vendredi 16 janvier 2026

Chez les requins

"Le Brésil a vraiment besoin de se pencher davantage sur son passé". Ce n'est pas moi qui le dis, mais Kleber Mendonça Filho. L'artiste assure aussi: "Je voulais écrire un film imprévisible, comme la vie". Chose(s) faite(s) avec L'agent secret, l'une des grandes réussites cinématographiques de la fin 2025. Un opus bien difficile à résumer...

L'histoire commence en 1977, le pays étant alors une dictature militaire. Marcelo, la quarantaine, a quitté São Paulo pour Recife. D'emblée, le ton est donné: l'homme s'arrête dans une station-service pour faire le plein et, juste à côté de la boutique, aperçoit le cadavre d'un type décidé à braquer le pompiste quelques jours auparavant. Supposée venir embarquer le corps, la police n'a encore rien fait ! Marcelo n'est pas rassuré, lui qui déménage pour fuir quelque chose dont nous ne connaîtrons la teneur qu'une petite heure plus tard. Sachez-le: L'agent secret en dure deux et quarante minutes de plus. Cet ample récit a donc tout le temps de faire plusieurs allers-retours dans ce fameux passé brésilien. Au présent, on découvre que le sujet intéresse au moins une jeune femme, à l'écoute de longs témoignages de la vie de Marcelo - ou en fait d'Armando - sur des cassettes audio. Comme au carnaval, les situations peuvent s'inverser. Se renverser...

Je tiens à le (re)dire explicitement: L'agent secret n'est pas un film facile. C'est même, dirais-je, l'oeuvre la plus complexe de son auteur. On y retrouve sa grande capacité à décrire l'état d'une nation multiple et diversifiée, de manière évidemment contrastée. Un bon ami à moi parlait volontiers de "carte postale brésilienne" pour évoquer l'image positive que renvoie le pays en France (et même dans toute l'Europe). Kleber Mendonça Fillho, lui, l'embrasse bel et bien dans sa globalité. Sans oublier, dès lors, ses facettes moins reluisantes, son système politique corrompu, sa violence ou le racisme latent de sa société. Prix de la mise en scène à Cannes, il a aussi trouvé en Wagner Moura un interprète de choix, lui-même récompensé pour ce très beau rôle. L'acteur n'est pas seul, bien sûr, et l'importante troupe qui l'entoure donne au film mille couleurs intéressantes. Je retiendrai la prestation incroyable d'une dame d'âge mûr, Sebastiana de Medeiros, en logeuse à la gouaille imparable. Un personnage qui n'a pas changé d'identité dans un film traversé de faux semblants et qui devrait vous marquer !

L'agent secret
(O agente secreto)
Film brésilien de Kleber Mendonça Filho / 2025

Une oeuvre remarquable, forte parfois d'un suspense hitchcockien. Elle fait écho à un autre grande sortie de 2025: Je suis toujours là. Son auteur, cinéphile, cite Le magnifique et Les dents de la mer parmi ses titres-références, son requin à lui prenant diverses formes. Je ne saurai trop vous encourager à découvrir ses films précédents. J'en ai vu deux: Les bruits de Recife et Aquarius. À vous de juger...

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Si vous voulez d'autres encouragements...

Pascale a écrit sa propre chronique... dès le jour de la sortie du film ! Princécranoir et Strum, eux, affichent des avis franchement opposés.

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