mercredi 4 novembre 2026

Le salaud moyen

L'une des qualités du diptyque (1 et 2) cinématographique sur De Gaulle sorti en juin dernier est d'avoir osé nous montrer un homme qui doute. Dans le même contexte historique, Henri Marre, lui, écarte les questions d'intégrité pour avancer, avec un livre qu'il a écrit pour carte de visite. Même une condamnation pénale ne semble devoir brider son ambition...

Au tout début de Notre salut, un habile bonimenteur de fin de soirée prétend lire l'avenir de Marre dans les lignes de sa main et lui assène qu'il ne lui arrivera rien d'exceptionnel. Nous sommes à Vichy, en 1940. Après la défaite contre l'Allemagne nazie et aux premiers jours de l'État français. Marre adhère aux idées de la Révolution nationale, théorisées par le vieux maréchal Pétain. Coopération ? Collaboration ? Les débats sémantiques, il les laisse à d'autres. Afin de "servir la France", il est prêt à passer en zone occupée pour en exfiltrer... le chat d'un ministre ! Cette mission accomplie, il finit par obtenir un poste de chef régional du Commissariat à la lutte contre le chômage. Et, à partir de là, il fait en sorte que, dans sa hiérarchie, nul ne s'interroge sur son efficacité. Voilà... je suis persuadé que le scénario de ce film-phare de l'automne est juste quand il décrit une administration devenue panier de crabes. Incompétents et corrompus s'y mélangent, au grand bénéfice de l'armée ennemie et des politiciens véreux qui s'accommodent de sa présence. Un gouvernement fantoche secondé par un tas de fonctionnaires zélés...

Je vous rappelle ici qu'au printemps, le film Les rayons et les ombres avait suscité quelque polémique, parce qu'alors jugé trop complaisant avec Jean et Corinne Luchaire, le duo - père et fille - de collaborateurs placé au coeur du récit. Dans Notre salut, j'estime que le réalisateur doit demeurer à l'abri du moindre soupçon d'ambiguïté. Je trouve même qu'il témoigne d'un courage peu commun, puisque c'est bien le parcours de son arrière-grand-père qu'il retrace, renseigné par la correspondance de ce dernier avec sa femme, restée à Paris avec leurs trois enfants. Constat d'évidence: la famille Marre n'obtiendra jamais le confort de vie qu'Henri voulait atteindre (avant tout pour lui-même, m'a-t-il semblé). Taiseux jusqu'à la veulerie, l'odieux personnage est resté un sous-fifre. Ses petits et éphémères "succès" n'auront été assis que sur la spoliation. Un terrible rappel historique, d'autant plus fort que l'esthétique du film évoque parfois celle des documentaires, révélant de scabreux parallèles avec la France d'aujourd'hui - jusque dans ses anachronismes musicaux. Swann Arlaud ? Il est l'incarnation même de la froideur et de l'abjection.

Notre salut
Film franco-belge d'Emmanuel Marre / 2026

J'ai cité les films de cette année qui ont abordé cette sombre période de notre histoire... et j'irai bientôt voir Moulin, sorti mercredi dernier. Ces divers longs-métrages pourront-ils devenir d'aussi grands classiques que L'armée des ombres ? C'est bien possible et l'avenir nous le dira. Avant cela, retenons le principal: la capacité de nuisance d'un individu se mesure à son pouvoir, ainsi qu'à l'aune de son indifférence aux autres.

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Il n'y a bien sûr pas que Swann Arlaud...
Le film met en avant une excellente actrice belge: Sandrine Blancke.

Vous voulez lire une analyse plus approfondie ?

Je vous en propose trois: celles de Pascale, Princécranoir et Benjamin. Tenez ! J'en ai même repéré une quatrième... grâce au retour de Strum.

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