jeudi 22 janvier 2026

Vivre

1931: le Japon attaque et occupe la région chinoise de Mandchourie. Six ans plus tard, l'armée impériale envahit la Chine continentale. Certains historiens y voient un prélude à la Seconde Guerre mondiale. Pas étonnant donc qu'un artiste comme Hayao Miyazaki s'en saisisse ! Je vous rappelle que le vieux maître est né à Tokyo en janvier 1941...

Dans sa carrière, Le vent se lève est parfois présenté comme un film atypique. Renonçant - au moins en partie - aux mondes et visions oniriques qui ont fait sa notoriété et sa gloire, le réalisateur s'empare d'un important personnage historique: Jiro Horikoshi, le concepteur début 1939 du Mitsubishi Zéro A6M, un avion chasseur bombardier. Au début du film, il n'est encore qu'un gosse fasciné par les machines volantes, influencé (en rêves) par l'ingénieur italien Giovanni Caproni. Petit à petit, nous allons également découvrir son brillant parcours d'étudiant en aéronautique, ses tous premiers succès professionnels dans une usine d'armement et, dans l'élan, la course au rattrapage industriel à laquelle il participe. Le scénario revient sur quelques faits historiques majeurs, à commencer par le séisme de Kanto, en 1923. C'est d'ailleurs très habilement qu'il ose insérer des scènes de songes au coeur de celles qui décrivent, avec fidélité, la vie du personnage...

Je me suis rapidement pris d'affection pour ce petit garçon passionné devenu un adulte travailleur, inconscient parfois de l'usage mortifère donné ensuite à ses inventions. Le récit se fait mélodramatique lorsqu'il retrouve une belle jeune femme, Nahoko, qu'il avait secourue alors qu'elle n'était encore qu'une gamine. Un amour partagé éclora entre les deux protagonistes, trop vite confronté aux terribles aléas de son temps et au spectre de la maladie - non, je n'en dirai pas plus. C'est bien simple: Le vent se lève a su m'émouvoir d'un bout à l'autre. Ce n'est assurément pas qu'une leçon d'histoire, aussi juste soit-elle. C'est aussi un regard sur un homme, une femme et leur existence commune, à une époque qu'on pourra aisément qualifier de "difficile". Il reste, fort heureusement, une place pour la beauté en ce monde. Pour la solidarité, l'amitié ou la camaraderie, aussi. Des valeurs essentielles qui, réunies, constituent une certaine ligne de conduite. Comme l'a écrit Paul Valery, le poète français qui a imaginé le titre que Miyazaki a retenu, "il faut tenter de vivre" ! Parfaite conclusion...

Le vent se lève
(風立ちぬ - Kaze Tachinu)
Film japonais de Hayao Miyazaki / 2013
Cet opus a pu être été considéré comme le testament de son auteur. Aujourd'hui, c'est bien Le garçon et le héron qui est présenté ainsi. OK... mais n'enterrons pas trop vite Miyazaki-san ! Mieux le connaître m'autorise à envisager un intérêt encore accru pour le cinéma nippon. Côté classiques, un film comme Je ne regrette rien de ma jeunesse offrirait une bonne entrée en matière, sur un sujet voisin. À suivre...

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Sur la merveille du jour, on trouve aisément d'autres avis...

Je citerai ainsi ceux de Pascale, Princécranoir, Strum, Vincent et Lui.

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