vendredi 12 mars 2021

Marina (ou pas)

Rappel: ce soir, Marina Foïs présente la 46ème cérémonie des César. D'où cette drôle de photo d'actu, signée Sabine Villiard pour Canal +. Et ? Je ne suis pas sûr d'allumer ma télé, mais je n'en reparlerai pas sur ce blog, si ce n'est pour mentionner le "meilleur film" dans la page spéciale qui énumère déjà ses prédécesseurs (voir le lien, à droite). Constat: il y a encore beaucoup de "césarisés" que je n'ai jamais vus !

Bien que le grand raout du cinéma français ne me fascine plus, la liste des lauréats continue de m'intéresser. Après ce fichu millésime 2020 tronqué par la Covid, il y a tout de même 45 films en lice cette fois ! Parmi ceux-là, à ce jour, j'en ai vu huit - dont deux des prétendants au César du meilleur film étranger, à savoir 1917 et Eva en août. J'imagine que ce nombre grandira avec le temps. À suivre, donc. Allez... ma prochaine chronique, elle, est prévue pour demain midi. Et de quoi parlera-t-elle ? Je vais vous laisser revenir pour le savoir...

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J'ai écrit cette note... et fait une découverte consternante...
Mise en ligne par Canal + toujours, la bande-annonce de la cérémonie voit Marina Foïs engoncée dans sa robe chic. La comédienne avance lentement vers la caméra, cite certains des films en lice et pète ! Est-ce ainsi que la télé veut défendre le cinéma français ? Ça craint...

mercredi 10 mars 2021

Un gars, une fille, etc...

J'ai vu bien assez de bons films japonais pour ne pas crier au scandale quand un long-métrage arrivé du Pays du soleil levant me déçoit. First love - Le dernier yakuza est sorti dans les salles françaises l'année dernière, le 1er janvier, et je pensais d'ailleurs aller le voir. Finalement, d'autres lui sont passés devant. Et je n'ai pas de regret...

C'est ma foi désolant, mais je n'ai pas tout compris. Juste qu'un gars doit s'arrêter de boxer après qu'on lui a diagnostiqué une tumeur cérébrale et qu'il va alors croiser une fille, toxicomane et prostituée. Lui a été abandonné quand il était petit, elle a servi de monnaie d'échange à un père endetté jusqu'au cou: on peut certes se réjouir d'avoir affaire à des personnages... disons pour le moins atypiques. Bientôt, les voilà embarqués dans une histoire de trafic de drogue ! Résultat: il leur faudra à la fois vaincre chacun leurs démons personnels, mais aussi échapper à tous les tarés qui se lancent aussitôt à leur poursuite - un mélange de mafieux japonais, gangsters chinois et policiers possiblement ripoux. C'est là que j'ai décroché. Qui est qui ? Et qui veut quoi ? Impossible de bien mesurer les enjeux.

Est-ce que c'est dommage ? Peut-être, oui, parce que, sur le plan esthétique, First love... a de la gueule. Pour plusieurs des critiques dont j'ai parcouru la prose après coup, il y a là un style visuel assumé et proche de celui d'un certain Quentin Tarantino. Assez peu amateur de ce type de représentations, je suis resté sans grand enthousiasme devant ces images. Oh ! Je ne doute pas que certain(e)s d'entre vous sauront les apprécier davantage, jusqu'à la scène du grand règlement de comptes final. Mais franchement, je me suis longtemps demandé ce que tout cela voulait livrer comme message ! Le premier degré purement geek n'a pas rassasié mon appétit cinéphile, pour une fois. Triste constat: je n'y ai vu qu'une série de clichés sans grand intérêt. NB: on trouve très facilement des interviews du réalisateur sur le Net.

First love - Le dernier yakuza
Film japonais de Takashi Miike (2019)

Voilà voilà voilà... une note sévère pour traduire mon peu d'intérêt. C'est avec ce film que je découvre le cinéaste, dont les admirateurs disent qu'il est très prolifique. Pas envie d'y replonger pour l'instant. En Corée, A bittersweet life est plus lisible. Idem pour Lucky Strike. Rien de fou. Autant revoir un Mi$e à prix et / ou encore un Kill Bill quelconque pour avoir son comptant d'hémoglobine. Si vous y tenez...

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Vous voulez lire un autre avis ?

Je n'ai pas l'impression que Pascale soit réellement plus enthousiaste.

lundi 8 mars 2021

Les nouveaux pionniers

Les fidèles du blog le savent: je suis fasciné par la conquête spatiale. C'est la raison qui m'a poussé à découvrir L'étoffe des héros, un film sorti moins de quinze ans après l'arrivée de l'homme sur la Lune. Comment a-t-on pu arriver à ce succès ? C'est un peu ce qu'il raconte. L'épopée d'une poignée d'hommes courageux, déterminés et/ou fous !

Tout commence deux ans après la fin de la Seconde guerre mondiale. Sur la base militaire de Muroc Field, en Californie, Chuck Yeager prend place à bord d'un avion avec pour objectif de vaincre le démon du ciel - comprenez de battre le mur du son. Et oui, il y parvient ! C'est ainsi qu'il inscrit un tout nouveau nom à la liste des légendes aériennes, prouvant au passage que ceux qu'on appelle les pilotes d'essai pourraient bien, un jour ou l'autre, monter jusqu'aux étoiles. D'emblée, le ton du film est donné: l'espace est clairement désigné comme ce que Kennedy appellera par la suite "la nouvelle frontière". D'abord vu à cheval, Yeager ressuscite en somme l'image du cowboy éternel et apprend à dompter la technologie pour la gloire du pays. Mais la fresque épique qui nous est promise ne fait que commencer...

Le scénario nous invite ensuite à nous intéresser aux sept membres du projet Mercury, lancés dans une grande lutte avec les Soviétiques pour être les premiers à voler au-dessus de l'atmosphère terrestre. Derrière l'importance scientifique de leurs missions, le long-métrage n'oublie pas d'exposer aussi, avec subtilité, leurs enjeux politiques. Cela étant souligné, je dois dire que j'ai particulièrement apprécié que toute cette histoire nous soit bel et bien racontée à hauteur d'homme. De longues séquences montrent en effet la réalité de la vie quotidienne de ceux qu'on désignera bientôt comme des astronautes. L'étoffe des héros mise sur la durée: (un peu) plus de trois heures. Un bon équilibre est trouvé et ouf ! On nous épargne l'hagiographie sirupeuse, vers laquelle la destinée de ces hommes aurait pu mener...

Pour un film de bientôt 40 ans, le long-métrage se montre épatant dans ses séquences aériennes et spatiales: il est porté par un souffle homérique presque constant. C'est en outre grâce à sa distribution impeccable qu'il s'illustre au plus haut point: après Sam Shepard d'entrée de jeu, vous croiserez aussi la route d'Ed Harris, Scott Glenn, Dennis Quaid... et, vous le voyez, je ne parle ici que des garçons. Chez ces dames, et à titre d'exemples, je retiendrai les prestations inspirées de Barbara Hershey, Pamela Reed ou Mary Jo Deschanel. Suivre le parcours de ces "femmes de" est intéressant: on comprend qu'elles ont été soumises à de très lourdes pressions médiatiques. Aujourd'hui, on dirait sans doute que les succès de leurs chers époux sont un peu les leurs. Le dire en 1960, déjà, ça flattait la ménagère...

Autre point intéressant: le film n'est pas exempt d'une certaine forme de poésie. Je pense notamment à une scène où les escarbilles d'un feu allumé en Australie figurent des lucioles pour l'un des personnages. Impossible d'en dire plus sans spoiler ! Je peux toutefois vous révéler que la bande originale de L'étoffe des héros m'a plu, même si j'ai vu que certains la jugeaient grandiloquente (et nuisible aux images). Tout cela n'est rien d'autre qu'une question de sensibilité, je suppose. On a aussi le droit de penser que cette belle histoire flatte l'Amérique dans le sens du poil, là où la vérité des faits apparaît plus nuancée. Pour ma part, j'ai profité du spectacle sans me poser de questions existentielles sur l'arrogante fierté de la nation à la bannière étoilée. Sans conteste, une idée parmi les emballantes de mon début d'année !

L'étoffe des héros
Film américain de Philip Kaufman (1983)

Malgré le temps passé depuis sa sortie, ce film "fonctionne" encore. Son aspect réaliste et lyrique à la fois plaira certainement à ceux d'entre vous qui trouvent un opus comme First man trop tape à l’oeil. Vous préférerez peut-être un vrai documentaire comme Apollo 11. Autre option: Les figures de l'ombre, sur la face cachée des missions spatiales. Une approche bien plus réelle... que celle de Seul sur mars.

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Maintenant, un choix s'offre à vous...

Vous pouvez retrouver Ideyvonne autour d'une chronique en images. Et/ou une analyse de Vincent, "expatrié" sur un autre blog que le sien.

samedi 6 mars 2021

Un verre, ça va...

Ma première image de Bruce Willis ? Celle d'un type capable d'éliminer à lui seul une bande de terroristes après une partie de cache-cache dans le building où ils ont pris des otages. J'avais bien occulté le fait qu'avant d'être John McClane, notre homme avait joué d'autres rôles. Dans Boire et déboires, "son" Walter Davis est tout sauf un gros dur !

Ce cadre bancaire va signer un gros contrat avec un client japonais. La transaction étant censée avoir lieu dans un restaurant chic, Walter doit dénicher une femme pour l'y accompagner et ainsi laisser croire que les moeurs occidentales et nippones sont presque identiques. Problème: la jolie fille qu'un ami lui indique réagit mal à l'absorption de la moindre goutte d'alcool... et tout va donc partir en cacahuète. Très fidèle à son titre, Boire et déboires est une comédie potache assumée, où Kim Basinger s'illustre en vraie catastrophe ambulante. Les personnages secondaires - dont celui, savoureux, d'un ex jaloux - pousseront le vice jusqu'au point de non-retour ! Sérieux, s'abstenir...

Autant le dire sans fausse gêne: Blake Edwards a fait mieux. Ce blog présente d'ailleurs quelques autres de ses oeuvres, que je classe parmi mes films cultes. Qu'importe: on n'est pas là pour finasser. Pour une soirée plateau-télé, Boire et déboires reste un programme digne d'intérêt, un peu aussi comme le témoin d'une époque révolue. Quelque chose me dit que certaines de ses vannes, si anodines soient-elles pourtant, passeraient beaucoup moins bien aujourd'hui. Cela étant précisé, je voudrais vous convaincre que le coeur du film est fondant: son romantisme finit évidemment par prendre le dessus. Mais d'abord, une longue (et tordante) scène de veille de mariage nous offre son lot de portes qui claquent, dans une ambiance vaudevillesque qui peut nous rappeler les grands Labiche et Feydeau. Si vous vous prenez à ce petit jeu, l'insouciance qui s'en dégage boostera votre moral abîmé par la crise sanitaire. C'est un argument !

Boire et déboires
Film américain de Blake Edwards (1987)

Un long-métrage sympa à regarder (sans trop le prendre au sérieux). Bon... pour causer des ennuis, le personnage de Hrundi V. Bakshi dans La party - du même réalisateur - n'a aucun équivalent connu. Des héros qui créent la catastrophe, vous en trouverez également dans La course à l'échalote, par exemple, ou encore Les bêtises. After hours est une belle litanie d'emmerdes, mais j'ai moins aimé...

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Vous aimeriez un dernier verre ?

Il me semble que Lui, de "L'oeil sur l'écran", est disposé à vous l'offrir.

jeudi 4 mars 2021

En coupe réglée

Des producteurs américains, français et tchèques. Une réalisatrice danoise. Des acteurs hollywoodiens. Serena est un vaste melting pot créatif, adapté d'un roman de Ron Rash, né, lui, en Caroline du Sud. L'histoire retiendra qu'aux States, les distributeurs l'ont sorti trois ans après la fin du tournage. Comme s'ils n'y croyaient pas franchement...

George Pemberton dirige une entreprise de bois de construction. L'affaire tourne plutôt correctement, mais le travail dans la forêt s'avère relativement dangereux pour les bucherons et autres ouvriers. Malgré les hésitations de ses associés, le patron tient le cap et refuse de vendre son terrain aux promoteurs d'un parc national. Il y revient un jour avec une femme, tout à fait prête à s'investir à ses côtés. Serena Shaw a du caractère et, dès le premier jour, convainc chacun qu'elle n'est "pas venue ici pour faire de la broderie". Dans l'Amérique pauvre de la Grande Dépression, ce point de départ scénaristique pourrait ouvrir la porte à une belle fresque sociale à l'ancienne. Finalement, le film s'écarte vite de cette veine et propose un drame convenu, "glamourisé" par le duo Jennifer Lawrence / Bradley Cooper.

On est en 1929 et, parfois, on se croirait presque en 1875: le mythe des pionniers et l'imagerie légendaire des westerns ne sont pas loin. N'ayant pas lu le livre, je ne peux juger du niveau de fidélité du film au récit originel, mais j'ai entendu dire que la fin était différente. Sous cette forme, Serena n'a pas été très bien accueilli: le box-office est resté très en-deçà des attentes, avec à peine 80.465 spectateurs dans les salles françaises, par exemple. Au 254ème rang de 2014 ! Mais le film mérite-t-il mieux ? Peut-être. Qu'il n'offre qu'un nombre limité de surprises joue clairement en sa défaveur: toute l'intrigue semble quelque peu cousue de fil blanc. La reconstitution historique d'une époque difficile pour l'Amérique est toutefois soignée: l'amateur de costumes que je suis a largement eu de quoi régaler ses mirettes. Seul vrai regret: avoir dû me contenter d'une diffusion télé en version française. Le reste tient encore la route, même si je l'oublierai vite...

Serena
Film américain de Susanne Bier (2014)

Trois étoiles et demie: la p'tite prime pour le duo d'acteurs vedettes. Je n'ai rien vu d'extraordinaire, mais rien de très infamant non plus. Un peu à cette même époque, Des hommes sans loi m'avait laissé froid. L'Amérique pauvre est mieux filmée dans Les moissons du ciel et, je veux le supposer, Les raisins de la colère (John Ford / 1940). Pour les comédiens déjà cités, mieux vaut voir Happiness therapy...

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Envie d'aller plus loin ?

Vous pourrez voir que Pascale et Dasola, elles aussi, ont parlé du film. Et la seconde nommée nous confie également... son avis sur le livre

lundi 1 mars 2021

Comme dans un étau

Asghar Farhadi a pu réaliser Le client en attendant de réunir l'équipe de l'un de ses films européens. "C’était l’occasion pour moi de faire un film en Iran, pour mon plus grand bonheur", a expliqué l'Iranien. Présenté à Cannes, cet opus en est reparti avec le Prix du scénario et, pour Shahab Hosseini, le Prix d'interprétation masculine. Pas mal !

En couple et jeunes comédiens à Téhéran, Rana (Taraneh Allidousti) et Emad (Shahab Hosseini, donc) doivent quitter leur appartement commun, ébranlé par de fortes secousses. Un membre de leur troupe décide alors de leur en prêter un autre. Problème: une ex-locataire est partie en y laissant des affaires personnelles et ne veut pas venir les chercher. Tendue, la situation s'aggrave encore un soir où Emad rentre tard: Rana, restée seule chez elle, est violemment agressée. Très habilement, ce n'est ensuite qu'au compte-gouttes que Le client révèle ses secrets, y compris celui de ce titre d'abord énigmatique. Vous noterez toutefois que certains éléments demeurent dans l'ombre jusqu'au bout, divers points du récit restant sujets à interprétation. Lire (a posteriori) plusieurs critiques sur le film m'a bien démontré qu'il ne pouvait pas être perçu par tout le monde de la même façon. Moi, je juge cette relative incertitude agréable parce que stimulante !

Est-elle aussi révélatrice du style d'Asghar Farhadi ? Je peux le croire. Certains exégètes estiment toutefois que le cinéaste tourne en boucle autour des mêmes idées et qu'il n'invente donc plus rien de notable. Possible, mais, quitte à me répéter, je tiens à dire qu'ici, je reste convaincu par son talent pour les histoires... mais aussi pour la mise en scène. Un bémol à mes yeux ? Sa tendance à "charger la mule". Comme d'autres, Le client multiplie en effet les rebondissements finaux: je peux comprendre que cela lasse ou paraisse un peu facile. Artiste cérébral et érudit, le réalisateur s'est visiblement fait plaisir en filant la métaphore théâtrale, en jouant sur les faux semblants propres à la scène et la force des non-dits. Il appuie un parallèle possible entre le cadre du film et le New York de Mort d'un commis voyageur, la pièce d'Arthur Miller. Lors de la sortie du film, l'auteur voyait Téhéran comme "une ville qui change de visage à une allure délirante", notant que "ceux qui ne peuvent s’adapter à cette course effrénée sont sacrifiés" ! Et les artistes restent soumis à la censure...

Le client
Film iranien d'Asghar Farhadi (2016)

On est un peu à la jonction entre L'insulte et Prisoners, à mon sens. Vous le voyez: mon bilan reste largement positif. Ce film très réfléchi n'a rien d'un divertissement, mais c'est en revanche une oeuvre forte par bien des aspects - malgré, d'accord, quelques "grosses ficelles". Côté iranien, Une séparation, du même réalisateur, fait référence. Et, sur un sujet assez proche, Un homme intègre mérite un détour...

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Je tenais à conclure sur une anecdote...

Après Cannes, Taraneh Allidousti a fait polémique pour un tatouage féministe. En 2020, elle a diffusé une vidéo sur l'action de la police des moeurs et alors été condamnée pour "activités de propagande contre l'État" à cinq mois d'emprisonnement (avec sursis à exécution).

Et pour en terminer avec le film du jour...
Je vous laisse découvrir les opinions - nuancées - de Dasola et Strum.

vendredi 26 février 2021

Un goût d'eau salée

Le premier film d'animation que j'ai vu cette année est l'adaptation d'un manga récent et s'intitule - comme lui - Les enfants de la mer. Un soir de janvier, une très forte envie de m'évader de mon quotidien m'a conduit à le regarder en priorité. C'est à la fois une merveille graphique et une oeuvre vraiment difficile à analyser. Bon, j'essaye...

Ruka, une pré-adolescente, est la meilleure attaquante de son équipe de handball. Vexée par une adversaire, elle s'énerve et, sur l'action suivante, blesse sciemment sa rivale d'un coup de coude au visage. Son entraîneur n'obtient pas les excuses attendues et l'exclut dès lors du groupe. Ruka ronge donc son frein et décide d'aller voir son père sur son lieu de travail: l'aquarium de la ville. Dans l'un des bassins principaux, elle découvre... un garçon élevé par des mammifères marins ! C'est à partir de là que le scénario se complique vraiment. Pour en profiter, j'ai décidé de "débrancher mon cerveau" et essayé de me contenter d'une posture contemplative. Je me répète: j'ai vu des choses superbes. Complexes, oui, mais superbes ! Grand voyage !

Livré sans notice explicative, le film a de quoi dérouter. Les kids amateurs de dessins animés (japonais ou non) pourraient bien avoir du mal à comprendre les personnages - et ce même s'ils ont leur âge. Je parle au conditionnel, parce qu'en fait, je n'en sais fichtre rien ! Par ailleurs, je me dis que ce n'est pas forcément le plus important. De par sa beauté même, Les enfants de la mer délivre un message écologique et spirituel qui suffit largement à le rendre intéressant. Finalement, ne pas avoir tout rationalisé me satisfait: les mondes océaniques gardent une part de mystère et laissent une grande porte ouverte à notre imagination, quitte à ce que la poésie s'engouffre avec elle dans la brèche. Le reste n'est qu'une affaire de sensibilité. Je ne regarderais pas un tel film tous les jours, mais je trouverais désolant de devoir m'en passer. Seuls 67.132 Français ont vu cet opus en salles, où il était sorti en plein été. Ce total faiblard peut grimper !

Les enfants de la mer
Film japonais d'Ayumu Wanatabe (2019)

J'ai hésité à donner ces quatre étoiles pleines, mais la grande beauté de certains plans me pousse vers cette note généreuse. J'insiste toutefois pour vous alerter sur la complexité du scénario, en notant que l'histoire est prolongée de quelques minutes APRÈS le générique ! Autour du monde marin, je conseille de (re)voir Ponyo sur la falaise et La tortue rouge. Car oui, Le monde de Nemo, c'est autre chose...

mercredi 24 février 2021

Une idée du chaos

Elle a un prénom de reine, mais sans les honneurs liés à la couronne. Victoria est avocate et cumule les emmerdements: une vie affective réduite au néant, un ex qui écrit des horreurs sur elle, un ami instable à défendre devant la cour d'assises et deux filles pas-très-sages. Suggestion du jour: la plongée dans un drôle de tourbillon existentiel !

On a demandé à Justine Triet, la réalisatrice-scénariste de Victoria, si son deuxième opus était "un film joyeux sur la dépression" (sic). Elle a plutôt cherché à tourner "une comédie "désespérée" sur la vie chaotique d'une femme contemporaine". Et oui, elle y est parvenue ! Grâce à son interprète principale, bien sûr, l'excellente Virgine Efira. Attention: nous sommes au cinéma et, par conséquent, les péripéties proposées par le scénario paraissent parfois un peu rocambolesques. Quelque chose me fait dire pourtant que chacun pourra se reconnaître dans ce portrait, loin d'être aussi hilarant, à mes yeux, qu'un extrait de Télérama l'avait proclamé... sur l'affiche même du long-métrage. Choisi à Cannes pour ouvrir la Semaine de la critique en 2016, le film révèle plusieurs facettes dignes d'intérêt. Je n'ai jamais ri aux éclats devant mon écran de télé, mais j'ai vu quelques nuances assez fines derrière les personnages caricaturaux. Ce qui rend le tout "réaliste"...

Vous l'aurez compris: plusieurs hommes gravitent autour de l'héroïne. Les acteurs s'illustrent, eux aussi, à commencer par Vincent Lacoste et Melvil Poupaud, duo chic et choc parfaitement complémentaire. Dans leur sillage, tout le casting tient la route, avec une mention spéciale pour Laure Calamy, rigolote dans son petit rôle de juriste agitée. La fantaisie du film vient aussi qu'il laisse certaines clés narratives à des animaux, comme s'il était plausible qu'un chien puisse être expertisé par un tribunal ou qu'une guenon y soit entendue comme témoin dans un dossier criminel. Le récit étant d'une fluidité impeccable, je me suis donc accroché à cette histoire sans difficulté. Victoria n'invente rien sur le plan de l'image, mais se classe aisément dans la catégorie des divertissements malins (et sans prétention). Surprise: il n'a reçu aucun des cinq César auxquels il était nommé. Dommage ! Et tant pis: cela n'enlève évidemment rien à ses qualités !

Victoria
Film français de Justine Triet (2016)

Un chouette film ! La réalisatrice se dit inspirée par plusieurs auteurs comiques, comme Howard Hawks, Billy Wilder ou Blake Edwards. Bon... la barre est haute, tout de même, même si certains critiques mentionnent une parenté avec Woody Allen et/ou John Cassavetes ! Par le côté psy, pourquoi pas ? Il y en avait un aussi dans Deux moi. Sur le tourbillon de la vie, Frances Ha est bien aussi, côté américain.

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Le film a plutôt eu un bon accueil public...

Il a également été chroniqué chez Dasola, Princécranoir, Strum et Lui.

Attention toutefois à ne pas tout confondre...
En 2015, un autre film - allemand - est sorti sous le titre Victoria. Très bien aussi, ce thriller policier a pu être filmé en une seule prise !

lundi 22 février 2021

Contrastes australiens

C'est un fait: le nombre de films océaniens que je vois chaque année se compte sur les doigts d'une seule main. Goldstone fait donc figure d'exception dans ma cinéphilie voyageuse, mais j'avais repéré ce film australien comme étant la suite de Mystery road, vu l'année dernière. Prendre des nouvelles de Jay, le personnage principal, m'a fait envie !

Regardez-le, à gauche: le flic du premier opus a changé de look. Désormais, il a les cheveux longs et une fâcheuse tendance à boire beaucoup. Ce qui n'arrange pas son cas, sachant que ses origines aborigènes lui valent le mépris des notables blancs de la petite ville où il enquête sur la disparition... d'une jeune Chinoise. On découvrira avec lui combien ces mêmes notables sont racistes et corrompus. Précision: ceci n'est pas forcément un spoiler ! Goldstone est un film policier, certes, mais ce n'est pas ce que je trouve le plus intéressant. C'est plutôt la manière dont il dissèque une petite communauté humaine qui me fascine ici. Et les acteurs paraissent très impliqués...

Oui, une nouvelle fois, Aaron Pedersen impose son charisme minéral. Il est bien accompagné... et je tiens à citer Jacki Weaver, l'actrice présente sur ma première photo, parfaite dans un rôle ambivalent. Mention spéciale également pour David Gulpilil, que j'avais découvert il y a longtemps dans... Crocodile Dundee (un film très différent) ! C'est tout un petit monde qui se déploie - lentement - sous nos yeux. Goldstone joue sur les contrastes, à rebours d'une certaine image préconçue que, pour ma part, j'ai de l'Australie. S'agirait-il d'un film réaliste pour cette même raison ? Je manque d'infos pour en juger. Cela étant, je peux vous assurer que j'ai passé un chouette moment devant ma télé, non sans noter que le film n'a jamais eu la chance d'être projeté dans les salles françaises. Il s'est toutefois prolongé d'une série, récemment diffusée sur Arte, mais que je n'ai pas vue. Cette fois, c'est peut-être vous qui m'en direz davantage sur le sujet !

Goldstone
Film australien d'Ivan Sen (2016)

Ce deuxième volet m'a moins surpris que le premier, mais autant plu. C'est du cinéma "brut de décoffrage", comme je préfère les polars présentés sur grand écran. Je réitère ce que je vous disais au cours du mois de mai dernier: La isla mínima et Memories of murder m'apparaissent dans cette veine. La part d'inconnu inhérente au pays étranger compte, bien sûr, dans ma comparaison ET ma satisfaction !

samedi 20 février 2021

Façon puzzle

"Le cinéma reste un art secondaire en Roumanie". Ce n'est pas moi qui le dis, mais Corneliu Porumboiu, un cinéaste que j'ai découvert récemment avec le dernier de ses cinq longs-métrages: Les siffleurs. Son pays, assure-t-il, aurait perdu deux générations de spectateurs. "Mon" film d'aujourd'hui a donc des producteurs français et allemands.

Il raconte l'histoire de Cristi, un policier qui est aussi un petit truand. Difficile d'être serein: ses collègues se méfient de lui et les mafieux qui l'emploient ne lui accordent guère plus de confiance. La situation s'avère tendue, d'autant que Gilda, une très jolie femme (fatale ?), l'attire sur une île des Canaries, où il est censé apprendre un langage sifflé bien utile pour communiquer avec ses complices et faire libérer un entrepreneur véreux coincé par les flics. Vous trouvez mon résumé improbable et compliqué ? Voyez donc le film: totalement déstructuré sur le plan chronologique, il est bien loin d'être facile à comprendre ! Pire, je l'ai senti un peu "artificiel" et pour cette raison, il m'a déçu...

Jusqu'au prénom de l'héroïne, Les siffleurs reprend une bonne partie des codes du film noir, les triture dans tous les sens et accouche alors d'un récit souvent trop abscons pour être honnête. Je trouve vraiment que c'est dommage: pour avoir intégré d'autres références visuelles au cinéma classique, et notamment au western, cet "objet" hybride aurait sans doute davantage pu me parler. Son indéniable originalité a évidemment plu à d'autres et tant mieux, donc, pour la Roumanie ! Je peux - presque - comprendre ceux qui n'y voient qu'une comédie. Disons que Corneliu Porumboiu a de bonnes références, en tout cas. Je suis resté sur ma faim, mais respecte son travail. À vous de juger.

Les siffleurs
Film roumain de Corneliu Porumboiu (2019)

Pour l'aspect puzzle, Pulp fiction reste - à mes yeux - plus accessible. Ce méli-mélo policier aurait pu être ludique: je suis "passé à côté". Reste la possibilité de découvrir d'autres horizons: la froide Bucarest d'abord, puis La Gomera (île canarienne et titre original du film), avant d'atterrir à Singapour: avis, donc, aux amateurs de voyages. Bon plan: (re)voir un classique du noir au féminin, Laura ou... Gilda !

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Et qu'en pensent mes petits camarades ?

Je vous laisserai aller le découvrir chez Pascale, Dasola, Strum et Lui.