Il y a quelque chose de très beau dans le regard que Ryusuke Hamaguchi porte sur le monde - je l'ai ressenti devant son dernier film (à ce jour). Le cinéaste japonais est venu en France tourner Soudain, long-métrage qui reste d'abord en mémoire par sa longue durée: trois heures et quart. Je dois dire que le début m'a aussitôt captivé ! Magie de l'écran géant...
Marie-Lou est la directrice du Jardin de la Liberté, un EHPAD parisien. Elle forme son personnel à l'humanitude, une approche thérapeutique fondée sur quatre piliers: regarder les personnes âgées dans les yeux malgré leurs troubles cognitifs, les toucher, leur expliquer chaque soin qui leur est proposé et - quand c'est possible - les faire se tenir debout et marcher. Le problème, c'est en fait que cette pratique innovante suppose que les équipes soient formées, ce qui complique la gestion quotidienne et alourdit le planning de soignants déjà ultra-sollicités. Elle-même très (ou trop ?) impliquée, Marie-Lou est proche du burn-out lorsqu'elle rencontre Mari, une jeune Japonaise, dont la profession s'intéresse elle aussi à l'humain: elle est metteuse en scène de théâtre. Soudain, c'est bien l'histoire de l'amitié naissante entre deux personnes qui auraient très bien pu ne jamais se rencontrer. Au coeur de deux vies qu'on découvre tumultueuses, une alliance est forgée et le réconfort surgit: c'est sans nul doute ce que j'ai trouvé de plus beau dans ce film exigeant. Oui, il me semble qu'il cherche d'abord à parler à notre cœur !
Rappel: les deux actrices ont reçu, ensemble, le Prix d'interprétation féminine au dernier Festival de Cannes. Il est bien entendu probable que d'autres auraient mérité cette récompense, mais je suis convaincu que Tao Okamoto et Virginie Efira ne l'ont pas volée. D'une sobriété impeccable compte tenu du sujet, leur jeu m'a ébloui par sa justesse. Pourtant, on sait vite que l'un des personnages va mourir... et Soudain aurait pu n'être que le bête déclencheur d'un énième torrent de larmes. Non ! Le film est bien plus que cela et se distingue par son empathie profonde. Une qualité d'autant plus perceptible que les comédiennes s'expriment chacune dans la langue de l'autre, sans difficulté apparente. Elles sont en outre bien entourées par une belle galerie de personnages secondaires, très incarnés ("mention spéciale" à Jean-Charles Clichet). Au final, je n'ai qu'un petit bémol à formuler: le film s'égare un peu lorsqu'il devient, à grands renforts de schémas et de longues minutes durant, un cours assez lourdingue sur l'absence d'avenir du capitalisme. Je vais retenir le reste et toutes ces belles émotions nées de l'ensemble.
Soudain (急に具合が悪くなる - Kyu ni guai ga waruku naru)
Film franco-japonais de Ryusuke Hamaguchi / 2026
Je crois bien que c'est le premier opus du réalisateur hors de son pays. D'ailleurs, il a aussi reçu le soutien de producteurs belges et allemands. Oubliez mes quelques réserves: ce long-métrage vaut le LONG détour ! Quelque chose dans ce qu'il nous dit de la vie m'a rappelé Perfect days. Je préfère, cependant, la simplicité d'un Kore-eda comme L'innocence ou Les bonnes étoiles (pour ne parler que des plus récents). À suivre...
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Une précision que je crois utile...
Je vous ai dit plus haut que le réalisateur était venu tourner en France. Un autre point à ne pas négliger: certaines scènes se passent au Japon. Je retiens celle de ma première image et sa lumière (du lever du jour). Elle a été choisie pour l'une des affiches - l'autre montre Paris, la nuit. Eh oui, dans chaque plan, la photo du film est absolument somptueuse !
Et pour finir, d'autres avis à consulter ?
Bien entendu ! Je vous propose de lire celui de Benjamin, notamment.
Marie-Lou est la directrice du Jardin de la Liberté, un EHPAD parisien. Elle forme son personnel à l'humanitude, une approche thérapeutique fondée sur quatre piliers: regarder les personnes âgées dans les yeux malgré leurs troubles cognitifs, les toucher, leur expliquer chaque soin qui leur est proposé et - quand c'est possible - les faire se tenir debout et marcher. Le problème, c'est en fait que cette pratique innovante suppose que les équipes soient formées, ce qui complique la gestion quotidienne et alourdit le planning de soignants déjà ultra-sollicités. Elle-même très (ou trop ?) impliquée, Marie-Lou est proche du burn-out lorsqu'elle rencontre Mari, une jeune Japonaise, dont la profession s'intéresse elle aussi à l'humain: elle est metteuse en scène de théâtre. Soudain, c'est bien l'histoire de l'amitié naissante entre deux personnes qui auraient très bien pu ne jamais se rencontrer. Au coeur de deux vies qu'on découvre tumultueuses, une alliance est forgée et le réconfort surgit: c'est sans nul doute ce que j'ai trouvé de plus beau dans ce film exigeant. Oui, il me semble qu'il cherche d'abord à parler à notre cœur !
Rappel: les deux actrices ont reçu, ensemble, le Prix d'interprétation féminine au dernier Festival de Cannes. Il est bien entendu probable que d'autres auraient mérité cette récompense, mais je suis convaincu que Tao Okamoto et Virginie Efira ne l'ont pas volée. D'une sobriété impeccable compte tenu du sujet, leur jeu m'a ébloui par sa justesse. Pourtant, on sait vite que l'un des personnages va mourir... et Soudain aurait pu n'être que le bête déclencheur d'un énième torrent de larmes. Non ! Le film est bien plus que cela et se distingue par son empathie profonde. Une qualité d'autant plus perceptible que les comédiennes s'expriment chacune dans la langue de l'autre, sans difficulté apparente. Elles sont en outre bien entourées par une belle galerie de personnages secondaires, très incarnés ("mention spéciale" à Jean-Charles Clichet). Au final, je n'ai qu'un petit bémol à formuler: le film s'égare un peu lorsqu'il devient, à grands renforts de schémas et de longues minutes durant, un cours assez lourdingue sur l'absence d'avenir du capitalisme. Je vais retenir le reste et toutes ces belles émotions nées de l'ensemble.
Soudain (急に具合が悪くなる - Kyu ni guai ga waruku naru)
Film franco-japonais de Ryusuke Hamaguchi / 2026
Je crois bien que c'est le premier opus du réalisateur hors de son pays. D'ailleurs, il a aussi reçu le soutien de producteurs belges et allemands. Oubliez mes quelques réserves: ce long-métrage vaut le LONG détour ! Quelque chose dans ce qu'il nous dit de la vie m'a rappelé Perfect days. Je préfère, cependant, la simplicité d'un Kore-eda comme L'innocence ou Les bonnes étoiles (pour ne parler que des plus récents). À suivre...
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Une précision que je crois utile...
Je vous ai dit plus haut que le réalisateur était venu tourner en France. Un autre point à ne pas négliger: certaines scènes se passent au Japon. Je retiens celle de ma première image et sa lumière (du lever du jour). Elle a été choisie pour l'une des affiches - l'autre montre Paris, la nuit. Eh oui, dans chaque plan, la photo du film est absolument somptueuse !
Et pour finir, d'autres avis à consulter ?
Bien entendu ! Je vous propose de lire celui de Benjamin, notamment.


2 commentaires:
Epahd, cancer, hôpital, fin de vie, vieillesse... j'ai dit non sans regret à ce film.
Par ailleurs je trouve toujours aussi navrant voire extrêmement agaçant que l'humanitude ne soit évoquée que pour la fin de vie.
Je trouve qu'elle devrait être au programme dès que quiconque met un orteil à l'hôpital.
En pratique, elle n'existe qu'à l'hôpital d'enfants (Mouche a été greffé à l'hôpital d'enfants, le comportement humain des soignants était radical) et en soins palliatifs (mes 2 parents y ont fait un court séjour, les soignants y sont des anges).
Alors non pour cette fiction malgré ses belles images.
C'est tout un système de soins qu'il faudrait effectivement revoir et rendre plus humain.
Le film ne nous ment pas, je crois. Il part de ce qui existe pour expliquer ce qui pourrait exister.
Je comprends que tu n'aies pas envie de le voir, cela dit, et ce n'est pas très grave de le louper.
En précisant qu'il ne se limite évidemment pas à de belles images, qui nous offrent cependant un "répit" bienvenu.
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