même charme. Sauf si L'arnaque est montée par Newman et Redford, bien entendu !

jeudi 18 mars 2021

À un fil

La voix suffit-elle pour générer le frisson ? Le film dont je parlerai aujourd'hui le laisse supposer, puisqu'il n'est autre que l'adaptation d'une pièce radiophonique (diffusée sous la forme d'un monologue). Raccrochez, c'est une erreur ! bénéficie, au cinéma, d'un casting séduisant, avec Barbara Stanwyck et Burt Lancaster en tête d'affiche !

Désormais presque constamment reliés à nos smartphones, on oublie qu'il y a seulement quelques décennies, il fallait qu'une opératrice intervienne avant que nous puissions entrer en communication directe avec un correspondant. Dans mon thriller du jour, un bug perturbe la liaison d'une femme malade, contrainte à ne plus bouger de son lit et dont le mari s'est soudain absenté de manière imprévue. C'est ce problème technique qui fait de Leona Stevenson le témoin auditif d'un complot criminel. Avertie, la police ne prend pas la chose au sérieux - et la pauvre qui a tout entendu de voir sa peur grandir ! Scénario improbable, direz-vous ? Peut-être, mais tout "fonctionne"...

L'action se déroule pour ainsi dire en temps réel: cela apporte au film une touche de modernité bien venue et un rythme plutôt haletant. IMDb pointe quelques faux raccords, mais c'est juste pour chipoter. Moi, je me suis laissé embarquer, avec juste un questionnement ultime sur l'interprétation de la fin (que je ne vais pas vous révéler). Oui, Raccrochez, c'est une erreur ! démontre encore une efficacité certaine, et ce malgré son grand âge: du bon cinéma hollywoodien. Honnêtement, j'aurais préféré que toute l'intrigue se déroule à huis clos, mais le fait est que l'affaire est malgré tout assez bien ficelée pour que l'on prenne plaisir à ses divers rebondissements. En un mot comme en cent, les promesses du départ sont tenues: c'est déjà bien. On évitera de laisser traîner son portable dans sa chambre à coucher !

Raccrochez, c'est une erreur !
Film américain d'Anatole Litvak (1948)

Une fois amorcé, le suspense ne faiblit guère: le film est donc réussi. La performance de Barbara Stanwick m'a beaucoup plu, Burt Lancaster paraissant plus effacé - il n'avait certes que deux ans d'expérience. Bon... pour l'angoisse, j'ai préféré Chut... chut, chère Charlotte. Vous cherchez une production cinéma plus récente avec un téléphone comme objet central ? The guilty pourrait assurément vous convenir !

lundi 15 mars 2021

Braquages

Vous savez que j'aime rapprocher les films entre eux. Les différences qui séparent les deux opus dont je voulais vous entretenir aujourd'hui ne m'ont pas empêché de remarquer qu'il est question d'un braquage dans l'un et l'autre de ces récits. D'où mon envie de les aborder ensemble dans un diptyque, il est vrai un peu "tiré par les cheveux"...

Tueurs
Film belge de François Troukens et Jean-François Hensgens (2017)

Avec Olivier Gourmet et Bouli Lanners en tête d'affiche, il faut dire que ce polar m'attirait beaucoup. Âmes sensibles, soyez prévenues d'office: c'est un vrai film noir, sans concession et violent. L'intrigue tourne autour d'une bande de truands, en route pour un dernier coup. Leur casse ultime est une vraie réussite, mais tout dégénère soudain lorsqu'ils s'extraient du lieu de leur crime: les malchanceux anonymes qui passaient dans le coin sont abattus sans sommation. La police identifie une magistrate parmi les victimes... et ce n'est que le début d'une longue cavale, rythmée par de spectaculaires rebondissements. Comme ma notation peut vous le laisser supposer, je me suis régalé avec cette histoire réglée au cordeau et inspirée par le parcours sanglant de ceux que les Belges ont appelé "les tueurs du Brabant". Une affaire criminelle des années 80, encore non totalement élucidée. Un terreau idéal pour un film musclé et qui ne laisse pas indifférent...

 
L'affaire Thomas Crown
Film américain de Norman Jewison (1968)

Changement d'atmosphère radical avec ce grand classique du cinéma américain dont, jusqu'alors, je ne connaissais que le titre français. Avec Faye Dunaway et Steve McQueen en duo-vedette, la dimension glamour du long-métrage saute aux yeux, au risque de détourner notre attention du scénario. Un braquage de banque préparé au quart de poil tourne à l'avantage du cerveau de l'opération: le propriétaire légitime de l'établissement de crédit ! Ce fringuant trentenaire rongé par l'ennui est alors traqué par une très jolie jeune femme, experte des assurances bientôt tombée sous le charme de ses grands yeux bleus et de son sourire Ultra Brite (à moins que ce ne soit lui qui...). Une partie d'échecs et un lonnnnnnng baiser plus tard, j'ai bien senti qu'il ne fallait pas espérer plus ici qu'une romance vintage, sublimée par la bande originale - oscarisée ! - d'un dénommé Michel Legrand. Légère déception au final: j'attendais quelque chose de moins sucré...

----------
Pour finir, un constat et une invitation au débat...

Aucun de mes habituels blogs-références n'évoque l'un de ces films. Vous auriez d'autres braquages en vue ? Je reste donc à votre écoute !

samedi 13 mars 2021

Un joyeux ennui

Jean-Paul Rappeneau, grand cinéaste discret, approche gentiment d'un très bel âge: on fêtera ses 89 ans le 8 du mois d'avril prochain. J'ai découvert récemment son tout premier long-métrage: emporté par le duo Catherine Deneuve / Philippe Noiret, La vie de château reste comme l'une des premières comédies à évoquer la Guerre de 40.

Récemment mariée avec un châtelain mollasson, Marie s'ennuie ferme entre les murs de sa propriété normande. Qu'un inconnu y soit entré pour dérober quelques malheureuses poires et pommes l'indiffère. Jérôme, lui, aimerait que sa femme partage son courroux fruitier. Entre résistants parachutés et occupants allemands, les tourtereaux supposés sont-ils vraiment faits pour s'entendre ? Si Madame Bovary avait été une pochade, Flaubert aurait peut-être donné la réponse. Heureusement, en dépit de quelques similitudes, La vie de château s'écarte sensiblement de son "modèle" tragique: la complémentarité souriante des deux acteurs principaux est un vrai délice à sa-vou-rer !
 
Il est des réalisateurs qui m'émeuvent grâce à une succession de plans fixes. Jean-Paul Rappeneau, pour sa part, séduit par le mouvement. Oui, La vie de château est un film qui bouge beaucoup, mais jamais pour masquer une faiblesse scénaristique ou une direction d'acteurs peu inspirée. J'ai trouvé que le fond et la forme se répondaient idéalement, sublimés encore par un beau noir et blanc (restauré HD). En son temps, ce long-métrage obtint le Prix Louis-Delluc, présenté parfois comme le Goncourt du cinéma, et resta une année entière dans certaines salles. Bien que d'un autre temps, il n'a pas vieilli. C'est même le contraire: sa joyeuseté m'apparaît comme un bonbon face à l'amertume de notre époque tourmentée par ce satané virus. Avant la réouverture des salles, il vaut donc très largement le détour !

La vie de château
Film français de Jean-Paul Rappeneau (1966)
Une fantaisie, oui, mais une fantaisie douce, agréable à regarder. L'insouciance berce cette histoire... aux rebondissements bienvenus. D'autres l'ont dit: toute ressemblance avec les screwball comedies US n'est pas nécessairement fortuite. Le débit de certains dialogues s'accélère, ainsi que le rythme, comme jadis dans New York - Miami, L'impossible Monsieur Bébé et La huitième femme de Barbe Bleue !

----------
Vous souhaiteriez voir le film à travers un autre regard ?

Strum et Lui l'aiment aussi. Vincent le place en must de l'année 1966 ! J'espère, quant à moi, pouvoir recueillir un (ou des) avis féminin(s)...