jeudi 31 juillet 2014

Un dangereux trio

Si j'avais un blog littéraire, il est probable que j'aurais déjà consacré l'une de mes chroniques aux femmes auteurs de polars. J'ai l'occasion ce jeudi d'évoquer l'une de ces reines du crime: Patricia Highsmith. L'oeuvre écrite de l'Américaine a fait l'objet d'adaptations nombreuses au cinéma. Cela dit, je n'avais pas lu le roman avant de découvrir l'intrigue de The two faces of January et c'est "à blanc" que j'ai fait ce voyage dans la Grèce de 1962. J'ai profité de l'agréable compagnie du trio de comédiens: Viggo Mortensen, Oscar Isaac et Kirsten Dunst.

Avec son mari Chester, la jolie Colette profite donc d'un été radieux sur les hauteurs d'Athènes. La route du couple américain croise alors celle d'un arnaqueur à la petite semaine, Rydal, lui aussi originaire des États-Unis. Une soirée et puis s'en va ? C'est l'idée de départ. Seulement voilà... menacés par de plus gros poissons et mis en péril par le passé trouble de Monsieur, les MacFarland n'auront bientôt plus d'autre choix que de faire confiance à leur énigmatique compatriote. C'est dès cet instant que The two faces of January débute réellement, un certain suspense venant alors relayer l'efficacité narrative d'une reconstitution soignée. Comme souvent avec les films en costumes, j'ai mordu à l'hameçon et me suis donc laissé embarquer avec bonheur dans cette drôle d'histoire. Quelques hypothèses échafaudées en chemin se sont écroulées sans rémission. Il m'aura juste manqué un soupçon de perversité pour être à 100% satisfait...

Plutôt que de la conclusion du long-métrage, mon vrai plaisir est venu de ses rebondissements. Les premières scènes m'avaient laissé imaginer quelque chose de différent. The two faces of January porte honnêtement son titre, une référence explicite à Janus, le dieu romain aux deux visages opposés. J'avais pensé que les protagonistes allaient se multiplier, mais, finalement, c'est quasiment le contraire qui est survenu: tout tourne autour des trois personnages principaux. Petit à petit, le thriller attendu se transforme en un "simple" drame intime. Le cadre grec y trouve du même coup toute sa puissance allégorique, théâtre éternel des grandes tragédies classiques. D'aucuns ont cité Alfred Hitchcock comme l'une des références possibles pour le film. Flatteuse comparaison, un peu écrasante peut-être. Il serait injuste d'ailleurs de demander une totale maîtrise à un cinéaste qui ne signe là que tout son premier film. À suivre...

The two faces of January
Film américain de Hossein Amini (2014)

Plutôt que de citer son nom, l'affiche du film présente le réalisateur comme le scénariste... de Drive et ajoute que le long-métrage associe les mêmes producteurs que La taupe. Puisque je vous ai parlé de la référence hitchcockienne,je crois pouvoir souligner également qu'avec L'inconnu du Nord Express, le maître s'était lui aussi frotté à Patricia Highsmith, dès 1951 ! Et donc, encore une fois: à suivre...

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Et maintenant, à défaut du roman, vous pouvez lire...

Au choix: "Sur la route du cinéma" et/ou "Le blog de Dasola".

mercredi 30 juillet 2014

Braquage à l'italienne

Si mon compte est bon, l'Italie est le 4ème pays de cinéma le plus cité sur les Bobines - bien que le total de longs-métrages découverts reste encore faiblard, comparé à l'importance du septième art transalpin dans le paysage européen. Un mot aujourd'hui sur Le pigeon, qui sera du même coup mon premier Mario Monicelli. Je connaissais seulement quelques-uns des acteurs de cette comédie: Vittorio Gassman, Marcello Mastroianni et Claudia Cardinale. J'ai pu faire connaissance avec Toto, l'un des acteurs les plus célèbres d'Italie. Entre autres...

L'histoire se passe à Rome. Cosimo, un brigand, est surpris la main dans le sac par la police, alors qu'il essaye de voler une voiture. Solidaires, ses amis cherchent quelqu'un qui, moyennant finances, accepterait de se dénoncer pour lui permettre d'échapper à la prison. Finalement, Cosimo est incarcéré, mais Pepe, le complice, l'est aussi. Un nouveau coup se prépare derrière les barreaux: il s'agira ensuite de braquer une agence du Mont de Piété. Le pigeon ménage judicieusement quelques retournements de situation inattendus. Drôle à sa façon, le scénario nous fait découvrir l'Italie populaire d'après-guerre. Pas franchement doués, les voleurs apparaissent comme une joyeuse bande de pieds nickelés. Je ne peux promettre que ça vous plaira autant qu'au public de la toute fin des années 50...

Le long-métrage n'en est pas moins bien placé dans la mémoire cinéphile italienne. Il a connu deux remakes: le premier date de 1984 et est l'oeuvre du Français Louis Malle, avec une troupe d'acteurs anglosaxons, Donald Sutherland et Sean Penn en tête. Le pigeon inspira également deux suites, dès 1959 et en 1985. Je crois cependant que je vais me contenter du film originel, qui m'a paru quelque peu suranné, je dois bien le reconnaître. Il me faut vous dire aussi que je manque de repères dans cette filmographie italienne ancienne. Je n'ai rien vu de mauvais: j'imagine donc que les esthètes apprécieront le spectacle à sa juste valeur. Je ne renoncerai pas aujourd'hui à l'idée de mieux connaître le cinéma italien, non. N'hésitez donc pas à me faire part de vos classiques incontournables !

Le pigeon
Film italien de Mario Monicelli (1958)

J'ai aussi entendu parler de ce réalisateur pour l'un de ses films suivants, Larmes de joie (1960), qu'il me faudrait encore découvrir. Évidemment, à ce stade, j'ai du mal à vous offrir une comparaison valable avec d'autres titres du répertoire italien. Il vous est possible d'aller piocher au hasard dans mon index "Cinéma du monde". Dernièrement, je m'étais plutôt amusé avec L'argent de la vieille...

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Il y a toujours des cinéphiles plus férus que moi...

Le film est notamment présenté chez mes amis de "L'oeil sur l'écran".

lundi 28 juillet 2014

Mille euros

Simple ouvrière d'une entreprise lambda, Sandra se remet tout juste d'une dépression. Alors qu'elle se sent prête à reprendre le travail maintenant qu'elle est guérie, elle apprend qu'un vote a été organisé entre ses collègues: son poste a été mis en balance avec le versement de primes de 1.000 euros. Sur seize votants, quatorze ont "préféré" toucher une prime et, de ce fait, "accepté" de voir Sandra licenciée. Avec l'aide d'une amie, la jeune femme obtient alors de son patron qu'un nouveau scrutin soit organisé après un week-end de réflexion.

Ainsi débute Deux jours, une nuit, cru 2014 des frères Dardenne. Une nouvelle fois en lice pour la Palme d'or cette année, les frangins sont repartis de Cannes bredouilles - ce qui, vu l'historique, a surpris le petit monde de la Croisette. Je ne peux pas vous parler aujourd'hui en termes de carrière: ce n'était que mon deuxième Dardenne. L'idée de départ du scénario m'a en fait paru suffisamment intéressante pour que j'aille voir le film, motivé que j'étais également par l'envie d'avoir une meilleure connaissance du cinéma (social) belge. Maintenant, pour tout vous dire, j'espérais mieux. Ce que j'ai vu m'a paru très honnête, mais n'a pas tout à fait comblé mes attentes. Accrochée aux basques de Sandra, la caméra l'accompagne systématiquement partout, à la porte de chacun des appartements qu'elle visite pour convaincre ses collègues de voter en sa faveur. Nous la découvrons parfois en famille, à l'écoute des encouragements de son mari ou répondant doucement aux sollicitations des enfants.

La faille de ce dispositif cinéma, c'est qu'il tend à une répétition infinie de son argument. Sandra convainc ou non, mais use toujours des mêmes formules pour s'expliquer et justifier sa démarche. Ponctuellement, sa maladie semble devoir la rattraper: elle avale alors un comprimé et repart sur son chemin de croix de salariée ordinaire. Évidemment, ce n'est pas très rigolo... et un peu rapide parfois pour paraître vraiment crédible. Beaucoup d'encre a coulé également sur le choix de Marion Cotillard pour ce rôle de mère courage: la comédienne fait preuve de sobriété, pour le coup, et tient dignement son contre-emploi. Deux jours, une nuit est un bon film. Personnellement, j'apprécie la manière qu'ont les Dardenne d'illustrer cette histoire banale, un peu comme s'ils tournaient un documentaire. C'est un morceau de cinéma épuré, sans effets faciles pour appuyer l'émotion. Les rares musiques, par exemple, jouent à contre-courant lors de scènes de répit. Sur le terme du chemin, on peut discuter...

Deux jours, une nuit
Film franco-belge de Jean-Pierre et Luc Dardenne (2014)

En attendant de remonter le temps avec les frangins, j'avoue donc une petite déception à l'égard de cet opus, moins abouti d'après moi que Le gamin au vélo, leur film précédent, Grand Prix à Cannes 2011. C'est vrai que c'est probablement complexe de trouver la formule parfaite pour du cinéma social, digne et pertinent. En attendant d'apprécier le dernier Ken Loach, je reparlerai de Louise Wimmer...

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Et voici quelques liens pour retrouver Sandra/Marion...

- "Sur la route du cinéma",
- "Le blog de Dasola",
- "La cinémathèque de Phil Siné".

samedi 26 juillet 2014

Dans l'Ouest sauvage...

J'ai mis plus de temps que pour d'autres films à analyser mes idées sur The homesman. Sur l'affiche francophone, la mention "La face cachée du mythe américain" me paraît un peu outrancière. C'est vrai toutefois que ce western de et avec Tommy Lee Jones présente certaines particularités absentes d'autres productions du genre. Adapté d'un roman, c'est probablement en cela qu'il mérite le détour.

Je vous explique: bien que son titre puisse légitimement laisser penser à une énième production centrée sur son premier personnage masculin, The homesman est d'abord un film de femmes. Son propos s'ouvre autour d'une dénommée Mary Bee Cuddy, trentenaire célibataire sur la terre désolée du Nebraska, aux alentours de 1850. Parce que la communauté est trop fragile pour se passer durablement de ses hommes et/ou parce que ces derniers sont trop inconsistants pour que les choses se passent autrement, Miss Cuddy se voit obligée d'effectuer la sale besogne: bonne chrétienne, elle se voit contrainte d'amener à l'asile trois autres pionnières, que les conditions de vie dans l'Ouest sauvage ont rendu folles. Vous admettrez que cette idée de départ n'est pas banale ! Je veux ajouter aussitôt que l'actrice choisie pour incarner ce rôle - Hilary Swank - y est tout à fait juste. La sobriété de son jeu, tout en nuances pourtant, fait merveille. C'est pour moi la première des bonnes raisons d'apprécier le long-métrage. Les grands espaces qui défilent à l'écran sont pour le moins habités.

Il faut attendre un petit moment avant que le second personnage principal entre finalement en scène: George Briggs, un brigand sauvé de la potence, va assister l'héroïne dans sa périlleuse mission. Objectivement, la suite du programme est plus convenue. J'ai été d'autant moins surpris que j'avais lu un peu trop en détail les critiques sur le film et connaissais donc à l'avance un rebondissement capital. Pas question pour moi de le dévoiler aussi: j'aime autant ne rien dire de plus sur ce qu'il adviendra du convoi Briggs / Cuddy. Le rêve américain s'évanouit vite au contact des différences de statut social entre ceux qui sont censés l'incarner: voilà ce que je peux ajouter. Quand il s'agit de faire état du côté sombre d'un western contemporain, l'adjectif "crépusculaire" revient assez régulièrement dans les écrits des uns et des autres. Je vais l'éviter: dans sa partie finale, The homesman comporte quelques longueurs qui le desservent un peu. Plus étonnant, il oublie vite les pauvres âmes qu'il présente au début. Restent de belles choses sur l'altérité et le sens du devoir...

The homesman
Film américain de Tommy Lee Jones (2014)

Si la modernité du long-métrage reste discutable, je ne partage pas l'opinion des Cahiers du cinéma, qui parlent de western "décati". Quelque chose me parle ici des dérives individualistes du monde contemporain. Chacun jugera selon son appréciation personnelle. Encore loin d'Impitoyable, The homesman me paraît de qualité supérieure à la moyenne des westerns. Et un peu au-dessus de Gold.

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Vous avez manqué la diligence ?

Vous pouvez toujours chevaucher: "Sur la route du cinéma" permet également de rattraper le film, tout comme "Le blog de Dasola". "Callciné" et "Ma bulle", eux, vous proposent deux avis masculins.

vendredi 25 juillet 2014

Tuyauterie

Bénédicte et Alain forment un petit couple sans histoire particulière. Récemment, ils viennent de s'installer dans une nouvelle maison. Madame aménage son foyer, sans avoir encore repris d'activité professionnelle. Monsieur est ingénieur en domotique, bien considéré par son patron. Dans Lemming, cette vie rangée commence sérieusement à partir en sucette quand un rongeur est retrouvé coincé dans une canalisation bouchée. Bizarre, vous avez dit bizarre ?

Ce petit film français m'a bien plu. Le paradoxe, c'est que j'ignorais tout de Laurent Lucas, l'acteur principal, que j'ai d'ailleurs trouvé moyen. J'étais en réalité attiré par le jeu de Charlotte Gainsbourg. Ensuite, depuis mon canapé, j'ai été content de retrouver également Charlotte Rampling et, dans une moindre mesure, André Dussollier. Avec cette jolie distribution, Lemming n'est pas un chef d'oeuvre. C'est un thriller de bonne facture, que certains critiques ont comparé à un film de David Lynch. Il est certain que les phénomènes étranges qui s'y produisent n'y trouvent aucune explication rationnelle. J'oserai dire qu'on s'approche même du paranormal, avec la petite bête cachée dans le tuyau, peu avant le suicide d'un des personnages. Ambiance...

Lemming fut présenté en ouverture du Festival de Cannes 2005. Reparti bredouille, il valut aussi à Charlotte Rampling d'être nommée pour un Prix du cinéma européen. Qu'il ne soit pas parvenu à taper dans l'oeil des jurés ne doit pas vous en détourner si vous appréciez ce genre d'histoire floue: rien ne m'interdit de penser qu'on puisse prendre plaisir à se perdre dans ce labyrinthe d'images. L'irrationnel n'est pas si fréquent dans le paysage cinématographique, après tout. Que manquerait-il alors pour que ce long-métrage décolle vraiment vers les sommets du genre ? Un peu de frissons, peut-être. Le film avance lentement, suggère des choses, en montre d'autres, s'égare quelque peu. Sa froideur finit malheureusement par jouer contre lui.

Lemming
Film français de Dominik Moll (2005)

Je reconnais au réalisateur du courage: se frotter au cinéma de genre de cette nature n'est pas chose facile. Dans sa filmo, Lemming vient cinq ans après Harry, un ami qui vous veut du bien - sorti en 2000 et dont j'ai entendu de bien meilleures choses. Tout ça m'encouragera peut-être à aborder plus franchement les oeuvres de David Lynch. Côté frissons au cinéma, je ne suis pas encore remis de Shining...

mercredi 23 juillet 2014

No future

Terry Gilliam a la réputation d'être le réalisateur le plus malchanceux du monde. La mythologie du cinéma a fait des conditions de tournage de son Don Quichotte un modèle de scoumoune artistique. Il est encore fréquent aujourd'hui, quand on parle d'un nouveau projet cinéma de l'ex-Monty Python, qu'on rappelle aussi son renoncement aux aventures picaresques du chevalier aux moulins. Il s'agit toutefois pour moi désormais d'évoquer son tout nouvel opus: Zero theorem.

J'aime autant prévenir tout de suite ceux d'entre vous qui cherchent quelque chose de réel dans l'imagerie cinéma: ils risquent fort d'être perdus dans l'univers de cette production 2014 du sieur Gilliam. D'autres, fidèles parmi les fidèles, ont été déçus et, parfois, rejettent l'inventivité d'un artiste hier considéré comme l'un des plus géniaux. Zero theorem n'est pas un film comme les autres, c'est certain. L'action se déroule dans une Londres futuriste: Qohen Leth, le héros supposé, vit seul dans une église désaffectée et gagne son pain quotidien dans une entreprise où sa mission consiste à pédaler indéfiniment devant un écran d'ordinateur. Asocial, notre homme assure son collègue contremaître qu'il serait plus efficace en bossant depuis son domicile. Contre toute attente, il obtient gain de cause. Libéré du pointage lambda de toutes ses activités, l'employé-modèle oeuvrera désormais sans quitter son foyer. Une bonne chose ? Euh...

J'insiste quelque peu: pour apprécier le film, il faut admettre l'univers qu'il met en place. Certains d'entre vous pourraient le trouver kitsch et/ou ennuyeux à mourir. L'ami Terry ne fédère que (trop) rarement. Cette fois, il s'est appuyé sur des partenaires français et roumains pour réussir à créer quelque chose de nouveau. Il est toujours capable de s'offrir quelques stars en tête d'affiche, comme ici Christoph Waltz et Matt Damon. Celles et ceux qui aiment les acteurs britanniques auront plaisir à revoir également David Thewlis, avec un regard aussi sur notre petite "Frenchie" de service, la jolie Mélanie Thierry. Attention aux apparences: malgré des couleurs partout, le ton général de cette fable qu'est Zero theorem est franchement pessimiste. Fatigué, Qohen Leth survit dans une métropole où son identité s'efface derrière le mépris ou la virtualité des relations humaines. Passé le vernis, la métaphore sociale n'a rien de très rassurant...

Zero theorem
Film britannique de Terry Gilliam (2014)

Un monde futuriste, une administration omniprésente, des hommes fracassés par une société machinale et aliénante: la comparaison avec Brazil est inévitable. Elle conduira à constater que Terry Gilliam ne s'est pas renié, même s'il n'est peut-être plus aussi inventif qu'autrefois. On peut préférer chercher ailleurs Le sens de la vie. Pour ma part, j'aime encore mieux voir et revoir The fisher king...

lundi 21 juillet 2014

Toujours recommencer

C'est un fait: Edge of tomorrow est un blockbuster américain. J'estime qu'il est bon de noter également qu'il est tiré d'un bouquin japonais. L'idée de base est plutôt amusante: parce qu'il refuse d'aller risquer sa peau pour tourner un reportage de terrain, un militaire chargé de communication est considéré comme déserteur et envoyé de force sur l'un des fronts les plus dangereux, avec un commando d'élite. Il est tué dans les toutes premières minutes de la bataille...

L'originalité ? J'y viens. Elle est double: 1) la guerre est menée ici contre une population extraterrestre dont les techniques de combat dépassent largement celles des humains et 2) après avoir été abattu une fois, le major Bill Cage ressuscite au début de la même journée d'offensive et peut donc corriger ses erreurs pour progresser encore. Same player shoot again: le film ressemble à un flipper et à un jeu vidéo. Rassurez-vous: sans manettes, ça reste relativement ludique. Même s'il cabotine un peu, Tom Cruise s'avère plutôt convaincant dans ce rôle d'officier sauveur du monde. Edge of tomorrow s'appuie aussi, bien sûr, sur toute une batterie d'effets spéciaux. Le design des créatures ennemies et des engins m'a bien plu. Sur le plan purement formel, je regrette juste cette sale habitude de ne pas faire de plans qui durent plus de trois secondes au coeur de l'action. Hollywood me semble avoir pris un bien vilain pli en la matière...

Pour le reste, soyons honnête: j'ai pris plaisir à ce spectacle décérébré. La jolie Emily Blunt apporte une touche glamouro-musclée à cet univers de garçons: ce n'est pas une mauvaise chose. J'assume totalement d'avoir formaté mes neurones devant ce film, en profitant au passage des tarifs avantageux de la dernière Fête du Cinéma. Edge of tomorrow est une réussite... dans son genre. Sans redéfinir les fondamentaux du cinéma, il apporte honnêtement ce qu'on peut attendre d'un tel programme: de l'action débridée, quelques délires visuels et même un soupçon d'humour potache. C'est peut-être là d'ailleurs qu'il marque des points face à la concurrence: le film parvient à ne jamais se prendre trop au sérieux. C'est malin. Racontée avec emphase, la même histoire ne passerait pas. Je dirais que le tout respecte les codes du blockbuster, aussi. Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants ? Peut-être. À vous de voir...

Edge of tomorrow
Film américain de Doug Liman (2014)

Le bouquin est sous-titré Aujourd'hui, à jamais. Je suppose pouvoir traduire le titre comme La lisière de demain. Bref... ce qui est sûr avec ce film et même confirmé, c'est qu'après Oblivion, Tom Cruise fonctionne bien dans un environnement de science-fiction. Il devrait enchaîner avec des choses plus "classiques": un cinquième (!) épisode de Mission impossible et, trente ans après, une suite de Top gun.

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Si cette journée recommence, d'autres lectures possibles...

"Callciné", "Ma bulle" et "Sur la route du cinéma" révèlent également ce que leurs rédacteurs ont pensé du film. Un accueil plutôt mitigé.

dimanche 20 juillet 2014

Musique !

Chose promise, chose due: aujourd'hui, je vous raconte comment j'ai eu l'occasion de revoir La communauté de l'anneau sur écran géant. Mieux que ça, j'ai vu le film lors d'une projection... avec orchestre ! Sous la direction du chef suisse Ludwig Wicki, connu comme baguette du 21st Century Orchestra, l'Orchestre philharmonique de Monte-Carlo a ainsi conclu sa saison 2013-2014. Et c'était simplement gran-diose !

Je n'avais qu'une petite idée de la nature d'un tel spectacle. Difficile de la retranscrire avec précision: je crois au moins devoir indiquer qu'en plus de dizaines de musiciens, il y avait sur scène une centaine de choristes, hommes, femmes et enfants. Il fallait d'ailleurs bien ça pour donner toute sa force à la géniale partition du compositeur canadien Howard Shore, oeuvre couronnée d'un Oscar en 2002. J'imagine mal l'incroyable maîtrise dont il faut témoigner pour diriger efficacement un ensemble de cette dimension, surtout en conservant sa vigueur tout au long des trois heures du métrage cinéma. Formidable travail d'équipe qui emporte le septième art au plus haut !

Une info encore pour celles et ceux que l'expérience tentera: j'ai eu besoin d'un - petit - temps d'adaptation avant de savourer pleinement ce que j'avais sous les yeux et dans les oreilles. Je gardais objectivement un souvenir précis de ce que raconte La communauté de l'anneau, mais il m'aura fallu quelques minutes pour entendre parfaitement les dialogues, parfois un peu étouffés par la musique. Autre paramètre à gérer: celui d'une salle plus tout à fait obscure. Comme vous pouvez l'avoir deviné, les musiciens disposaient encore de lutrins lumineux - ce qui est tout à fait normal. Je peux vous dire que l'excitation du moment a vite surpassé ces menus désagréments.

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Un dernier mot pour être complet...

Programmé au Grimaldi Forum de Monaco, ce spectacle associait aussi le Choeur régional Provence Alpes Côte d'Azur, le Choeur d'enfants de l'académie de musique Rainier III et les Petits Chanteurs de Monaco. Parmi les quelque 250 exécutants sur scène, j'ai apprécié également une jeune soprano américaine, Kaitlyn Lusk Reddington.

vendredi 18 juillet 2014

Il était un petit homme...

J'ai retrouvé Frodon Saquet. En attendant la conclusion des aventures de son oncle Bilbon programmée en salles à la fin de l'année, j'ai revu le plus jeune des deux Hobbits sur écran géant - je vous expliquerai dans quelles circonstances par la suite. La communauté de l'anneau demeure, je crois, mon épisode préféré de la double trilogie cinématographique tirée des livres de J.R.R. Tolkien. Flash-back...

Le 10 décembre 2001, à Londres, une grande avant-première mondiale dévoile pour la première fois le premier de trois films destinés à adapter Le seigneur des anneaux, une série de trois livres considérée comme la Bible du style heroic fantasy. Pour celles et ceux qui, dans le monde entier, portent aux nues l'oeuvre originelle, l'heure est historique: leurs héros de papier vont enfin être incarnés. Longtemps jugés inadaptables, les bouquins prennent finalement vie. Nombreux demeurent encore les profanes qui font alors connaissance avec La communauté de l'anneau. J'en faisais partie: je n'avais lu que la première grosse moitié de ce premier tome. J'ai pu retrouver avec plaisir l'essentiel de ce que je connaissais déjà et me suis régalé devant le reste, face à l'un des récits les plus épiques que j'ai eu l'occasion d'apprécier. Vous échapperait-il aujourd'hui encore ? J'espère vous inciter à combler cette "lacune". Sur un grand écran comme sur le papier, il est question d'un petit homme dans un pays paisible, que le destin amène à prendre en charge la survie de tous...

La menace, elle, prend l'aspect d'un anneau, forgé par un seigneur noir vaincu à la guerre, mais dont l'âme sombre a survécu. Il faut évidemment avoir de l'imagination - ou accepter celle de l'auteur - pour prendre plaisir devant cette grande fresque en trois volets. Objectivement, de la plume à l'image, la force évocatrice de la saga n'a guère perdu de sa valeur. Divertissement géant, La communauté de l'anneau sait m'embarquer avec elle au pays des preux chevaliers, des magiciens, des elfes et des nains. Il suffit de redevenir un enfant trois heures durant pour goûter pleinement cette aventure XXL. L'art avec lequel elle a été transposée en film ne peut qu'impressionner favorablement. Dans les majestueux paysages d'une Nouvelle-Zélande rare au cinéma, le design des costumes et accessoires transporte aussitôt le spectateur vers un ailleurs d'une incroyable beauté. Trépidante, l'action rebondit sans arrêt et les personnages peuvent alors se multiplier, sans que cela nuise à la compréhension d'ensemble de ce monde complexe. J'y suis donc retourné avec une joie inaltérée.

Le seigneur des anneaux - La communauté de l'anneau
Film américano-néo-zélandais de Peter Jackson (2001)

C'est amusant et normal à la fois: pour beaucoup, Peter Jackson passe désormais pour l'homme derrière l'anneau. J'ai eu l'opportunité de lire un article où le fils de J.R.R. Tolkien soulignait son désarroi face au fait que le grand public oublie désormais l'oeuvre du père. Reste qu'elle me semble bien adaptée ici, peut-être même mieux qu'elle ne l'est dans la trilogie Le hobbit. À vous de (re)voir, disons...

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Il vous est possible aussi de jeter un coup d'oeil ailleurs...

Les rédacteurs de "L'oeil sur l'écran" sont de deux avis différents. Pascale, elle, raconte une expérience rare ("Sur la route du cinéma"). Aelezig affiche sa pleine satisfaction ("Mon cinéma, jour après jour"). Quant à Princécranoir, il évoque toute la trilogie sur "Ma bulle" !

mercredi 16 juillet 2014

Ultime combine

Il existe dans ma ville une association de cinéphiles, dont j'espère rejoindre les rangs à l'automne prochain. C'est grâce à elle que j'ai vu mon premier Antonioni et un Kaurismäki aussi fou que sympathique. Fin juin, c'était l'heure de la fin de la saison 2013-2014. J'ai découvert au format 35mm un film dont j'ai une édition DVD: Le canardeur. J'étais à vrai dire très attiré par le duo Clint Eastwood / Jeff Bridges.

J'ai appris au passage que, sorti en salles en mai 1974, Le canardeur est aussi le premier film de Michael Cimino. Avant de parler d'autres des références de ce réalisateur emblématique d'un certain cinéma américain, il est chouette de repartir de ce début. Il n'est pas honteux de dire que le long-métrage a pris un coup de vieux, mais il reste toutefois un divertissement haut de gamme. Clint apparaît d'abord dans la peau et l'habit d'un pasteur en pleine homélie. Son sermon n'est pas terminé que, déjà, John Doherty... se fait tirer dessus ! Comme on le découvrira alors, celui qui prétend honorer Dieu sert plutôt ses propres intérêts, ceux d'un vétéran de la guerre de Corée reconverti comme braqueur de banques. Jeff, lui, incarne le miracle qui lui sauvera la vie, en l'embarquant dans sa voiture pour échapper à la colère d'anciens complices revanchards. Je vous épargne ici certains détails: une ultime combine va aussitôt être mise en place...

Le canardeur est en partie un road movie. C'est aussi un western. Judicieusement placé à la croisée de plusieurs des grands genres américains, il est franchement réussi en ce sens. Michael Cimino brille donc d'emblée, lui qui est ici à la fois réalisateur et scénariste. Le titre original - Thunderbolt and Lightfoot - est bien plus explicite pour comprendre que l'efficacité du projet tient aussi au talent du duo vedette. Complémentaires dans le jeu, Eastwood et Bridges s'amusent visiblement à interpréter ces amis de circonstance, qu'une différence d'âge de presque vingt ans ne perturbe nullement sur la durée. Relativement audacieuse pour l'époque, l'histoire secoue le cocotier d'une Amérique engoncée dans le bourbier vietnamien. Elle symbolise avec éclat la liberté du cinéma d'auteur à l'époque. Cool ? Oui. Désinvolte ? Sûrement pas. Au bout de la route, la réalité rattrape violemment le personnage le plus rêveur. C'est triste et juste beau...

Le canardeur
Film américain de Michael Cimino (1974)

Dans la lignée d'un Coppola ou d'un Scorsese, il est fort intéressant d'aller musarder dans la filmographie d'un Cimino, cinéaste maudit d'abord adulé par les Oscars (Voyage au bout de l'enfer), puis plombé par un échec retentissant (La porte du paradis). J'y reviendrai certainement. Avant cela, je veux dire que ce film m'en a rappelé deux autres des seventies: Sugarland express et Macadam cowboy.

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Et qui d'autre en parle donc sur la blogosphère ?

Phil Siné, notamment: vous lirez son avis sur sa "Cinémathèque".