mardi 25 novembre 2014

Une vie samba

Les cinéphiles le savent bien: Annecy, 53.013 habitants en 2011 d'après la mairie, n'est pas que le chef-lieu de la Haute-Savoie. Depuis 1960, la petite cité alpine accueille un festival du cinéma d'animation. Référence internationale, l'événement a, au mois de juin dernier, généré 115.000 entrées en six jours, avec plus de 500 films projetés, venus de 26 pays. De quoi repousser quelques frontières...

Cette année, le Cristal, le plus prestigieux des prix du Festival d'Annecy, est allé à une oeuvre brésilienne: Le garçon et le monde. J'ajoute que le long-métrage s'est aussi vu décerner le Prix du public. C'est la deuxième création d'Alê Abreu, après un premier opus resté inédit en France. J'ai eu la chance de la découvrir il y a trois semaines environ, dans la plus petite des salles - 37 fauteuils - du... plus petit des cinémas de ma ville. J'en suis sorti absolument en-chan-té ! Comme le titre le suggère, il est ici question d'un petit garçon, qui vit à la campagne avec ses parents. Les premières images le montrent en train de gambader dans la nature, visiblement heureux. Le titre original s'affiche alors et le ton change: le père quitte la petite famille et l'enfant reste, désemparé, avec sa mère pour unique compagnie...

Une petite heure et demie durant, Le garçon et le monde nous place à la hauteur d'un marmot pour envisager la conséquence sur le groupe familial du départ d'un de ses membres. Il semble assez difficile alors de réfréner une empathie à l'égard de ce p'tit bout, privé de son papa. La vraie magie, c'est d'être touché par un dessin. S'il s'enrichit d'innombrables couleurs et de formes plus complexes, le graphisme premier du film paraît assez simpliste, un peu comme si un enfant s'était soudain emparé des crayons de l'auteur. Je me suis convaincu en l'admirant que ce style pouvait aider les plus jeunes à s'immerger dans le scénario. Je crois toutefois qu'il me faut également souligner qu'il n'y avait pas que des enfants avec moi dans la salle. Il y avait aussi des adultes, venus seuls comme moi, ou en groupe de "grands".

C'est que, derrière sa simplicité apparente, le film a un message "politique" à faire passer, un message auquel les petits spectateurs resteront (peut-être) insensibles. C'est sans doute une caractéristique due à sa nationalité brésilienne: le long-métrage offre une tribune aux idéaux libertaires et écologistes. Quand le père du petit garçon s'efface dans le lointain, c'est en fait comme si un monde entier disparaissait avec lui, un univers jusqu'alors harmonieux que vient souiller une logique plus matérialiste, productiviste, quasi-guerrière. Le garçon et le monde quitte le royaume de l'enfance pour arpenter des terres réservées à certains adultes seulement, princes dictatoriaux de mégalopoles régies par les valeurs de l'argent. Quelques images réelles arrivent et, avec elles, l'idée de désolation...

Vous l'aurez compris: si le film vous propose un incroyable voyage parmi les couleurs du Brésil, il en explore aussi la face sombre. Aspect intéressant: il ne donne aucun véritable repère temporel, l'imagerie laissant la place à l'idée d'un futur possible, mais contenant également son lot de références traditionnelles, ancrées dans une sorte de passé reconstitué et imaginaire. Ce qui m'a touché, c'est que le film déroule son scénario presque sans aucune parole: quand les personnages s'expriment, ce qui n'arrive que rarement, ils le font dans un langage inventé, qui est en fait du portugais inversé ! Le garçon et le monde m'a touché aussi grâce à sa bande originale, mélange bien dosé d'airs de carnaval et de musiques rap. De quoi accompagner vos émotions jusqu'au bout du bout du générique final. Une vraie et belle réussite !

Le garçon et le monde
Film brésilien d'Alê Abreu (2014)

C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi, ça veut dire beaucoup: cette merveille de dessin animé me permet aussi d'ajouter un nouveau pays à mon "tableau de chasse" cinématographique. Jusqu'alors, le film qui m'avait le mieux permis d'approcher le Brésil était le bien nommé Rio - un autre dessin animé, venu lui d'un studio américain. Bon, rien ne vous interdit d'apprécier les deux, bien sûr...

lundi 24 novembre 2014

Avec les requins

La crise économique serait-elle propice au bon cinéma ? Si on y pense en termes de production, la réponse est très probablement négative. En revanche, l'économie qui dégringole peut inspirer les scénaristes. L'idée de Margin call est d'observer la récession de l'intérieur, au sein même d'une banque d'investissement soudain menacée par la toxicité de ses avoirs. Toute ressemblance avec la réalité n'est pas fortuite...

Avant de tourner, le scénariste-réalisateur a interviewé des vétérans de la finance. Son propre père a travaillé pour Merrill Lynch. On dit que, jusque dans son nom, John Tuld, l'un des personnages du film s'inspire de l'ex-patron de Lehman Brothers, Richard Fuld. Il est clair qu'un certain réalisme a été recherché ici: les locaux d'une ex-société de gestion... en faillite ont été utilisés et forment un décor parfait. L'intrigue démarre sur les chapeaux de roue: à peine le générique passé, une bonne partie des traders d'une grosse banque américaine est licenciée. Le plus ancien n'a que 24 heures pour accepter la prime offerte pour son départ. Son accès Internet et son abonnement téléphonique sont immédiatement suspendus. Problème: c'est lui aussi qui a soulevé le lièvre des finances "moisies" qui menacent l'équilibre de la société entière et, plus encore, de l'économie nationale. Le collègue à qui il a refilé le dossier avant de partir refait ses calculs, voit le danger confirmé, en avise alors son nouveau chef de service... Margin call ou la boule de neige qui grossit, grossit...

Autant le dire: juste techniquement, le scénario parle de choses difficiles à cerner pour le commun des mortels, qu'il soit question d'effet de levier, de volatilité ou bien encore d'autres concepts financiers pointus. Quand deux hauts cadres de la banque croisent une femme venue faire le ménage sans même la regarder ou lui dire bonjour, il est déjà très clair qu'il y a poisson et poisson à l'intérieur du bocal. C'est au fond sans surprise que les requins se dévorent entre eux, le plus fort n'étant finalement que celui qui a su réagir rapidement ou celui qui triche le mieux. Margin call joue beaucoup sur le décalage entre ces financiers incapables de chiffrer l'étendue d'un krach et les épargnants, inconscients de ce qui va leur tomber sur la tête. Le plus réussi dans tout ça est encore d'être resté à l'écart du pensum démagogique. Tout au plus déplorera-t-on des ressorts dramatiques un peu simplistes, entre le cynisme des uns et la naïveté des autres. Le casting ? Jeremy Irons, Kevin Spacey, Demi Moore, Paul Bettany, Stanley Tucci, Simon Baker, Zachary Quinto... parfaits !

Margin call
Film américain de J. C. Chandor (2011)

Un p'tit bémol dans ma notation, juste parce que le long-métrage paraît un peu froid, comme déshumanisé - c'était sans doute le but. Personnellement, je n'ai pas vu le Wall Street d'Oliver Stone, qui sert d'élément de comparaison à certains critiques et internautes cinéphiles. Le loup de Wall Street découvert chez Martin Scorsese verse quant à lui dans d'autres excès. Serait-ce un défaut ? Pas sûr...

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Les arcanes de la finance se dévoilent sur d'autres pages...

Vous avez le choix. "L'impossible blog cinéma" évoque les acteurs. Parmi les critiques positives, vous pourrez lire celles que publient "L'oeil sur l'écran", "Le blog de Dasola","Mon cinéma, jour après jour" et "Deuxième scéance". Un bon contrepoint: "Sur la route du cinéma".

Au fait, si je n'ai pas traduit le titre...

C'est volontaire: j'ai peur de vous en dévoiler un peu trop.

dimanche 23 novembre 2014

Chômeurs

J'ai été ému par l'humanisme d'Aki Kaurismäki quand j'ai vu son film tourné dans un port normand. J'ai prisé le côté absurde de son cinéma devant son personnage amnésique. J'ai ri du kitsch absolu d'un groupe de rock finlandais engagé dans une calamiteuse tournée-virée américaine. Aujourd'hui, je vais ajouter un quatrième opus à la liste de mes références du même cinéaste: Au loin s'en vont les nuages.

D'abord, une petite anecdote historique: l'année de sa sortie, le film marqua la troisième participation de son auteur au Festival de Cannes et, surtout, sa toute première sélection pour la course à la Palme. Même si le jury présidé par Francis Ford Coppola ne lui décerna aucune récompense, Aki Kaurismäki commençait à imposer son style. Sur l'aspect visuel en tout cas, Au loin s'en vont les nuages ressemble vraiment à ce que je connaissais déjà. Ce sentiment d'agréable familiarité s'est encore renforcé avec la présence à l'écran de Kati Outinen, la muse du réalisateur. Kari Väänänen, premier rôle masculin, est un autre visage connu: ici, il vient d'ailleurs remplacer Matti Pellonpää, l'acteur fidèle des tout premiers Kaurismäki, décédé quelques mois avant le tournage. Autour de ces décors et acteurs relativement habituels, le long-métrage m'a alors permis d'apprécier une facette plus sombre de son créateur. Et sans oublier de sourire...

Au loin s'en vont les nuages: le titre dit déjà beaucoup de choses. Reprise des paroles d'une chanson entendue dans le film, il annonce un possible happy end - je vous laisse juger seuls de la vraie nature de cette fin, réconfortante ou quelque peu ironique. Il vous faudra d'abord savoir accueillir un long-métrage atypique, peu bavard, entrecoupé de très nombreux fondus au noir, assez "anti-naturaliste" comme l'a suggéré celui qui, ce soir-là, le présentait dans le cinéma où je l'ai découvert. Concrètement, l'histoire d'Ilona et Lauri, couple en deuil d'un enfant et soudain frappé par le chômage, n'est pas drôle. La chose incroyable est qu'elle prête quand même à l'amusement. Face au sort qui s'acharne, les deux anti-héros se battent courageusement et, avec les moyens du bord, s'en sortent dignement. L'ironie tient notamment à ce que la source des problèmes apporte aussi leur solution, après la parenthèse désenchantée. Autant rire...

Au loin s'en vont les nuages
Film finlandais d'Aki Kaurismäki (1996)

À la table des grands réalisateurs sociaux, je placerais très volontiers Aki Kaurismäki à une place voisine de celle de Ken Loach. J'imagine qu'en se croisant à Cannes, les deux ont eu des choses à se dire. J'ajoute également notre Robert Guédiguian national. C'est bien à lui que j'ai pensé devant ce nouveau film et une Kati Outinen impeccable de sobriété, telle une Ariane Ascaride qui aurait migré vers le Nord...

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Un dernier soupçon d'ironie, peut-être ?
Cette année-là, la Palme d'or revint à un autre film social, britannique celui-là: Secrets et mensonges, de Mike Leigh. Un tout autre genre.

Quant à ce qu'il en dit, lui...
Invité du Festival de Lecce (Italie) l'année dernière, Aki Kaurismäki était notamment honoré d'une exposition de photos sur ses oeuvres. La légende sous celle d'Au loin s'en vont les nuages était une citation généreuse: "J'ai toujours eu l'ambition secrète que le spectateur sorte du cinéma en se sentant un peu plus heureux que lorsqu'il est arrivé".

samedi 22 novembre 2014

Références françaises

Puisque je vous ai parlé d'animation hier, je poursuis dès aujourd'hui avec deux courts-métrages français. Le premier a reçu le 2 mars dernier l'Oscar du meilleur court-métrage animé, quand le second s'était adjugé le César équivalent le 28 février. L'école d'animation française est une référence mondiale, dit-on. Des talents émergent régulièrement et certains s'exportent. Mieux qu'un fromage qui pue...

Bon, avant d'être exagérément cocardier, je me dois de souligner aussi que Mr. Hublot, distingué donc par l'Académie américaine derrière ses grosses lunettes rondes, est présenté par Wikipedia comme un court franco-luxembourgeois. Il s'inspire de personnages créés par Stéphane Halleux, un sculpteur belge. La francophonie triomphante de Laurent Witz et Alexandre Espigares, co-réalisateurs, porte une oeuvre... sans parole. Dans une métropole futuriste submergée par la mécanique, un homme solitaire et ultra-maniaque s'entiche d'un chien-robot. Le scénario tourne franchement à la farce quand le toutou grandit, avec tous les risques induits sur une vie jusqu'alors beaucoup moins mouvementée. Irréprochable sur le plan technique, Mr. Hublot amuse gentiment. Sans trop inventer, cela dit.

Sur l'aspect purement créatif, pour moi, c'est bien Mademoiselle Kiki et les Montparnos qui peut décrocher la Palme (ou le César, oui !). Grâce à ce programme court, j'ai d'abord découvert un personnage, celui de Kiki de Montparnasse, amie et modèle de tous les artistes majeurs du Paris de l'entre-deux-guerres, les Man Ray, Utrillo, Foujita, Modigliani et consorts. Une femme moderne qui fréquentait aussi les dadas, Picabia et Tzara, et les premiers écrivains surréalistes, Aragon, Breton, Éluard et j'en passe. Une époque d'insouciance relative, réinventée à partir du livre de souvenirs laissé par la dame (1901-1953). Par son seul graphisme, Mademoiselle Kiki et les Montparnos est une claque: c'est beau, coloré, virevoltant. Comme un tableau vivant, ces quatorze petites minutes d'animation émeuvent finalement, quand on saisit que cette vie de bamboche avait aussi des jours "sans". Bravo à la réalisatrice, Amélie Harrault !

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Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, à vos commentaires...

J'ai déjà l'intention de reparler ici de courts-métrages d'animation. Avant d'y revenir, je suis preneur de vos suggestions, sans attendre.

vendredi 21 novembre 2014

Minet pour minots

Ce soir-là, sur le canapé du salon, avec sa maman et moi, il y avait une petite fille de cinq ans et demi. Elle est restée plutôt silencieuse devant la télé, mais je ne suis pas sûr qu'elle ait tout compris. Confidence pour confidence: si elle n'avait pas été là, j'aurais regardé Le chat potté tout seul. Ce soir-là, sur le canapé du salon, j'espérais retomber en enfance. Bon, en fait, ça n'a pas tout à fait fonctionné...

Pote de l'ogre Shrek avant de pouvoir compter sur son propre dessin animé, Le chat potté est un roux matou venu des contes de fées. Outre son pelage, il a pour atout ses bottes, son chapeau à plume genre mousquetaire et, bien sûr, son épée. Un véritable p'tit mec doté de la parole, qui fait "miaou" quand il est surpris et qui ronronne quand il est à l'aise. Dans cette aventure, après une jolie bagarre dansée pour marquer son territoire, il sympathise avec une minette voleuse et... un oeuf anthropomorphe. La mission du jour consistera à récupérer des haricots magiques qui, une fois plantés, permettront de rejoindre le château-tanière d'une oie géante, supposée pondre d'autres oeufs, en or ceux-là. Ah ! Il y a aussi un méchant et deux pour le prix d'un: Jack et Jill, éleveur de sangliers vraiment stupides.

Bilan: si le film est peut-être un peu trop exigeant pour une fillette comme ma voisine de canapé, il me semble d'un intérêt un peu limité pour un presque-quadra comme moi. Quelques vannes font mouche parce qu'elles font référence à d'autres, récurrentes dans les dessins animés. Honnêtement, ça n'a pas suffi à m'emballer vraiment. Évidemment, on peut s'amuser à rechercher les clins d'oeil au cinéma classique: il y en a quelques-uns dans Le chat potté, peut-être plus d'ailleurs que je ne l'ai remarqué. Ce minet pour minots conserve bien un potentiel de séduction - surtout quand il fait ses grands yeux tristes. J'ai vu le film en VF: ça peut avoir joué en sa défaveur. D'après moi, le tout est surtout beaucoup trop bavard: j'espérais d'autres rebondissements et plus d'action. Le chat sans le blablabla...

Le chat potté
Film américain de Chris Miller (2011)

Sauf pour faire plaisir aux gamins, je ne suis pas sûr que l'idée d'offrir au matou un film à lui soit si enthousiasmante. Je prends acte que Dreamworks est parvenu à attirer un large public, mais je préfère les démarches plus inventives - et par exemple Les Croods. Ce type d'animation mise sur l'efficacité plus que sur l'émotion, il me semble. Cette année, j'ai (de loin) préféré  Le conte de la princesse Kaguya.

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Suivez donc la piste du mistigri...

Vous le retrouverez chez Pascale ("Sur la route du cinéma").

mercredi 19 novembre 2014

Chinoiseries

Vous avez compté ? Sept des dix derniers films que j'ai évoqués ici sont américains. Je vais glisser aujourd'hui vers le Sud pour parler d'une production argentine: El Chino. Les plus cinéphiles d'entre vous auront peut-être plaisir à y retrouver celui qu'on présente parfois comme la star de Buenos Aires, j'ai nommé Ricardo Darin. Je précise qu'il campe très honorablement l'un des deux personnages principaux.

Sur la photo, Ricardo Darin est à droite. À gauche, je vous présente Huang Sheng Huang, un comédien taïwanais qui semble faire l'essentiel de sa carrière en Argentine sous l'identité "couleur locale" d'Ignacio Huang. Mon premier est un quincailler râleur et solitaire. Mon second, un Chinois - d'où le titre - à la recherche de sa famille exilée et, en attendant de la retrouver, perdu dans un pays étranger. Détail important qui démarre le film: Jun arrive en Amérique du Sud après la mort de sa fiancée, écrasée... par une vache tombée du ciel. Je sais ce que vous vous dites: "C'est n'importe quoi !". Je n'ose pas vous donner tort. Cet argument dramatique est complètement fou. Pourtant, en regardant El Chino, et sans doute parce que l'anecdote est d'abord présentée comme réelle, on oublie le côté invraisemblable de la chose. C'est le mieux à faire pour entrer dans cette histoire...

En fait, hormis donc ce lancement farfelu, le récit ne réserve que peu de surprises. Des films sur le choc des cultures, je suis tout à fait sûr que vous en avez vu d'autres. Si je crois bon de vous encourager aujourd'hui à donner une chance à El Chino, si je lui donne une note généreuse, c'est qu'il m'a en quelque sorte dépaysé. Le cinéma contemporain vous offrira des tombereaux d'oeuvres plus intenses. Objectivement, il y a des dizaines et des dizaines d'autres films autour de la question de l'émigration et de la cohabitation forcée entre deux êtres que tout oppose a priori. Celui-là insuffle toutefois une forme de poésie qui le rend finalement sympathique. Il risque certes de ne pas combler ceux d'entre vous qui attendent du cinéma une audace technique sans cesse renouvelée. Mon conseil sera donc de le prendre tel qu'il est, sans trop en attendre. Et à vous de voir...

El Chino
Film argentin de Sebastian Borensztein (2011)

Je n'ai pas vu Sin memoria, le film précédent du même réalisateur. Comme son titre le suggère, il s'agirait de l'histoire d'un homme amnésique. Rien de tel dans le film d'aujourd'hui, si ce n'est peut-être l'étude d'un individu ayant perdu ses repères. Si vous préférez aborder la question de l'émigration sur un ton dramatique, je vous conseille Rêves d'or - La jaula de oro. Voyage en Amérique du Sud, toujours...

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Pour d'autres nouvelles de Jun, vous avez le choix...

Vous pouvez aller lire un vieux texte de "L'impossible blog ciné". Alternative (ou complément): jeter un oeil sur "Le blog de Dasola".

Bon, et avec tout ça, je me rends compte d'une chose...

J'ai oublié de vous dire que le film est amusant, mais pas seulement.

lundi 17 novembre 2014

Frères d'armes

Los Angeles, 25 mars 1954: Tant qu'il y aura des hommes obtient huit Oscars et égalise ainsi le record de l'époque. Touchée, l'Académie consacre le film comme meilleur long-métrage de 1953 et couronne son réalisateur, Fred Zinnemann, pour la première fois. J'ai eu envie de me frotter enfin à ce grand classique du cinéma américain. Histoire de voir s'il pouvait m'émouvoir, 60 ans après son triomphe...

La première chose que j'ai connue sur ce film, c'est cette image iconique d'un couple enlacé et submergé par l'océan. Elle s'était tapie dans un recoin de ma mémoire visuelle depuis un bon petit moment. Devenu adulte, j'ai vu quelques films de l'homme, Burt Lancaster, mais je crois qu'en regardant Tant qu'il y aura des hommes, j'ai vu aussi mon premier film avec la femme, Deborah Kerr. Elle et lui sont deux des stars d'un magnifique casting, avec aussi Montgomery Clift, Frank Sinatra, Ernest Borgnine et, une autre découverte pour moi, Donna Reed. La première chose que j'ai aimée en découvrant finalement l'histoire qui les rassemble tous, c'est qu'il n'y a pas vraiment de premiers rôles. Tiré d'un livre, le scénario fait la part belle à tous les personnages, sans manichéisme. Un très bel équilibre.

Nous sommes ramenés en 1941. Un dénommé Robert Prewitt intègre un régiment basé à Hawaï. Son officier supérieur l'imagine aussitôt comme l'homme qui fera briller la troupe lors des combats de boxe organisés entre les différents corps d'armée. Problème: le soldat refuse de monter sur un ring, traumatisé par un accident qu'il a causé quelques années auparavant. Ce n'est pas suffisant pour l'envoyer devant une cour martiale, mais bien assez pour lui valoir d'incessantes brimades venues de son commandement. Prewitt encaisse sans moufter et s'efforce d'être irréprochable par ailleurs. Petit à petit, il gagne le respect de certains de ses camarades. Intelligemment, le film décrit alors la compagnie en détail, établissant alors que la discipline ne vaut que si elle s'accompagne d'une éthique.

Contexte historique oblige, Tant qu'il y aura des hommes aurait pu n'être qu'un banal long-métrage patriotique, exaltant les valeurs éternelles de l'Amérique face à un ennemi évidemment étranger. Honnêtement, je ne vais pas vous dire que les Japonais bénéficient ici d'une bonne image, mais je vous le certifie: l'épée de Damoclès qu'ils représentent n'est pas le sujet du film. Fred Zinnemann s'ingénie plutôt à nous montrer le quotidien des troufions, moments de détente compris. Bon, OK, à l'écran, les prostituées du roman originel sont devenues de simples hôtesses - il fallait bien passer entre les mailles de la censure. N'empêche: ce qui nous est montré conserve un fort pouvoir émotionnel. Pour peu que vous soyez sensibles au charme du cinéma ancien, laissez-vous donc emporter...

Le titre français ne doit pas vous tromper: les personnages féminins sont, ô joie ! bien plus que des faire-valoir. Des thèmes audacieux comme l'adultère sont illustrés, sans faux semblant. Il y a d'ailleurs quelques beaux salauds, dans cette histoire, et, oui, des femmes courageuses, qui pleurent parfois, mais savent aussi se révolter contre l'injustice qui leur est faite. L'ensemble est filmé dans un noir et blanc impeccable - je n'ai jamais regretté l'absence de couleurs. Comme dans de nombreuses autres productions de cette époque lointaine, la musique renforce aussi les sentiments, mais j'ai trouvé qu'elle était bien dosée, sublimant notamment quelques scènes muettes. Bref, j'aurais encore bien des choses à dire, mais je préfère vous laisser des surprises.Vous l'aurez compris: je me suis ré-ga-lé !

Tant qu'il y aura des hommes
Film américain de Fred Zinnemann (1953)

Le titre anglophone (From here to eternity) est bien plus allusif. Tant mieux: j'ai vraiment aimé découvrir ce film sans trop en savoir d'abord. À partir du même sujet ou presque, l'émotion qu'il déploie dépasse largement celle du très explicite Pearl Harbor (Michael Bay). Si vous avez envie de rire, changement de cap: je vous recommande plutôt le 1941 de Steven Spielberg. À chacun son style, n'est-ce-pas ?

samedi 15 novembre 2014

Raison et sentiments

Woody Allen aura 80 ans l'année prochaine. Les cinéphiles savent bien qu'il tourne beaucoup, en fait au moins un film par an depuis 1992. Ajoutez-y la vingtaine qui a précédé: j'ai une très sincère admiration pour une imagination aussi prolifique. Je tenais à vous en faire part d'emblée, avant d'évoquer Magic in the moonlight, le millésime 2014.

Parce qu'il enchaîne les tournages, Woody Allen est aussi connu comme un artiste inconstant, cinéaste de très grands films et auteur d'oeuvres nettement moins inspirées. Il me semble qu'il serait injuste de lui en tenir rigueur - les meilleurs talents ont leurs failles, non ? Magic in the moonlight n'est pas la plus belle réalisation du maître new-yorkais. S'il m'était demandé de la qualifier en un mot, je dirais probablement qu'elle est charmante. Un possible modèle de comédie romantique à l'ancienne, avec pour cadre la Côte d'Azur de 1926. Employée comme médium auprès d'une famille de riches Britanniques installés sur les hauteurs de Nice, la jeune Américaine Sophie Baker exerce ses talents sous les yeux de Stanley Crawford: ce magicien déguisé en homme d'affaires a très envie de déjouer une supercherie.

Le duo principal du film est donc bien, au départ, un duel. Évidemment, parce qu'il oppose un homme mûr à une jolie femme devant la caméra d'un amoureux des acteurs, le combat qui s'annonce sera avant tout une joute verbale de haut vol. Le sens des dialogues de tonton Woody fait encore merveille, 49 ans (!) après ses débuts. Magic in the moonlight est un film bavard, qui bascule tout à coup quand le héros s'octroie... une petite sieste. Vous révéler ici pourquoi et comment serait trahir l'évolution du scénario qui s'ensuit, chose que je refuse absolument. Allen est assez prévisible comme ça ! Reste qu'il a toujours le chic pour dénicher la distribution parfaite pour porter son récit: Emma Stone et Colin Firth assument le côté glamour de leurs rôles respectifs, mais aussi sa fantaisie. On y croit !

Cerise sur le gâteau: les décors du film sont magnifiques. J'aime autant laisser le récit vous expliquer lui-même pourquoi le titre parle de magie au clair de lune. Il n'y a pas tromperie sur la marchandise attendue, mais le fait est que la majorité des scènes est diurne. Franchement, c'est bien simple: la caméra vient sublimer cette région que je connais bien. Elle ose parfois la transformer, pour en faire quelque chose d'encore plus beau - l'opéra de Nice se transformant notamment en théâtre berlinois ! Magic in the moonlight ressuscite la Riviera de la Belle Époque... un monde que la guerre engloutira finalement. Ce qui est chouette, c'est que cette belle reconstitution n'est jamais vraiment nostalgique. J'y ai même puisé un message optimiste: pour trouver le bonheur, ne réfléchissez pas trop, agissez.

À qui voudra bien l'entendre, c'est le beau cadeau d'un vieux monsieur connu également pour ses névroses obsessionnelles. En m'imaginant que Woody Allen met de lui dans chacun de ses films, j'ai aussi l'impression qu'il s'apaise un peu. Il me semble moins cynique, ouvert désormais à autre chose que ses lubies bourgeoises. Il n'est pas exclu que l'Europe lui donne des ailes, étant donné que ses films américains n'ont pas toujours cette légèreté. Oui, Magic in the moonlight donne le sourire... et c'est même, à mon avis, l'une de ses grandes qualités. J'ai aussi eu la chance, c'est vrai, de l'apprécier dans des conditions optimales, dans une salle pleine, à la fois respectueuse et amusée. Applaudissements lors du générique final: je n'étais pas le seul à avoir apprécié le spectacle. Des moments comme celui-là, j'en redemande !

Magic in the moonlight
Film américain de Woody Allen (2014)

Dans le Studio Ciné Live d'octobre, j'ai lu quelque chose d'assez juste sur le film: il ne faut pas trop écouter ceux qui fustigent Woody Allen pour la douceur de son humour, car certains d'entre eux critiqueront aussi ses films dramatiques. OK, après Blue Jasmine, le revirement scénaristique est assez radical. Je ne m'en plaindrai pas, moi ! J'aime l'un et l'autre film, comme Manhattan, Alice, Stardust memories... 

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Et maintenant, un petit tour sur la toile...

Une commentatrice récemment venue, Sentinelle, a aimé le film aussi. Je vous laisse lire sa chronique sur son blog: "Chez Sentinelle". Elle en a parlé en août dernier, aussitôt après la sortie en Belgique. Princécranoir, lu aussi, semble s'être laissé séduire: cf. "Ma bulle". Pascale ("Sur la route du cinéma") est un peu moins emballée. Quelques lignes font le tour de la question sur "Le blog de Dasola".

jeudi 13 novembre 2014

Un verre de trop

On prend les mêmes et on recommence. Il n'y a pas besoin d'aller chercher bien loin pour trouver le film-modèle de Very bad trip 2. Cette suite copie-colle le premier film et n'a pour toute originalité qu'une action délocalisée en Thaïlande. Le reste du programme reprend l'intrigue du premier volet: un groupe de potes enterre la vie de garçon de l'un d'entre eux, avant un réveil "gueule de bois XXL"...

Suspense: le mariage prévu aura-t-il lieu ? Stu, qui a eu l'idée lumineuse d'épouser une Asiatique, saura-t-il convaincre beau-papa qu'il est un mec bien, malgré ses copains peu recommandables ? Franchement, effet de surprise oblige, il y a quelques situations improbables qui m'avaient fait marrer dans le premier opus. Maintenant, le menu dégusté à Las Vegas paraît fadasse à Bangkok. L'invraisemblance de la chose n'est pas un problème en soi. Simplement, aussitôt que Very bad trip 2 démarre, on sait d'avance comment il va avancer et comment il va finir. On vous conseillera encore de ne pas zapper le générique final. Pour ce que ça change...

Je me répète: Very bad trip 2 sent fort la suite mise en boîte aussitôt après le premier film, afin de ramasser un autre gros paquet de fric. Une stratégie payante, d'ailleurs: cet épisode a ainsi rapporté  581 millions de dollars, contre 469 pour le précédent. Sur le sol français, 2,5 millions de spectateurs l'ont vu en salles, le prologue n'ayant fait vendre "que" 2 millions de tickets. Ces chiffres flatteurs n'ont pas empêché le film d'être nommé deux fois aux Razzie Awards. Échappant finalement à la honte de ces anti-Oscars, la petite bande s'est alors offert un troisième volet - sur lequel je ferai probablement l'impasse. Rien d'indispensable dans ce cinéma ras-des-pâquerettes.

Very bad trip 2
Film américain de Todd Phillips (2011)
Une étoile pour le voyage thaïlandais, une demie supplémentaire histoire de saluer la constance des protagonistes: tout le monde assume, au moins. Les amateurs d'un humour tout en finesse resteront sagement à l'écart, d'accord ? Pour s'octroyer un petit plaisir coupable, autant voir Very bad trip, premier du nom. Vous pouvez préférer Very bad things, qui les a tous deux inspiré. Pas vérifié...

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Et chez les autres, ça donne quoi ?
David de "L'impossible blog ciné" a dû supporter une séance cinéma plombée à cause d'un emmerdeur. Je n'ai pas trouvé de critique vraiment élogieuse. Pascale ("Sur la route du cinéma") a supporté...

mardi 11 novembre 2014

Un traumatisme

Jamais deux sans trois: j'opte aujourd'hui pour une nouvelle chronique commémorative, afin de célébrer dignement le 96ème anniversaire de l'armistice de 1918. J'avais deux ou trois longs-métrages envisageables pour marquer le coup: j'ai choisi Les fragments d'Antonin. D'abord parce que je ne l'avais jamais vu jusqu'alors. Ensuite parce que je n'en savais que très peu de choses, à dire vrai.

Les fragments d'Antonin s'intéresse à l'immédiate après-guerre. Antonin Verset est revenu vivant, mais profondément traumatisé. Sans famille connue, il est interné dans un hôpital psychiatrique. Inlassable thérapeute, le professeur Labrousse le soumet à des tests cliniques et espère le libérer de ses névroses. L'ancien poilu tremble presque en permanence et, pour tout dialogue, répète inlassablement une même série de prénoms. Ses médecins n'ont pas réussi à trouver de correspondance dans sa "vraie" vie. Avec ce titre que je trouve remarquable, le long-métrage vient rappeller que les blessures causées par la guerre ne sont pas toutes visibles et qu'avoir vécu l'innommable ne facilite pas toujours le fait d'en parler ouvertement. Chose très appréciable: tout est traité avec beaucoup de délicatesse.

Dans le rôle-titre, Grégori Dérangère fait la démonstration d'un talent étonnant et s'investit pleinement dans son personnage. L'intelligence du scénario est d'avoir fait de lui un colombier, moins exposé au feu que ses camarades, puisque supposé apporter des soins aux pigeons voyageurs porteurs des messages de l'état-major. Antonin Verset échappe presque à la violence et à la mort, mais elles le rattrapent soudain, quand l'absurdité de la guerre reprend finalement le dessus. Je ne crois pas que je qualifierais Les fragments d'Antonin de film pacifiste. Le "héros" lui-même est constamment tiraillé de sentiments contradictoires. C'est peut-être bien cette absence de manichéisme qui rend le propos si juste et si fort. Quelques scènes illustrent l'horreur du conflit, mais l'essentiel reste ce qui demeure hors-champ.

Les fragments d'Antonin
Film français de Gabriel Le Bomin (2006)

Pour mieux mettre en avant le film, j'ai volontairement omis de citer les acteurs. Sachez toutefois qu'ils sont tous bons, avec une mention spéciale pour Anouk Grinberg, touchante en infirmière alsacienne. Touchant, Niels Arestrup l'est aussi, en médecin militaire, dépassé par les événements, dévasté lui aussi. Le long-métrage d'aujourd'hui m'a remémoré La chambre des officiers, avec... Grégori Dérangère.

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Avant de tourner cette page d'histoire...

Vous retrouverez le film chez mes amis de "L'oeil sur l'écran". Princécranoir en parle aussi longuement sur son blog: "Ma bulle".