mardi 15 mars 2016

Double vie

Je ne peux pas prétendre être un connaisseur de François Truffaut. J'ai vu certains de ses films - quelques-uns sont présentés ici. L'idée m'est venue de regarder La peau douce, que j'avais pu enregistrer lors d'un passage sur Arte, en... octobre 2014. La chaîne binationale l'avait classé parmi les films "intimes et tourmentés" de son auteur...

Il semble que Truffaut ait mis beaucoup de lui dans cette histoire d'adultère bourgeois, en y injectant les affres de l'un de ses vécus amoureux et allant jusqu'à tourner dans son propre appartement. Bâti sur des cendres, La peau douce a pour premier personnage principal un homme ordinaire, vaguement caché sous les traits d'un écrivain reconnu. Le récit débute à peine que ce Pierre Lachenay essaye déjà d'attraper un avion pour Lisbonne: son retard et son empressement suggèrent nettement la sensation d'étouffement qui est la sienne dans son univers quotidien. L'homme s'échappe donc et, en chemin vers le Portugal, rencontre une hôtesse de l'air dont il s'éprend aussitôt. Dès cet instant, il mènera une double vie, pour le meilleur probablement, mais aussi et surtout pour le pire. Ce qui est montré de l'attitude de ce pseudo-héros ne me l'a pas rendu sympathique. Jean Desailly, que j'ai découvert avec ce rôle, l'incarne avec justesse.

De part et d'autre de la tromperie, j'ai également apprécié le jeu nuancé de Nelly Benedetti (la femme) et certainement plus encore celui de Françoise Dorléac (la maîtresse). Les habitués de ce cinéma assurent que, pour sa mise en scène, Truffaut s'est beaucoup inspiré de son maître en suspense, Alfred Hitchcock himself. Je le crois volontiers. Cela dit, on devine assez vite comment tout ça peut finir. Est-ce un défaut ? Je ne le pense pas. Certes fraîchement accueilli lors de sa sortie, La peau douce a perdu de sa modernité thématique et formelle, mais demeure un film appréciable, que je suis content d'avoir vu. Seuls les dialogues m'ont paru un peu plaqués, parfois. Pour son auteur, il s'agissait surtout de réaliser un film "indécent, complétement impudique, assez simple, mais très triste". Un cahier des charges audacieux pour l'époque, mais je dirais que le programme est respecté. Petit bémol pour la fin, que j'ai trouvée un peu abrupte.

La peau douce
Film français de François Truffaut (1964)

Sans en faire un incontournable, je considère donc ce long-métrage comme l'une des pièces intéressantes du puzzle-carrière du cinéaste. J'ai particulièrement apprécié son noir et blanc classieux, qui finira d'appuyer mon envie de revoir Les 400 coups et/ou Jules et Jim. Maintenant, en attendant, libre à vous de plonger vers la noirceur avec La chambre verte ou bien L'histoire d'Adèle H. (mon préféré).

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Il semble que le film ait la cote, désormais...
On en parle chez Chonchon, Sentinelle, Eeguab, Lui et Princécranoir !

lundi 14 mars 2016

Oublier la guerre

Les films avec Robin Williams gardent pour moi un goût d'enfance. L'immense talent de ce cher poète disparu n'est pas en cause: il s'agit simplement de mon constat que l'acteur était entré dans mon viseur quand j'étais encore bien jeune. Revoir alors Good morning, Vietnam m'aura donc vite révélé que j'avais presque tout oublié du scénario...

Ne vous torturez pas les méninges: je vais vous raconter. L'histoire écrite par un dénommé Mich Markowitz est celle d'un soldat de l'armée américaine, envoyé à Saïgon en 1965 pour tenir le micro d'une radio destinée aux troupes US engagées dans la guerre du Vietnam. Problème: loin de l'exécutant docile rêvé par ses supérieurs, l'homme est en réalité un trublion de première classe, qui multiplie les blagues douteuses et les imitations politiques à l'antenne ! Son admiration naïve des femmes asiatiques l'inciterait même à prendre la défense des civils. Good morning, Vietnam, film pacifiste ? Pas sûr. Disons que, sans être occulté, l'aspect militaire reste souvent hors-champ...

Le film suggère tout de même que la guerre est une absurdité. Finalement, il est construit en deux parties: la seconde adopte un ton plus grave que la première. Au départ, Robin Williams nous réserve un show incroyable, presque outrancier, et démontre des capacités folles dans le domaine du pur délire. En VO, la mitraillette verbale m'est apparue presque incompréhensible sans recours aux sous-titres. Le contraste avec la suite est saisissant et nous amène tout à coup vers la réalité de ces terribles années. Good morning, Vietnam en a parfois l'allure et le rythme, mais n'est évidemment pas une comédie. Les acteurs sont souvent bons - une mention pour Forest Whitaker. J'ai donc passé un assez bon moment. Je ne mets qu'un petit bémol pour faire état de l'angélisme de certaines situations. Rien d'indécent.

Good morning, Vietnam
Film américain de Barry Levinson (1987)

Tourné en Thaïlande, le long-métrage n'a pas la force émotionnelle d'autres oeuvres sur le conflit vietnamien, mais je crois pouvoir dire qu'il n'a pas non plus la prétention de rivaliser. Bon point: il me paraît accessible à un large public, dont les préadolescents font partie. Envie d'autre chose ? Les films sur le Vietnam sont légion. Les visiteurs garde ma préférence sur le traumatisme de la jeunesse américaine...

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Pour aller plus loin...

Vous avez le choix: la chronique de Lui et/ou les images d'Ideyvonne.

samedi 12 mars 2016

Indissociables ?

J'ai aimé qu'Omar Sy, interrogé par Télérama sur sa vision de l'année dernière en France, ose répondre qu'il serait urgent d'arrêter de faire mention de l'origine des gens quand on dit déjà qu'ils sont Français. J'ai aimé aussi qu'il nous appelle à un travail sur nous-mêmes et dise alors que nous en sommes capables. Ce qui me conduit à Chocolat...

Après trois films tournés à l'étranger, ce tout nouveau long-métrage de l'ex-trublion de Canal+ le replace comme l'une des pièces majeures de l'échiquier cinématographique français. Omar y interprète le clown Chocolat, alias Rafael Padilla, enfant d'esclaves africains exploités dans la colonie espagnole de Cuba. Seuls quelques flashbacks documentent ce passé, mais Chocolat - le film - entre vite dans le vif de son sujet. Nous voilà en France, sous le chapiteau d'un cirque itinérant. Padilla y a pris le nom de Kananga et joue les cannibales pour effrayer les petits et les grands. Sorti de la piste, sa rencontre avec un autre artiste, George Footit, fait de lui le personnage amusant d'un duo comique épatant, bientôt recruté par le directeur d'une grande scène parisienne. D'indissociables amis ? Vous verrez. D'une histoire vraie, légèrement réécrite, il est tiré ici un beau récit de cinéma. Je le dirai tout net: tout m'a semblé être à sa juste place.

Chocolat s'illustre d'abord à mes yeux par de très belles prestations d'acteurs. Je parle au pluriel: si Omar m'a paru très investi et crédible dans la peau d'un personnage complexe, j'ai énormément apprécié que son jeu n'efface pas la grande performance de James Thierrée. C'est un fait: petit-fils de Charles Chaplin, l'intéressé a de qui tenir. Encore faut-il pouvoir assumer ce nom et cet héritage: le comédien fait mieux encore, apportant force et émotion à son personnage tourmenté, jouant aussi sur des numéros... qu'il a lui-même créés. Outre les deux protagonistes principaux, le scénario gagne en densité grâce à toute la troupe - Clotilde Hesme et Olivier Gourmet en tête. La reconstitution de la France de 1900, elle, est tout à fait soignée. J'ai trouvé louable que ce travail fasse écho à des problématiques contemporaines, sans en rajouter - le seul constat est déjà édifiant. J'oublie les quelques petites maladresses: c'est un vrai coup de coeur !

Chocolat
Film français de Roschdy Zem (2016)

J'aime bien Roschy Zem acteur. J'ai l'impression qu'il a progressé aussi derrière la caméra - après Omar m'a tuer, un peu caricatural. J'espère vous motiver à découvrir le parcours du vrai Rafael Padilla. Les quelques libertés prises par le film demeurent acceptables. Maintenant, j'aimerais découvrir un autre long-métrage sur un thème voisin: le (controversé) Vénus noire d'Abdellatif Kechiche. Patience...

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Si vous ne voulez pas attendre, deux solutions...
Vous pouvez lire Gérard Noiriel, historien spécialiste de l'immigration. Son livre, Chocolat, clown nègre, rappelle que Rafael Padilla aura été le premier artiste noir à devenir une vedette de la scène française. Sinon, vous pouvez également faire un p'tit tour chez Dasola et Tina. Pascale en a parlé également, en citant ses "autres films" de février. 

jeudi 10 mars 2016

Le monde des glaces

Je connais peu de moyens de transport aussi évocateurs de l'aventure que le bateau. L'autre samedi, j'ai voulu renouer avec des émotions enfantines en m'embarquant vers Tout en haut du monde. Ce film d'animation m'avait d'abord tapé dans l'oeil grâce à sa jolie affiche. En mouvement, il m'a permis de passer un bon moment. Hissez haut !

Dans la salle, je n'étais pas seul, mais presque: un jeune homme venu avec son père, une grand-mère et ses petits-enfants... nous n'étions que six. Je me suis donc concentré sur l'écran et, en quelques minutes seulement, j'ai oublié l'ambiance de ma ville ensoleillée pour plonger dans le Saint-Pétersbourg pré-hivernal de 1882. La jeune fille unique d'une famille noble m'y attendait, à la veille de son tout premier bal. Mais voilà... plutôt que danser, Sacha préfère rêver de voyages lointains, sur les traces de son grand-père, Oloukine, jamais revenu d'une périlleuse expédition vers le Pôle Nord. Ce qui est assez original dans ce joli film, c'est de transformer une princesse en aventurière. Tout en haut du monde dénote de l'univers de conte de fées propre aux dessins animés à la Disney: c'est assurément tout sauf un défaut.

Autre bon point: la farouche détermination de Sacha nous entraîne vers une destination suffisamment nouvelle pour maintenir l'intérêt du spectateur jusqu'au terme du périple. La petite demoiselle continuera d'avancer quand d'autres hésiteront: c'est un joli message d'espoir et d'ardeur à la tâche à délivrer à une jeune adolescente. L'adulte que je suis, lui, a pris plaisir à ces images joliment animées. Sans forcément atteindre les sommets de ce qui se fait aujourd'hui sur le plan technique, le film sait affirmer sa propre personnalité graphique, ce qui me semble être en soi une réussite. Le côté linéaire du récit bride un peu l'émotion, mais je pense que le jeune public appréciera. Tout en haut du monde nous rappelle aussi que la France est toujours l'un des pays-phares de l'animation. Pourvu que ça dure !

Tout en haut du monde
Film français de Rémi Chayé (2016)

Prix du public lors du dernier Festival d'Annecy, ce sympathique animé est aussi la toute première réalisation de son auteur, sur une idée originale de Claire Paoletti, créditée comme co-scénariste. La presse spécialisée ne lui a également accordé que de très bonnes notes ! Vous pouvez y amener vos minots les yeux... ouverts et leur montrer aussi Le tableau - Rémi Chayé en fut le premier assistant réalisateur.

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Si, après m'avoir lu, vous hésitez encore...

Vous vous laisserez peut-être convaincre par Pascale ou Sentinelle.

mardi 8 mars 2016

La première

Vous n'avez sans doute rien remarqué, mais l'ordre de mes chroniques a été un peu chahuté, ces derniers temps. Je continue de suivre scrupuleusement le fil de mes découvertes, mais je pensais parler d'autre chose, aujourd'hui. Bon... ce n'est pas grave: j'ai plaisir aussi à évoquer la personnalité d'Alice Guy Blaché. Vous allez comprendre...

Puisque nous fêtons la Journée internationale de la Femme, j'ai jugé intéressant d'aller explorer le cinéma des origines et de faire connaissance avec celle qui fut, dès 1896, la première réalisatrice. Née en 1873, Alice est la cinquième enfant de Mariette et Émile, mariés dix ans plus tôt. Son père est à la tête d'un important réseau de librairies, au Chili. Ce n'est qu'à l'âge de trois ans que le bébé rejoint durablement ses parents en Amérique du sud, avant d'être renvoyée en France pour y effectuer quelques années en pension. Adolescente, après la faillite et la mort d'Émile, Alice vit finalement avec sa mère, à Paris, et entame alors des études de sténographie...

À 21 ans, elle est embauchée comme secrétaire au Comptoir général de photographie. L'institution doit déposer le bilan, mais Alice continue de bosser aux côtés d'un autre ex-employé: Léon Gaumont. Quand, ensemble, ils découvrent les premières technologies d'images animées, c'est elle qui, aussitôt, décèle leur formidable potentiel artistique. Léon l'autorise donc à donner libre cours à son envie d'utiliser le kinétographe autrement, à condition toutefois que ce soit en dehors de ses heures de travail. La fée aux choux apparaît ainsi ! Une minute, pas plus, mais il semble que rien n'ait jamais été tourné par une femme avant. La vie même d'Alice en sera changée à jamais.

Gaumont lui offre en effet la direction d'une unité de films de fiction. Elle exerce cette fonction jusqu'en 1907 et tourne notamment plusieurs séquences inspirées de la vie du Christ. Cette inspiration majeure la conduit jusqu'à un "péplum" de 25 tableaux, qui associe pas moins de 300 figurants ! Au cours des toutes premières années d'un 20ème siècle innovant, Alice réalise et dirige aussi la production des phonoscènes, ce qui permet d'immortaliser chanteurs populaires et solistes d'opéra. Dans ses créations à elle, soit plusieurs centaines de films courts, elle aborde tous les genres du cinéma naissant. Mariée avec Herbert Blaché, elle s'expatrie avec lui aux États-Unis...

Là-bas, apparemment sans grand succès, le couple tente de vendre l'outil Gaumont: le chronophone, objet hybride entre le phonographe et le  projecteur de cinéma. Alice va plus loin: elle monte et dirige son entreprise, Solax Film Co, une véritable société de production. Herbert en assure la présidence quand le contrat Gaumont prend fin. De cette entité sortent des mélodrames, des westerns, des films autour de la Guerre de sécession... d'un quart d'heure ou plus longs encore, à mesure qu'évolue l'intérêt du public. Cette période faste s'arrête vers le début des années 20, quand le septième art migre massivement vers un tout nouvel Eldorado. Vers l'horizon: Hollywood !

Divorcée, rentrée en France en 1922, Alice retourne une fois encore de l'autre côté de l'Atlantique cinq ans plus tard, mais ne perce plus. Faute de trouver un boulot au cinéma, elle prend divers pseudonymes et écrit des contes pour enfants. Elle dépend de sa fille et donne parfois des conférences. D'aucuns affirment désormais que ses débuts remontent non pas à 1896, mais à 1902 - je ne saurais trancher. Intervenant à la Cinémathèque française, un certain Maurice Gianati s'est ironiquement interrogé sur l'existence même de la pionnière. Sans aller chercher bien loin, quelques clics sur d'autres sites Internet vous montreront l'étendue des débats. Je n'ai pas la science infuse...

Ce que je veux retenir, c'est le nom d'une femme pétrie d'imagination et assez courageuse pour traverser les mers et vivre de sa passion. Faut-il faire d'elle une icône moderniste ? Peut-être. En cette époque pas si lointaine où la femme était soumise à son mari, Alice osait tourner Les résultats du féminisme (1906): on y voit des hommes s'occupant de tâches ménagères, aux côtés de dames très inactives. Alice était pourtant tout sauf une bourgeoise oisive: elle consacra même une partie de son temps au volontariat pour la Croix-Rouge. Des comédiens qui tournaient pour elle, elle exigeait d'être naturels. C'est dans le New Jersey qu'elle est décédée, un jour de mars 1968.

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Et vous, qu'en pensez-vous ?
Je vous encourage - vivement ! - à me faire part de votre opinion quant à la place des femmes au cinéma. Je suis curieux de vous lire.

lundi 7 mars 2016

Les âmes simples

Si vous aimez les petits films, Angèle et Tony devrait vous convenir. Moi qui me contente parfois de scénarios minimalistes, j'ai apprécié celui de ce programme court - moins d'une heure vingt, générique compris. Sur la côte de Normandie, une jeune femme peu expansive essaye de s'en sortir et, un beau jour, rencontre un marin-pêcheur...

Il faudra un peu de temps avant qu'on apprenne qu'Angèle est maman et qu'elle a fait de la prison, ce qui l'a éloignée de son petit garçon. Légèrement plus âgé, Tony, lui, n'a pas eu de soucis avec la justice. Quand il n'est pas sur son bateau, il vit chez sa mère, qui s'occupe pour sa part de vendre le poisson à la criée. Je crois inutile d'ajouter ce que vous aurez déjà compris: les personnages d'Angèle et Tony sont des gens modestes et le cadre dans lequel ils évoluent n'a rien d'extravagant. Je dois dire que je prise ces moments où le cinéma s'intéresse aux Français ordinaires et raconte des histoires simples. Surtout quand, comme ici, son regard est dépourvu de misérabilisme.

Un oeil jeté au palmarès des César 2012 vous rappellera également que Clotilde Hesme et Grégory Gadebois, les deux acteurs principaux de ce premier film d'Alix Delaporte, avaient été co-lauréats du prix décerné aux révélations de l'année. C'est bien mérité: la demoiselle interprète parfaitement le côté farouche de son personnage et le jeu sobre du trentenaire en fait un homme de mer tout à fait crédible. Aucune fausse note à signaler sur la forme: c'est du travail bien fait et honnête - je n'en demandais pas davantage et suis donc satisfait. Angèle et Tony a le grand mérite d'être une oeuvre tendre et calme parmi d'autres souvent plus tapageuses. Je vais le répéter: j'apprécie de pouvoir, de temps à autre, appréhender ce genre de petits films. C'est pour ainsi dire leur délicatesse qui me les rend aussi attachants.

Angèle et Tony
Film français d'Alix Delaporte (2011)

Les deux protagonistes pourraient presque être les cousins normands de Marius et Jeannette - un autre petit film que j'aime beaucoup. Maintenant, le grand dénuement du dispositif filmique le rapproche aussi de La tendresse. Alix Delaporte a en tout cas retenu une notion importante: au cinéma, il vaut mieux suggérer (ou montrer) que dire. Dans son CV, j'ai remarqué un job de... journaliste reporter d'images.

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Si vous aimiez le rock des années 70-80...

Trente ans plus tard, dans un rôle secondaire, vous serez en mesure de reconnaître Corine Marienneau, l'ancienne bassiste de Téléphone !

Pour terminer, j'ajoute un petit lien...
C'est l'occasion pour vous de lire également la chronique de Pascale

dimanche 6 mars 2016

Sur du vent

Ce n'est pas sympa, mais j'ai pris l'habitude de désigner Pierre Niney sous le sobriquet de Pierre "Minet". Cette impression de grand talent laissée par l'épatant ex-sociétaire de la Comédie française me donne le sentiment que je peux céder à cette ironie facile. Reste le constat qu'avec Un homme idéal, l'ami Pierrot tire tout un film vers le haut...

Sorti en salles il n'y a pas encore un an, ce long-métrage à suspense est resté, un mois durant, disponible en replay sur OCS, la chaîne cinéma/séries du groupe Orange, également créditée au générique. Le scénario a pour héros un dénommé Mathieu Vasseur, un jeune comme il en existe plein d'autres, qui travaille comme déménageur pour gagner sa pitance et, à ses heures perdues, écrit un roman. Frustré par les éternels refus des maisons d'édition, le garçon tombe tout à fait par hasard sur un manuscrit oublié, en réalise une copie qu'il signe de son nom et, sur ces entrefaites, rencontre la gloire. Trois ans plus tard, il est donc bel et bien devenu Un homme idéal...

Le film pose une question simple: l'imposteur sera-t-il démasqué ? Évidemment, vous vous doutez bien que je ne vais pas y répondre ! Avec logique, mais sans grand souci de vraisemblance, le récit avance au gré des rebondissements, ce qui permet à Pierre Niney d'exprimer toutes les nuances d'une paranoïa de plus en plus soutenue. Le point négatif, c'est que, face à ce spectacle, les autres acteurs éprouvent quelque difficulté à donner de la consistance à leurs personnages. D'après moi, Ana Girardot, André Marcon et tutti quanti n'ont rien d'important à se reprocher: c'est Un homme idéal qui se consacre trop à son premier protagoniste. Bilan: l'intrigue se suit sans déplaisir aucun, mais elle ne constitue en aucun cas une référence du thriller. Je n'en demandais pas tant - ce n'est donc pas un problème pour moi.

Un homme idéal
Film français de Yann Gozlan (2015)

Relativement prévisible dans son déroulé, le long-métrage réserve tout de même quelques détours et fausses pistes aux fans de Cluedo cinématographiques. Peut-être qu'il lui manque un peu de perversité. Dans la liste des menteurs sur grand écran, j'avais largement préféré les sombres combines de Matt Damon dans Le talentueux Mr. Ripley. Et bien sûr, Anthony Perkins et sa Psychose restent incontournables !

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Le film n'a pas vraiment fait un carton...
667 261 entrées en tout... et une autre chronique à lire chez Pascale.

vendredi 4 mars 2016

Du côté des Indiens

Vous en avez assez des films français trop frileux ? Je vous conseille de vous tourner vers le cinéma belge. Franchement mis en confiance par quelques découvertes récentes, je me suis (presque) rué en salles pour voir Les premiers les derniers, nouvel opus de Bouli Lanners. Avec en prime Albert Dupontel en tête d'affiche, ça sentait très bon...

Autant vous le dire dès à présent: voilà un film tout à fait étonnant ! Sans qu'on voie tout de suite son visage, un type dans un bureau demande à Bouli / Gilou et Albert / Cochise de vite remettre la main sur un téléphone portable qui lui a été volé. Équipés d'un simili-GPS pour remplir cette mission, les deux larrons sillonnent des territoires désolés sur la trace du voleur. Malgré la promesse d'une récompense financière, ils ne sont pas des plus motivés. Quand la caméra s'écarte d'eux, elle s'intéresse à deux jeunes, inquiets face à la perspective d'une fin du monde annoncée et à la recherche d'un cadeau susceptible de faire plaisir à un autre personnage... absent de l'image. Le film continue d'avancer et on fait la connaissance d'un drôle de grand type barbu et émacié, qui déclare s'appeler Jésus. Je crois préférable d'être muet sur le développement de ce scénario: je vous conseille simplement de ne pas chercher à tout comprendre tout de suite. Étrange jusqu'au bout, Les premiers les derniers délivre ses secrets au compte-gouttes. Notez bien qu'à mes yeux, ce n'est pas un défaut.

Il n'y a que peu d'acteurs dans ce long-métrage, mais une bonne partie d'entre eux sont pour moi de grands comédiens. Les deux benjamins du casting, Aurore Broutin et David Murgia, en photo ci-dessus, m'étaient certes inconnus. Quel bonheur en revanche de retrouver ici deux monstres sacrés, à savoir Michael Lonsdale et Max von Sidow ! Parmi les rôles secondaires, j'ai été heureux également de revoir l'actrice canadienne Suzanne Clément ou quelques trognes familières pour moi: Philippe Rebbot, Lionel Abelanski, Serge Riaboukine. Maintenant que j'ai parlé des uns et des autres, il est important d'évoquer l'incroyable décor dans lequel ils évoluent: la Beauce hivernale est formidablement photogénique. De très larges plans dévoilent sa beauté sauvage - ou alors sa belle sauvagerie, au choix. Parfois qualifié de film crépusculaire, il m'a semblé que Les premiers les derniers prenait ponctuellement l'allure d'un western d'un genre nouveau. Là encore, il ne s'agit pas d'un défaut, bien au contraire. Nous sommes en balade du côté des Indiens: mémorable expérience !

Les premiers les derniers
Film belge de Bouli Lanners (2016)

Je vous renvoie aussitôt à mon index des réalisateurs pour trouver d'autres films du cinéaste: il manque juste Ultranova, son premier. Le plus fou est que, cette fois, notre ami est parti d'une image saisie lors d'un long voyage nocturne: celle de la voie d'essai de l'aérotrain d'Orléans. Je vous laisse voir pour comprendre. Moi, j'ai mon compte de belgitude, entre la folie d'Eldorado et l'humanité de Mobile home.

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Une précision importante...
Bouli Lanners dit avoir traversé une période difficile avant de réaliser ce film. Il le présente comme le moyen d'exorciser ses idées de mort et se dit étonné d'y voir "le seul de (ses) films qui se termine bien". Deux dédicaces à des amis disparus et des remerciements à d'autres qui l'ont aidé "trouver la force" figurent à la toute fin et au générique.

Vous souhaitez lire d'autres avis ?
N'hésitez pas: celui de Pascale est tout simplement dithyrambique. Sentinelle, elle aussi, a apprécié le film, sorti plus tard en Belgique.

jeudi 3 mars 2016

Tombé du ciel

Mes lectrices et lecteurs fidèles savent bien que je n'ai pas la fibre commémorative. Revenir en détails sur la carrière d'une personnalité artistique juste après sa mort n'a jamais été ma volonté première. C'est des mois avant la disparition de David Bowie que j'ai eu envie de le voir dans son tout premier film: L'homme qui venait d'ailleurs.

Je dois prévenir les admiratrices et admirateurs du Thin White Duke qui liraient cette chronique: je le connais encore très mal, en fait. Musicalement, je sais identifier les classiques, mais j'ai mille facettes du personnage à découvrir. Avec ce film, je ne crois pas pouvoir affirmer que j'ai beaucoup avancé. Voir feu notre ami britannique jouer un extraterrestre arrivé sur Terre ne m'a pas surpris: on peut dire, je crois, que ça correspond bien à l'image que les autres avaient de lui. Adaptation d'un roman paru en 1963, L'homme qui venait d'ailleurs s'intéresse à cet humanoïde parce qu'il a des besoins vitaux proches des nôtres. Il est parti de sa planète pour trouver de l'eau...

Je ne vais pas trop en dire, mais j'ai trouvé cette histoire déroutante. Je crois que c'est le montage qui m'a un peu déstabilisé, les scènes s'enchaînant rapidement et sans toujours de lien évident entre elles. Parce qu'il est question de brevets, le scénario interroge le progrès scientifique et ses conséquences, bonnes ou mauvaises. L'intention est-elle de dire que la race humaine est corruptible ? C'est une piste. Certaines scènes montrent combien l'Étranger peine pour s'adapter véritablement à un nouveau mode de vie, qu'il ne comprend guère. D'autres moments suggérent que les uns sont toujours prêts à tuer quand il s'agit d'exploiter le génie des autres et de gagner de l'argent. L'homme qui venait d'ailleurs est un drôle de personnage solitaire. Ni salaud, ni héros, il est coincé dans un monde qui n'est pas le sien. Je suis ressorti du film avec des questions et un peu de mélancolie. J'aurais aisément pu croire le rôle écrit sur-mesure pour David Bowie.

L'homme qui venait d'ailleurs
Film britannique de Nicolas Roeg (1976)

Quand le film est sorti, j'étais encore... un bébé. Ma première image de la vie issue d'une autre planète doit venir d'E.T. l'extra-terrestre. Impossible de classer le film du jour avec celui de Steven Spielberg ! N'étant pas un vrai amateur de science-fiction, il me faut reconnaître d'ailleurs que j'ai peu de points de comparaison évidents. Je rappelle que, malgré ces incertitudes, j'avais apprécié le trip Under the skin

mardi 1 mars 2016

Images roumaines

Comment vous informez-vous ? Moi, surtout via Internet et la presse écrite. Depuis que je vais bosser en voiture, j'écoute aussi la radio. Bref, je vois très peu de journaux, émissions et reportages télé. Quant aux documentaires cinéma, ils sont encore plus rares. La liste s'est toutefois allongée il y a peu avec l'étonnant Toto et ses soeurs...

Je vous avoue qu'il a fallu que je me motive pour aller voir ce film. Mis au programme d'une soirée de mon association, il nous propose d'embarquer à destination... d'une banlieue pauvre de Bucarest. D'après ce que j'ai compris, le réalisateur lui-même, un Allemand d'origine roumaine, n'était d'abord pas très chaud à l'idée de promener sa caméra dans un tel décor. En fin de compte, il s'est donc laissé convaincre de s'intéresser à deux adolescentes et à leur petit frère. Dans cette famille de Roms sédentarisés, le père n'est jamais revenu après être parti à l'étranger et la mère purge une peine de sept ans d'emprisonnement pour trafic de drogue. Autant dire aux âmes sensibles que suivre ces gamins livrés à eux-mêmes est éprouvant ! Reste que Toto et ses soeurs n'est pas tout à fait dépourvu d'espoir...

Qu'est-ce qui vient donc suggérer que la situation peut s'améliorer ? L'attitude de la fille cadette, d'abord. Elle refuse de suivre ses mère et soeur dans la dérive junkie et, tant bien que mal, veut maintenir un semblant de vie dans l'appartement qu'elle partage avec son reste de famille. Ensuite, c'est le petit dernier qui, contre toute attente, démontre une certaine capacité à apprendre... le hip hop. Un souffle de vie parcourt bel et bien Toto et ses soeurs, même si le film montre explicitement les ravages causés par l'usage des drogues dures - un fléau qui ne semble guère épargner que les plus jeunes. Aucun commentaire ne s'ajoute aux images. Le réalisateur a passé quatorze mois sur le terrain: il a même fait partie d'un groupe associatif d'aide aux enfants et, de temps à autre, les a laissé seuls avec un caméscope pour qu'ils se filment eux-mêmes en son absence. Monté parait-il dans l'ordre chronologique, son documentaire montre des bouts de vérité: il n'a pas cet aspect racoleur que peuvent prendre parfois les initiatives de ce type. C'est d'abord en cela qu'il est réussi.

Toto et ses soeurs
Documentaire roumain d'Alexander Nanau (2014)

Ce genre de productions cinéma offre évidemment matière à débat. Puisqu'il s'agit bien de décrire une situation de misère, je m'interroge non pas juste sur la légitimité de la démarche, mais sur sa décence. Les faits ont moins été "habillés" que dans Sugar Man ou Le Challat de Tunis. Mes quatre étoiles viennent démontrer que j'ai apprécié l'équilibre trouvé par le réalisateur, même s'il est fragile, sans doute.