dimanche 15 février 2015

Une révolution inachevée

Je me demande si, sans l'intervention très inspirée des producteurs de James Bond, nous aurions connu Mads Mikkelsen. La carrière internationale du comédien danois favorise sûrement sa notoriété dans d'autres pays que le sien. N'empêche: c'est autour d'un film suédo-tchéco-danois que je l'ai retrouvé l'autre jour. Je vous dirai même de ce Royal affair que je tenais à le voir... depuis longtemps.

Comme vous le savez, je suis un inconditionnel des films costumés. Sur ce point précis, rien à redire: le boulot des équipes techniques s'avère absolument fabuleux. La Copenhague reconstituée de 1760 m'en a mis plein les mirettes. Peut-être d'ailleurs que c'est trop beau ! Curieusement, c'est du côté du scénario que j'ai été moins emballé que je ne l'avais espéré. Quand le film commence, une voix off féminine introduit le flashback qui va suivre. On comprend vite qu'une femme écrit à ses enfants, dont elle est visiblement séparée de longue date. Cette femme, c'est Caroline-Mathilde de Hanovre, soeur du roi George III d'Angleterre et ancienne épouse du souverain danois, Christian VII. Le film adopte son point de vue pour raconter un peu de la vie de la cour, sous le règne du monarque scandinave. C'est d'autant plus intéressant que de nouvelles idées politiques secouent alors l'Europe toute entière: celles des Lumières, bien sûr. Royal affair se tourne alors vers celui qui va y intéresser la couronne danoise: un Allemand, Johann Friedrich Struensee, le médecin du roi.

Partant de là, j'ai l'impression (fâcheuse) que le film, aussi réussi soit-il formellement parlant, passe quelque peu à côté de son sujet. Disons qu'il nous réserve une fresque romanesque, là où il aurait pu être également une grande oeuvre politique. J'en suis bien désolé pour Mads Mikkelsen, soyez-en sûrs, mais son Struensee peine finalement à prendre une dimension autre que celle d'un homme coincé, serviteur d'un roi et amoureux de sa reine. Le long-métrage choisit de ne rien dire de ses réelles convictions: certains historiens le voient davantage comme un opportuniste que comme un homme acquis à la cause de la liberté, mais Royal affair préfère ne pas parler de cette possible ambiguïté. C'est dommage aussi pour Christian VII. Assez brillamment campé par Mikkel Boe Folsgaard, le souverain passe avant tout pour un fou, pleutre et cocu, lui qui avait lancé quelques réformes libérales, sans attendre que son peuple soit passé par la case Révolution. Je suis donc passé, moi, à côté du film. N'exagérons rien: il est vrai aussi qu'il reste un très beau spectacle.

Royal affair
Film danois (etc...) de Nikolaj Arcel (2012)

Je l'ai écrit et j'insiste: même s'il m'a un peu déçu, ce long-métrage demeure une oeuvre d'une saisissante beauté. J'ai loupé la version originale et je le déplore: la langue aurait favorisé mon immersion. Pour d'autres films consacrés à cette époque, je vous laisse découvrir des approches très variées, autour de Marie-Antoinette, Lady Oscar ou Les adieux à la reine. Barry Lyndon est certes un cran au-dessus.

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Vous retrouverez le film du jour sur d'autres blogs...

- "Chez Sentinelle",
- "Le blog de Dasola",
- "Les chroniques de Mel",
-
"Sur la route du cinéma".

vendredi 13 février 2015

Les mots d'Annaud

Après Valence, Lyon et Toulon... avant Avignon, Nîmes, Montpellier et bien d'autres villes encore, Jean-Jacques Annaud est aussi passé par chez moi pour présenter Le dernier loup. C'est cette circonstance qui m'a poussé à assister à cette avant-première. Même si je suis loin d'avoir vu l'ensemble de ses films, je respecte cet artiste qui tourne inlassablement depuis 1976. Voici un peu de ce qu'il nous a raconté...

Jean-Jacques Annaud indique que Le dernier loup est l'aboutissement d'un travail de sept ans. Le tournage a réellement eu lieu en Mongolie intérieure. Le réalisateur n'avait que neuf Français autour de lui. L'équipe complète regroupait 480 personnes ! Le film a fait l'objet d'un storyboard très précis pour bien "poser" les images dès le début.

Malgré quelques poupées et images de synthèse, la plupart des loups visibles dans le film sont de vrais animaux, à ce jour disparus du côté chinois de la Grande Muraille. Soignés et dressés par un spécialiste canadien, Andrew Simpson, ils ont aussi pris l'avion-retour avec lui pour être préservés. La meute regroupait une quinzaine d'individus.

"Le risque existe toujours que les loups attaquent": s'il souligne qu'aucun incident n'a perturbé le tournage, Jean-Jacques Annaud explique que de nombreuses scènes ont été filmées sur la corde raide. Lucide, le cinéaste s'inquiétait surtout des risques de la cohabitation entre les divers animaux. Fort heureusement, tout s'est donc déroulé comme il l'avait prévu: "Le roi des loups est même devenu mon ami. Quand nous étions proches de la fin du tournage, il refusait de jouer sans avoir obtenu d'abord dix minutes d'embrassade". Le cinéaste s'amuse de la relative tendresse de la bête. "C'est une expérience particulière. Quand ce loup a ensuite cédé son trône, son frère a pris sa place. Cet autre loup est venu me voir, m'a senti... il m'a toléré. On était copains, sans plus". Juste assez pour les dernières prises...

Parce qu'il comprend que certaines scènes de chasse aux loups peuvent choquer un public non-initié, Jean-Jacques Annaud rappelle qu'il n'a fait que reproduire les techniques mongoles. Les légendes locales font du loup un ennemi respectable, voué à rejoindre un dieu céleste, Tengri, après sa mort. "Il y encore dix ans, les Mongols présents dans le film menaient chaque année une chasse traditionnelle: la visite des cavernes. Ils sont bouddhistes et croient en la réincarnation. On revient parfois en insecte, oiseau ou animal".

Sans trop insister, Le dernier loup délivre évidemment un message écolo, selon lequel toutes les espèces ont leur place dans la nature. Bien que, poussés par la faim, les prédateurs puissent s'attaquer aussi aux troupeaux de moutons gardés par les hommes, leurs proies préférées demeurent les gazelles de la steppe. Les loups chassent seulement pour se nourrir et, autant que possible, se tiennent prudemment à l'écart des activités humaines - oui, ils en ont peur ! Leur consommation d'animaux herbivores favorise aussi le maintien d'une vie végétale sur ces grands espaces au climat instable. L'équipe du film y a vu des marmottes et défié des armées de moustiques. Jean-Jacques Annaud préfère en rire: "Je devais mettre une voilette et des gants d'apiculteur. Le look d'une bourgeoise du 19ème siècle".

Sur place, le cinéaste aura tout de même bénéficié du meilleur guide possible: Jiang Rong, l'homme qui a écrit le livre à l'origine du film. "Son séjour remonte à la fin des années 60 et il n'était jamais revenu en Mongolie intérieure. Il conserve une vive passion pour la région. Même si un écrivain sait que son histoire lui échappe quand il vend ses droits d'adaptation, j'ai de l'amitié pour cet homme et du respect pour l'amour qu'il porte à cette terre. Il vit avec la Marguerite Duras chinoise, la romancière la plus célèbre du pays. Son ami du film existe également: il est devenu un peintre reconnu pour ses tableaux paysagés et portraits de Mongolie". La boucle est bel et bien bouclée.

jeudi 12 février 2015

La légende des steppes

Cela lui portera-t-il chance ? Jean-Jacques Annaud sort cette année son 13ème long-métrage. J'en parle au présent, parce que, une fois n'est pas coutume, je suis allé à une avant-première - le film arrive dans les salles le 25 février prochain. JJA nous propose d'aller avec lui en Mongolie intérieure, une région autonome du nord de la Chine. Vous pouvez le deviner: Le dernier loup offre de sublimes paysages.

Le film adapte un roman, Le totem du loup, oeuvre de l'écrivain chinois Lü Jiamin, plus connu sous le nom de Jiang Rong. Ce livre s'est tellement vendu là-bas qu'il a dépassé les chiffres du Petit livre rouge ! J'ai d'emblée appris quelque chose sur l'histoire de la Chine lors de la période maoïste: de Pékin, des étudiants étaient envoyés dans tout le pays pour permettre le "développement" des zones rurales, éloignées de la capitale. J'ai mis des guillemets, car j'imagine qu'au passage, les missi dominici du Grand timonier étaient censés promouvoir la bonne parole socialiste. Bref... Le dernier loup développe son récit autour de deux de ces hommes et de leur périple mongol, du côté chinois de la Grande muraille. Il n'est pas question d'enjeux politiques, mais en réalité d'une sorte de voyage initiatique.

Comme son titre l'indique, le film s'intéresse aussi à la faune mongole et aux puissants prédateurs des steppes. Il parvient à être poétique et en même temps didactique, avec un petit court sur l'équilibre fragile des milieux naturels et, il faut le dire, la bêtise de l'homme venu le perturber. Pour faire monter l'émotion, Le dernier loup adopte le point de vue d'un garçon des villes converti au nomadisme. Chen Zhen ne devient pas un berger ordinaire: écoeuré de découvrir le sort réservé aux loups dans sa région d'adoption, il décide soudain d'en recueillir un et de l'élever comme d'autres le feraient d'un chien. Je vous passe les détails: les conséquences de ce choix audacieux nourrissent évidemment la totalité d'un scénario assez prévisible. J'apprécie toutefois la sincérité du propos... et les très belles images.

Le dernier loup
Film franco-chinois de Jean-Jacques Annaud (2015)

Après Le promeneur d'oiseau l'année dernière, on peut remarquer que les coproductions franco-chinoises ont le vent en poupe, régies qu'elles sont désormais par un accord bilatéral. Jean-Jacques Annaud n'a probablement pas connu les mêmes difficultés que sur le tournage de Sept ans au Tibet (1997). Cet opus reste assez loin des sommets du genre (Danse avec les loups), mais convient à un public familial.

mardi 10 février 2015

Du sens, des dessins

Il a été diffusé sur France 3 quelques jours après l'attentat survenu dans les locaux de Charlie Hebdo. C'est le lendemain, dans une salle de cinéma, que j'ai vu Caricaturistes, fantassins de la démocratie. Présenté à Cannes le 19 mai dernier, puis au cours d'une projection parisienne sur la très symbolique place de la République le 23, le film est ressorti dans de nombreuses autres villes en janvier. C'est bien...

Angel Boligan (Mexique)
La grande force de ce documentaire, c'est que son propos associe plusieurs dessinateurs dans le monde, et pas seulement en France. Une association, Cartooning for peace, existe d'ailleurs pour générer une plateforme d'échange et de soutien entre ces professionnels. Caricaturistes... montre bien qu'il n'y a pas une façon de faire unique pour celui qui croque l'actualité de son pays. Souvent considérés comme des journalistes à part entière, ces reporters et as du crayon partagent la vie de leurs confrères et sont soumis à des pressions similaires. Le long-métrage permet également de faire connaissance avec eux dans leur vie ordinaire: ils ne sont que de simples citoyens.

Ramya Suprani (Venezuela)
Jean Plantu est, pour le public français, le visage le plus familier parmi ces douze femmes et hommes issus de tous les continents. Toute l'intelligence de Caricaturistes... est de ne pas avoir gradué son discours. Il n'y a pas les chanceux qui travaillent en démocratie d'un côté et les pauvres opprimés de l'autre: chacun doit composer avec une marge de liberté plus ou moins grande et sur des thèmes particuliers. Ce qui est très intéressant dans cette analyse comparée des situations, c'est de pouvoir comprendre que le quotidien des uns et des autres ne diffère pas vraiment de celui de leurs compatriotes. Quand il est autoritaire, le pouvoir l'est pour tous... et tout le temps.

Baha Boukhari (Palestine)
De ce point de vue, les images ici rassemblées font parfois frémir devant les dérives de certains régimes. Le visage de cette femme vénézuélienne sommée de décliner son identité complète pour acheter un bout de pastèque devrait rester inscrit dans ma mémoire ! Caricaturistes... apporte également un peu d'espoir, quand il montre que certains résistent au coeur même des dictatures ou s'associent avec leurs prétendus adversaires pour porter des valeurs universelles de paix et de liberté. Ce tour du monde en dessins est très juste quand il rappelle que les journaux vont parfois plus vite que l'actualité elle-même. Les caricatures ne sont pas toujours là où on les attend...

Lassane Zohore (Côte d'Ivoire) - Damien Glez (Burkina Faso)
Une autre des grandes vertus de ce film, c'est de nous faire rire ! Toutes les situations ne s'y prêtent pas, bien sûr, mais on s'amuse parfois du côté ubuesque des anecdotes. Un simple exemple: le récit d'un dessinateur russe, dont les oeuvres, après la chute du bloc soviétique, avaient été vendues à l'étranger pour établir les progrès démocratiques de l'ex-URSS. Sourires aussi devant ces journalistes africains, lancés dans une étude de leurs tabous respectifs. Caricaturistes... demeure porté par un certain degré d'optimisme. Malgré ses craintes pour l'avenir de son pays, une Tunisienne se dit notamment surprise du succès de ses dessins. La pensée reste libre !

Caricaturistes, fantassins de la démocratie
Documentaire français de Stéphanie Valloatto (2014)

Parmi les programmes rediffusés pour rendre hommage aux victimes du terrorisme, je trouve ce documentaire bien plus réussi que celui réalisé par Daniel Leconte, "C'est dur d'être aimé par des cons". L'un et l'autre méritent certes le détour pour se forger une opinion éclairée sur la crise actuelle de nos valeurs politiques, mais je trouve moins de partialité dans celui d'aujourd'hui. Le débat reste ouvert...

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Présents dans le film, mais pas sur mes photos...

- Baki Boukhalfa (Algérie),
- Jeff Danziger (États-Unis),
- Nadia Khiari (Tunisie),
- Michel Kichka (Israël),
- Menouar Merabtène (Algérie),
- Jean Plantu (France),
- Pi San (Chine),
- Kurt Westergaard (Danemark).
- Mikhail Zlatkovsky (Russie).

dimanche 8 février 2015

Charlot(s)

C'est fou: il y a quelques jours, je me suis tout à coup rendu compte que j'avais vu chacun des neuf derniers films de Benoît Poelvoorde. Pourtant, quatre jours après sa sortie, nous étions seulement trois, un dimanche matin, pour découvrir La rançon de la gloire. Je suis content de m'être dépêché: après une semaine d'exploitation, le film avait presque quitté les cinémas de ma ville. Je n'y comprends rien...

Bon, c'est vrai qu'il n'y a aucun génie dans ce nouveau long-métrage de Xavier Beauvois. L'histoire elle-même paraîtrait plutôt incroyable si elle n'était pas vraie. Nous sommes en Suisse, à la Noël 1977. Charles Chaplin vient de mourir. Eddy Ricaart, lui, sort de prison. Dehors, un ami l'attend: Osman Bricha, presque aussi paumé que lui. Les deux hommes cohabitent - je passe sur les personnages secondaires. Un (très) gros besoin d'argent les conduit vite à monter une nouvelle combine: dérober le cercueil de Charlot pour demander une rançon à Oona, sa veuve. Autant le dire: je trouve très judicieux d'avoir fait appel à Benoît Poelvoorde pour tenir l'un des deux rôles. Roschdy Zem se débrouillant très bien lui aussi, on tient là un duo inattendu, certes, mais efficace. Méfiance, cela dit: si vous attendez une comédie, le film risque de vous décevoir un peu. Plutôt tendre que drôle, La rançon de la gloire est un bonbon à la saveur amère.

En ce sens, le film réussit son modeste hommage à Charles Chaplin. L'éternel moustachu ne campait-il pas lui-même un vagabond amusant, mais tout à fait incertain sur son avenir ? Toucher du doigt cette contradiction est l'une des réussites de La rançon de la gloire. Si j'ai parlé de modestie à l'instant, c'est que le long-métrage avance sans réelle surprise, mais également - un bon point - sans esbroufe. L'unique fausse note viendrait peut-être de la bande originale, portée par une superbe partition du grand Michel Legrand, mais dont l'aspect grandiloquent m'a parfois fait sortir de l'intrigue. On dirait finalement que la caméra reste un peu en retrait, sans se soucier véritablement d'ajouter des images exceptionnelles à une anecdote qui l'est déjà. Malgré tout, j'ai bien aimé le résultat, aussi simple soit-il. Il semble que la conclusion s'éloigne beaucoup de la réalité, mais peu importe ! Quelque chose de l'esprit de Charlot survit: c'est tout ce qui compte.

La rançon de la gloire
Film français de Xavier Beauvois (2015)

Le nom du réalisateur vous parle ? Logique ! Le long-métrage marque son retour, cinq ans après le superbe Des hommes et des dieux. D'ailleurs, je crois vraisemblable qu'une (petite ?) partie de la critique ait dénigré ce nouvel opus par comparaison, juste parce que le film précédent avait plus d'ampleur. C'est à vous d'en juger, désormais. Personnellement, en souriant, j'ai repensé à The Blues brothers...

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Pour tout vous dire...
Un autre avis est publié chez Pascale: "Sur la route du cinéma". Constat: grosso modo, elle et moi sommes d'accord en tous points.

vendredi 6 février 2015

Mythologie urbaine

Vous connaissez Unifrance ? Créé en 1949, cet organisme associatif assure la promotion du cinéma français dans le monde. Sur son site Internet, je télécharge assez fréquemment des dossiers de presse pour mieux connaître et comprendre les films que je vois en salles. Celui de Mercuriales est très elliptique, à l'image d'un long-métrage assez difficile à saisir... et qui me semble avoir subi un bon gros flop.

Banlieue parisienne, de nos jours. Lisa et Joane, deux jeunes femmes d'environ 25 ans, font connaissance et deviennent vite inséparables. L'une est venue travailler en France, en provenance de Moldavie. L'autre, une "locale", se rêve future danseuse. Une réalité très banale et parfois sordide semble le lot quotidien de ces drôles d'héroïnes. Virgil Vernier filme ses personnages comme s'il filmait la vie ordinaire de gens sans rien d'exceptionnel. Il arrive dès lors que Mercuriales ressemble à un documentaire. Cela dit, une certaine dose d'étrangeté envahit pourtant l'écran, mais aussi la bande-son, par l'intermédiaire d'une voix off lancinante. "Cette histoire se passe en des temps reculés. Des temps de violence. Partout à travers l’Europe, une sorte de guerre se propageait"... plutôt malin, celui qui saisira le message.

Personnellement, j'ai vite renoncé à (tout) comprendre. Il est permis d'apprécier le film pour ce qu'il dissimule, tout en demeurant réceptif à ce qu'il montre. Il y a quelques très belles images, là-dedans. Mercuriales nous entraîne là où on ne va pas, et notamment au coeur des galeries techniques des tours jumelles de Bagnolet dont le nom est également le titre du long-métrage. Les fanas d'architecture contemporaine pourraient bien trouver là un intérêt supplémentaire quand il s'agira pour eux de plonger dans cette histoire. Les autres auraient tort de renoncer sans y réfléchir: ce n'est pas tous les jours que le septième art accouche d'une oeuvre aussi complexe. J'admets aussi que je n'ai pas envie de renouveler l'expérience trop souvent. D'ailleurs, après la projection, je suis resté bouche bée. C'est dire...

Mercuriales
Film français de Virgil Vernier (2014)

Plutôt apprécié par les critiques professionnels, ce long-métrage étonnant aura constitué pour moi une expérience. Je dois préciser que je ne l'aurai probablement pas vu s'il n'avait pas été programmé par mon association cinéphile. Josiane, notre présidente, a parlé d'une démarche à la Rohmer "à l'envers". Je ne saurais mieux dire. Bizarroïde, le film brasse des thèmes ésotériques et mythologiques...

jeudi 5 février 2015

La blonde de l'espace

Attention: sur les Bobines, une jolie femme peut en cacher une autre. Aujourd'hui, c'est Jane Fonda qui sera à l'honneur. En 1968, la belle était l'égérie du cinéaste français Roger Vadim, après Brigitte Bardot et Catherine Deneuve, notamment. Elle attendait un enfant de lui. Quelques semaines après la naissance de Vanessa, les écrans cinéma accueillaient leur quatrième - et dernier film - commun: Barbarella.

L'affiche elle-même annonce la couleur: Barbarella y est désigné comme "le premier film d'éros-fiction". Quand, dès le générique initial et simulant l'état d'apesanteur, Jane Fonda s'agite à l'écran pour ôter une à une chaque pièce de sa combinaison d'astronaute, le côté canaille de l'entreprise saute aux yeux. Pas de méprise: il s'agit toutefois pour Roger Vadim d'adapter - fidèlement - une bande dessinée, parue six ans plus tôt et signée Jean-Claude Forest. D'inspiration science-fictionnelle, l'histoire est celle d'une aventurière spatiale, à qui le président de la Terre (!) donne mission de retrouver un dénommé Durand Durand, un scientifique devenu fou et suspecté d'avoir inventé une arme de destruction massive. Dans ce futur fantasmé de pacotille, les humains auraient renoncé à toute guerre...

Quand l'héroïne s'envole aux confins de la galaxie, on comprend vite que son pacifisme naturel pourrait lui attirer de gros ennuis. Heureusement, d'autres atouts jouent en sa faveur et elle accepte volontiers de faire l'amour à ceux qui la sortent d'un mauvais pas. C'est qu'en réalité, elle ne voit pas vraiment l'intérêt de la chose. Barbarella est un drôle de film: 50% de comédie, 50% de SF et 100% d'un kitsch visiblement assumé dans toute son excentricité première. Au second degré, ce genre de productions est un bon marqueur d'époque, le style des pré-seventies brillant ici à son meilleur niveau. Même Paco Rabanne, le couturier millénariste, a créé des costumes. Brut de décoffrage, le film demeure un divertissement rigolo. Impossible de vous prétendre le contraire: je me suis bien amusé. Énième folie du producteur italien Dino de Laurentiis, cette drôlerie permet aussi de voir le mime (Marcel) Marceau dans un rôle parlant !

Barbarella
Film franco-italien de Roger Vadim (1968)

Inutile de convoquer George Lucas ! Le première saga Star Wars attendra encore une petite dizaine d'années avant de révolutionner définitivement le genre SF au cinéma. Bon... si toutefois vous tenez absolument à être sérieux, je note que 2001, l'odyssée de l'espace est sorti la même année. Mais très franchement, le long-métrage d'aujourd'hui s'apparentera davantage à L'étoile du silence (1960)...

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Jane Fonda a d'autres fans...

Pascale ("Sur la route du cinéma") parle d'une rencontre avec l'actrice. "L'oeil sur l'écran" évoque plutôt le film, en des termes élogieux. 

mercredi 4 février 2015

Ah, Jessica...

Jessica Chastain est donc le premier (et quasi-unique) personnage féminin du film dont j'ai parlé hier. J'ai eu envie aujourd'hui d'en dire un peu plus sur cette actrice que j'ai découverte il y a trois ans environ. Elle fêtera bientôt son 38ème anniversaire: cette rousse incendiaire incarne bien l'image que j'ai de la star hollywoodienne. Belle et talentueuse, j'espère la suivre encore longtemps au cinéma !

Diplômée d'art dramatique au sein de la prestigieuse Juilliard School de New York, Jessica y serait entrée grâce à une bourse financée par... Robin Williams ! Elle a déclaré qu'enfant, elle séchait l'école pour lire Shakespeare. Elle n'a pourtant pas fait beaucoup de théâtre.

Avant de percer au cinéma, Jessica a fait un peu de télé. Elle a connu son tout premier rôle pro dans Dark shadows, un téléfilm et la reprise d'une série culte - la même qui, ensuite, fut adaptée par Tim Burton. La miss se montre également dans Urgences, Hercule Poirot, etc...

C'est en 2008 qu'elle fait sa première apparition sur grand écran. Jolene - un opus resté inédit en France - lui vaut de recevoir un Prix au Festival international du film de Seattle (États-Unis). Sa notoriété commence vraiment à décoller en 2010, avec L'affaire Rachel Singer.

Le vrai bond en avant survient juste après, au moment où Jessica découvre Cannes en héroïne de la future Palme d'or, The tree of life. Elle y est mère de famille, comme d'ailleurs dans Take shelter, le film de Jeff Nichols sorti au cours de la même année 2011. Beau doublé !

En 2012, Jessica est nommé à l'Oscar du meilleur second rôle féminin pour sa participation à La couleur des sentiments. La statuette revient finalement à sa partenaire, Octavia Spencer. Des hommes sans loi me déçoit, mais Zero dark thirty (2012) rattrapera le coup.

Quand l'Académie célèbre Jennifer Lawrence comme meilleure actrice de 2013, Jessica fait bonne figure et continue donc de travailler. Après avoir joué dans Interstellar de Christopher Nolan, elle fait partie du projet The Martian, un Ridley Scott attendu pour décembre.

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Maintenant, c'est à vous...
Je n'ai pas évoqué la vie privée de la star, réputée pour sa discrétion. Je vous laisse libre de le faire. Je relève juste qu'en 2012, Jessica avait été élue... végétalienne la plus sexy ! L'hebdo US Time la citait alors dans sa liste des 100 personnalités les plus influentes au monde.

mardi 3 février 2015

Le prix de la réussite

Abel Morales vit (bien) dans le New York du début des années 80. Il a pour ambition de développer encore son business de livraison de fioul pour devenir enfin le premier opérateur du marché. Son problème actuel, c'est que nombre de ses camions sont volés, alors qu'il a besoin d'une grosse somme pour s'offrir un nouveau terrain, crucial pour son activité commerciale. Ainsi débute A most violent year...

Une bonne critique entendue à la télé m'a donné envie d'aller le voir. J'avais également confiance en le réalisateur et j'étais curieux d'apprécier la complémentarité du duo Oscar Isaac / Jessica Chastain. A most violent year n'est vraiment pas un mauvais film. Son regard sur l'Amérique me paraît même assez atypique, d'après les canons esthétiques du cinéma américain d'aujourd'hui, en tout cas. Franchement, j'ai bien aimé l'ambiance de ce long-métrage ! J'imaginais y trouver de la violence, je n'y ai senti que de la tension. Intelligemment, la caméra se focalise avant tout sur le personnage principal et, comme lui, on se sent progressivement pris en étau. Caractéristique très appréciable: Abel Morales n'est pas un sale type. C'est un requin, mais il a quand même quelques principes éthiques pour le distinguer de la masse des prédateurs. Tout le suspense repose sur ce qu'il va devoir faire pour réussir. Sur jusqu'où il va aller.

Sur le plan formel, le film est une vraie réussite. La reconstitution m'a semblé quasi-parfaite, sans fausse note. Décors et costumes s'associent très harmonieusement pour nous donner l'impression d'être revenus dans le passé. Du côté distribution, pas de déception quant aux choix effectués: Oscar Isaac prend vraiment une ampleur croissante, Jessica Chastain brille (à contre-emploi ?) et les rôles secondaires sont plutôt convaincants. Les litres d'hémoglobine versés dans d'autres productions de ce genre nous sont ici épargnés: merci ! Bref, comme je l'ai écrit plus haut, A most violent year nous propose un spectacle atypique. Bon... j'ai finalement trouvé ça un peu froid. La neige qui tombe ou apparaît quasi-constamment sur les images renforce sans doute cette impression, mais j'ai de fait éprouvé quelques difficultés à m'attacher au(x) personnage(s). Il m'aurait fallu un je-ne-sais-quoi pour plus d'implication émotionnelle. Dommage...

A most violent year
Film américain de J. C. Chandor (2014)

Abel Morales prétend tout faire dans la légalité. Difficile dès lors d'imaginer qu'il puisse être aussi retors que le Michael Corleone aperçu dans Le parrain - 2ème partie. Il a pourtant bien l'apparence d'un mafioso, parfois, si ce n'est qu'il opère seul (ou avec Madame). Devant les images du film, j'ai pensé à Coppola, donc, et à DePalma également (L'impasse). Sans avoir pu atteindre le même sommet...

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Chez mes camarades, l'accueil est à peu près identique...

Pascale ("Sur la route du cinéma") souligne qu'elle n'a pas accroché. Tina ("Le blog de Tinalakiller") est un peu déçue par le scénario. Dasola, elle, dit que le film mérite d'être vu (cf. "Le blog de Dasola"). L'ami 2flics de "Callciné" confirme et lui accorde la note de 4 sur 5.

Oups... j'avais oublié... un ajout du 8 février, 0h05...

Le film est cité dans le top 2014 de "L'impossible blog ciné".

dimanche 1 février 2015

Suivre sa voix

Après les 72 séances de 2014, c'est avec gourmandise que j'ai entamé mes sorties au cinéma de cette année autour de La famille Bélier. Cette comédie populaire met en scène une adolescente qui s'efforce de tracer son sillon entre ses heures au lycée, ses leçons de chant dans une chorale et l'aide qu'elle apporte à ses parents, un couple d'agriculteurs sourds-muets. C'est loin d'être évident tous les jours...

Il m'est inutile de souligner, je suppose, que le handicap des uns confronté à l'impatience des autres est un sujet que le cinéma français a déjà abordé avec succès. Sur le moment, je me suis dit que La famille Bélier ne faisait rien d'autre que d'exploiter le filon. Rien à redire sur ce point: amusant et tendre, le scénario fonctionne. C'est après coup que je me suis rendu compte qu'il parlait également d'autre chose, à savoir de l'émancipation d'une jeune femme. Concerné ou non par ce sujet, chacun piochera donc ce qu'il voudra pour réfléchir et/ou se divertir. Le long-métrage délivre un message positif quant à l'obligation de se prendre en main. On pourra éventuellement regretter quelques passages un peu trop angéliques. Malgré tout, les situations prêtent à sourire: c'est là l'essentiel, non ?

Quand le père de famille décide de se porter candidat à l'élection municipale de son village, une question lui est posée: "Pensez-vous que les gens puissent vraiment voter pour un sourd ?". L'élu sortant obtient une réponse: "Pourquoi pas ? Ils ont bien voté pour un con !". Mine de rien, entre deux répliques de ce genre, le film interroge donc notre rapport à la différence. Il arrive ponctuellement qu'il courre plusieurs lièvres à la fois et se perde un peu en chemin, mais il finit par retomber sur ses pieds. Pour accompagner la première apparition de la jeune Louane Emera, ancienne candidate d'un concours de chant télévisé, la distribution s'appuie sur quelques comédiens aux talents déjà confirmés: Karin Viard, François Damiens et Eric Elmosnino. Sans crier au génie, je dirais donc que l'ensemble se tient plutôt bien.

La famille Bélier
Film français d'Eric Lartigau (2014)

Un p'tit côté Billy Elliot ! Certains ont regretté que le film ait fait appel à des acteurs valides pour interpréter des personnages handicapés. Je peux comprendre la critique, mais note que personne n'a reproché à François Cluzet son fauteuil roulant dans Intouchables. Le fils de la famille, lui, est joué par un acteur sourd, Luca Gelberg. Petit regret: le film n'est pas toujours visible en langue des signes...

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Un tour chez mes voisins, maintenant ?

Pascale n'est pas des plus enthousiastes ("Sur la route du cinéma"). Dasola, quant à elle, parle carrément d'intox ("Le blog de Dasola") !

Il n'empêche que le film cartonne...
À sa vision, mon père m'a dit qu'il l'avait fait retomber en enfance. "C'est le film qui m'a le plus ému depuis longtemps", a-t-il ajouté. Aux dernières nouvelles, il devrait dépasser les 4 millions d'entrées sans difficulté. De quoi se placer dans le top 5 des sorties de 2014.