lundi 6 janvier 2020

Trip cosmique

Chose promise, chose due: John Carpenter fait aujourd'hui son retour sur Mille et une bobines. J'ai eu l'occasion - inattendue - de découvrir son premier film sur grand écran et en ciné-concert, sur une musique du duo lyonnais L'Étrangleuse (harpe et guitare électrique). Une bande très originale, créée pour l'occasion et jouée en direct. Quel bonheur !

Dans la grande famille du cinéma de genre, Dark Star est présenté comme un film de fin d'études. Il a été tourné pour 60.000 dollars ! Son aspect fauché saute aux yeux, mais je dois souligner aussitôt qu'à mon humble avis, ça n'est jamais un problème. Une fois à bord du vaisseau spatial qui donne son nom au long-métrage, la bizarrerie du scénario lui-même nous place en face d'un "objet de cinéma" cohérent, à défaut d'être techniquement irréprochable. Les gugusses qui nous accueillent sont chargés (depuis vingt ans !) d'une mission très spéciale: éliminer des planètes jugées instables, sans s'inquiéter du fait qu'elles puissent abriter une quelconque forme de vie intelligente. On comprend vite que les êtres humains sont mal placés pour donner l'exemple. Les nommés Doolittle, Boiler, Talby et Pinback sont plutôt des modèles de crétinerie. Et le commandant Powell, mort mais toujours bavard puisque cryogénisé, ne relève guère le niveau...

Bon... on ne saura jamais ce que j'aurais pensé du film si je l'avais vu avec sa vraie bande-son. Il est évident que la musique joue beaucoup pour l'idée que l'on se fait d'un long-métrage donné. Le psychédélisme de Dark Star colle bien avec ce que j'ai pu entendre, quoi qu'il en soit. Tout au long de la projection, je me suis amusé... et aussi interrogé sur les arguments que l'on peut - ou doit ! - utiliser pour convaincre un producteur de financer un projet pareil. Quelques recherches complémentaires m'ont permis d'apprendre qu'au tout départ, le film était plus court et n'atteignait même qu'une quarantaine de minutes. Allongé pour l'exploitation au cinéma, il dure désormais un peu moins d'une heure et demie, ce qui me paraît tout à fait raisonnable. Objectivement, une fois que j'ai daigné le replacer dans son contexte historique, je ne l'ai pas trouvé si cheap que ça. Je me suis même dit que ces astronautes partis loin de chez eux pour une obscure mission de destruction pouvaient être le reflet sous acide des GI du Vietnam. Cela dit, le film n'a rien de polémique: il s'avère étonnamment rigolo !

Dark Star
Film américain de John Carpenter (1974)

Ce genre de petits programmes sans le sou a toute ma sympathie. Nettement plus à l'aise financièrement parlant, certains blockbusters paraissent, eux, beaucoup trop formatés pour me plaire durablement. Pour le fun, on peut revoir Planète interdite ou L'étoile du silence. Autres options, dans le cinéma de genre à grosses ficelles: Evil dead premier du nom ou Frankenstein Junior. C'est cela aussi, le cinéma !

dimanche 5 janvier 2020

Petits diables

Au cinéma, l'enfant n'est pas toujours un petit être sans défense. Plusieurs films font de lui une "créature menaçante" pour les adultes. C'est le cas de celui que j'aborde aujourd'hui: Le village des damnés. Adaptation d'un roman oublié, ce long-métrage britannique, produit par la MGM américaine, est un véritable classique du film de genre...

Dans une petite bourgade de la verte campagne anglaise, un fait étrange se produit: au coeur d'un périmètre réduit, chaque habitant plonge dans un profond sommeil. Aucun ne sait expliquer logiquement ce qui s'est produit une fois réveillé. Par la suite, toutes les femmes en âge d'enfanter tombent enceintes simultanément - et alors même que certaines d'entre elles n'ont pas eu de rapport sexuel ! Neuf mois plus tard, douze bébés naissent et paraissent tous sortis d'un moule commun: ils s'avèrent d'une intelligence exceptionnelle et plus grands que la moyenne. Bientôt, d'autres événements inhabituels surviennent et aboutissent... à la mort soudaine de quelques personnes pourtant en pleine forme. Vous l'aurez compris, non ? L'idée numéro 1 du récit est que les enfants en sont pleinement responsables. Malgré son titre empreint de religiosité, Le village des damnés ne nous propose pas d'explication spirituelle aux phénomènes paranormaux qu'il imagine...

Ulcérées par l'apparition de ces nouveaux nés dépourvus de géniteur mâle, les ligues de vertu firent en sorte, à l'époque, que le tournage du film ne puisse avoir lieu aux États-Unis. Tant mieux: le cadre bucolique visible à l'écran est tout à fait adapté à ce type d'histoires insolites. J'ai apprécié aussi que Le village des damnés nous épargne toute surenchère hardcore: le long-métrage est bien assez explicite pour qu'il soit nécessaire de montrer la violence de manière frontale. Dans une logique de distanciation, le noir et blanc apporte un atout supplémentaire pour le charme de ce qui n'est au fond qu'une série B aux effets spéciaux très carton-pâte. La présence de George Sanders dans le rôle (adulte) principal, un peu à contre-emploi d'ailleurs, ajoute à la joie assumée d'une séance un peu différente des autres. Oui, sur grand écran, tout cela fait encore son petit effet, le format resserré de l'intrigue - une heure vingt à peine - étant très efficace ! Évidemment, il vaut mieux avoir déjà un certain goût pour le genre avant de s'y frotter. Mais un peu de curiosité pourra suffire, en fait...

Le village des damnés
Film britannique de Wolf Rilla (1960)

Typiquement le genre de petit plaisir coupable que j'aime découvrir comme une référence historique d'un cinéma... alternatif ! L'effroi est aussi de mise avec les ados: cf. le génial Carrie au bal du diable ou le très angoissant We need to talk about Kevin, par exemple. Adeptes du cinéma d'auteur, ne partez pas: j'ai vu le film en ciné-club et Le ruban blanc fut cité parmi les références. Oui, c'est pertinent !

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Pour être complet, une petite précision...
John Carpenter a réalisé un remake (en couleurs) de ce film, en 1995. Demain, je pense présenter un long-métrage du cinéaste américain...

Et en attendant, si vous voulez de la lecture...

Vous pouvez toujours, bien évidemment, faire un saut chez Pascale. Autre solution à envisager avec sérieux: rendre une visite à Eeguab.

samedi 4 janvier 2020

Le naufragé

Plusieurs exemples le démontrent: il serait inepte de limiter le cinéma coréen à quelques polars sanglants et films d'auteur contemplatifs. Des nouilles aux haricots noirs n'entre dans aucune de ces cases prédéfinies par une critique un rien paresseuse. Il y a un bon moment que je voulais voir ce long-métrage, diffusé en France grâce à Arte...

Je n'en savais pas grand-chose, à vrai dire. J'ai le vague souvenir qu'un ami (croate !) m'en avait touché un mot, mais je le confonds peut-être avec un autre. Bref... ici, c'est à une drôle de comédie romantique que vous aurez affaire. Elle démarre sur un drame évité de justesse: débordé par les dettes, le dénommé Kim Seung-geun tente de se suicider en se jetant d'un pont, mais il se loupe et, remis de ses émotions, termine sa course sur le rivage d'une île déserte. Laquelle île est plantée au milieu d'un large fleuve, en plein Séoul. Inaudible pour les passants de l'autre berge, notre ami rescapé comprend bientôt qu'il lui faudra finalement lutter... pour sa survie. De sa position, il ne peut pas repérer la jeune femme qui l'examine par appareil photo interposé: elle est une ikkikomori, jeune victime de ce trouble psychologique qui incite des ados (et post-ados) lambda à se cloîtrer chez eux pendant des semaines, des mois, des années... 

Bon ! En parlant de comédie romantique, j'ai déjà donné un élément important sur la suite des événements. Je vais m'en contenter ! Sachant que j'espère titiller votre curiosité, il serait contreproductif de tout vous expliquer dans le détail. Il faut juste que je sois honnête avec vous: Des nouilles aux haricots noirs est un film sympathique et sa nationalité reste un peu "exotique", mais j'en ai croisé d'autres bien meilleurs par le passé - y compris, d'ailleurs, dans ce cinéma coréen que le public apprécie et cite de plus en plus aujourd'hui. Inutile de tergiverser: le mieux est encore de vous lancer pour forger votre opinion personnelle. Le fait que le film n'ait connu qu'un succès d'estime et reste inédit dans les salles françaises complique la chose. Maintenant, qui sait ? Il repasse peut-être sur une chaîne quelconque ou une plateforme de VOD dont j'ignore même jusqu'à l'existence. Parfois, savoir se laisser surprendre entretient la magie du cinéma...

Des nouilles aux haricots noirs
Film sud-coréen de Lee Hae-joon (2009)

Bon bon bon... j'ai failli mettre une demi-étoile de moins, mais j'ai fini par laisser les quatre pleines pour saluer tout à la fois l'originalité relative du propos et la nationalité du long-métrage. Je dois admettre que j'avais tout de même préféré une autre comédie romantique coréenne, que j'avais découverte par un pur hasard: My sassy girl. Pour le sujet ikkikomori, De l'autre côté de la porte vaut un détour !

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Une précision qui peut être utile...

La dérive de Monsieur Kim aurait été une traduction littérale du titre du film. Lequel est parfois présenté sous un troisième intitulé, choisi pour favoriser sa promotion à l'international: Castaway on the Moon.

jeudi 2 janvier 2020

Déjà la reprise

Image de circonstance: j'espère pour chacun(e) de vous un millésime pétillant - et avec la banane, s'il vous plaît ! Je n'ai aucune résolution majeure à annoncer pour l'avenir de ce blog, si ce n'est mon intention de continuer à l'alimenter régulièrement (et assez fréquemment). Dans un premier temps, la formule est rodée: je vais vous présenter les derniers films que j'ai vus en décembre et enchaîner sur mes tops cinéphiles de 2019. La parution de ma prochaine chronique est prévue samedi midi. Un petit scoop ? Je la consacrerai à un long-métrage sud-coréen, le vingt-deuxième évoqué dans ces "colonnes". Le début d'une année surprenante ? À voir. Mais c'est sûr: je NOUS le souhaite !

mardi 24 décembre 2019

Brève coupure

Fichtre ! Plus que huit jours avant 2020 ! L'année qui s'achève bientôt aura été pour le moins intense de mon côté - et celle qui arrive pourrait bien démarrer sur les chapeaux de roue. À quelques heures d'un réveillon que je vous souhaite joyeux, il est temps d'annoncer mon intention de faire une (courte) pause bloguesque pour recharger mes batteries, assez fortement sollicitées ces dernières semaines. Pour ce début d'hiver, j'ai besoin de prendre un peu de vrai repos. J'espère que vous saurez fêter Noël dignement, dans vos familles respectives et/ou avec vos ami(e)s, ainsi bien sûr que de bons films. Je vous retrouverai tout début janvier et vous dis donc... à très vite !

lundi 23 décembre 2019

Un môme à sauver

Une femme passe un matin chez une amie pour lui emprunter du café. Elle découvre une famille aux abois: le père exerce comme comptable pour une bande mafieuse... et il a "balancé" ses complices au FBI ! Menacé de mort, il confie à la visiteuse la vie de son très jeune fils. Et nous voilà en route pour deux heures d'une très étonnante cavale...

Il paraît que John Cassavetes n'était pas spécialement fier de Gloria. Autant le dire tout de suite: il ne s'agit pas d'une oeuvre personnelle pour le cinéaste, mais bel et bien d'un film de commande. J'y ai vu suffisamment de belles choses pour contredire l'opinion de l'auteur. Côté casting, d'abord: en écartant Barbra Streisand du personnage principal au profit de son épouse Gena Rowlands, le réalisateur a fait un bon choix, tant la comédienne livre une prestation exceptionnelle. En face, le tout jeune John Adames, dans son premier (et unique) rôle de cinéma et du haut de ses sept/huit ans, a bien du répondant. Résultat: un duo exemplaire, crédible et vraiment touchant. J'ignore comment ces deux-là ont réussi à s'apprivoiser, mais il est indéniable qu'à l'écran, leur alchimie est remarquable et alimente nos émotions. Qu'importe au fond si la figure de la quinqua célibataire revêche soudain attendrie par un môme a l'air assez classique: ça fonctionne !

Passé l'étonnant générique peint de couleurs vives, le film se vit aussi comme l'opportunité d'une visite de New York. Des plans de la Statue de la Liberté et du Yankee Stadium apportent un premier repère tangible, mais c'est principalement grâce aux très nombreuses scènes extérieures que la ville devient en fait un protagoniste à part entière. L'animation quasi-constante de ces rues que la caméra traverse alors entre en parfaite résonance avec ce que vivent les personnages principaux. Disons-le: cette frénésie m'est apparue à la fois réaliste et extrêmement cinématographique, me donnant même l'impression que certaines séquences avaient été tournées sur le vif, les piétons tenant lieu de figurants "malgré eux", dans un tournage non autorisé. La bande originale, très jazzy, a encore renforcé ces sentiments. Bref, pour un opus dont le réalisateur n'était pas satisfait, je trouve que Gloria s'en tire largement avec les honneurs. Les esthètes noteront qu'à l'époque, il reçut le Lion d'or de la Mostra de Venise. Mon bilan: des films de commande comme celui-là, j'en re-de-mande !

Gloria
Film américain de John Cassavetes (1980)

Ma seconde rencontre avec le cinéaste et un nouveau coup de coeur ! Autant le dire: j'espère que j'aurai d'autres occasions d'aller plus loin dans mes découvertes. En prime, j'aimerais retrouver Julia, le film du réalisateur français Erick Zonca que l'on compare parfois à Gloria. Bien qu'il ait été réalisé par Sidney Lumet, le remake du Cassavetes avec Sharon Stone m'attire moins ! Autant revoir À bout de course...

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Et maintenant, si vous voulez lire un autre avis...

C'est volontiers que je vous renvoie à la lecture de "L'oeil sur l'écran".

dimanche 22 décembre 2019

Nuit de folie

Modeste employé de bureau, Paul Hackett s'ennuie profondément dans sa petite vie trop rangée. Une rencontre nocturne avec une fille bouscule tout à coup ses habitudes: à une heure tardive, le célibataire endurci saisit alors l'occasion de s'encanailler gentiment. Ce qui arrive ensuite, jusqu'au petit matin ? Vous le découvrirez avec le film, oui...

Cela fait déjà un bon moment que l'on m'avait parlé de After hours. Sous-titré en France d'un très explicite Quelle nuit de galère !, le film m'a quelque peu déçu... ou disons, plus humblement, désorienté. J'attendais autre chose, mais je suis bien infichu d'expliquer quoi. C'est fâcheux, n'est-ce pas ? En fait, tout ce que Paul va devoir vivre lors de cette nuit m'a paru quelque peu artificiel: la longue succession d'événements est trop improbable. Mon avis serait peut-être différent si je connaissais réellement l'ambiance d'une grande ville américaine quand le soleil est couché. Là, c'est un comble: j'ai suivi tout le récit sans passion, comme si j'étais mis à l'écart ! Désagréable sensation...

Pas question toutefois de tout jeter: il est clair que Martin Scorsese connaît son boulot et sait dès lors s'entourer d'excellents techniciens pour livrer des films d'une incontestable beauté formelle. Dans le cas présent, j'ai particulièrement apprécié la photo de Michael Ballhaus. La musique de Howard Shore, elle aussi, est plutôt une réussite. Finalement, je regrette cette impression d'un soufflé vite retombé. Notons tout de même que, dans la filmo de son auteur, cet opus diffère radicalement de beaucoup d'autres: il y a quelque chose d'amusant dans cette suite de péripéties (et rien de violent). Le côté ludique pourrait donc s'avérer plus flagrant pour vous que pour moi. Après tout, ce n'est jamais qu'une banale question de point de vue. Oui, les maîtres du cinéma s'offrent parfois une récréation. Why not ?

After hours
Film américain de Martin Scorsese (1985)
OK pour le début un peu mou, mais je m'attendais à quelque chose d'un peu plus frénétique sur la longueur. Cela admis, la cruelle ironie de la fin fait que je reste sur une impression relativement favorable. Pour le côté loufoque, je privilégie cependant une escapade urbaine diurne: La folle journée de Ferris Bueller (sorti deux ans plus tard). Et New York melody pourrait bien plaire aux amateurs de musique...

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Ailleurs sur la Toile...
Le film est notamment mentionné par Pascale, Dasola et Eeguab. Pour une "vraie" chronique, vous avez un lien chez "L'oeil sur l'écran".

samedi 21 décembre 2019

La disparue

Les acteurs prennent la lumière. Les réalisateurs aussi, parfois. D'autres pros du cinéma restent le plus souvent inconnus du public. Thomas Bidegain est d'abord scénariste, mais il a eu une opportunité de passer derrière la caméra et a réalisé Les cowboys. Un western moderne cosigné avec Noé Debré, l'un de ses habituels collaborateurs.

J'imagine que, sous le Stetson, vous aurez reconnu François Damiens. Le film offre à l'acteur belge une occasion de prouver que son talent va bien au-delà du registre comique auquel il est souvent cantonné. Animé par une belle assurance, il incarne ici un père de famille confronté à la disparition soudaine de sa fille de 16 ans. Le suspense est de courte durée: la découverte dans la chambre de l'adolescente d'un cahier rempli de lignes d'écriture en arabe permet de comprendre que l'on n'entre pas dans le cadre d'une fugue ordinaire. Le vrai sujet est d'ailleurs moins cet acte de fuite lui-même que ses conséquences. D'une durée d'une heure quarante environ, Les cowboys a l'ambition d'inscrire son intrigue dans un temps long, puisque, débuté en 1994, le récit se prolonge jusqu'en 2010 (ou presque). La quête du père éploré est poursuivie par celle du fils. Désormais, je crois judicieux de taire les détails pour préserver votre surprise... et votre émotion !

Je peux tout même souligner le jeu très correct de Finnegan Oldfield. Encore méconnu, le jeune comédien tient son rôle dignement et livre une prestation d'une sobriété exemplaire - qui lui a valu d'être nommé pour le César du meilleur espoir. Petite surprise: pour un passage court bien que déterminant, j'ai aussi eu la joie de revoir un acteur américain que j'apprécie énormément, j'ai nommé John C. Reilly. Honnêtement, du côté féminin cette fois, j'ai vu fort peu de visages connus, ce qui ne veut pas dire que je n'ai pas goûté aux présences d'Agathe Dronne, Iliana Zabeth et Ellora Torchia. Mention spéciale pour cette dernière, interprète d'une femme pakistanaise au destin étonnant. Stop ! Je n'en dirai pas plus. La toute fin du long-métrage s'avère bien assez explicite, l'absence d'un dialogue de fait inutile renforçant encore son impact. Les cowboys fait honneur au cinéma français et je vous le recommande chaudement si le sujet lui-même ne vous rebute pas (ou pas trop). Seuls 208.023 "pauvres" spectateurs l'avaient vu à sa sortie en salles: je suis convaincu qu'il mérite mieux.

Les cowboys
Film français de Thomas Bidegain (2015)

Sur le fond autant que sur la forme, cet opus est une belle réussite. Difficile de le comparer avec un autre: j'ai vu peu de longs-métrages sur le sujet de la radicalisation (Le repenti est une piste sérieuse). Thomas Bidegain, lui, a parlé de son envie de s'inspirer des codes américains, tels qu'ils s'expriment notamment dans La rivière rouge ou La prisonnière du désert. Un très bon choix parmi les classiques !

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Si tout cela n'a pas suffi à vous convaincre...
C'est avec joie que je laisse le champ libre aux arguments de Pascale.

vendredi 20 décembre 2019

Une séparation

C'est inéluctable: un jour ou l'autre, enfants et parents se séparent. Dans Proxima, Eva Green est la maman d'une petite fille qu'elle va devoir quitter pendant une année pour faire son boulot: astronaute ! Oui, c'est en anticipant un peu sur l'histoire de la conquête spatiale que le film imagine l'envoi d'une mission sur Mars. C'est plutôt bien...

Ici, cependant, pas d'effets spéciaux: la caméra reste sur la Terre. Certes, il est probable que la réalité des préparatifs d'une opération de cette ampleur ne soit pas complètement exposée. Le scénario s'autorise quelques libertés, légitimées par la nécessité de faire sens dans un cadre bien précis: celui de cette intimité mère/fille chahutée par les événements. Cela dit, Proxima m'a aussi paru assez réaliste. Ce n'est pas la facette la plus "sexy" de la grande aventure martienne qui est illustrée, mais le tournage a bien eu lieu sur les vrais sites scientifiques que sont le Centre de formation des astronautes européens à Cologne, la Cité des étoiles - à environ trente kilomètres de Moscou - et la base de lancement de Baïkonour. Les deux facettes du récit (romanesque et pragmatique) s'entrecroisent en permanence. C'est sans aucun doute ce qui peut en faire l'originalité et la richesse. Du coup, l'absence d'images spectaculaires n'est JAMAIS un problème !

Sobre dans son jeu, Eva Green se sort très bien de son personnage. "Je ne voulais pas une mater dolorosa, a expliqué la réalisatrice. Eva a un côté combattante qui me plaisait bien (...). Elle a aussi un côté space et tous les astronautes que j'ai rencontrés ont ce côté geek. Avant même de s'entraîner, ils ne sont pas comme tout le monde !". Mission accomplie pour l'actrice, donc, il est vrai bien secondée aussi par une distribution internationale efficace, où vous pourrez croiser des visages connus: ceux de Matt Dillon, Sandra Hüller, Lars Eidinger ou même... de Thomas Pesquet ! L'occasion de rappeler que Proxima est également le nom de la mission qui a conduit notre héros national à passer six bons mois à bord de la Station spatiale internationale. Restons-en au cinéma, voulez-vous ? Je veux dire encore un mot élogieux pour Zélie Boulant-Lemesle, la petite actrice (débutante) présente dans le film: elle est à la fois très naturelle et touchante. Elle a été choisie parmi près de 300 gamines. Ses rêves de môme seraient-ils faits d'étoiles ? Après tout cela, j'ai très envie d'y croire...

Proxima
Film français d'Alice Winocour (2019)

"Le pari de mon film ? Parvenir à une vérité humaine par un processus immersif plutôt que par des effets démonstratifs": c'est une réussite. J'ai vu de plus belles choses cette année, mais ce long-métrage sensible et modeste mérite également qu'on s'y attarde un instant. Maintenant, si vous aimez l'espace du côté blockbusters, libre à vous de revoir Seul sur Mars, Ad Astra... et Gravity pour l'aspect féminin.

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6... 5... 4... 3... 2... 1... on va voir ailleurs ?

Le film fait également l'objet d'une chronique du côté de chez Pascale.

jeudi 19 décembre 2019

Pas très nette...

Je ne suis pas comédien, mais j'imagine aisément que certains rôles doivent marquer à vie. Après avoir été huit fois (!) apprentie sorcière dans la saga Harry Potter, Emma Watson poursuit sa jeune carrière vers d'autres horizons. Son dernier long-métrage à ce jour: un film d'anticipation sur la place des réseaux sociaux et ce qu'ils apportent...

The Circle nous présente Mae, la trentaine, recrutée au service-client d'une entreprise du type Facebook, mais en fait beaucoup plus ancrée encore dans la vie quotidienne de dizaines de millions de personnes. Manifestement, la jeune femme est heureuse, d'autant qu'elle quitte un job inintéressant pour un autre a priori riche de potentialités nouvelles. Et cela lui réussit, d'ailleurs, car elle gravit les échelons beaucoup plus vite que ne le prévoyait la copine qui l'a pistonnée. Rassurez-vous: le scénario ne repose pas sur une quelconque rivalité féminine en entreprise. Le souci, c'est que le film est un peu bâclé ! Et expéditif: il faut savoir s'accrocher pour bien mesurer les enjeux...

À ce stade, je crois utile de préciser que j'ai lu le passionnant roman de Dave Eggers dont le film est l'adaptation (disponible chez Folio). Moi qui n'aime que modérément la science-fiction, j'y ai pris un plaisir certain. Las ! Sur écran, The Circle a perdu beaucoup de sa saveur. J'imagine que, comme je viens de le dire, cela tient principalement au fait que son intrigue principale est beaucoup trop resserrée. D'ailleurs, elle est aussi "moralisée": l'héroïne de cinéma est positive dans l'ensemble, tandis que celle du livre s'avérait bien plus ambiguë. En parallèle, les très intéressants personnages secondaires du récit originel peinent à exister - c'est vraiment dommage pour les acteurs qui les incarnent sans pourtant démériter, à l'image de John Boyega ou Tom Hanks. Comment comprendre ces défauts ? Je peux imaginer que le réalisateur a dû composer avec des impératifs de production complexes, lui qui a été suivi par une équipe de financiers américains et... émiratis ! Au final, tout cela reste trop sage pour convaincre. Pas question de parler de potentiel gâché, mais j'en espérais mieux...

The Circle
Film américain de James Ponsoldt (2017)

Ma note est un rien sévère, c'est vrai, mais j'ai dévoré le bouquin avec un tel appétit que je ressors déçu de cette adaptation. Je crois qu'il y avait largement mieux à faire avec le matériau littéraire initial... et le sujet de fond. The social network a en effet prouvé que les réseaux sociaux peuvent être une bonne thématique cinéma. Peut-être parlerai-je un jour des thrillers Unfriended et Searching...

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J'ai repéré d'autres avis sur la Toile, bien sûr...
Oui, mais voilà... Pascale et Dasola sont plutôt d'accord avec le mien.