samedi 4 janvier 2014

À corps perdu

Il m'aura fallu plusieurs années avant de découvrir le cinéma d'Abdellatif Kechiche. J'ai même ensuite attendu presque deux mois après sa sortie pour aller voir La vie d'Adèle - chapitres 1 & 2. Soudain, j'ai été pris d'un sentiment d'urgence, soucieux finalement de saisir l'occasion de l'apprécier en salles. Il était temps, dirais-je. Sans attendre davantage, comme tant d'autres avant moi, j'ai envie de dire ma conviction que la Palme d'or 2013 est un très beau film. Admirable en dépit de la polémique liée à ses conditions de tournage.

Un mot sur l'intrigue pour ceux que le cinéma n'intéresse finalement que de loin: adaptation d'une bande dessinée de Julie Maroh, La vie d'Adèle... a pour héroïne une toute jeune femme. Adèle se réveille chaque matin pour aller au lycée. Elle y est bonne élève et résiste encore aux assauts bien timides des garçons. L'un d'eux l'approche doucement et parvient à la conquérir: l'expérience la déçoit. Adèle vit tristement son adolescence sans problème. Un jour, elle rencontre Emma, une fille aux cheveux bleus et, surprise elle-même, en tombe amoureuse. Emma est légèrement plus âgée, termine quatre années d'étude aux Beaux-Arts, se rêve peintre sans se croire capable d'exposer. Alchimie parfaite. Sans jamais lâcher son personnage principal, le film montre, trois heures durant, comment celle qui vit une histoire somme toute assez simple va évoluer. Il est question d'homosexualité, bien sûr, mais d'abord du sentiment amoureux. Surtout constitué de gros plans, le long-métrage capte quelque chose de cette fougue. Il en montre toutes les étapes... et c'est juste beau.

Pour parvenir à ce résultat, Abdellatif Kechiche s'est appuyé parait-il sur des professionnels dévoués corps et âme. Il a déjà été dit partout qu'ils les avaient exploités, poussés à l'extrême limite de leurs forces. Possible. Je renvoie ceux qui l'affirment à leurs certitudes. Artistiquement parlant, La vie d'Adèle... ne me semble ressembler qu'à peu de films que j'ai vus jusqu'alors. Qu'un jury professionnel présidé par Steven Spielberg soit venu lui remettre la plus grandiose des récompenses du cinéma mondial me paraît légitime. J'ai senti dans ces images un souffle particulier, presque inédit. Le cinéaste doit une fière chandelle à ses actrices. Et, si Léa Seydoux / Emma tire très bien son épingle du jeu, Adèle Exarchopoulos / Adèle se met au plus haut. Elle passe littéralement par tous les sentiments, naïve d'abord, saisie du coup, moquée, battante, investie, lâchée ensuite. Pour sa mise à nu, la presque débutante de 19 ans mérite des éloges. Elle gomme les (petits) défauts du long-métrage, son aspect répétitif ou trop explicite parfois, y compris avec les mots. À corps perdu...

La vie d'Adèle - chapitres 1 & 2
Film français d'Abdellatif Kechiche (2013)

Maintenant que j'ai vu celui-là, j'ai très envie d'appréhender l'ensemble des autres films du cinéaste français. Je me vois commencer par L'esquive, dont j'ai le DVD. À suivre. Il m'est difficile d'oser un parallèle avec les longs-métrages d'autres réalisateurs. Toutefois, la manière dont Adèle se cherche également m'a fait penser parfois au personnage de Marine Vacth dans Jeune et jolie. Quant au rythme des images d'Abdellatif Kechiche, il m'a rappelé l'approche presque documentariste de L'été de Giacomo. Je note d'ailleurs que tous ses films évoquent la transition vers la vie d'adulte. C'est même clairement ce qui leur confère une partie de leur beauté.

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Si Adèle vous intéresse, vous lirez avec intérêt...
- "La cinémathèque de Phil Siné".
- "Sur la route du cinéma".
- "Liv/raison de films".
- "Le blog de Dasola".                       

jeudi 2 janvier 2014

Action !

Vous avez remarqué ? Je n'ai pas fait de trêve de Noël. J'ai préféré tenir le rythme et, même si je suis parti en vacances, ça m'a bien plu de finir 2013 sans relâche sur Mille et une bobines. Chères lectrices et chers lecteurs, commentateurs occasionnels ou non, cinéphiles passionnés ou spectateurs épisodiques, comme Leonardo, je lève mon verre, pour vous souhaiter à toutes et tous une très belle année.

Dès samedi, c'est promis: je vous reparle de cinéma. J'ai battu l'ensemble de mes records, l'année dernière: nombre de films vus, nombre de découvertes, nombre de séances en salles. Aller plus haut paraît presque injouable - sauf à oublier ce blog ou à lui consacrer moins de temps, deux hypothèses qui ne sont pas à l'ordre du jour. Cela dit, je ne suis pas Madame Irma: j'ignore ce que sera 2014. Aujourd'hui, à midi, quand ce texte est apparu en ligne, j'étais encore sur la route du retour de mes congés. Je n'avais qu'une petite idée des prochains films que j'aurai l'occasion de voir et de présenter. Autant dès lors boire une autre petite coupe en attendant la suite...

mardi 31 décembre 2013

Un étrange voyage

Jeudi dernier, j'avais laissé entendre que ma toute dernière chronique de l'année serait consacrée à une oeuvre idéale pour un réveillon. Après réflexion, j'ai opté pour un très grand classique du cinéma hollywoodien: Le magicien d'Oz. Tourné en studio, ce film restera aussi comme l'une de mes plus anciennes découvertes de 2013: il a été projeté pour la première fois aux États-Unis le 12 août 1939. Moins d'un mois plus tard, le 3 septembre, la France et l'Angleterre déclaraient la guerre à l'Allemagne. On a presque du mal à y croire...

Le magicien d'Oz ? Les producteurs du film nous préviennent d'emblée par l'intermédiaire d'un carton: leur travail s'adresse d'abord à ceux qui sont restés jeunes dans leur coeur. Adaptation d'un roman pour enfants, le long-métrage met en scène Dorothy (Judy Garland), fillette élevée par son oncle et sa tante, au plus profond du Kansas. Ennuyée par une voisine qui maltraite son chien, la demoiselle fugue... avant de bien vite rentrer chez elle. Elle est alors surprise par une tornade qui, en l'espace de quelques instants, la propulse dans un monde imaginaire peuplé de petits êtres, les Munchkins. Conseillée en ce sens par une (gentille !) sorcière, Dorothy prend alors la route vers Emerald City, la ville où elle pourrait bien rencontrer celui qui la ramènera chez elle. Cet étrange voyage lui offrira de faire connaissance avec d'autres personnages bienveillants: l’Épouvantail, l'Homme de Fer et le Lion Peureux. De quoi éviter bien des périls...

Je crois en avoir assez révélé sur le scénario. On dit que Le magicien d'Oz est le film le plus vu du cinéma américain. Les connaisseurs décrivent un tournage très coûteux et difficile. Plusieurs comédiens furent victimes d'accidents, l'une des actrices devant même rester hospitalisée quelques semaines après s'être sérieusement brulée. Techniquement, on évoque également des problèmes avec la couleur, l'intrigue jouant de fait sur une variation, avec des passages en sépia quand c'est la "vraie" vie de Dorothy qui est représentée à l'écran. Autre anecdote: si Victor Fleming demeure le seul à avoir été crédité réalisateur, plusieurs confrères l'ont précédé (ou suivi !). Le résultat vaut heureusement le détour: pour l'époque, les "effets spéciaux" paraissent d'une efficacité remarquable. L'aventure elle-même fleure bon le cinéma vintage et risque d'en laisser quelques-uns sur le bord du chemin. Il n'y a que vous pour savoir s'il vous plairait de la suivre.

Le magicien d'Oz
Film américain de Victor Fleming (1939)

Trois étoiles pour ma bonne impression sur le film et une demie supplémentaire pour honorer son statut d'oeuvre de référence: il faut admettre que le spectacle ne m'a pas emballé plus que ça. J'attendais autre chose, sans bien savoir quoi exactement. En fait, il me semble que le scénario s'adresse plutôt aux bambins. C'est si gentil ! D'ailleurs, et ce sera mon dernier mot, la MGM aurait en fait décidé de mettre le film en chantier pour répondre au triomphe, deux ans auparavant, du premier des Disney: Blanche Neige et les sept nains.

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74 ans plus tard, je ne suis pas le seul à avoir vu ce classique...
Aelezig en parle avec emphase sur "Mon cinéma, jour après jour". Quant à Phil Siné, il est moins enthousiaste (cf. sa "Cinémathèque").

Une anecdote étonnante, maintenant...
En 1939, Judy Garland reçut pour ce film une sorte d'Oscar spécial sous la forme d'une statuette dorée... de petite dimension. L'histoire dit même qu'elle la perdit ! Ce Academy Juvenile Award n'a consacré que douze récipiendaires seulement, entre les années 1934 et 1960.

Ah, un dernier détail sur la musique (oscarisée) du film...
On y entend pour la première fois le standard Over the rainbow.

lundi 30 décembre 2013

Jean, un tournant ?

De m'être offert le DVD de The artist m'a donné une idée: ne pas finir l'année sans avoir dit deux mots sur Jean Dujardin. Loin de ce succès phénoménal connu fin 2011 et début 2012, l'acteur me semble avoir traversé 2013 sur la pointe des pieds. Sa prestation dans Möbius valait peut-être mieux que le million de spectateurs réunis par ce film ambitieux. Nous verrons bien ce qu'en pense l'Académie des Césars fin février: j'ai pour ma part noté avec grand plaisir que la cérémonie serait animée par sa partenaire à l'écran, l'actrice Cécile de France.

Ceux qui ont vu le film se souviendront probablement de l'apparition burlesque de notre Jeannot national dans 9 mois ferme. Qu'attendre de lui, désormais ? Si les gazettes people ont fait état de sa rupture soudaine avec Alexandra Lamy, les cinéphiles, eux, l'attendent assurément au tournant. P'tit Jean est parti conquérir l'Amérique ! Depuis mercredi dernier, jour de Noël, il est à l'affiche du dernier film de Martin Scorsese, Le loup de Wall Street, où il incarne un banquier suisse - j'en reparlerai après l'avoir vu. Ensuite, en mars, on le verra avec George Clooney dans The monuments men - j'y reviendrai également dans quelques semaines. Je suis déjà assez curieux de voir comment il aura négocié ce virage et note que le cinéma français garde l'oeil sur lui: en 2014, il sera un juge engagé dans le combat contre le grand banditisme devant la caméra de Cédric Jimenez. L'occasion de retrouver son pote Gilles Lellouche. À suivre, donc...

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Et pour finir, je vous propose une petite citation...
J'ai eu l'occasion de lire quelques mots de Jean dans une interview récente. "Je ne peux pas me plaindre, affirmait-il. Ce serait indécent. Du moment que je me ressemble encore, que j'essaye de prendre aussi des projets qui me font peur, des choses que je ne sais pas faire, j'ai envie d'apprendre toujours. Toujours. Chaque année. Chaque tournage". À vrai dire, c'est tout le mal que je lui souhaite.

samedi 28 décembre 2013

En plein cauchemar

Le bonheur cinématographique repose entre autres sur la surprise. C'est un peu comme avec les gens dans la vraie vie, en fait. Découvrir qu'un artiste du septième art est capable de prendre à contre-pied l'essentiel de vos attentes pour vous emmener vers un registre nouveau pour lui, je trouve que c'est magique. Et je suis heureux d'avoir ressenti un peu de cette magie devant Le rêve de Cassandre. On a plus ou moins apprécié le choix de Woody Allen de tourner trois de ses films à Londres. Celui-là renforcera le respect que j'ai pour lui.

Un respect teinté d'admiration, pour le coup: dans cet opus britannique, Woody nous embarque dans l'histoire de deux frères, Ian et Terry. Lui qui a filmé d'innombrables quartiers bourgeois s'offre cette fois une incursion dans les milieux populaires. Le film démarre à peine que les deux frangins s'achètent un bateau, petit plaisir jugent-ils, mais vrai caprice d'adulescent, en réalité. Il sera bientôt question de dette excessive et d'absence de solutions pour la régler. Le rêve de Cassandre est en réalité un vrai cauchemar. À peine auront-ils humé l'air d'une vie meilleure que Ian et Terry devront revenir à la réalité de leur (petite) condition sociale. Pour se sortir sans dommage du bourbier financier, ils feront alors appel à un frère de leur mère, riche parmi les riches. Très mauvais choix: la décision les conduira plus bas encore - je vous laisse désormais voir pourquoi et comment. Brillante composition d'Ewan McGregor et Colin Farrell !

Si Woody m'a donc étonné en tricotant cette histoire, il me semble juste de dire qu'il ne renonce pas non plus à toutes ses habitudes. Certes, une fois n'est pas coutume, il a délaissé le jazz pour appuyer ses images et misé sur un compositeur et compatriote, Philip Glass. Le casting féminin, lui, reste dans la norme Allen: d'une beauté éblouissante et d'un talent affirmé. La petite nouvelle de service s'appelle Hayley Atwell, que les fans de séries ont peut-être découvert plus tard dans Les piliers de la Terre. Je retiens surtout la prestation de Sally Hawkins, personnage le plus pathétique du film, femme amoureuse en proie à la névrose de son mari, Don Quichotte combattant sans le savoir un moulin invisible. Vous trouverez peut-être mes explications quelque peu énigmatiques. Dont acte. J'espère avant tout vous donner envie de vous plonger dans ce récit vénéneux. Car c'est bien connu: bien mal acquis ne profite jamais...

Le rêve de Cassandre
Film anglo-américain de Woody Allen (2007)

Avant de s'offrir un petit tour en Espagne, le réalisateur new-yorkais était donc de passage à Londres pour trois films: Match point, Scoop et Le rêve de Cassandre. Des deux que je connais, c'est le dernier que je préfère. En attendant de retrouver la belle Scarlett Johansson dans le volet intermédiaire de cette non-trilogie, je vous invite à oser ce Woody différent des autres, tout à fait digne de l'école britannique du thriller. Il a certes quelques défauts, mais pas de quoi s'en priver.

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Est-ce que mon assertion finale fait l'unanimité ?
Non ! Elle et Lui de "L'oeil sur l'écran" sont moins emballés que moi. En revanche, on parle en bien du film sur "Le blog de Dasola". Plaisir aussi chez "Mon cinéma, jour après jour" et "Sur la route du cinéma".

jeudi 26 décembre 2013

Devoir grandir

L'esprit de Noël sur le blog ? Je vous jure que j'ai essayé de lui donner une certaine consistance. Seulement voilà, le moment venu, j'ai dû me rendre à l'évidence: j'ai très peu de films sur ce thème, fut-il traité sur un mode grinçant ou satirique. Rendez-vous ici même le 31 à midi pour un long-métrage spécial réveillon, mais aujourd'hui, on va se contenter d'une évocation de l'Amérique populaire: Summertime. C'est le tout premier film d'un dénommé Matthew Gordon. Il a obtenu le Prix du scénario au Festival du film américain de Deauville 2012.

Ne vous y trompez pas: Summertime n'a rien à voir avec le standard jazz écrit par George Gershwin - joie des titres en anglais différents des titres originaux ! Le héros du film s'appelle Robbie. Il a 14 ans. Vit seul avec une grand-mère muette et un demi-frère plus jeune. Parents disparus, même si la mère des deux garçons envoie encore une carte postale de temps en temps. Quand le film commence, il est l'heure des grandes vacances. Robbie, qui cache sa situation exacte aux profs de son école, vient d'être puni pour vol. On lui a expliqué qu'il devrait rédiger une dissertation pendant l'été pour être accepté au lycée. Comme si c'était sa priorité. Comme si ce môme perdu avait le temps de penser à autre chose qu'à sa survie. J'imagine bien que ça peut vous sembler plombant, présenté ainsi. J'ai pourtant vu dans ce récit un héritier des vieux romans américains sur les classes populaires. Le Monde citait Mark Twain. J'aurais dit John Steinbeck.

Je ne vais pas tout vous dire, juste qu'il n'y a qu'une demi-douzaine de personnages. L'intrigue rebondit une première fois après l'arrivée d'un grand frère. À vous de voir comment. Si vous avez l'occasion d'apprécier cette oeuvre de débutant, j'ose espérer que vous y serez sensibles. On peut, c'est vrai, passer à côté. Ne pas trouver d'intérêt particulier à la description très prosaïque d'une certaine misère sociale. Reste que les gamins de Summertime sont juste bluffants. William Ruffin, John Alex Nunnery ou Patrick Rutherford dans un rôle plus ingrat encore... ils débutent tous, sauf erreur, et se fondent pourtant parfaitement dans leurs rôles. Le mot qui décrirait au mieux leur prestation serait sans doute "sobriété". Sobre, j'ai en fait trouvé que tout le film l'était, à vrai dire. Le scénario tient en une heure dix. Beaucoup de choses sont dites ou montrées, pourtant, et la longueur paraît suffisante. La fin, elle, est belle, un peu triste et surprenante.

Summertime
Film américain de Matthew Gordon (2011)

On peut louer l'aspect presque artisanal de ce film, 100% indépendant parce que financé par les amis et la famille du réalisateur. Montant total des frais engagés: 300.000 dollars "à peine". Il me faudra essayer de retenir ce nom: Matthew Gordon. J'ose ici un parallèle timide avec le très beau Mud - Sur les rives du Mississippi. L'Amérique a bien autre chose à nous offrir que des blockbusters !

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Une ultime précision... à presque 17h00...

Avant cette fiction, Matthew Gordon a 15 ans de documentaires derrière lui. De quoi mieux cerner et apprécier sa façon de filmer.

Je ne suis pas le seul à aimer le film. À vérifier sur...

- "L'impossible blog ciné" (en version très courte !).
- "Sur la route du cinéma" (de façon plus explicite).
- "Le blog de Dasola" (au milieu d'autres oeuvres).

mardi 24 décembre 2013

Les enfants, sa muse

Je commencerai cette chronique en vous souhaitant à toutes et tous une très joyeuse fête de Noël. Au pied du sapin, j'ai beaucoup hésité cette année avant de choisir les oeuvres qui accompagneront la fin d'année sur Mille et une bobines. Au hasard d'une programmation télévisuelle inattendue, j'ai fini par découvrir Neverland, un joli film consacré à James M. Barrie, l'auteur écossais de Peter Pan (1911). Cette adaptation assez libre d'une histoire vraie a attiré mon regard grâce aux deux comédiens principaux: Kate Winslet et Johnny Depp.

Après visionnage, je confirme: nous tenons là un bon film de Noël. Inutile de vous répéter encore une fois que je suis un grand amateur du cinéma en costumes, pas vrai ? Sur ce plan, Neverland m'a offert une double dose de plaisir: la reconstitution de la Londres victorienne est splendide, mais le long-métrage nous propose aussi une excursion dans l'imaginaire de Barrie, qui ne manque pas d'attrait. Le Pays imaginaire ressuscité ultérieurement par les studios Disney prend ici des allures de paradis pour les petits et grands enfants. L'enfance justement, c'est le thème principal de l'intrigue qu'il nous est donné d'apprécier. On nous montre comment un auteur, créatif mais privé de succès, fait un jour la rencontre d'une famille - quatre garçons encore jeunes et leur mère, veuve depuis peu - et trouve finalement dans leur contemplation l'inspiration d'une oeuvre nouvelle. S'il est question d'amour parfois, le sentiment s'exprime beaucoup de pudeur.

Pas encore tombé dans l'auto-caricature à haute dose, Johnny Depp m'est apparu très touchant, dans ce rôle sensible. Kate Winslet l'honore d'un vis-à-vis parfait, si belle dans ses toilettes d'époque. Quant aux enfants de la distribution, ils jouent très bien leurs rôles respectifs et donnent à penser qu'ils constituent une authentique tribu fraternelle. Les cinéphiles noteront l'apparition d'un Dustin Hoffman barbu dans un petit rôle de directeur de théâtre. Bref, la distribution tient la route ! Un bémol en revanche pour le ton du film: l'idée originelle est bonne, mais il est dommage que le réalisateur ait choisi de forcer le trait sur l'aspect tragique de ce qui s'est réellement passé il y a un siècle. Très belle pourtant et primée d'un Oscar, la musique renforce cette impression désagréable que l'on cherche à nous faire pleurer. Quitte à cela, l'intrigue aurait peut-être gagné à se prolonger jusqu'à l'aube de la guerre. Une autre triste fin aux rêves d'enfant...

Neverland
Film anglo-américain de Marc Forster (2004)

De nationalité suisse, il semblerait que le réalisateur soit aujourd'hui l'un des bons "faiseurs" du cinéma anglo-saxon, sa carrière l'amenant sur des projets très variés - à voir dans mon index, un James Bond avec Daniel Craig et un film de zombies autour de Brad Pitt. Objectivement, le parcours de Johnny Depp est moins aventureux. Disons également que le film d'aujourd'hui confirme que je préfère ses "vieux" longs-métrages, comme Arizona dream par exemple. Pour Kate Winslet, revoyez Eternal sunshine of the spotless mind !

dimanche 22 décembre 2013

Question d'identité

J'étais largement passé à côté du phénomène Guillaume Gallienne. Pour commencer, je lui trouvais un air de Patrick Timsit, bizarre. Ensuite, bien que je l'aie remarqué dans plusieurs films, je ne voyais de lui que sa qualité de sociétaire de la Comédie-Française. Il m'est impossible d'expliquer pourquoi, mais je me méfiais de ce talent. Après bien des évitements, j'ai fini par me rapprocher en entendant parler de Les garçons et Guillaume, à table ! Et si je n'ai pas eu l'occasion de voir la pièce de théâtre, j'ai apprécié le film qui l'adapte.

Vous savez de quoi je parle, non ? Je crois qu'il faudrait faire preuve d'une sacrée inattention pour être parvenu à zapper ce long-métrage sorti fin novembre. À l'aube de la quarantaine, Gallienne y interprète son propre rôle, le rôle de sa vie, dira-t-on. Il joue aussi... sa mère. Les garçons et Guillaume, à table ! C'est ainsi, alors qu'il était enfant, que sa maman appelait ses trois garçons à l'heure du dîner. Absolument fasciné par cette grande bourgeoise, ledit Guillaume n'osait la reprendre et, même, se plaisait dans la peau d'une fille. Trouble identitaire qui, malgré une vraie souffrance, allait le conduire jusque sur les plus illustres planches nationales et, donc, sur l'écran géant d'innombrables cinémas. Illustration de ces années folles d'enfance compliquée, long chemin vers une prétendue normalité retrouvée, le film alterne joliment scènes dans un théâtre et images réinventées du passé révolu. Pour sa première oeuvre de réalisateur cinéma, Gallienne s'appuie sur quelque chose que, bien sûr, il connaît par coeur, mais fait montre d'une réelle maîtrise de l'outil caméra.

Chapeau ! Il est des transitions artistiques bien moins inspirées. Est-ce à dire qu'on tient là la comédie de l'année ? Je ne crois pas. Tenir les deux rôles est certes un vrai tour de force, mais il faut garder en mémoire que, sur scène, Gallienne jouait aussi l'ensemble des personnages secondaires - il n'y en avait peut-être pas autant. Soyons honnête sur ce coup-là: pour moi, le film n'est ni désopilant comme l'affirme Télérama, ni drôlissime comme le prétend Allociné. Je suis d'accord pour dire autre chose: sa grande qualité, c'est bien d'être touchant. Les garçons et Guillaume, à table ! vibre vraiment comme la vibrante déclaration d'amour d'un fils à sa mère, femme entre les femmes, qu'on quitte un jour, mais qu'on ne remplace jamais. Quand la question d'identité d'un enfant exposée ici trouve enfin une réponse, elle débouche sur une autre interrogation, cruelle et tendre à la fois. Il se sera alors passé moins d'une heure et demie pour résumer quelques années de vie. C'est assez pour se demander comment l'adulte va désormais... et vouloir le suivre encore un peu.

Les garçons et Guillaume, à table !
Film français de Guillaume Gallienne (2013)

Même si le processus comique du long-métrage s'appuie franchement sur le travestissement, il me paraîtrait très réducteur de le comparer avec d'autres films mettant en jeu l'ambivalence sexuelle. J'admets simplement que Certains l'aiment chaud m'amuse beaucoup plus. Précisons également qu'on est en tout cas bien loin de l'ambiance débridée - et théâtrale ! - de La cage aux folles. À vous d'en juger...

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Pour vous aider à vous faire une idée sur la chose...
Vous pouvez aussi aller jeter un oeil sur d'autres blogs amis. Exemples: "Sur la route du cinéma" et "Liv/raison de films" donnent tous deux un avis positif, quand "Le blog de Dasola" est plus nuancé.

vendredi 20 décembre 2013

Au-delà du mystère

Au temps des origines du cinéma, elle a su inspirer les frères Lumière et Georges Méliès. Figure pivot de l'histoire de France, symbole national flatté et parfois sali, enfant extraordinaire d'un 15ème siècle désormais oublié, Jeanne d'Arc demeure la muse du 7ème art. J'avais une vraie curiosité à découvrir la vision sur grand écran du cinéaste français Philippe Ramos. Son film, Jeanne captive, avait été présenté à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2011. Sans grand retentissement et a priori sans grand succès par la suite.

Comme son titre l'indique, Jeanne captive s'intéresse à une période particulière de la vie de la Pucelle. Quand le film commence, elle est aux mains de Jean de Luxembourg, un notable bourguignon, proche des Anglais. Ce dernier s'apprête à la livrer aux armées hostiles au roi de France, moyennant le versement d'une prime de 10.000 livres. Épisode historique avéré: Jeanne saute d'une des tours du château proche de Compiègne où elle est retenue prisonnière et se blesse sérieusement. Avant de la vendre, il faut donc la remettre sur pied. C'est ce que raconte d'abord le long-métrage. Celle qui déclarait entendre des voix se mure alors dans le silence. Loin des exploits militaires dont la future sainte serait l'initiatrice, la caméra s'empare de son quotidien de détenue. Elle est la seule femme de cette histoire presque muette. Et il faut toute l'empathie d'un médecin ordinaire pour la comprendre encore dans ce tout dernier chapitre de sa vie...

Dans le difficile rôle de l'héroïne, Clémence Poésy peut être contente de sa prestation. Elle compose habilement un personnage de femme solitaire, comme égarée dans une certaine forme de mysticisme. J'aime cette idée que, un peu à l'image du Christ sur la croix, Jeanne puisse se sentir abandonnée par cette même force qui motivait jusqu'alors toutes ses actions. De femme de guerre, elle en redevient femme ordinaire, victime ordinaire d'un âge barbare, bien incapable désormais de sauver sa vie. Si Jeanne captive manque de moyens techniques et demeure un film imparfait, il s'avère assez intéressant pour ce qu'il montre de la relation de cette femme aux autres. Médecin, soldat, bourreau ou bien prédicateur: ceux qui vont croiser son ultime chemin s'en trouveront changés. Ensuite, au bord du fleuve où les cendres d'une jeune Lorraine auront été jetées, la vie pourra reprendre son cours ordinaire. Sans qu'il soit trop tard pour l'aimer...

Jeanne captive
Film français de Philippe Ramos (2011)

Cette Jeanne d'Arc est bien éloignée de celle de Luc Besson, apparue sur les écrans douze ans plus tôt. Je l'imagine également différente de celle de Robert Bresson, découverte en 1994. Je ne vous parle même pas des autres, chez Dreyer, Fleming ou Rossellini. J’espérais ressentir un peu plus d'émotion devant ce film, pour tout vous dire. Notez-le: j'ai quand même vu de belles choses. Au-delà du mystère...

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Le film n'a apparemment pas connu un succès remarquable...

Chez mes voisins, seule Pascale l'a vu ("Sur la route du cinéma").

mercredi 18 décembre 2013

Quand Disney s'active...

Un peu de patience, chers lecteurs: ma prochaine chronique de film arrive après-demain. En ce jour des sorties en salles, je souhaitais d'abord revenir sur une actualité cinéma relative au studio Disney. Une double actualité, même, qui, je l'espère, devrait vous intéresser.

À la toute fin de l'année dernière, déjà, j'avais évoqué ici la vente intégrale de la galaxie Lucas à la compagnie du défunt Walt. L'information n'a pas fait que des heureux et a donné des sueurs froides aux fans de la saga Star Wars, inquiets d'une cohabitation forcée entre Mickey et leurs propres héros, Luke Skywalker, Han Solo et consorts. On en sait plus, désormais: l'épisode 7 de la franchise sortira dans deux ans très exactement, le 18 décembre 2015. L'avez-vous reconnu ? C'est à J.J. Abrams que la production a confié la réalisation de ce nouvel opus. Un choix qui ne fait pas l'unanimité non plus, l'intéressé ayant bossé sur la série antagoniste, Star Trek. Personnellement, je lui accorde le bénéfice du doute. J'attends d'avoir quelques éléments sur le scénario pour me faire une première idée...

Et en attendant, justement, je note non sans un certain amusement que Disney a d'autres souris à fouetter. La firme doit en effet gérer un imprévu étonnant: un groupe de cinéastes amateurs s'est introduit sur ses deux sites américains pour y tourner... un film d'horreur ! "Nous entrions dans le parc avec sensiblement le même matériel qu'utilisent les gens pour leurs vidéos de vacances", expliquait crânement le réalisateur Randy Moore sur Arte il y a quelques jours. Quand j'ai entendu parler d'Escape from tomorrow à la télé, le groupe restait sans réaction, le film étant déjà diffusé dans quelques salles. J'ignore s'il parviendra jusqu'en France, mais ça parait envisageable. Il est déjà mentionné dans la grande encyclopédie Disney disponible sur Internet, présenté comme oeuvre "surréaliste et indépendante".