jeudi 11 décembre 2014

Son fils, sa bataille

Bien des critiques cinéma ont interrogé leur ressenti pour déterminer si, oui ou non, Mommy était le meilleur film de Xavier Dolan. Je suis désolé pour ceux d'entre vous qui attendaient de moi une réponse définitive: à ce stade de la discussion, c'est le seul que je connaisse ! Je courais depuis longtemps après une occasion de découvrir enfin quelque chose du réalisateur québécois. Bien content, pour le coup...

Prix du jury à Cannes cette année, ex-aequo avec le dernier opus signé Jean-Luc Godard, Mommy est vraiment un chouette film, plein d'une énergie peu commune et d'une force émotionnelle incontestable. En quelques mots, l'histoire est celle de Diane, une quadragénaire québécoise. Un carton préalable nous indique que, dans ce Canada fictionnel, les parents peuvent abandonner leurs enfants et les laisser à la charge de la collectivité, quel que soit leur âge, s'ils présentent d'importants troubles de la personnalité. Au début du long-métrage, dans le sens inverse, Diane, elle, récupère son fils Steve, interné jusqu'alors dans une sorte de maison de correction médicalisée. Complètement instable, le gamin y a mis le feu, blessant gravement l'un de ses co-pensionnaires. Son père ? Il est mort depuis trois ans...

"Les sceptiques seront confondus", répond Diane à l'assistante sociale qui lui promet déjà les pires difficultés avec son môme. L'évidence saute aux yeux: gérer ce mouflet rebelle d'une quinzaine d'années n'aura rien d'une sinécure, surtout qu'il ne va plus à l'école et s'avère aussi calme que le lait porté à ébullition. Pire, Steve n'a aucun respect véritable pour sa mère, qu'il insulte copieusement quand elle ose remarquer que les cadeaux qu'elle reçoit de lui ont été volés. Mommy est donc d'abord l'histoire d'une confrontation d'autant plus viscérale qu'elle oppose les deux êtres les plus proches qui soient. On trouverait presque Diane coupable de s'aveugler autant, mais c'est sans compter avec l'empathie que Steve et elle finissent par susciter. Le fragile duo tente malgré tout de subsister: c'est ce qui fait sa force et sa beauté.

Un troisième personnage, Kyla, rejoint bientôt le terrible tandem mère-fils. Je m'arrête dans mon laïus sur le scénario pour vous laisser quand même quelques surprises, d'autant plus volontiers finalement que Mommy vaut aussi le détour sur le plan formel. Il a été dit beaucoup de choses déjà sur l'emploi audacieux d'un format d'image atypique, le 1:1, qui enferme le plan dans un carré parfait - à l'allure d'un rectangle assez haut, illusion d'optique liée à l'aspect des écrans de cinéma. Ce choix surprend, mais n'étouffe pas le spectateur. Contrairement à mes craintes initiales, c'est le contraire: il renforce justement l'impression d'intimité et, quand le cadre daigne s'élargir enfin, Xavier Dolan nous offre une très belle scène de renaissance. Quel incroyable talent pour ce réalisateur: il n'a jamais que... 25 ans !

Tout repose aussi, évidemment, sur l'extraordinaire énergie déployée par les acteurs. Je le dis: Antoine-Olivier Pilon est for-mi-dable ! Personne ne peut souhaiter se confronter de cette manière à un ado aussi provocateur et violent, mais dans les rares et courts moments d'apaisement, son interprète fait de Steve l'enfant dont tout parent rêverait. Face à lui, Anne Dorval est une maman-courage incroyable de justesse, personnage à la fois pragmatique et tout à fait perdue. L'alchimie parfaite de ces deux-là contribue alors à sublimer l'apport de Suzanne Clément, parfaite voisine, aussi discrète que décisive. Avec quelques sourires parfois, Mommy m'a surtout laissé les yeux embués: c'est certes un film emballant, pour peu qu'on s'embarque avec lui, mais c'est aussi un drame, par bien des aspects. Détonnant !

Mommy
Film canadien de Xavier Dolan (2014)

Bon, si je tiens absolument aux comparaisons, il me faudra attendre d'avoir vu les quatre (!) autres films du cinéaste québécois pour dire certaines choses sensées. Je remarque que je découvre Mommy quelques jours seulement après avoir vu Curling, autre long-métrage canadien pour partie consacré à la mono-parentalité. Rien de calculé. Les deux récits sont très différents... et on peut bien aimer les deux.

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Une info pour qui, comme moi, se posait la question...

Xavier Dolan le souligne lui-même: son nom se prononce Dolane. Migraineux ou ironique, le jeune homme précise: "Comme Doliprane".

Pour finir, des liens pour retrouver Diane, Steve et Kyla...
- "La cinémathèque de Phil Siné",
- "Le blog de Tinalakiller",
- "Sur la route du cinéma",
- "Le blog de Dasola",
- "Chez Sentinelle".

mercredi 10 décembre 2014

Un bonheur autre

Il n'y avait rien de très encourageant dans ce que j'avais lu ici et là concernant le onzième film de François Ozon. Parce que j'apprécie généralement le jeu - et le minois - d'Isabelle Carré, j'ai décidé finalement de fermer mes écoutilles et de juger par moi-même. Conclusion: je n'ai pas détesté Le refuge. Je peux confirmer toutefois que ce petit film n'est pas le plus audacieux de son auteur. Tant pis...

Isabelle Carré est Mousse, une jeune femme dont on ne sait rien d'important, si ce n'est donc qu'elle porte ce drôle de prénom. L'ouverture du film la montre avec Louis, son petit ami, à Paris. Romantisme ? Pas vraiment. La jeune femme tient à peine debout tandis que son amoureux leur injecte à tous deux une bonne dose d'héroïne. Quand elle émerge enfin, Louis est mort. Overdose. Admise dans un hôpital, Mousse apprend qu'elle est enceinte. Rejetée par la famille de son désormais ex, elle file vers le Sud pour oublier ses vieux démons et s'installe dans une villa basque, la belle propriété d'un (généreux ?) inconnu. Paul, le frère de Louis, l'y rejoint finalement. Quant à moi, je n'en dirai pas davantage sur ce scénario. Improbable, diront certains. Oui, c'est vrai, mais c'est du cinéma...

Pour tenter de nous laisser croire à la vraie possibilité d'un bonheur autre, le film se déroule avec beaucoup de délicatesse. La puissance émotionnelle passe par le visage d'Isabelle Carré, qui a donc accepté de tourner alors qu'elle attendait effectivement un enfant. L'ennui est que le long-métrage montre souvent ce ventre rond, sans offrir franchement autre chose qu'un regard superficiel sur la future mère. Retenu aussi pour ses qualités de chanteur, Louis-Ronan Choisy montre une pudeur touchante dans le premier rôle masculin, certes. Seulement voilà... cette toute petite heure et demie de cinéma reste assez figée sur ses positions de départ. J'ai apprécié que Le refuge n'en dise pas trop sur le passé de Mousse, mais j'aurais bien aimé qu'on finisse par la connaître mieux. Pour croire à sa reconstruction.

Le refuge
Film français de François Ozon (2010)

Une note assez sévère, malgré la présence lumineuse d'Isabelle Carré. Pour elle, j'aurais voulu mieux aimer ce long-métrage: elle y joue gentiment avec son image de femme-enfant, pour mieux la retrouver au détour de quelques scènes. C'est l'histoire d'un "entre-deux". L'indécision plane sur ce récit délicat et le rend un peu fade. Du côté de François Ozon, je préfère donc Sous le sable ou Swimming pool...

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Du côté de mes petits camarades, vous verrez...

Les rédacteurs de "L'oeil sur l'écran" ont apprécié la sobriété du film. Sur "Le blog de Dasola", vous pourrez lire une longue liste de points négatifs, contrebalancés par autant d'éléments positifs. Je cite aussi "Mon cinéma, jour après jour" pour un soupçon d'ironie vengeresse...

mardi 9 décembre 2014

Un resto, du coeur

Zinos Kazantzakis est un jeune Allemand d'origine grecque. Sa vie quelque peu foutraque, il la partage entre le restaurant qu'il a ouvert dans un vieux bâtiment désaffecté et sa copine, la blonde Nadine, issue d'un milieu social élevé. Tout commence à partir sérieusement en sucette quand la demoiselle décide d'aller travailler... en Chine. Soul Kitchen, en très résumé, c'est une longue suite de péripéties...

J'ai lu quelque part que Fatih Akin, le réalisateur, s'était octroyé ici une petite pause entre deux sujets plus graves. Il se serait inspiré d'éléments de la vraie vie de son acteur principal, Adam Bousdoukos. Les deux hommes sont amis: le second aurait investi dans un resto avec le petit cachet versé par le premier pour un autre film. Le fait est que, malgré sa légèreté narrative et formelle, Soul Kitchen respire la sincérité. Il donne à voir toute une bande de potes débrouillards, prêts à suer sang et eau pour donner vie à son rêve d'un établissement culinaire reconnu. Je passe les détails: ils sont nombreux. On fait face ici à un visage méconnu de l'Allemagne contemporaine, jeune, métissée et qui se bat pour subsister. Le tout est traité sur le ton d'une vive comédie, un peu potache sur les bords.

La galerie de personnages vaut le détour. Les rôles secondaires existent, dans Soul Kitchen - c'est le nom du restaurant, au fait. Filmé toujours en mouvement, le petit monde de Zinos se montre attachant, chacun ayant largement de quoi démontrer son talent. Précision pour les amateurs: ce petit film virevolte en musique, porté par une bande-son plutôt efficace. Bref, il y a du rythme ! Le bémol viendrait peut-être d'un scénario assez linéaire et plutôt prévisible. On comprend vite que les galères de notre cher restaurateur cesseront forcément un jour, une fois qu'il aura soigné son hernie discale, par exemple, ou mieux accepté le départ de sa petite amie. Dans le Hambourg des années 2000, on aurait assurément pu espérer un peu plus d'originalité. Bon... je me suis quand même bien amusé.

Soul Kitchen
Film allemand de Fatih Akin (2009)

J'ai vu mieux, j'ai vu pire: cette petite comédie a au moins le mérite d'offrir un peu de dépaysement dans ce monde formaté. Les films drôles autour d'une bande de copains sont légion, depuis Les bronzés jusqu'au Péril jeune. Entre tous, je préfère le dernier cité, qui glisse tout de même vers autre chose de plus dramatique. Quant au meilleur des longs-métrages sur la cuisine, je cite volontiers Ratatouille...

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Vous êtes encore en appétit ? Au menu des blogs, il reste...
- "Sur la route du cinéma" - et sa réussite hilarante,
- "Le blog de Dasola" - et son scénario faiblard,
- "L'oeil sur l'écran" - et son film attachant,
- "L'impossible blog ciné" - et son aparté.

Et mon titre ne doit pas vous avoir fait oublier autre chose...
Le 24 novembre cette année, l'association créée par Coluche a lancé sa 30ème campagne consécutive. Elle estime qu'elle devrait aider environ un million de bénéficiaires cet hiver - un bien triste record. L'action se poursuit jusqu'en mars, pour moitié financée par des dons.

lundi 8 décembre 2014

La femme crocodile

Je ne savais pas très bien à quoi m'attendre en regardant Tabou. J'avais le vague souvenir d'avoir lu des choses élogieuses à son sujet. C'est ce qui m'a décidé à lui donner sa chance. Du fait de son origine portugaise, je me suis dit aussi qu'il me permettait également d'accrocher un nouveau drapeau à ma rubrique "Cinéma du monde". Bref, je l'ai regardé et, au début, je dois dire que j'ai eu très peur...

Tabou n'est pourtant pas un film d'horreur ou d'épouvante. L'inquiétude initiale que j'ai ressentie vient du fait qu'il s'ouvre directement sur les images étonnantes d'un explorateur de la savane africaine, dans un temps qui semble précéder celui des colonies. Quelques minutes passent et la caméra tourne vers Pilar, une femme seule en train de regarder un film au cinéma. La première séquence n'était donc qu'une mise en abyme: c'est dur pour ce lancement objectivement original, mais je m'en suis senti rassuré. J'ai retrouvé quelques repères rassurants quand le long-métrage rejoint la Lisbonne d'aujourd'hui. Pilar, donc, est une femme seule (ou presque). Généreuse, elle prêterait volontiers une chambre de son appartement aux jeunes qui voudraient découvrir la capitale lusophone. Ses amis sont peu nombreux: elle éconduit gentiment le vieil homme qui tente inlassablement de la séduire et protège sa voisine, une dame âgée...

Quand la domestique de cette dernière informe Pilar que l'intéressée est tombée malade, le film remonte le temps et retrouve l'Afrique coloniale. J'ai l'impression qu'il me faut me taire désormais. Dévoiler plus avant le scénario serait vous gâcher intégralement la surprise offerte par cette seconde partie. Tabou est un film atypique. Formellement, son noir et blanc est parfois poseur, mais il génère aussi quelques plans magnifiques - surtout, d'ailleurs, dans le déroulé de la seconde partie. La technique vient alors tutoyer les sommets émotionnels du cinéma muet, le long-métrage se passant totalement de dialogues. Restent à entendre les sons naturels et une voix off parfois un peu trop insistante, procédé - à ma connaissance - inédit dans le cinéma contemporain. Il vaut mieux se laisser aller complètement à la contemplation pour apprécier le résultat. Au risque d'en sortir quelque peu dérouté, sans doute, et/ou finalement séduit.

Tabou
Film portugais de Miguel Gomes (2012)

Le titre est évidemment une invitation à la comparaison. Je dirais donc que j'ai préféré le Tabou de Friedrich W. Murnau, réalisateur allemand d'un film muet somptueux autour d'une histoire d'amour polynésienne. 81 ans séparent les deux longs-métrages ! Il est vrai qu'on peut y pointer quelques ressemblances, mais celui de 2012 apporte un dépaysement peu commun. Out of Africa, en somme...

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Deux options pour revenir sur cette histoire de crocodile...

- Pascale en parle: "Sur la route du cinéma".
- Sentinelle aussi: "Chez Sentinelle".     

dimanche 7 décembre 2014

Sous le banian

J'ai eu plusieurs fois l'occasion de le dire ici: le cinéma demeure aussi pour moi un art du voyage. À l'heure où les pays les plus lointains paraissent à un clic de souris, j'aime qu'un long-métrage m'emmène, quelque deux heures durant, dans une contrée étrangère. Cette envie contemplative participe de l'intérêt que j'ai eu à voir Still the water. Bien que, sur écran géant, le Japon soit un territoire assez familier...

Spécificité: Still the water nous embarque vers l'une des îles reculées de l'archipel nippon, Amami, cap sud-ouest, au coeur même de l'océan Pacifique. Cette terre magnifique, tropicale, est aussi la proie fréquente de très violents typhons. La nature y offre un cadre extraordinaire, même si ce "décor" n'a pas, c'est vrai, l'aspect surprenant d'autres régions du monde. Ici, Amami est l'écrin éclatant d'une idylle adolescente naissante entre Kyoko et son ami Kaito. Tendre, la parade amoureuse est encore gauche, les sentiments contrastés, du fait peut-être de leur situation familiale respective. Native de l'île, Kyoko vit avec ses deux parents, mais sa mère souffre d'une maladie mortelle, incurable. Kaito, lui, est l'enfant d'un couple séparé: il a vu le jour à Tokyo, là où son père, un tatoueur, est resté.

La réalisatrice du film vient en partie du documentaire. L'image qu'elle offre au regard m'a vite frappé par son aspect ultra-réaliste. J'ai eu l'impression d'être un intime des personnages, témoin direct d'importants événements de leur vie. Cette réelle proximité de vue n'empêche pas Still the water d'amener sa propre poésie. Les plans de Kyoko nageant toute habillée, par exemple, déroutent et séduisent à la fois. Les habitants d'Amami ont souvent été mis à contribution pour réinventer des séquences qui correspondent à leurs rites sociaux et croyances. Certaines séquences ne sont même que des moments de vie saisis sur le vif, sans la moindre directive de la cinéaste. Derrière tout ça, il y a beaucoup de tendresse et d'empathie. On dit que Naomi Kawase aurait retrouvé là-bas le berceau de sa famille...

À l'ombre d'un banian, l'un de ces arbres pluriséculaires et porteurs d'éternité, il eut été facile de tomber dans les clichés et l'opposition bêtasse de deux mondes, le paradis perdu d'un côté, la mégapole froide et sans âme de l'autre. Pour être honnête, Still the water n'échappe pas à ce discours des contrastes - sur Amami, on retrouve même un grand-père moraliste, plein du bon sens (supposé) de celui qui a vécu et (presque) tout connu. C'est plutôt des instants de vie ordinaires que l'émotion la plus forte survient, presque par surprise parfois. Un cadre qui tremble légèrement, une musique qui s'éteint lentement: le film est vraiment doux, pudique, retenu. Cette langueur assumée peut paraître monotone: mon voisin de fauteuil a ronflé ! Moi, malgré quelques petites longueurs, je suis toujours resté éveillé.

J'ai pu découvrir cette histoire dans le cadre d'une projection spéciale, organisée par une association à laquelle je viens d'adhérer. L'animateur du débat qui a suivi a notamment expliqué que le film n'avait pas reçu un accueil triomphal au Japon. En sélection officielle à Cannes et candidat déclaré à de nombreux trophées, Still the water n'en a finalement obtenu... aucun ! Artiste prolifique, Naomi Kawase est parait-il coutumière du fait: elle génère souvent une attente importante, mais aussi un peu de frustration, comme si son public d'habitués réclamait qu'elle produise un chef d'oeuvre à chaque fois. Moi, je viens juste de la découvrir: je peux juste dire que j'aimerais voir d'autres de ses oeuvres pour mieux la connaître. J'ai été séduit par ce "premier essai". Et, oui, ça a titillé mes envies de voyager...

Still the water
Film japonais de Naomi Kawase (2014)

Quand la finesse d'observation d'un Hirokazu Kore-eda croise la route du panthéisme d'un Terrence Malick: sous cette double référence écrasante, le film d'aujourd'hui tient la route, mais en demi-teinte. Heureusement, sa modestie joue pour lui: pas besoin de convoquer les grands anciens, comme Ozu ou le Murnau de Tabou pour sauver les apparences. À vous de tisser les fils de ce cinéma d'émotion(s)...

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Pour vous y aider, vous avez une autre possibilité...

Vous pouvez lire ce qu'on en dit ailleurs: "Sur la route du cinéma". 

samedi 6 décembre 2014

Le violoniste

Je me pose une question: l'ambition formelle peut-elle faire obstacle au vrai cinéma de divertissement ? Je ne vois aucune raison objective pour penser que les artistes du septième art feraient mieux de brider leurs élans créatifs pour mieux toucher le plus large public. Je note pourtant que quelques critiques ont reproché à Poulet aux prunes d'être trop prolifique côté style. Reprenons les choses à leur début...

Poulet aux prunes, c'est en premier lieu le titre d'une bande dessinée, couronnée du Prix du meilleur album au Festival d'Angoulême 2005 - excusez du peu ! Son auteur est une femme française: Marjane Satrapi, née en Iran en 1969, remarquée déjà pour son tout premier opus, Persepolis, publié, lui, en quatre tomes entre 2000 et 2003. Vous suivez ? Poulet aux prunes devient un film en 2011. Sur une heure et demie d'images, il garde quelques minutes seulement pour une scène d'animation, mais fait pour l'essentiel appel à des acteurs en chair et en os. Vous avez reconnu Mathieu Amalric ? Parfait ! De dos, c'est Maria de Medeiros. Et il y a aussi d'autres têtes assez connues: Édouard Baer, Isabella Rossellini, Jamel Debbouze, Chiara Mastroianni, Golshifteh Farahani... et j'en oublie, assurément.

Ce que ça raconte ? L'histoire (fictive) de Nasser Ali Khan, un Iranien des années 50, prodige du violon. On le découvre dans un moment terrible: quelqu'un a détruit son instrument ! Le pauvre soliste cherche vainement un remplaçant à son "compagnon", mais constate alors qu'il n'éprouve plus aucun plaisir à jouer. Après avoir écarté quelques projets de suicide, il décide donc de... se laisser mourir. Sans trahir de grand secret, car c'est annoncé après un quart d'heure environ, notre mélancolique ami va au bout de ses idées noires. Poulet aux prunes égraine alors les huit derniers jours d'une vie d'artiste. L'occasion d'un bilan, entre règlements de comptes tardifs et flashbacks sur un passé franchement révolu. Je vais ajouter quelque chose qui pourrait vous surprendre: parfois, c'est très drôle !

Poulet aux prunes est en fait un patchwork filmique. Il m'a fait passer par plusieurs émotions, plus ou moins intenses. J'en reviens maintenant à mon interrogation initiale. Il est vrai que le film mise allégrement sur des moments burlesques et de grands élans mélodramatiques, en passant par une parodie de sitcom américaine. Ajoutez-y, entre autres, un mini-dessin animé: ça fait beaucoup. Maintenant, j'ai envie de dire: oui, et alors ? Les salles obscures diffusent suffisamment de productions ordinaires et stéréotypées ! Pourquoi bouder ce qui est "copieux" ? La critique professionnelle salue souvent l'inventivité d'un Wes Anderson ou, à un degré moindre certes, d'un Jean-Pierre Jeunet ou d'un Michel Gondry. L'imagination de Marjane Satrapi me réjouit tout autant. Même en "carton-pâte"...

Côté scénario, c'est un autre débat: mon enthousiasme pour le film est sincère, mais il ne me conduira pas à affirmer que l'histoire elle-même est ébouriffante d'originalité. Il est ici question d'amours contrariées, pour l'art bien sûr, mais aussi pour les gens - un thème ultra-classique du cinéma et de l'expression artistique au sens large depuis, je crois, ses débuts. Si Poulet aux prunes a su m'embarquer dans son récit, c'est aussi sans doute via son petit côté "exotique". J'ai craint quelques minutes que le décor iranien freine mon empathie pour les personnages, faute de mieux connaître l'histoire de ce pays. Heureusement, ç'a n'a finalement pas été le cas: nul besoin finalement d'être très érudit. Rassurés ? Je vous laisse donc découvrir la suite et le pourquoi de ce très joli titre qu'est Poulet aux prunes...

Poulet aux prunes
Film français de Marjane Satrapi et Vincent Parronaud (2011)

Quatre ans avant cette petite merveille, le même duo avait cosigné l'adaptation cinéma de Persepolis - 100% en animation, cette fois. Marjane Satrapi a des talents multiples, puisqu'elle est aussi peintre et musicienne. Ses oeuvres graphiques ont clairement un côté politique, ce qui fait d'elle une vraie ambassadrice de son pays d'origine. Il y a aussi un peu d'Iran sur ma page "Cinéma du monde".

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Avis aux amateurs ou aux nouveaux convertis...

Le film va être rediffusé sur Arte, mardi prochain, à 13h30.

Peu d'avis chez mes p'tits camarades, mais...
"L'oeil sur l'écran" en parle en bien. "Sur la route du cinéma" aussi.

jeudi 4 décembre 2014

Du neuf !

Hé ! Vous savez quoi ? C'est déjà la 1.200ème chronique ! L'occasion est belle d'évoquer les quelques pistes dont j'ai entrepris l'exploration pour rendre Mille et une bobines plus attrayant. Un grand merci d'abord à vous, proches ou inconnus qui me lisez, que vous le fassiez régulièrement ou de façon épisodique, de longue date ou depuis peu. Et voilà donc ce que j'envisage, motivé par l'espoir de faire mieux...

Allumer d'autres étoiles
C'est "cosmétique", bien sûr, mais je me dis qu'après m'avoir rendu tant de bons et loyaux services, mes étoiles à la Nintendo ont vécu. Conséquence: elles changeront de look dès ce week-end. J'en profite pour préciser que, demain comme hier, elles seront la représentation d'une opinion partiale. Cette part de subjectivité, je l'assume à 100%.

Faire état des tendances statistiques
Je veux ici rassurer les allergiques aux maths: il n'est pas question pour moi d'évoquer quotidiennement les dernières variations chiffrées des Bobines. Mais alors que chaque chronique nous rapproche inéluctablement d'un 1.000ème film présenté, je me vois bien faire quelques topos ponctuels sur les périodes et nationalités. Au moins...

Répondre aux commentaires
Je ne l'ai jamais fait, il me semble. Et je constate au quotidien combien mes petits camarades bloggeurs s'y attèlent fidèlement ! J'avoue que j'ai quelques réticences, soucieux de ne pas me laisser phagocyter par l'écriture sur Internet. Cela posé, vu que je ne croule pas (encore ?) sous vos remarques, mieux interagir paraît... jouable.

Adopter d'autres formes 
Ce qui est sûr, c'est que j'aimerais continuer à vous proposer parfois les interviews que j'aurai pu faire de personnalités liées au cinéma. J'ai réfléchi aussi à donner d'autres formats et styles à mes avis critiques. Une décision qu'il ne faut pas prendre à la légère ! L'essentiel reste à mes yeux de maintenir une ligne (et une cadence).

Parler du cinéma au sens large
Critiques et interviews: c'est - et je pense que ça restera - la base écrite de Mille et une bobines. Ici ou dans la "vraie vie", j'ai eu dernièrement quelques bons retours sur mes chroniques thématiques ou liées à une actualité donnée. Les multiplier ? J'y ai pensé, donc. J'en reviens à cette idée de cadence. Ou plutôt d'équilibre, en réalité.

Décloisonner
C'est déjà ce que je cherche à faire quand, en conclusion d'un texte personnel, je vous renvoie sur l'un ou l'autre de mes blogs amis. Maintenant, et aussi parce que je suis engagé dans une association cinéphile depuis deux gros mois, je crois qu'il pourrait être pertinent de rouvrir mes colonnes à d'autres rédacteurs. Reste à voir comment.

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Une dernière petite chose...
Ce blog, je le considère comme le mien, un peu encore comme celui de celles de mes amies qui y ont contribué il y a quelques années, mais aussi, enfin, comme le vôtre ! Je ne réagis pas toujours ostensiblement, mais je suis donc bien à l'écoute de vos suggestions. Ce qui pourrait m'intéresser aussi ? Vos propres retours d'expérience !

mercredi 3 décembre 2014

Petits papiers

J'aime les mots qu'Omar Sy utilise pour parler de sa popularité. Extrait du Studio Ciné Live d'octobre: "Jamais je n'aurais osé imaginer une chose pareille. Sans doute pour ne pas prendre le risque que ce rêve ne devienne jamais réalité et d'en être aigri. Je rêvais d'ailleurs et, sur ce plan-là, je suis bien servi". J'ai lu ces propos après avoir vu Samba, son dernier film en date. Je les trouve dignes.

Alors oui, Omar Sy est parti aux États-Unis après le succès colossal d'Intouchables. Oui, il a changé depuis l'époque Canal + et s'est hissé plus haut que son pote Fred Testot, des heures rigolotes du Service après-vente des émissions. Il n'est plus le "Noir de service", en fait. Quatorze ans après ses débuts au cinéma, huit après le tout premier de ses désormais cinq films avec le tandem Nakache / Toledano, bientôt trois après le César, il est attendu au tournant. Je vais être honnête avec vous: Samba, je n'avais pas spécialement prévu d'aller le voir. Ce sont mes parents qui m'y ont décidé, lors d'un petit séjour chez eux. Maintenant, je ne le regrette pas: faute de découvrir alors le plus beau film de mon année sur grand écran, j'ai eu l'occasion d'apprécier une oeuvre honnête, qui tient plutôt bien ses promesses. Voici donc, messieurs dames, Omar Sy dans les habits d'un Sénégalais en France, sans titre de séjour. C'est drôle ? Parfois. Pas seulement...

En fait, le film évoque surtout la rencontre de deux êtres bousculés par la vie. Samba - oui, c'est son prénom - est sous tension permanente du fait de son statut de clandestin. Alice, la jeune femme dont il croise la route, est censée l'aider, puisqu'elle fait du bénévolat dans une association d'aide aux migrants. Le fait est toutefois que, malgré sa générosité et sa bonne volonté, la demoiselle trimballe avec elle toutes sortes d'incertitudes et de névroses, de quoi inverser la perspective et faire de l'assisté potentiel un possible assistant. C'est naïf ? Sans aucun doute, oui. C'est au moins une manière douce de présenter la thématique de l'immigration, qu'elle soit choisie, subie, assumée, acceptée ou non. C'est naïf, donc, j'en conviens volontiers. Et, si c'est drôle aussi, c'est également... autre chose. C'est sincère, peut-être, et ça se garde en tout cas d'une lecture strictement politique. C'est peu de choses, oui, mais c'est déjà bien.

Samba
Film français d'Olivier Nakache et Éric Toledano (2014)

Bon, j'ai parlé d'Omar Sy, mais le film donne aussi des rôles importants à quelques autres têtes connues: Charlotte Gainsbourg incarne Alice, mais il y a également Tahar Rahim et Izïa Higelin, fille de Jacques. Une jolie image du melting-pot de la France aujourd'hui. Sur un ton plus grave, je conseille (vivement) Les rayures du zèbre. Pour le point de vue des migrants, Rêves d'or ou encore Harragas...

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La circonstance est plutôt amusante, je trouve...

Avant d'opter pour ce film, ma mère et moi l'avons mis en balance avec Bande de filles, un autre long-métrage récent qui met en scène des Français(es) d'origine africaine. Je ne dis pas que j'y ai renoncé...

Et maintenant, je vous propose d'autres regards...
- "Sur la route du cinéma" parle de film mou et paresseux !
- "Le blog de Tinalakiller" s'avère un peu plus clément.

mardi 2 décembre 2014

Âme seule

J'ai l'impression de jouer au yoyo thématique: après un drame intense et une comédie légère, je vous propose à nouveau aujourd'hui un film profond, exigeant. Il s'agit de L'oiseau, qui a su attirer mon regard pour avoir mis Sandrine Kiberlain en tête d'affiche. Je me suis senti curieux de voir ce qu'elle ferait d'une idée minimaliste: une femme change petit à petit, après qu'un volatile s'est introduit chez elle...

L'oiseau est une fable ancrée dans le contemporain. Anne vit seule. Ouvertement courtisée par un de ses collègues de boulot, elle se terre chez elle quand elle ne travaille pas et se contente d'une existence terne. C'est tout doucement, avec pudeur, que le scénario laisse comprendre qu'elle a pu connaître autre chose par le passé et que, consciemment ou non, la jeune femme s'est donc bel et bien repliée sur elle-même. Le long-métrage avance par petites touches et révèle la nature exacte de son personnage principal lentement, sans la crier haut et fort. Il propose le récit d'une renaissance, assez compliquée. Tout ce qui est dit ici l'est avec retenue, un peu comme un secret qu'une femme ne révèlerait qu'à ses intimes. Ce style peut dérouter. Sandrine Kiberlain est dans le bon ton, cependant, et c'est bien ainsi.

Pareille proposition ne fera sans doute pas l'unanimité. Mon père l'expliquera peut-être en commentaires: il n'a pas accroché au rythme de ce film objectivement atypique. Plus haut, j'ai aussi parlé de film exigeant: il est vrai qu'il ne surligne rien et laisse chacun prendre ici et là les petits détails qui forment l'histoire. Ceux qui sont chez eux dans les mondes oniriques pourraient d'ailleurs regretter qu'en partant de l'idée fantastique d'un animal miraculeux, L'oiseau ne pousse pas le rêve un peu plus loin. Dès lors qu'elles s'éclairent, les blessures d'Anne paraissent, sinon quelconques, au moins très... humaines. Apaisé, le long-métrage suggère que l'héroïne peut donc vivre avec. Un peu d'optimisme ne fait de mal à personne, je suppose. J'ai validé ce constat, regrettant juste de ne pas m'être envolé un peu plus haut.

L'oiseau
Film français d'Yves Caumon (2012)

Pour l'Annuel du Cinéma, je cite donc Thomas Fouet: le film "reste pris au piège de ses précautions". C'est assez vrai aussi. Le choix courageux d'un pointillisme onirique brouille parfois le message précis d'une oeuvre imparfaite. En clair, il s'est bien passé quelque chose dans la vie d'Anne qui aurait pu mériter vision plus rapprochée. Ceux qui ont vu Papa de Maurice Barthélémy auront compris, mais... chut !

lundi 1 décembre 2014

Deux coeurs

Ami(e)s cinéphiles, vous permettrez que je commence aujourd'hui avec un message personnel: Aelezig, si tu me lis, tu serais très sympa de nous redonner ta recette d'une comédie romantique réussie. D'expérience, je sais, moi, que ce genre un peu naïf peut se décliner de bien des façons, des bonnes, des mauvaises, des "entre les deux". Mon pire cauchemar a choisi Isabelle Huppert et Benoît Poelvoorde.

La question cruciale: est-ce que ça marche ? Ma réponse: oui, plutôt. Chacun est le parent d'un élève au très réputé lycée Henri IV. Agathe et Patrick devront s'aimer sans autre point commun. Elle, galeriste d'art, fera d'abord office de mégère non apprivoisée auprès d'un mari sexagénaire, histoire de vaguement partager un grand appartement parisien. Lui, bricoleur du dimanche, tentera mollement d'élever seul son fils, un "enfant de la bière" comme il le dit à qui veut l'entendre. Madame Collier de Perles contre Monsieur Kronenbourg: l'amour vache devenu passion était bien plus que prévisible, inévitable. Pas besoin d'aller chercher midi à quatorze heures ou de chercher une subtilité cachée dans le titre du film: Mon pire cauchemar déroule gentiment le programme qu'on peut attendre de lui. On a vu film plus ambitieux.

Pour faire monter la mayonnaise rigolarde, de petits rôles d'appoint ont été confiés à André Dussollier et Virginie Efira. Cet autre duo passe dans le décor et y impose une sympathique parité franco-belge. Pour le reste, le long-métrage est clairement à la gloire du tandem principal. Isabelle Huppert ne force pas, mais a le mérite d'essayer d'amuser la galerie en écornant (un peu) son image bourgeoise. Benoît Poelvoorde, lui, est une nouvelle fois impeccable dans la peau de l'imbécile heureux - je n'en attendais pas moins. C'est en vain qu'on espérerait ici de quoi révolutionner le cinéma à la française. Mon pire cauchemar est un bon petit film, point barre, qui pourrait faire votre joie lors d'une soirée à thème "vidange des neurones". Attention: si vous attendez du glamour, vous n'êtes pas au bon rayon.

Mon pire cauchemar
Film franco-belge d'Anne Fontaine (2011)

Plutôt que sur un film comparable, aujourd'hui, je crois intéressant d'attirer votre attention sur un possible contrepoint. J'en ai eu l'idée en me souvenant qu'Anne Fontaine a aussi réalisé Entre ses mains. Cet autre long-métrage avec Benoît Poelvoorde parle du sentiment amoureux sur un tout autre ton. Vous pouvez préférer les comédies romantiques avec Virginie Efira - La chance de ma vie, par exemple.

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Bon, en tout cas, tout ça ne fait pas l'unanimité...
Des avis positifs: ceux de "L'oeil sur l'écran" et "Le blog de Dasola". Aelezig se montre assez nuancée: cf. "Mon cinéma, jour après jour". Pascale n'est pas vraiment emballée: cf. "Sur la route du cinéma". David, enfin, est resté indécis: il avait vu le film en projection-test. Son avis est toujours lisible sur son site: "L'impossible blog ciné". Pour finir, Laurent, sur sa "Deuxième séance", parle de naufrage...