samedi 16 février 2019

Une goutte d'eau...

Je suis certain que vous l'avez déjà vérifié: un simple mot de travers suffit parfois à faire dégénérer une situation tout à fait ordinaire. C'est aussi ce qu'illustre mon film du jour - L'insulte - qu'un ami proche m'a permis de découvrir après que je l'ai manqué au cinéma. Une belle façon d'ajouter le drapeau libanais sur Mille et une bobines !

Franck, merci: dans l'ensemble, j'ai trouvé ce film très intéressant. Dans un quartier populaire de Beyrouth, d'autant plus en surchauffe que des travaux semblent s'y éterniser, un conflit oppose un habitant plutôt mal luné à un chef de chantier d'origine palestinienne. J'insiste sur cette nationalité, car il s'avère qu'elle va jouer un rôle essentiel dans la discorde entre les deux hommes. Vous pourrez constater aussi qu'en réalité, la moindre goutte d'eau pourrait faire déborder le vase. Très bien écrit, le scénario de L'insulte repose sur un postulat crédible, sinon réaliste. Du coup, à mesure que l'intrigue se développe et que la situation s'envenime, on reste scotché à l'écran. Pari gagné !

Après un certain temps passé à suivre les protagonistes de ce récit dans la rue, la caméra nous entraîne enfin à l'intérieur, dans le secret des cabinets d'avocats, puis sous la lumière crue d'un prétoire. L'intelligence du film est alors de nous prouver que la vérité absolue d'un événement du quotidien n'est pas forcément facile à établir. Dépourvu de tout manichéisme, L'insulte nous démontre avec talent que chaque personnage a des raisons pour agir comme il le fait. Évidemment, dans le contexte général du Moyen-Orient, ce constat apparaît d'une force peu commune, mais tout ce qui est exprimé ici peut aussi être d'une portée plus universelle. Pour tout dire, le film m'a (un peu) moins convaincu dès le moment où il a tenu à s'appuyer sur l'histoire récente du Liban pour transcender son point de départ. Disons-le plus simplement: pour une fois, réfléchir autour d'exemples symboliques plutôt que sur des faits réels m'avait paru plus judicieux. Malgré cela, je vais me répéter: le film est vraiment très intéressant. Et il n'est pas nécessaire d'être un as en géopolitique pour l'apprécier !

L'insulte
Film libanais de Ziad Doueiri (2017)

Allez, hop: quatre étoiles pleines pour ce long-métrage bien ficelé ! J'insiste: il est vraiment très facile d'accès, même pour celles et ceux qui n'ont jamais observé le Liban et ses voisins que de très loin. Inspiré d'une histoire vraie, Incendies est sans doute plus complexe pour les profanes. Côté Moyen-Orient encore, je recommande Omar aux coeurs bien accrochés. À défaut, vous avez toujours Cupcakes... 

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Vous voudriez lire d'autres chroniques ?
Aucun problème: cette fois, c'est par exemple chez Dasola qu'il faudra vous rendre. Vous pourrez aussi vous tourner vers "L'oeil sur l'écran".

vendredi 15 février 2019

La loi du silence

Mon film d'aujourd'hui aura bientôt quatre ans, mais son terrible sujet revient régulièrement hanter l'actualité: El club évoque frontalement les crimes pédophiles commis par certains prêtres catholiques. Attention: il s'agit bel et bien d'une fiction et pas d'un documentaire. Je l'ai découverte un samedi, à la bibliothèque dont je parle parfois...

Une fois encore, le talentueux Pablo Larrain nous ouvre une fenêtre sur son pays: le Chili. Encore méconnu du grand public, le réalisateur n'en est pas moins une valeur sûre du cinéma international, auteur régulier de longs-métrages ancrés dans le réel et souvent édifiants. Presque entièrement tourné à huis clos, El club brosse un portrait sans concession d'hommes de Dieu envoyés dans une maison isolée pour faire oublier leurs turpitudes passées. Vous imaginez sans doute que ce n'est pas si simple: de fait, l'un des habitants du village voisin s'approche du petit groupe et interpelle violemment le dernier arrivé. Résultat: alors qu'il semblait prêt à une discussion, ce dernier sort avec une arme... et se tire une balle dans la tête ! Un ecclésiastique est alors envoyé auprès des survivants et chargé de mener l'enquête sur la manière dont les événements se sont déroulés exactement. Bien sûr, il suscitera l'hostilité de ses coreligionnaires, d'autant que...

Pas de surprise: d'emblée, la photo "brumeuse" du film nous maintient dans le flou et renforce l'impression que la lumière a du mal à passer. Éprouvant, le propos est d'autant plus fort qu'il s'inscrit dans un Chili encore traumatisé par les années Pinochet. Comment tourner la page du passé quand l'omerta a très longtemps été de mise sur des sujets aussi sensibles ? El club pose la question et n'offre qu'une réponse partielle - et, à mes yeux, sans nul doute l'une des plus pessimistes. Grand Prix du jury à la Berlinale 2015, le long-métrage m'a semblé d'une noirceur insondable, mais il mérite qu'on s'y intéresse de  près. La raison est simple: je trouve qu'il possède de très grandes qualités formelles, qui m'ont aidé à m'immerger pleinement dans le récit. L'interprétation des acteurs n'est pas en reste: ce défilé de rôles ingrats apparaît parfaitement assumé par chacun des comédiens. Après la projection, j'ai repris mon souffle, mais sans regret aucun...

El club
Film chilien de Pablo Larrain (2015)

Si vous cherchiez une comédie, un seul conseil: passez votre chemin ! Ou pas tout à fait: No, du même réalisateur, vaut aussi le détour. J'ajoute simplement que les deux films sont vraiment très différents. J'aimerais à présent revoir La jeune fille et la mort (Roman Polanski) pour un autre contexte d'omerta en Amérique du Sud. Il arrive aussi que le crime soit tu dans notre pays: on le vérifiera avec 38 témoins.

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Si un avis différent vous intéresse...

Vous pouvez aller lire aussi la chronique (assez négative) de Pascale.

mercredi 13 février 2019

Influence(s)

Aujourd'hui, si je suivais l'ordre de mes visionnages, je devrais parler d'un film... qui ne sortira dans les salles que mercredi prochain ! J'imagine que cela peut bien attendre une semaine de plus, en fait. C'est pourquoi je vous propose autre chose: un mot sur les résultats d'une étude présentée par deux chercheurs de l'Université de Turin...

Vous vous en souvenez ? En novembre dernier, après un week-end passé dans la capitale piémontaise, j'avais publié un compte-rendu très enthousiaste de ma visite au Museo Nazionale del Cinema. Ensuite, la semaine dernière, j'ai entendu dire que deux scientifiques italiens - Livio Bioglio et Ruggero Pensa - avaient exploré le corpus cinématographique international pour en extraire les vingt films considérés comme "les plus influents". En s'aidant pour leurs travaux de la base de données IMDb, ils ont alors comptabilisé les références que les longs-métrages pouvaient ainsi se faire les uns aux autres. Au-delà de la démarche, le classement est-il probant ? Vous jugerez...

Avec les réserves d'usage, je crois qu'il pourrait vous surprendre. C'est pourquoi j'ai cru bon d'ajouter un lien, dès que c'était possible...
1. Le magicien d'Oz / Victor Fleming / 1939
2. Stars wars épisode IV / George Lucas / 1977
3. Psychose / Alfred Hitchcock / 1960
4. King Kong / M.C. Cooper et E.B. Schoedsack / 1933
5. 2001: l'odyssée de l'espace / Stanley Kubrick / 1968

6. Metropolis / Fritz Lang / 1927
7. Citizen Kane / Orson Welles / 1941
8. Naissance d'une nation / D.W. Griffith / 1915
9. Frankenstein / James Whale / 1931
10. Blanche Neige et les sept nains / David Hand / 1937

11. Casablanca / Michael Curtiz / 1943
12. Dracula / Tod Browning / 1931
13. Le parrain / Francis Ford Coppola / 1972
14. Les dents de la mer / Steven Spielberg / 1975
15. Nosferatu le vampire / Friedrich Wilhelm Murnau / 1922

16. La prisonnière du désert / John Ford / 1956
17. Cabiria / Giovanni Pastrone / 1914
18. Docteur Folamour / Stanley Kubrick / 1964
19. Autant en emporte le vent / Victor Fleming / 1939
20. Le cuirassé Potemkine / Sergueï Eisenstein / 1925

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Et maintenant, on peut prolonger le débat...

Avec onze films chroniqués sur les vingt, je suis plutôt "influencé" ! Maintenant, je suis également à l'écoute, si vous avez des réactions. Quitte bien sûr à ce que l'on discute plutôt de vos influences à vous...

lundi 11 février 2019

Le cerveau au repos

Est-ce que ce serait parti pour durer ? Je ne sais pas, mais rassembler deux films dans une même chronique me plaît décidément beaucoup. Pour ma livraison d'aujourd'hui, je me penche sur deux productions fort dispensables, de celles que j'appelle parfois des "vide-neurones". Ouais... il peut arriver que ce soit tout ce que j'ai envie de regarder !

Space jam
Film américain de Joe Pytka (1996)

Produit par Ivan Reitman, ce film mélange allégrement personnages réels et créatures de cartoons. Une sinistre troupe d'extraterrestres attaque les Looney Tunes (Bugs Bunny, Vil Coyote, Titi...) et menace de les réduire en esclavage... s'ils perdent un match de basket ! Heureusement pour la bande, un certain Michael Jordan, reconverti au baseball, accepte malgré tout de remonter sur le parquet en vue d'équilibrer les chances des deux équipes. Une idée folle, non ? Si. Autant vous le dire: si vous n'entrez pas dans son délire, Space jam n'a que très peu de chances de vous plaire. Pourtant, plutôt correct d'un strict point de vue formel, il a deux ou trois atouts dans son jeu. Parmi eux, je retiens surtout un sens du rythme impeccable, proche en somme de celui des dessins animés ! Et la présence de Bill Murray !

Guardians
Film russe de Sarik Andreasyan (2016)

Vous en avez marre des superhéros made in Marvel ou DC Comics ? Ceux qui se réunissent ici pour sauver le monde sont d'inspiration soviétique. Une femme invisible, une espèce de moine orthodoxe capable de se transformer en monstre de pierre, un expert des arts martiaux et un homme-ours: cette petite troupe a plutôt belle allure. L'armée la somme de se retourner contre celui qui fut son créateur ! Bon... vous l'aurez compris: Guardians ne se distingue pas vraiment par un scénario innovant. L'aspect très fauché des effets spéciaux complète le tableau d'une série B dérivant gentiment vers le nanar. Dommage, car il y avait sans doute un certain potentiel pour inventer un divertissement geek plus solide autour de ce monde imaginaire. NB: les autres films du cinéaste sont pour beaucoup inédits en France.

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Pas besoin d'en dire davantage...

Mes films d'aujourd'hui sont à classer au rayon des plaisirs coupables. Surtout le second ! Navré, mais je n'ai pas trouvé d'autre chronique...

samedi 9 février 2019

La force des liens

J'avais laissé passer le dernier film de Hirokazu Kore-eda. Ma fidélité au réalisateur japonais ne pouvait pas être prise en défaut deux fois d'affilée. Même si j'ai bataillé pour trouver le créneau, j'ai donc tenu à voir Une affaire de famille en salles et... je l'ai vraiment a-do-ré ! Certaines Palmes d'or paraissent contestables: celle-ci tient son rang !

Kore-eda nous mène vers ce qui fait la quintessence de son cinéma. Avec une profonde délicatesse, il nous offre le portrait complexe d'une vraie-fausse entité familiale. Dans le groupe de cinq personnes que nous découvrons, nous trouvons ainsi un homme et une femme adultes, qui semblent former un couple, une fille un peu plus jeune que ces deux-là, un petit garçon et une vieille dame (leur logeuse). Tous vivent chichement, le vol venant pour partie combler le manque d'argent. Bientôt, le groupe évolue encore, avec l'arrivée d'une fillette apparemment abandonnée par ses parents légitimes. Le scénario pose alors la question cruciale: au fond, qu'est-ce qu'une famille ? Est-ce simplement un ensemble d'individus unis par les liens du sang ? Ou peut-il s'agir de personnes rassemblées par une certaine affection commune ? Cette interrogation, le film nous l'adresse avec douceur. Même si les personnages sont des marginaux, tout ce qui est montré relève du quotidien ordinaire. C'est, je crois, parce que la caméra nous invite à faire partie de ce groupe que tout cela est si touchant...

Beaucoup de choses sont dites avec peu de mots. Quelques images suffisent souvent à nous faire comprendre que la situation évolue petit à petit, au fil du temps qui passe. En laissant quelques éléments sensibles hors-champ ou parfois dans le flou, Kore-eda nous plonge dans l'intimité de ses personnages et compte sur notre intelligence émotionnelle pour comprendre également tout ce qu'il n'explicite pas. Chacun interprètera les choses comme il l'entend, mais il est certain que, dans sa conclusion, le récit est à tout le moins mélancolique. L'air de rien, le réalisateur nous dit aussi quelque chose de son pays. Il l'a souligné: "Une telle famille au Japon n'existerait pas longtemps. La société se chargerait très vite de la disloquer". Je veux le préciser à celles et ceux qui pourraient s'en inquiéter: Une affaire de famille n'est pas pour autant un brûlot politique, ni même un film militant. C'est, comme je l'ai dit précédemment, une oeuvre délicate. Portée par une très belle forme d'humanisme, elle m'a mis la larme à l'oeil. Son auteur se maintient dans le panthéon de mes cinéastes préférés !

Une affaire de famille
Film japonais de Hirokazu Kore-eda (2018)

Yasujiro Ozu et Akira Kurosawa ont bel et bien trouvé leur héritier. Film après film, la belle sensibilité humaniste de Hirokazu Kore-eda continue de faire merveille: vous pourrez la retrouver avec émotion dans Nobody knows, Notre petite soeur et d'autres films indexés ici. Cet esprit se retrouve aussi dans Still the water ou The long excuse. Je vous recommande également une oeuvre franco-nipponne: Takara.

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Le saviez-vous ? La France l'intéresse...
Hirokazu Kore-eda y a tourné son dernier film. Son titre: La vérité. Au casting: Juliette Binoche, Catherine Deneuve et Ludivine Sagnier, ainsi que l'Américain Ethan Hawke. La post-production est en cours...

Et si vous, vous vous intéressez au film...
Vous le croiserez aussi chez Pascale, Dasola, Princécranoir et Strum. Vincent y a vu une "raison majeure de se réjouir en salles" l'an passé.

vendredi 8 février 2019

Le choix des armes

Figure désormais familière du cinéma français, Reda Kateb y trace son chemin et, un film après l'autre, y démontre qu'il a autre chose qu'une "gueule". C'est pour lui que j'ai regardé La résistance de l'air. Son affiche en noir et blanc est trompeuse: le long-métrage conserve des couleurs, même si elles ne sont pas toujours éclatantes. Ma foi...

Vincent construit une maison pour s'installer avec sa copine, Delphine, et leur petite fille. La maladie de son père le force à l'héberger provisoirement, ce qui complique encore sa situation financière. Limite précaire, le jeune champion de tir au fusil voit les ennuis s'accumuler et n'arrive plus réellement à distinguer le bout du tunnel. Fragilisé, il croit bien faire en acceptant le soutien d'un autre membre de son club sportif, mais... il se pourrait que sa situation s'aggrave encore, en réalité. La résistance de l'air est un film noir, pessimiste. Dès le début, une scène d'assassinat donne le ton: le scénario tourne autour de morts violentes et ne laisse que peu de place à la lumière...

La piètre qualité de la séquence d'ouverture m'a fait craindre le pire. Heureusement, par la suite, les choses vont en s'améliorant (un peu). Tout premier long-métrage de son réalisateur, La résistance de l'air peut surtout compter sur le côté carré de Thomas Bidegain, complice habituel de Jacques Audiard et co-auteur du scénario avec Noé Debré. Les acteurs, eux aussi, font le job: j'ai aimé revoir quelques visages connus et par exemple ceux de Ludivine Sagnier, Johan Hendelbergh, Tchéky Karyo ou Pascal Delomon. Sans atteindre les hauts sommets du polar à la française, le film tient plutôt son rang, honorablement. Évidemment, il ne faut pas trop lui en demander et son côté franchement invraisemblable ne plaide pas toujours en sa faveur. Désormais, c'est à vous d'aller découvrir la signification de son titre...

La résistance de l'air
Film franco-belge de Fred Grivois (2015)

De bonnes idées, quelques petites imperfections, une interprétation d'ensemble à la hauteur de ce qu'on peut attendre: j'ai trouvé cet opus tout à fait correct. La France est bel et bien une terre de polars cinématographiques, mais rares sont les véritables chefs d'oeuvre. Pour les amateurs du genre, Une nuit ou Coup d'éclat font l'affaire. Par sa noirceur, Les Ardennes, film belge, les dépasse en intensité...

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Si vous souhaitez prolonger votre enquête...
Vous noterez que le témoignage de Pascale vient corroborer le mien.

jeudi 7 février 2019

Et de cent !

18 octobre 2013 - 11 janvier 2019: après un démarrage tranquille suivi d'une adhésion depuis un peu plus de cinq ans, j'ai découvert cent films avec mon association ! Diamantino était le dix-septième que je présentais. Aujourd'hui, pour fêter ce compte rond, l'idée m'est venue de vous révéler quelques chiffres sur mon parcours associatif !

Le nombre de films vus par décennie...
Années 2010: 61 films
Années 1960: 11 films
Années 1980: 7 films
Années 1970: 7 films
Années 2000: 5 films
Années 1990: 3 films
Années 1950: 3 films
Années 1940: 2 films
Années 1920: 1 film

Les différents (38 !) pays concernés...
France
19 films

États-Unis
10 films

Italie
8 films

Japon
7 films

Allemagne
4 films

Brésil / Chili / Corée du Sud / Grande-Bretagne / Portugal
3 films

Algérie / Cambodge / Chine / Espagne / Iran / Russie / Roumanie / Suède / Tchécoslovaquie
2 films

Argentine / Australie / Belgique / Bouthan / Canada / Colombie / Cuba / Égypte / Finlande / Géorgie / Grèce / Inde / Lituanie / Mali / Mauritanie / Philippines / Taïwan / Turquie / Union soviétique
1 film

Dix moments mémorables (parmi d'autres)...
Ma première soirée avec l'asso pour Femmes entre elles
La découverte de mon tout premier Ingmar Bergman: Persona
La belle soirée de notre festival 2016 avec Inland en copie 35mm
Le choc procuré par ce que L'image manquante dit du Cambodge
La séance d'Aquarius en compagnie d'un ami connaisseur du Brésil
Ma présentation de Mademoiselle... devant une salle quasi-pleine !
L'émotion XXL face à un Cyrano de Bergerac aussi italien que muet
Les deux lancements ratés avant la projection de Certaines femmes
Le vrai sentiment de malaise devant un documentaire: Titicut follies
Ma rencontre récente avec Patrick Wang, autour de A bread factory

Dix sorties récentes à voir et revoir...
Les 7 déserteurs / Paul Vecchiali / 2018
The long excuse / Miwa Nishikawa / 2017
Western / Valeska Grisebach / 2017
Ali, la chèvre et Ibrahim / Sherif El Bendari / 2016
Los nadie / Juan Sebastian Mesa / 2016
Diamond Island / Davy Chou / 2016
The assassin / Hou Hsiao-hsien / 2015
L'idiot / Yuri Bykov / 2014
Titli - Une chronique indienne / Kanu Behl / 2014
La terre éphémère / George Ovashvili / 2014

Vous aurez noté que je ne vous reparle pas des films de patrimoine. Non pas qu'il n'y ait rien à en redire, mais ça finirait par être longuet !

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Et du coup, je vous redonne la parole...
Mon cent-unième film avec l'asso sera chroniqué d'ici la fin du mois. Avez-vous des questions ? Des observations ? L'envie d'en savoir davantage ? Je me tiens prêt à répondre en section "commentaires"...

mardi 5 février 2019

Après le foot

Elles passent leur temps sous l'oeil des caméras: les stars du foot international en tirent largement profit, mais je me dis également que cette exposition constante doit avoir quelque chose de pesant. Sorti fin novembre, Diamantino traite cette question de manière décalée et dresse ainsi le portrait d'un footballeur franchement naïf...

Toute ressemblance avec un joueur réel est tout sauf fortuite. Portugais, les deux réalisateurs ont créé un personnage fictif ressemblant trait pour trait à Cristiano Ronaldo, le célèbre attaquant de "leur" équipe nationale, quintuple vainqueur du fameux Ballon d'or. Ils en ont fait un ahuri, maître à jouer de tout un pays, mais auteur d'un incroyable loupé technique en finale de la Coupe du monde. Depuis cet échec, qui a causé la mort de son père, le pauvre garçon déprime à temps complet. Il tient alors à... adopter un petit réfugié ! De quoi provoquer le courroux de ses deux soeurs, aussi bling-bling que vénales, et qui décident de le vendre à une entreprise de clonage soucieuse de redonner au Portugal son prestige d'antan. J'ajoute que, pour compléter le tableau, le prétendu enfant recueilli par le footeux dépité est en réalité une agente d'Interpol, en charge d'une enquête sur ses éventuelles malversations financières. Ce scénario est zinzin !

C'est sans l'avoir vu au préalable (et donc avec quelques inquiétudes) que j'ai présenté Diamantino lors d'une soirée de mon association. Beaucoup de choses pouvaient me déplaire, à commencer par le cadre footbalistique, ce sport ne m'ayant jamais véritablement intéressé. Pourtant, je peux dire que le film est une bonne surprise: sa fantaisie le classe au rang des OVNI de cinéma et c'est très bien ainsi. Concrètement, nous avons affaire à un pudding: sur le plan formel comme d'un point de vue narratif, les réalisateurs envoient du lourd. D'aucuns jugeront qu'ils tournent leur pays en ridicule, voire pire. Maintenant, pour qui s'accroche à sa douce folie, ce long-métrage témoigne aussi d'une étonnante liberté créative, consolidée d'ailleurs par la prestation mémorable de Carloto Cotta, le très expressif acteur principal. Avis aux curieux parmi vous: au printemps dernier, le film est reparti de Cannes avec le Grand Prix de la Semaine de la critique. C'est une première oeuvre au format long pour ses deux auteurs ! Leur intention affichée: écrire un conte de fées moderne. Défi relevé.

Diamantino
Film portugais de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt (2018)

Après Les bonnes manières débarqué du Brésil, c'est le second film lusophone que je vois par hasard et découvre aussi fou, fou, fou ! Franchement, j'ai passé un bon moment, pendant et après la séance. Maintenant, si vous avez une autre vision du foot, je vous conseille de jeter un oeil à Looking for Eric, qui a largement  ma préférence. Sinon, ma foi, vous pourrez vous retourner vers À nous la victoire...

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Je ne suis pas le seul à m'être laissé prendre...

On dirait bien que Pascale est encore plus enthousiaste sur le film !

lundi 4 février 2019

Rêves de filles

Comment épouser un millionnaire... très explicite, le titre du film témoigne d'emblée de sa frivolité. Le cinéma américain des fifties avait, je trouve, le chic pour nous proposer des comédies légères autour de personnages féminins quelque peu "évaporés". Je dois dire que je me suis bien amusé avec celui-là - et son joli trio d'actrices...

Vous les reconnaissez ? Betty Grable, Lauren Bacall et Marilyn Monroe font ici leur maximum pour attirer l'attention de ces messieurs. Chacune a un rêve quelque peu différent... et plus ou moins cynique. Quoi qu'il en soit, le réaliser passe inévitablement par un mariage avec un homme riche. Misogyne, ce scénario ? Je ne pense pas. Sorti aujourd'hui, le film serait sans doute considéré très réactionnaire. Pourtant, son aspect vintage et la "douceur" de son humour suffisent à discréditer l'idée de son machisme latent. Certes, les filles paraissent écervelées ou manipulatrices parfois, mais les garçons n'ont pas tous le beau rôle. Ils peuvent eux aussi être un rien filous...

Résultat: le ton général paraît finalement plus tendre que caustique. Les comédiennes y sont évidemment pour beaucoup, le plaisir naissant également du constat que leurs personnages se complètent idéalement. Un bémol: c'est vrai que Lauren Bacall et Marilyn Monroe éclipsent très légèrement Betty Grable, de huit et dix ans leur aînée. En face, le casting masculin est très bien aussi, mais je crois inutile de citer trop de noms: selon moi, Comment épouser un millionnaire pourrait très bien être qualifié de film féminin (si ce n'est féministe). Formellement, il conserve le charme un peu suranné des productions sorties des studios hollywoodiens, le grand soin apporté aux costumes permettant d'oublier la quasi-absence de scène tournée en extérieurs. Dans le genre, j'ai vu mieux, mais je ne veux pas bouder mon plaisir !

Comment épouser un millionnaire
Film américain de Jean Negulesco (1953)

Un divertissement au goût popcorn, à regarder d'un oeil affectueux. J'ai relevé une petite blague sur Humphrey Bogart, assez bien sentie ! Léger comme une bulle de savon, le long-métrage a le bon goût d'éviter l'outrance dans la caricature. Vous avez évidemment le droit de préférer la finesse d'un Lubitsch (Rendez-vous) ou bien le glamour d'un Wilder (Ariane). Autant vous le dire: c'est mon cas également...

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Pour aller (un peu) plus loin...

Je vous conseille à présent de lire la chronique de "L'oeil sur l'écran".

samedi 2 février 2019

Le repenti

Connaissez-vous François Vidocq ? Peut-être avez-vous eu l'occasion de voir le feuilleton avec Claude Brasseur, au début des années 70 ? Dans le cas contraire, je vous précise que ce personnage historique, né un peu avant la Révolution, fut tour à tour délinquant, bagnard, indicateur, flic et détective privé. Il a eu... un vrai destin de cinéma !

Sorti à la fin de l'année dernière, L'empereur de Paris est le dernier des films consacrés à ce brigand haut en couleur. Depuis Harry Baur en 1909, Vincent Cassel est le onzième acteur à lui prêter ses traits ! J'ai trouvé qu'il s'en sortait admirablement bien, son charisme naturel trouvant parfaitement à s'exprimer sous l'habit de l'ambigu Vidocq. Joliment écrit, le scénario nous embarque dans une grande aventure sans temps mort. La reconstitution de la France du début du 19ème est vraiment soignée, ce qui joue beaucoup sur le plaisir pris à suivre les mille et une tribulations du plus célèbre des bandits de la capitale. Le rythme de l'action fait le reste. Et on ne s'ennuie pas une seconde !

L'idée première du film est simple: Vidocq est en quête de rachat. Amoureux d'une jolie femme, il s'est lassé de sa vie tumultueuse et, surtout, craint légitimement les dangers qu'il fait courir à sa belle. Toute la question est de savoir si son efficace travail avec la police pourra effectivement lui valoir le pardon de ses crimes et lui offrir cette position d'homme respectable après laquelle il court désormais. Mine de rien, derrière sa description des arcanes du pouvoir impérial de l'époque, L'empereur de Paris tisse des parallèles intéressants avec la France d'aujourd'hui, ce qui transforme un film de gangsters classique en un long-métrage plus profond, proche d'une dimension politique. Âmes sensibles, attention: la violence y est omniprésente. On se régale cependant du superbe aréopage de comédiens: difficile de ne pas remarquer Freya Mavor et Olga Kurylenko, beautés fatales et inspirées, mais je veux citer aussi James Thierrée, Denis Lavant, Patrick Chesnais, Fabrice Luchini, August Diehl et Denis Ménochet chez ces messieurs. L'ensemble trouve le ton juste et un bel équilibre.

L'empereur de Paris
Film français de Jean-François Richet (2018)
Cette fresque "à la Scorsese" est un vrai bon moment de cinéma. Gérard Depardieu, interprète en 2001 du dernier Vidocq des salles obscures sous la direction du dénommé Pitof, retombera dans l'oubli. Jean-François Richet m'a agréablement surpris, lui qui fut également à l'initiative de la résurrection filmique de Mesrine (épisodes 1 et 2). Vous aimez les films du genre ? Les affranchis reste une référence...

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Et s'il vous reste quelque appétit...

Vous aurez peut-être envie d'aller savourer la chronique de Pascale.