jeudi 20 mai 2021

New York avec eux ?

Deux potes descendent d'un cargo arrivé dans le port de Marseille. D'où viennent-ils ? Peu importe. Où vont-ils ? À Paris, si possible. François voudrait y rencontrer celui qui pourrait l'aider à enfin percer dans la musique, mais Denis refuse d'aller plus loin sans la certitude que les choses se passeront bien ainsi ! Début de Marche à l'ombre...

Extrait: "Quand l'baba cool cradoque est sorti d'son bus Volkswagen. Qu'il avait garé comme une loque devant mon rade...": je suis sûr que, parmi vous, certains se souviennent de la chanson de Renaud. Pourtant, même s'il porte le même titre, le film démarre avec un tube de Téléphone, New York avec toi, qui annonce... vous verrez bien ! On colle d'abord aux basques du tandem François / Denis, désaccordé autant qu'il est possible que deux amis le soient, mais solidaire jusqu'au bout de toutes les galères. Arrivé numéro 1 au box-office français l'année de sa sortie, Marche à l'ombre est une comédie étonnante, portée par le sens de la débrouille de ses personnages principaux. Il y avait de l'audace dans le choix d'utiliser le Paris pauvre comme décor d'un vrai (et bon) film de copains. Je me suis dit que rares seraient les réalisateurs qui oseraient le faire aujourd'hui. Ai-je tort ou raison ? C'est avec plaisir que j'en reparlerai avec vous...

Avant cela, je veux souligner que le duo Gérard Lanvin / Michel Blanc fonctionne parfaitement dans ce film attachant et bien plus solaire que la grisaille des bas quartiers parisiens le laisserait supposer. J'ajoute qu'en réalité, le scénario nous parle finalement d'une course effrénée vers le bonheur et la beauté, deux vertus qui s'incarnent rapidement dans le doux visage de Sophie Duez, alors âgée de 22 ans. On pourrait craindre que cette Mathilde littéralement tombée du ciel vienne casser la belle harmonie entre les garçons, mais en fait non ! Au contraire, elle aurait plutôt tendance à leur ouvrir un horizon nouveau, mais je préfère ne pas être trop explicite sur ce point précis. J'aime autant dire que Marche à l'ombre parle du temps passé où, pour parler avec quelqu'un à l'autre bout du pays, on abandonnait quelques pièces dans une cabine téléphonique. Je n'ai pas la nostalgie de l'époque, mais trouve que le film met joliment en scène la France périphérique du temps de Mitterrand. D'où ses presque 6,2 millions d'entrées, je suppose. Mes "chers compatriotes" s'y seront reconnus...

Marche à l'ombre
Film français de Michel Blanc (1984)

L'acteur-réalisateur avait déjà, à cette époque, dix ans de cinéma derrière lui ! J'aimerais revoir ses autres losers magnifiques joués pour l'ami Patrice Leconte (cf. Les bronzés font du ski et/ou Viens chez moi, j'habite chez une copine, sortis en 1979 et 80). Mention pour le regard porté sur les sans-abri dans Une époque formidable de Gérard Jugnot (91), plus dur. Et je repense à Macadam cowboy...

mercredi 19 mai 2021

On y retourne ?

Bon ! Après mûre réflexion, je vais publier cette chronique matinale pour vous rappeler - est-ce vraiment nécessaire ? - que les cinémas sont censés rouvrir ce mercredi. Je ne sais pas si le public du jour sera aussi béat qu'Amélie Poulain / Audrey Tautou. J'utilise sa photo comme un symbole, dans l'espoir qu'elle porte chance aux cinéphiles. Par superstition, pourrai-je dire, et aussi pour laisser passer le temps car, de mon côté, il se peut que je doive attendre la fin de la semaine pour l'imiter. Ma foi, c'est que je ne suis pas en congés, voyez-vous...
 
Sauf rare exception, mes textes suivent l'ordre de mes découvertes filmiques. J'en ai encore en stock, écrits après une séance télé / DVD. Le suivant (un "classique" français de 1984) arrive dès demain midi. Celui que je verrai pour ma prochaine virée en salle reste incertain. Allez savoir... il se pourrait que ce soit Mandibules, la nouvelle folie de Quentin Dupieux, ou Sous les étoiles de Paris, un conte urbain sensible avec l'admirable Catherine Frot dans le rôle d'une sans-abri. J'ai également pointé Slalom afin de retrouver la jeune Noée Abita sur un terrain glissant, Gagarine, supposé donner une image poétique des banlieues, et le dessin animé Calamity, déjà sorti, si une séance de rattrapage est possible. NB: je ne cite que mes envies françaises et évite de faire des plans sur la comète, échaudé par la longue suite de restrictions sanitaires édictées au cours de tous ces derniers mois. On s'en reparle vite, d'accord ? Je reste à l'écoute de vos suggestions !

lundi 17 mai 2021

Des combattants

Autant l'admettre: Monos n'est pas vraiment un film facile à analyser. Son titre, d'abord, signifie Singes en espagnol. Désigne-t-il l'habileté supposée et/ou la sauvagerie de ses jeunes "héros" ? C'est possible. Les mots, ici, ont peut-être bien moins d'importance que les images. Tout vient concourir à nous plonger dans une atmosphère incertaine !

Ils s'appellent Wolf, Lady, Big Foot, Rambo, Dog, Smurf, Boom Boom. Filles et garçons, adolescents, jeunes soldats d'une armée clandestine dont ils ne connaissent guère qu'un sergent-instructeur, Le Messager. C'est lui qui leur a confié la garde de La Doctora, otage de la cause mystérieuse défendue par la très secrète Organisation. Il se peut que, parmi vous, certains connaissent assez l'histoire de l'Amérique du Sud pour faire un parallèle entre ce que montre le film et ce qui se passe dans son pays d'origine, la Colombie. Un léger flou subsiste toutefois. Monos dissimule sa nature ou, plus exactement, invente un monde parallèle au nôtre, dans lequel il semble alors s'amuser à nous perdre. Sans repère établi, l'expérience peut s'avérer des plus déstabilisantes. Je suppose que c'est aussi en cela que l'on peut la trouver... agréable.

Vous l'aurez compris à ma phrase précédente: je reste assez réservé. Un point positif: porté par une bande-son inconfortable, le métrage s'illustre néanmoins par de splendides images et un montage épatant. On est aussitôt lancé au coeur de l'action, au plus près de la dizaine de jeunes protagonistes. Plus tard, quand le champ s'élargira, le film nous permettra d'adopter un point de vue différent sur la situation. Ce ne sera pas réellement moins oppressant, cela dit, en dépit même d'un changement de décor (on quittera la montagne pour la jungle). Monos n'accorde finalement de répit à personne: le retour à une vie normale que l'on pouvait imaginer possible pour certains personnages s'avère finalement n'être qu'une chimère de plus. Je crois préférable de souligner que le propos m'a paru, en ce sens, violent et désespéré. Cela n'a pas empêché le long-métrage de remporter plusieurs Prix dans des festivals - dont, à Sundance, celui du meilleur film étranger.

Monos
Film colombien d'Alejandro Landes (2019)

Pas facile de réaliser un tel film ? Je le crois, vu qu'il a dû s'appuyer sur des producteurs colombiens, mais aussi allemands, argentins, danois, américains, néerlandais, suisses, suédois et uruguayens ! Moyenne, ma note traduit ma part d'incompréhension sur le sujet. Oui, Rebelle m'avait davantage convaincu sur le thème des enfants soldats, en Afrique cette fois. Côté bad trip, je repense à Mosquito...

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Vous aimeriez un autre avis ?

Il y en a plein ! Je vous propose, par exemple, de lire celui de Pascale.

samedi 15 mai 2021

Le (gros) chiffre du jour

Curieuse coïncidence ! Je pensais aujourd'hui citer cinq films français que j'espère voir au cinéma, la mi-mai devant permettre le retour progressif (et tant attendu) de la vie culturelle dans notre cher pays. J'ai renoncé, mais un site Internet pour geeks du temps qui s'écoule m'a alors appris que Mille et une bobines célébrait... ses 5.000 jours !

Je n'ai pas poussé le vice jusqu'à recalculer en faisant bien attention aux années bissextiles. J'ai le vertige du cinéma, mais je me soigne. J'essaye de prendre du recul, ce qui, de fait, est toujours plus facile dans une salle (de cinéma, oui !) que dans son canapé devant la télé. Mais blague à part, c'est sûr: les séances entre ami(e)s me manquent.

Comment ne pas avoir cédé à la sinistrose ? Lire des blogs m'a aidé. Parler, même à distance, avec d'autres personnes de leurs films préférés et de mille autres choses, aussi. Se contenter de cela ? Non. S'en réjouir ? Oui, au moins. C'est la posture que j'essaye d'adopter. Bien sûr, ce n'est pas toujours aussi facile. Faute de cinéma-refuge...

En revanche, et je crois que c'est une chance, je n'ai jamais eu envie d'arrêter définitivement ce blog par lassitude. De le faire évoluer, si. Mais j'aime aussi l'idée de ne pas lui consacrer trop de mon temps libre pour pouvoir garder un oeil ouvert sur d'autres gens et choses. Depuis peu, par exemple, je refais des photos. En simple dilettante...

Lundi, ce sera à nouveau d'un film dont je vous parlerai. Cours normal des choses ordinaires auxquelles je tiens, malgré tout. Un réseau informatique me sépare de la plupart de celles et ceux qui me lisent ici, mais je vous dis merci à toutes et tous de votre "présence" ! Serais-je partant pour 5.000 jours supplémentaires ? On verra bien...

jeudi 13 mai 2021

Avant la révolution...

Vous vous souvenez ? En avril, je vous avais fait part de mon envie d'évoquer le parcours des plus atypiques du cinéaste José Giovanni. Cette chronique biographique... attendra ! Cela dit, j'ai un autre film dudit réalisateur à vous présenter aujourd'hui: Le rapace, adaptation d'un roman de l'Écossais John Carrick paru dans la Série Noire (1966) !

Le rapace, c'est d'abord l'histoire d'un type qui descend d'un train. Origine et nom inconnus. Lieu: quelque part en Amérique du Sud. Vera Cruz, 1938, selon ce que précise un carton, mais qu'importe. Lino Ventura attrape la caméra et ne lâche plus guère jusqu'au terme d'un voyage étonnant: celui d'un tueur à gages arrivé dans un pays lointain pour liquider un président-dictateur sorti, lui, de son palais pour rendre une visite de courtoisie à sa maîtresse presque officielle. Un groupuscule révolutionnaire - aux intentions discutables - imagine que le tyran sera bientôt remplacé par un très jeune homme, petit-fils d'un ancien dirigeant désormais déchu. Jeune homme qui sera amené à seconder le tueur avant donc de faire triompher la cause du peuple. Un sujet qui rappelle celui de nombre de westerns hispano-italiens ! Étant plutôt amateur de ces productions européennes, je me suis pris au jeu. Et, autant vous le dire à ce stade, le film m'a bel et bien plu...

Avec la complicité de son ami acteur, José Giovanni signe un opus efficace autour d'un assassin doté d'un solide code d'honneur, proche finalement de ces truands "à l'ancienne" d'un certain cinéma policier. Le regard porté sur le monde est désillusionné, mais je n'ai pas senti d'amertume. Est-ce celui de l'homme derrière la caméra ? Peut-être. Celui-ci cherchait-il à justifier ou au moins à faire oublier son passé criminel ? C'est possible, mais ce n'est pas mon sujet aujourd'hui. Simplement, je dirais que Le rapace correspond bien à mes goûts pour un certain cinéma viril, mais correct. Oui, j'ai écrit "viril": le fait est que les femmes, ici, jouent les utilités, sur la base de modèles caricaturaux. N'empêche: à mon avis, une femme peut aimer le film. Les hommes, eux, n'y ont d'ailleurs pas toujours le beau rôle. D'aspect un peu rugueux de prime abord, le scénario est en fait capable d'intéressantes nuances: c'est même très précisément son intérêt. Certains esthètes ont souligné l'apport de l'impeccable bande originale de François de Roubaix. À (re)voir, donc, les oreilles grand ouvertes !

Le rapace

Film français de José Giovanni (1968)
Vous ne serez peut-être pas surpris d'apprendre que ce long-métrage aura aussi pu compter sur des producteurs italiens... et mexicains. J'ai plein de choses à découvrir dans ce registre, mais dresse un pont avec un western de Corbucci: El mercenario, sorti la même année. José Giovanni scénariste et ses truands peuvent aussi sublimer le film noir (cf. Le deuxième souffle et/ou Symphonie pour un massacre) !

lundi 10 mai 2021

Le prix à payer

L'édition 2021 du Festival de Cannes aurait dû démarrer... demain ! Qu'elle ait finalement lieu à partir du 6 juillet ne m'empêchera pas d'évoquer dès à présent l'un des lauréats de la compétition: Le salaire de la peur. 29 avril 1953: les jurés réunis autour de Jean Cocteau décernent un Grand Prix. Rappel: la Palme d'or n'existait pas encore...

Bien qu'entièrement tourné dans le sud de la France, le long-métrage est censé se dérouler au Guatemala. On y découvre, oisifs et perdus dans un village, accablés de chaleur, tout un ensemble d'aventuriers européens sans le sou - et dès lors incapables de rentrer chez eux. Constat d'évidence: cette troupe se croit supérieure à la population locale, mais, comme elle, (sur)vit d'expédients. Un incendie soudain dans une exploitation pétrolière voisine offre alors une solution possible à quatre types soucieux de s'offrir un ticket pour ailleurs. Mais le risque existe: pour toucher 2.000 dollars et tenter d'échapper enfin à leur misérable routine, il leur faut d'abord effectuer un job dangereux - le convoyage d'une grosse quantité de nitroglycérine ! Maintenant, je vous épargne le descriptif de la suite: le titre du film suffit sans doute à se faire une idée. C'est surtout en première partie que j'ai trouvé Le salaire de la peur intéressant. Le reste ? Mouais...

Je n'aime pas spécialement "dézinguer" les classiques, mais je veux être honnête: celui-là n'est pas tout à fait parvenu à m'embarquer. J'imagine toutefois que, sur grand écran, il a une toute autre allure. Même sur ma télé, certaines images sont franchement saisissantes. Je reviens sur ce début, placé au coeur d'une petite communauté d'Amérique centrale: on s'y croirait ! Et, par ailleurs, la complexité des plans et l'intelligence du montage font que, dans le même temps d'observation, on sent aussi une forme de décalage avec la réalité. Aucun doute: sur ce point, Le salaire de la peur est un (grand) film de cinéma. Malheureusement, après la très belle première heure d'exposition, je n'ai pas ressenti la tension attendue pour la suite. J'aurais voulu voir davantage d'images comme celle du photogramme ci-dessus: une illustration de l'incompréhension entre hommes blancs dits civilisés et populations autochtones privés de leur cadre naturel. Bref... c'est subjectif, bien sûr, mais ce film a pour moi un petit goût d'inachevé. Ai-je fait fausse route ? J'avais espéré l'aimer davantage !

Le salaire de la peur
Film français d'Henri-Georges Clouzot (1953)

Et les acteurs, là-dedans ? Yves Montand, Charles Vanel, Véra Clouzot et consorts ne sont nullement responsables de ma relative déception. C'est même pour eux que ma note spontanée a gagné une demi-étoile supplémentaire. Bon... je reste assez loin toutefois du plaisir pris devant Le corbeau et (surtout) Les diaboliques, du même Clouzot. Mais soyez rassurés: je ne compte pas renier ce cinéaste pour si peu !

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La parole est désormais à la défense...

Je vous donne à lire une critique positive: celle de "L'oeil sur l'écran". Tout autre avis favorable au film reste le bienvenu en commentaires !

vendredi 7 mai 2021

La fin de l'insouciance

Seuls quelques films (marquants) ont osé représenter la vie et la mort dans les camps nazis de la Seconde guerre mondiale. L'extermination systématique des Juifs, notamment, reste sans nul doute un fait historique sensible, de nature à freiner les ardeurs des cinéastes. C'est pourquoi, j'imagine, certains l'ont abordé par "simple" allusion...

Je ne pensais pas à la Shoah quand j'ai décidé de voir l'un des films les plus connus de Vittorio de Sica: Le jardin des Finzi Contini, tiré du roman éponyme de Giorgio Bassani. Son titre et l'image ci-dessus vous donnent une petite idée du début: une - relative - insouciance règne parmi les jeunes de Ferrare, une petite ville d'Émilie-Romagne. Qu'importe si les Hebraïques ont été chassés des courts de tennis qu'ils fréquentaient alors: une famille fortunée les accueille sur ceux de sa propriété. C'est là que la fille de la maisonnée, Micól, s'isole parfois avec Giorgio, un garçon épris d'elle depuis leur enfance commune. Cela dit, les deux étudiants commencent juste à se voir ! Autrefois, en dépit de toutes leurs astuces, les hauts murs de la villa de ses parents cachaient le plus souvent Micól aux yeux de Giorgio. Le destin sourira-t-il enfin à l'amoureux transi, en ce début d'été ensoleillé ? Nous sommes en 1938 et en réalité, rien n'est moins sûr...
 
Dans l'Italie de Mussolini, il apparaît en fait qu'une relative prospérité économique conduit certains à ne pas comprendre, voire à refuser d'admettre, que le succès de l'idéologie fasciste peut mener au chaos. En ce sens, le Giorgio du film (double de l'auteur du roman ?) apparaîtra vite comme le personnage moderne, lucide sur la situation de son pays et les risques qu'elle fait endurer à ceux qui l'entourent. Je n'ai pas lu le livre, mais je dirais qu'une bonne partie de la richesse du film repose sur sa capacité à adopter des points de vue multiples. Bien au-delà du duo Micól / Giorgio, Le jardin des Finzi Contini présente avec éclat le destin de nombreux personnages secondaires. C'est d'abord un film à huis clos, mais la guerre fait tomber les murs ! Dans les rues de Ferrare, refuge trompeur, on éprouve un sentiment d'étouffement croissant, à mesure que la menace grandit. Un voyage du héros à Grenoble, auprès de son frère, n'apporte qu'un bref répit...

J'ai vu beaucoup de belles choses dans ce long-métrage, son attention aux personnages étant donc sûrement la première qu'il me faut citer. Souvent, la photo est absolument splendide et l'architecture italienne donne aussitôt l'impression d'être de retour plus de 80 ans en arrière. Inutile d'être historien pour voir le film: il suffit de se laisser guider par les images. Les quelques flashbacks sont aussi très "lisibles". Comme son sujet l'exige, voilà bien une oeuvre pudique: une place importante est laissée au silence, les mots étant de fait inutiles devant certaines situations ! Et surprise: Le jardin des Finzi Contini ne dure qu'une heure et demie et se passe même de générique final. Sa construction en crescendo dramatique est d'une force émotionnelle indéniable, sans jamais céder aux facilités d'un tire-larmes lambda. Vittorio de Sica y a gagné un quatrième Oscar du meilleur film étranger. On a pu dire que c'était son dernier grand film. Peut-être...

La caméra révèle en tout cas une jeune actrice: Dominique Sanda. Par la grâce de ses 20 ans, son charme étonnant aimante le regard des hommes, sans effacer celui de ses partenaires, au premier rang desquels vous pourrez donc admirer Lino Capolicchio (né en 1943). Bilan: Le jardin des Finzi Contini confirme mon attrait croissant pour le cinéma italien classique et, du coup, inscrit un peu plus le nom de son réalisateur parmi ceux de mon propre Panthéon artistique. Tout à fait logiquement, j'ai aussi envie de lire le livre, désormais ! D'après ce que j'ai cru comprendre, il adopte une structure narrative différente, ce qui a fait que l'auteur ne s'est pas franchement reconnu dans ce qu'il a vu à l'écran. Sacrilège ? Je n'entre pas dans ce débat. Mon idée serait plutôt de rester sur ma première impression positive sur le film, dont la copie restaurée circule depuis déjà une quinzaine d'années. Je me méfie des mots référence et chef d'oeuvre, mais là...

Le jardin des Finzi Contini
Film italien de Vittorio de Sica (1970)

Un espoir: le revoir un jour sur le grand écran d'une salle de cinéma. C'est évident que cette merveille a été conçue pour cela. Si le sujet vous intéresse, je vous suggère sans délai Une journée particulière. 1900 offre une immense fresque pour appréhender l'histoire italienne de toute la première moitié du 20ème siècle. Et, plus récent, Vincere illustre avec force le pré-fascisme. (Re)voyez aussi La vie est belle...

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D'autres chroniques à vous proposer ?

Oui ! Le film a semble-t-il été très apprécié. D'autres détails et avis sont - par exemple - donnés sur les blogs de Dasola, Strum et Lui. Amoureux du cinéma italien, Eeguab, lui, nous parle aussi... du livre !

mercredi 5 mai 2021

Un homme en hiver

Aki Kaurismäki est sans doute le plus connu (et/ou le plus apprécié ?) en France des réalisateurs finlandais. J'ai vu récemment un septième de ses films: Les lumières du faubourg - traduction fidèle du titre original finnois. J'y ai retrouvé son style caractéristique. Son intérêt aussi et sa réelle empathie pour les classes sociales dites modestes...

Concrètement, le récit tourne ici autour de Koistinen, un trentenaire employé comme vigile par une société de gardiennage. On découvre qu'il vit très seul, méprisé ou ignoré par ses quelques collègues. Ambitieux malgré tout, il ne se rend pas compte de l'affection sincère que lui porte l'unique femme de son entourage, patronne du snack ambulant qu'il fréquente parfois pour manger un morceau ou boire quelque chose avant de rentrer chez lui. Soudain, une autre femme entre ouvertement dans sa vie et Koistinen croit en un avenir coloré. Pourtant, la demoiselle est glaciale ! Je vous laisse découvrir seuls tout ce que cette étrange idylle supposée va véritablement changer...

Face à d'autres oeuvres du même auteur, Les lumières du faubourg semble dépourvu d'humour: c'est un film assez amer. Je suis sensible à sa façon très kaurismäkienne d'imbriquer des éléments d'intrigue "réalistes" à un regard poétique (et cette fois désabusé) sur la vie. Koistinen a l'air d'un héros tragique, mais n'en est pas tout à fait un. La caméra le sublime: au-delà du fond, les choix de forme adoptés pour ce long-métrage créent un léger décalage avec la réalité sordide de ce que pourrait être l'existence dans les quartiers populaires d'Helsinki. Je ne vois pas le film comme un pamphlet politique déguisé, mais on peut m'affirmer le contraire sans que je m'offusque. D'aucuns ont dit regretter que notre ami Aki tourne un peu en rond autour des mêmes idées et manières de les présenter. C'est possible. Pour moi, c'est la caractéristique de sa ligne d'auteur, simplement. Autant l'admettre: ma curiosité pour ce réalisateur n'est pas assouvie.

Les lumières du faubourg
Film finlandais d'Aki Kaurismäki (2006)

Un mélange de noirceur et de profonde humanité: détonnant cocktail ! Difficile de comparer le Finlandais à un autre réalisateur: lui-même dit de ce film qu'il s'inscrit dans une "Trilogie des perdants". Les opus précédents ? Au loin s'en vont les nuages et L'homme sans passé. Parmi ses références: Godard et Fassbinder. On est loin des films sociaux britanniques à la Ken Loach ! J'y vois un peu de poésie, oui...

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Pour conclure, je vous suggère d'aller lire d'autres avis...

En remontant le fil du Web, vous trouverez ceux de Strum et de Lui.

lundi 3 mai 2021

En quête de vérité

Sur Mille et une bobines, un serial killer peut en cacher un autre. Souvenez-vous: mercredi dernier, j'ai évoqué un assassin de fiction. Celui d'aujourd'hui est plus terrifiant encore, car il existe réellement. Je vous laisse lire Wikipédia pour retrouver les détails du parcours criminel de Guy Georges, violeur et tueur pulsionnel des années 90s...

J'ai hésité avant de regarder L'affaire SK1, le film qui fait du monstre un personnage de cinéma. Coïncidence: je l'ai regardé vingt ans jour pour jour après que Georges a été condamné à la prison à perpétuité. De mon point de vue, j'ai alors trouvé que ce très fin long-métrage parvenait à se tenir à distance de la posture racoleuse ou voyeuriste que certains médias s'autorisent à adopter face à de tels dossiers. Cela veut dire qu'avant tout, j'ai d'abord vu un film... sur la police. Nous suivons le parcours (de huit longues années) d'un jeune flic chargé d'enquêter sur un crime non résolu et qui, petit à petit, découvre des points communs entre ce cas et d'autres survenus pendant ses investigations. Une partie des moyens mis à disposition des forces de l'ordre n'existait pas à l'époque: c'était plus compliqué. Le scénario est très riche: il nous montre aussi les loupés des services et, plus inquiétant, la concurrence des équipes policières entre elles. L'humanité dans ce qu'elle a de noble, d'ordinaire et de calamiteux. Une bonne surprise, vu que je m'attendais à un propos plus univoque !

Même le montage est une belle réussite: on retrouve une imagerie familière autour des locaux du 36, quai des Orfèvres, et on accède également au prétoire d'une cour d'assises et au cabinet des avocats chargés de la défense de Georges. L'extrême sauvagerie des faits n'est pas occultée, mais le regard du réalisateur diffère sensiblement de celui du procureur: j'ai trouvé tout à fait intéressant et intelligent d'évoquer ce que peut représenter le fait de plaider pour un criminel de cette nature - et ce d'autant qu'il a longtemps nié sa culpabilité. Bref... L'affaire SK1 est donc une oeuvre complexe et plus équilibrée qu'on ne pourrait le craindre. Elle est de plus portée par des acteurs talentueux et investis, à l'image de Raphaël Personnaz dans le rôle principal. Avec lui: Nathalie Baye, Olivier Gourmet, Michel Vuillermoz, Thierry Neuvic, Marianne Denicourt, Christa Theret... et j'en passe. N'oublions pas Adama Niane, remarquable meurtrier de composition. Le film est passé un peu inaperçu: il est sorti le 7 janvier 2015, jour de l'attentat contre Charlie Hebdo. Il mériterait une seconde chance...

L'affaire SK1
Film français de Frédéric Tellier (2015)

Le premier long-métrage du réalisateur ! Bon... il avait déjà bossé pour la télé - du côté des téléfilms et des séries. Une expérience profitable, donc, pour une arrivée convaincante sur les grands écrans. On a comparé cet opus avec le L. 627 de Bertrand Tavernier (1992). Moi, j'ai repensé à l'aspect jugé réaliste de Scènes de crimes (2000). En comparaison, l'histoire "vraie" Possessions paraît plutôt faiblarde !

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Vous voulez lire d'autres avis ?

Il suffit de cliquer: vous en trouverez chez Pascale, Dasola et Laurent.

samedi 1 mai 2021

Visions du futur

Je ne suis pas très branché science-fiction, mais il m'amuse parfois de regarder comment, voilà encore quelques décennies, le cinéma imaginait l'avenir. Il y a deux films dont je compte parler aujourd'hui ! L'envie m'est en effet venue de vous proposer un diptyque futuriste. Au fond, c'est un programme très décent pour un week-end, pas vrai ?


Les survivants de l'infini
Film américain de Joseph M. Newman (1955)

Je suis décidément cerné par les films aux titres multiples: celui-là porte aussi celui de Terreur sur l'univers (This island Earth en VO). Contrairement à ce que j'avais imaginé, il ne se déroule pas du tout dans l'avenir, mais dans les années 50. Cal Meacham, un scientifique réputé, entre en contact - je vais vous laisser découvrir comment - avec un soi-disant confrère. Un avion (sans pilote) le conduit alors vers une confortable demeure à la campagne, où il est invité à mener des expériences sur l'énergie atomique. Les intérêts et la vraie nature de son interlocuteur seront explicités plus tard, au cours d'un voyage intergalactique à destination de la planète Metaluna. Un trip spatial qu'il faut considérer pour ce qu'il est: un film de SF "à l'ancienne". Assez long à démarrer, j'ai trouvé, mais qui garde un certain charme. On notera l'apparition d'un chat de cinéma, qui deviendra six années plus tard un partenaire de jeu pour Audrey Hepburn. So chic, l'animal !

 
Silent running
Film américain de Douglas Trumbull (1972)

La première fois que le réalisateur s'est embarqué vers l'espace intersidéral, c'était pour une fameuse odyssée avec Stanley Kubrick. Avant de bosser avec d'autres confrères prestigieux, Douglas Trumbull signait avec cet opus - également connu sous le titre Et la Terre survivra - l'un des tous premiers longs-métrages écolo de l'histoire. Avec lui, quatre acteurs à l'image et quatre autres (sans jambes) cachés dans des robots. Le scénario tourne surtout d'un personnage joué par Bruce Dern: depuis déjà six mois, ce jardinier ultra-qualifié s'occupe d'une forêt placée sous cloche, qu'il espère pouvoir ramener sur une planète dévastée. Or, un jour, on lui demande de la détruire ! L'idéaliste commence alors un périple vers Saturne... sans certitude de pouvoir en revenir. Un constat désabusé, si ce n'est pessimiste. Novateur en son temps, le film peut être perçu comme un marqueur d'époque, avec Michael Cimino coscénariste et Joan Baez pour la BO. Les effets spéciaux tiennent la route et le voyage est intéressant. Vous en trouverez une autre chronique du côté de "L'oeil sur l'écran"...
 
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Un mot de conclusion...

Entre Planète interdite et Dark Star, la science-fiction pré-Star Wars avait des choses à raconter au cinéma... et je ne parle pas de 2001. Ce duo de films m'a logiquement donné envie d'en (sa)voir davantage. Je me tiens donc pleinement à l'écoute de vos probables suggestions !