lundi 15 février 2016

Un rêve, des crimes

Sachez-le d'entrée de jeu: je pense que toute cette semaine, le blog sera consacré au cinéma de Paul Vecchiali. Vous comprendrez mieux vendredi, mais, d'ici là, j'ai deux films à vous présenter. Le premier s'appelle L'étrangleur et débute pendant la seconde guerre mondiale. Un enfant fugueur s'enfonce dans la nuit et est témoin d'un meurtre...

Une vingtaine d'années passe et, au même endroit, plusieurs femmes sont assassinées, par strangulation. Sur les lieux des crimes, la police retrouve systématiquement une écharpe blanche, tricotée au crochet. L'un des enquêteurs, Simon Dancrey, cherche alors à se faire passer pour un journaliste et, à la télévision, lance un appel au tueur. Parallèlement, on découvre que ce dernier s'appelle Émile et qu'il est peut-être bien l'enfant vu avant le générique. Anna, une jeune femme célibataire, s'est également mise sur sa piste, sans raison évidente. Hitchcockien et onirique à la fois, L'étrangleur est un drôle de film dans le Paris des années 70. Quelques faux semblants et images trompeuses égarent le spectateur, témoin de la plupart des meurtres et de leurs suites - l'acte lui-même restant toujours hors-champ. Derrière la façade d'un polar ordinaire se cache ici une chronique rêveuse d'une ville la nuit, où la réalité n'est pas toujours perceptible.

Pour interpréter les personnages principaux, j'ai été ravi de pouvoir m'appuyer sur deux visages connus: ceux des très bons Jacques Perrin et Julien Guiomar (ils avaient 29 et 42 ans). Les motivations du flic et du voyou restent longtemps mystérieuses et, en s'éclairant, peuvent paraître concordantes: le chasseur semble avoir une forme d'estime pour sa proie, tandis que cette dernière s'est persuadée qu'elle faisait preuve d'empathie en ne tuant que des femmes seules et tristes. Le casting féminin ne m'a pas permis de retrouver d'anciennes connaissances, mais j'ai découvert avec joie un aréopage d'actrices talentueuses, dont Éva Simonet, la soeur de Jacques Perrin. Même s'il y a un fin mot de l'histoire, L'étrangleur est un film étrange et assez fascinant, dont on sort avec des questions, même si on y est entré facilement. J'ai aimé sa "bizarrerie", renforcée par la musique de Roland Vincent, digne d'un manège détraqué. Mon bilan est positif.

L'étrangleur
Film français de Paul Vecchiali (1972)

Ami de Truffaut, Demy et Eustache, le réalisateur m'a ici rappelé l'ambiance imprécise d'un vieux Chabrol: Les fantômes du chapelier. Notons tout de même qu'il était là dix ans avant lui ! Il est surprenant de constater que, d'un pitch de film noir, son curieux long-métrage s'ouvre aussi à une forme d'humour et - effet miroir - à la mélancolie. C'est cette complexité qui, selon toute probabilité, a su m'intéresser.

samedi 13 février 2016

Au premier regard

De Patricia Highsmith, je connaissais jusqu'alors les romans policiers. Carol m'a invité à aller un peu plus loin: ce beau film adapte un livre sorti en 1952, Le prix du sel, deuxième oeuvre de l'auteure et signée sous un pseudonyme (Claire Morgan). L'histoire de la rencontre amoureuse de deux femmes, dans le New York d'un hiver des fifties...

Noël approche quand soudain, Therese Belivet, vendeuse de jouets dans un grand magasin, "découvre" Carole Aird, femme du monde venue acheter une poupée pour sa fille - et qui repartira finalement avec un train électrique. Très justes, les premières images de Carol ne parlent pas d'un coup de foudre: elles font état d'une fascination. Est-ce parce que ces deux femmes n'auraient jamais dû se rencontrer qu'elles vivront quelque chose d'aussi intense ? Le récit le suggère. Bien au-delà, il dit aussi ce qu'il faut de courage pour être à l'écoute de ses sentiments quand on est déjà engagé et quand la morale publique les réprouve. Patricia Highsmith elle-même avait, dit-on, connu un amour lesbien. S'est-elle inspirée de son vécu ? Peut-être. En tout cas, rien ne m'aura heurté dans la manière d'aborder le sujet. 

J'ai cru comprendre toutefois que Todd Haynes, le réalisateur, s'était permis de prendre quelques petites libertés avec le texte originel. Homosexuel lui aussi, il a en réalité composé un film d'une beauté incroyable: outre la reconstitution d'époque, il est quasi-impossible d'oublier la photo parmi les aspects les plus réussis du long-métrage. D'aucuns jugeront d'ailleurs que tout est trop beau et que la passion censée s'emparer des deux héroïnes étouffe un peu sous ces images presque parfaites. Fort heureusement, les comédiennes, elles, livrent une prestation mémorable. De Cate Blanchett, j'attendais assurément une performance de ce niveau: l'Australienne est toujours impeccable pour dissimuler de la fragilité derrière son port altier. Ma révélation s'appelle Rooney Mara: la façon dont elle interprète Therese mérite sans aucun doute le Prix d'interprétation que Cannes lui a décerné l'année dernière. Malgré le titre, l'âme vibrante de Carol, c'est elle. Quelque chose me dit que, surtout à la fin du film, la détermination et la force de caractère qu'elle exprime pourraient bien vous étonner.

Carol
Film américain de Todd Haynes (2015)

Venir à bout des tabous: cela pourrait bien être l'une des raisons d'être de ce type de longs-métrages. Pour autant, je n'ai pas ressenti de volonté militante dans ce que le réalisateur a choisi d'exposer. Sans cacher la crudité et/ou la violence des situations, Todd Haynes signe une oeuvre digne et respectueuse de ses personnages, hommes compris. Un peu comme le faisait Le secret de Brokeback Mountain.

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D'autres regards sur le film ?

Vous en trouverez chez Pascale, Dasola, Tina, Strum et Alain Souché.

jeudi 11 février 2016

Coeurs et blessures

Le deuil rend-il con ? Ma question peut surprendre, mais elle se pose au début d'Et ta soeur, le nouveau long-métrage de Marion Vernoux. Pierrick a perdu son frère et, un soir où il a trop picolé, il dresse l'inventaire des défauts du défunt. Sa meilleure amie lui intime l'ordre de prendre sa vie en mains et... du recul dans la maison de son père.

En obéissant à Tessa, Pierrick rencontre donc Marie, sa demie-soeur. Elle aussi a forcé sur la boisson, pour essayer d'oublier une histoire d'amour homosexuelle et mal terminée. Mais alors que le garçon finit par cohabiter avec les deux filles, je vais vous laisser découvrir seuls les interactions du trio et ce qui les attend dans cette bicoque posée au milieu de l'océan (sur Ouessant, semble-t-il). Sans être le scénario du siècle, Et ta soeur fait entendre sa petite musique, contemporaine et plutôt agréable. Elle parle de la vie qui est la nôtre et de celle que, parfois, on préférerait avoir. Le tout est drôle, mais pas seulement. L'intime n'est pas tout à fait absent du portrait des trois trentenaires.

Il faut dire que le trio d'acteurs joue bien le coup. J'ai pu découvrir pour l'occasion le dénommé Grégoire Ludig, un comique d'abord passé par la case Internet et les blagues du Palmashow. Je l'ai trouvé juste à sa place dans le rôle du nounours mal léché, mais qui révèle finalement un coeur tendre insoupçonné. Les personnages féminins sont bons, eux aussi, les jolies Géraldine Nakache et Virginie Efira démontrant leur savoir-faire sans fausse note. Je dirais cependant que la brune n'a pas encore prouvé sa capacité à incarner autre chose que la mignonne de service, tandis que la blonde - un peu plus âgée - acquiert, doucement mais sûrement, une certaine maturité de jeu. Bilan personnel: Et ta soeur n'est pas un chef d'oeuvre, mais j'ai pris du plaisir à le regarder. Et pourtant, je n'avais pas anticipé sa sortie !

Et ta soeur
Film français de Marion Vernoux (2016)

Un garçon, deux filles, combien de possibilités ? À vous de voir. Présentée ainsi, l'histoire paraîtrait salace, mais il n'en est rien. Sincèrement, le film dont j'ai parlé aujourd'hui est tendre, avant tout. Libre à vous de préférer les triangles amoureux vus dans Jules et Jim ou Les valseuses, mais le cinéma, ça n'est pas que des classiques ! Maintenant, si vous préférez le drame, il y a toujours Trois coeurs...

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Une anecdote insolite...

Il existe de très nombreux remakes américains de films européens. Dans le sens inverse, Et ta soeur est en fait une adaptation française de Ma meilleure amie, ma soeur et moi  (Lynn Shelton - juin 2012).

Peu d'autres avis sur le film, on dirait...

J'en ai quand même trouvé un petit, assez frais, chez Alain Souché.

mercredi 10 février 2016

L'héritière

Avez-vous entendu parler de l'affaire du Palais de la Méditerranée ? De mon point de vue, c'est l'un des plus intéressants dossiers judiciaires français. Ouvert dès l'automne 1977, il n'était pas clos quand André Téchiné en a tiré un film: L'homme qu'on aimait trop. Nombreux sont ceux qui se sont passionnés pour cette folle histoire...

Je ne veux pas trop en révéler à celles et ceux qui en ignorent encore les contours - le tout est très facile à trouver sur Internet. J'indiquerai simplement qu'au départ, ces événements historiques ont concerné trois protagonistes: Renée Le Roux, la propriétaire d'un grand casino niçois, sa fille, Agnès, et son avocat, Me Maurice Agnelet. L'histoire repose d'abord sur un conflit mère-fille. Renée s'efforce de maintenir son établissement de jeu à flot, alors même qu'il suscite la convoitise d'un concurrent. Agnès, elle, voudrait toucher au plus vite la part d'héritage qui lui revient après la mort de son père et échapper alors à une vie déjà toute tracée. Entre les deux femmes, il y a donc également un homme, un juriste, qui commencera par veiller de près aux intérêts de la première, avant de devenir l'amant de la seconde. L'homme qu'on aimait trop est en somme le récit d'une trahison. C'est en réalité plus que cela, mais je vous laisse le découvrir seuls...

Moi qui connais bien le dossier, j'ai voulu voir le film pour une raison essentielle: la présence d'Adèle Haenel dans le rôle d'Agnès Le Roux. Une fois de plus, j'ai trouvé la comédienne tout à fait impeccable. Catherine Deneuve, elle, fait le job, quand Guillaume Canet s'en sort correctement pour camper le personnage le plus ambigu qui soit. Maintenant, ce que j'ai trouvé dommage avec L'homme qu'on aimait trop, c'est que le scénario ne s'écarte guère d'une ligne droite destinée à nous exposer les tenants et aboutissants d'une affaire pourtant déjà largement médiatisée. Il me semble qu'il y avait là matière à aller plus loin, notamment dans l'exploration de la relation toxique entre une jeune femme et le conseiller de sa mère. Je n'ai vu qu'au moment du générique final que les dialogues du film avaient été coécrits par Jean-Charles Le Roux, le fils de Renée et le frère cadet d'Agnès. Pas de quoi crier à la manipulation, mais je ne pense pas que ce soit tout à fait anodin, malgré tout. On peut regretter une fin en flashforward, assez convenue. Il aurait mieux valu couper plus tôt.

L'homme qu'on aimait trop
Film français d'André Téchiné (2014)

Avec ce cinéaste comme avec d'autres, j'aurais sûrement mieux fait d'éviter de commencer... par la fin. Nul doute que je trouverai d'autres occasions d'apprécier ce grand nom du cinéma français ! Cette fois, le film que je décrypte ne m'a pas paru décoller plus haut qu'un Possessions. Honnêtement, il est possible toutefois que tout ça vous "embarque" si vous ne connaissiez rien de l'histoire auparavant.

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Le titre du film vous étonne ?
Il reprend et détourne le titre d'un livre de Michel Henry, journaliste de Libération: Agnelet, l'homme que l'on aimait pas, sorti en 2008. Autour d'un énième rebondissement de l'affaire, un autre ouvrage vient de sortir, signé Pascale Robert-Diard (Le Monde): La déposition.

D'autres blogs font état du dossier...
J'appelle désormais à la barre les dames Pascale, Dasola et Sentinelle.

mardi 9 février 2016

Walt avant Harry

L'ami Clint Eastwood n'a pas quarante ans quand il rencontre et tourne pour la première fois sous la direction de son mentor, Don Siegel. Définitivement revenu d'Europe, il a conservé le Stetson qui l'a rendu célèbre pour s'offrir alors la tête d'affiche d'Un shérif à New York. L'occasion d'incarner un flic aux méthodes quelque peu particulières...

Au début du film, Walt Coogan traque un fugitif dans un désert d'Arizona. Un peu plus tard, son chef l'expédie dans la Grosse Pomme pour ramener un bad boy arrêté par la police locale et qui a également des comptes à rendre à l'autre bout du pays. Le brave justicier solitaire tombe alors, évidemment, sur des collègues très pointilleux quant au respect des règles d'extradition. Un shérif à New York joue beaucoup sur cette opposition classique entre partisans obsessionnels de l'ordre établi et franc-tireur bien déterminé à accomplir sa mission au plus vite. Clintounet est un habitué du genre - il l'a peut-être créé ! Si ça vous fatigue rien que de l'imaginer, autant passer votre chemin.

Pour ma part, j'éprouve encore du plaisir à suivre les pérégrinations de ce personnage taiseux, d'autant qu'ici, il lui arrive d'en baver. Même si les situations et dialogues sont un peu datés, j'ai trouvé amusante la place que le film accordait aux personnages féminins. Voir la psychologue de la police résister au bellâtre et constater ensuite combien l'intéressé peut se laisser embobiner par la girlfriend du méchant, ainsi que sa maman, c'était ma foi assez savoureux. Objectivement, ça ne vole pas toujours très haut, mais il y a aussi quelques belles scènes d'action pour relever la sauce - avec, en points d'orgue, une bagarre dans une salle de billard et une course-poursuite à moto. Un shérif à New York tient ses promesses, ni plus, ni moins. Cela aura suffi pour répondre à mes modestes attentes à son endroit.

Un shérif à New York
Film américain de Don Siegel (1968)

Je suppose que cette première collaboration Eastwood / Siegel reste moins connue que celle sortie trois ans plus tard: L'inspecteur Harry. Avant de revoir cet autre classique du polar à gros bras, je suis ravi d'avoir eu l'opportunité de découvrir un film encore inédit pour moi. Info-bonus: il inspira une série, sortie en France sous le même nom. NBC diffusa au total 46 épisodes, entre septembre 1970 et avril 1977.

lundi 8 février 2016

Des comptes à régler

D'abord, une petite leçon de japonais: les Nippons appellent chambara un genre artistique, de cinéma comme de théâtre, qui met en scène des combats au sabre. Le terme viendrait d'une onomatopée, censée reproduire le doux son de la chair tranchée par la lame. S'il vous reste assez de cran pour lire, j'aimerais vous présenter Lady Snowblood...

Au commencement était un manga: l'histoire d'une femme assoiffée de vengeance. Au début de l'ère Meiji, soit à peu près en l'année 1870 de notre calendrier chrétien, Sayo voit son mari et son fils assassinés sous ses yeux. Elle est ensuite violée. Quand elle retrouve finalement l'un des agresseurs, elle le tue, ce qui lui vaut d'être jetée en prison. C'est entre les barreaux qu'elle accouche d'une fille, Yuki, qui prendra sa relève pour éliminer - à l'arme blanche, bien sûr - les bourreaux rescapés. Vous l'aurez compris, bien sûr: Lady Snowblood, c'est elle. Âmes sensibles, s'abstenir: dans le neige du décor, elle n'hésitera pas une seconde à faire couler le sang. Dites, ça vous rappelle quelqu'un ?

Avant de répondre sur ce point, je crois utile de dire que je n'ai pas lu le manga. De ce fait, je ne peux donner mon avis que sur le film. Mouais... sorti il y a plus de quarante ans, il a plutôt mal vieilli. Disons en tout cas qu'en dehors de quelques scènes, en bord de mer notamment, son esthétique paraît franchement "toc", désormais. L'habitude prise de faire jaillir des geysers d'hémoglobine en combat singulier n'arrange rien. Cela dit, j'accepte l'idée que cela corresponde aux attentes du public japonais de l'époque. Que Lady Snowblood puisse être jugé comme un film-culte ne me choque absolument pas. Certains critiques soulignent que le long-métrage fait des parallèles évidents avec une réalité historique du Japon et des mouvements contestataires des années 60. Je note qu'il a connu une suite. Personnellement, je n'ai pas vraiment accroché, mais il est possible que vous y parveniez. Sauf si ce petit laïus vous a déjà découragés...

Lady Snowblood
Film japonais de Toshiya Fujita (1973)

Bon, alors ? Ça vous rappelle quelqu'un ou pas ? Je pose la question parce que ça devrait pouvoir faire tilt rapidement, pour peu toutefois que vous soyez un tantinet attentifs ! Bon... c'est Quentin Tarantino qu'il fallait répondre. L'Américain s'est inspiré de ce long-métrage nippon pour créer Beatrix Kiddo, l'héroïne vengeresse de Kill Bill. Demain, on passe à autre chose: j'ai encore une légende en attente...

samedi 6 février 2016

Aux armes, etc...

Personne d'autre que moi n'a décidé que j'irai voir Les 8 salopards malgré le scepticisme qui est le mien devant chaque nouveau projet de Quentin Tarantino. L'écran géant de la salle de cinéma a favorisé mon immersion dans ce second western consécutif de notre bon ami. Bref, d'un certain point de vue, je me suis sincèrement pris au jeu...

Pour résumer un film qui dure presque trois heures, il convient probablement d'être peu bavard. Ici, il est question d'une diligence lancée à toute vitesse sur une piste que le blizzard recouvrira bientôt. À bord, un dénommé John Ruth convoie une prisonnière, que la loi condamne à être pendue dans le prochain village: Daisy Domergue. Sitôt passé le générique, le pseudo-couple embarque un ex-soldat devenu chasseur de primes et, un peu plus loin, un prétendu shérif. Alors que la neige redouble d'intensité, l'attelage s'arrête finalement en chemin et, dans une mercerie désertée par ses propriétaires, attend que le temps s'améliore en compagnie d'autres desperados arrivés plus tôt dans la journée. Je me suis surpris à recompter plusieurs fois pour être sûr que Les 8 salopards était bien un titre justifié. J'ai eu tout mon temps, car QT, c'est certain, prend le sien. Une manière de faire monter la tension qu'il n'a certes pas inventée...

Dès lors, le monde se divise en deux catégories: ceux qui sont dingues de ce style particulier et ceux qui trouvent que ça commence à bien faire. Moi, désolé pour les fans, je prends le deuxième wagon. Pour être équitable, je reconnais bien volontiers à Quentin Tarantino ses talents d'écriture et de mise en scène: situations et répliques claquent comme des coups de fouet et, avant le feu des armes attendu comme un exutoire, les joutes verbales ont belle allure. L'ennui, tu vois, c'est que je ne marche pas tout à fait. Il reste toujours une réticence au fond de moi qui dit que tout ça est gratuit. Que le plaisir pris par le réalisateur n'est pas toujours un plaisir partagé. Je ne dis pas que Les 8 salopards est un mauvais film ! L'esbroufe qu'il déploie a un côté séduisant auquel je suis sensible. Simplement, au bout du compte, j'y vois du déjà-vu et je ressors assez frustré de cette poignée de dollars lâchée pour pareil résultat...

Les 8 salopards
Film américain de Quentin Tarantino (2015)

Je suppose qu'après tout ça, vous vous attendiez à une note inférieure. Malgré son titre français très plan-plan, le long-métrage est sans doute celui que j'ai le plus apprécié parmi les QT récents. Maintenant, je reste loin du plaisir pris devant un bon Sergio Leone (Il était une fois dans l'Ouest ou Le bon, la brute et le truand). Vous voulez de la neige ? D'accord: je recommande Le grand silence !

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Bon, un peu d'ouverture d'esprit, maintenant...

Je ne détiens pas la vérité absolue: c'est pourquoi, pour vous forger une opinion plus juste du film, je vous conseille de lire d'autres avis. Vous en dénicherez chez Pascale, Tina, 2flics, Princécranoir et Alain. Enfin, arrivé après les autres, mais avant le mien: le billet de Dasola. 

jeudi 4 février 2016

Le monde extérieur

Après avoir vu une trentaine de films avec elle, je me considère encore comme un très jeune adhérent de mon association cinéma. L'organisation traverse sa 14ème saison et, il y a quelques semaines seulement, a projeté son premier film australien: Bad boy Bubby. Sorti en 1993, il vient d'être réédité en version numérique restaurée.

L'affiche actuelle souligne que Quentin Tarantino adore le film. Objectivement, il n'est pas le seul: je vous parle d'un long-métrage lauréat du Prix spécial du jury de la Mostra de Venise, tout de même ! Un aveu: je n'en avais jamais entendu parler avant notre soirée associative. Un mot sur le pitch ? Bubby est un trentenaire qui vit seul avec sa mère et son chat dans une pièce unique, complètement coupé du monde extérieur. Sa "génitrice" file parfois faire quelques courses et lui soutient mordicus qu'il ne peut s'aventurer dehors, sous peine d'être immédiatement asphyxié par un gaz mortel. Ouille ! L'élément perturbateur nécessaire à tout scénario vient alors de l'irruption soudaine du père de Bubby, un pseudo-prêtre violent et alcoolique. L'opportunité se présente pour l'innocent de sortir enfin... et je dois m'arrêter là pour éviter de vous dévoiler trop de ce qui arrive ensuite. Accrochez vos ceintures: Bad boy Bubby est un vrai OVNI de cinéma.

La première chose qui saute aux yeux, c'est la prestation incroyable des acteurs et bien sûr, avant tout, le jeu halluciné de Nicholas Hope dans le rôle-titre. J'aime autant vous prévenir: ça secoue fort ! Ensuite, techniquement parlant, le film est une vraie prouesse. L'idée était de renforcer son côté expérimental: c'est pourquoi le réalisateur fit le choix incroyable de se laisser guider par... 32 directeurs photo différents - un pour chaque lieu découvert par Bubby. De manière incroyable, ça fonctionne: l'image ne "saute" pas d'un style à l'autre. Autant le dire: le long-métrage conserve une belle unité graphique. Par ailleurs, un gros travail a été réalisé autour du son, capté notamment par des micros dissimulés... dans les oreilles du héros. Sur le plan sensoriel, Bad boy Bubby est donc une oeuvre "à part" dans l'histoire du cinéma d'auteur, et ce toutes latitudes confondues. Mais, surprise: sa totale folie nous embarque vers une fin lumineuse.

Bad boy Bubby
Film australien de Rolf de Heer (1993)

Dès 1932, Tod Browning nous expliquait que les Freaks, c'est chic. Maintenant, s'il me fallait comparer le film avec d'autres présentés sur ce blog, je citerais Canine pour la noirceur du début et Bernie pour le côté complètement barré. Je veux encore insister pour dire qu'il n'y a rien ici d'irrémédiablement obscur et déprimant. Je pense même que, derrière toutes sortes d'horreurs, Bubby cache un trésor...

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Si, avant de vous risquer, vous voulez un autre avis...

Vous pourrez constater que celui de Pascale est plus que positif. J'espère vraiment que d'autres de mes blog-amis pourront voir le film.

mercredi 3 février 2016

Au bord du vide

Je ne sais plus très bien dans quel média j'avais lu de bonnes choses sur Oslo, 31 août, mais il me semble que le film avait eu les faveurs de la critique. Je sais cependant qu'il adapte Le feu follet, un roman de l'écrivain Pierre Drieu La Rochelle, paru en 1931. Une adaptation libre, puisque donc resituée dans la capitale norvégienne, aujourd'hui.

Le film s'ouvre presque sur la tentative de suicide de son personnage principal. Une fois sorti du lac où il avait pensé se noyer, Anders rejoint l'établissement qui l'accueille... en cure de désintoxication. Estimant qu'il va mieux, un thérapeute l'autorise à sortir pour passer un entretien d'embauche pour un poste dans une maison d'édition. Chemin faisant, le jeune homme semble un peu perdu, mais essaye de renouer avec des proches: un ami, son ex-compagne ou sa soeur. L'accueil qui lui est réservé est au mieux d'une chaleur toute relative. C'est entendu: voici le premier grand drame de mon millésime 2016 ! Le personnage qu'il décrit peut être intéressant parce qu'il ne suscite que peu d'empathie. Ce grand garçon (malade ?) n'est pas un héros malheureux: Oslo, 31 août présente plutôt un type en marge de tout.

Personnellement, malgré une interprétation sans faille de l'acteur norvégien Anders Danielsenn Lie, j'ai fini par m'enquiquiner ou plutôt par trouver le scénario un peu trop nihiliste à mon goût. Je conçois toutefois qu'on puisse trouver de l'intérêt à suivre cette déambulation urbaine réduite à une seule journée, d'autant que de belles idées techniques parcourent le métrage - je pense notamment à un moment de répit dans un bistro, où, quand le "héros" surprend les discussions de ses voisins de table, quelques plans dévoilent chacune de ces vies. Voilà... à part ça, Oslo, 31 août m'a paru exagérément lugubre. N'ayant pas lu le livre originel, je ne peux même pas vous donner d'avis sur la qualité de l'adaptation - j'en suis tout à fait désolé. J'avoue ne pas vouloir déjà retrouver une histoire aussi plombante...

Oslo, 31 août
Film norvégien de Joachim Trier (2011)

Cela surprend, généralement, mais je dis souvent que je préfère presque les drames aux comédies (au cinéma, s'entend). Je crois toutefois que j'ai deux limites: le pathos sirupeux et le noir absolu. S'il me fallait classer en couleurs le long-métrage du jour, je le dirais d'une teinte de gris très foncée. Dans le genre, même un Two lovers m'est apparu un peu plus ouvert. Reste toutefois la qualité formelle...

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Un autre constat s'impose...

Le film s'est taillé une assez bonne réputation sur ma blogosphère familière. Vous pouvez vérifier chez Pascale, Dasola, Elle et Lui, David et Princécranoir. Je n'y ai presque lu que des avis très positifs !

mardi 2 février 2016

Vol sur rails

C'est quand même drôle, la ciné-addiction. On peut avoir une forme d'admiration pour un artiste donné et se rendre compte tardivement qu'on ne connaît que très peu sa carrière. J'ai par exemple pris conscience que c'était mon cas au sujet de Sean Connery. James Bond et quelques (autres) rôles iconiques ne sauraient suffire à le définir...

Dernièrement, pour rattraper un peu de mon retard sur la filmo XXL du plus célèbre des acteurs écossais, j'ai regardé La grande attaque du train d'or. Je me suis bien amusé - et tant mieux: c'était le but ! Avec le Canadien Donald Sutherland pour complice, ce très cher Sean endosse un costume du 19ème siècle et nous embarque illico presto vers le braquage d'un convoi ferroviaire chargé d'un stock de lingots. Les adeptes de scénarios à tiroirs-surprises ou bien d'oeuvres ancrées dans le réalisme passeront leur chemin: tout ce qui est montré ici tient du pur divertissement. Même en la matière, on a sans doute fait mieux, d'ailleurs... mais pourquoi donc faudrait-il bouder son plaisir ?

Évidemment, en ayant noté que le film date de 1979, on devinera aisément que le charme qu'il dégage est quelque peu suranné. L'important, je crois, c'est de ne pas s'en offusquer: on prend plaisir au spectacle si on garde une âme d'enfant et si on oublie un instant que d'autres films bien plus spectaculaires sont tournés aujourd'hui. Ensuite, l'aspect farceur de Sean Connery fait le reste: je crois pouvoir présenter le tout comme une aventure de Sherlock Holmes inversée, où un filou se joue des détectives et des braves gens. Aucune place ici pour la complexité d'un personnage: on se divertira éventuellement de ses exploits, point à la ligne. Simple... et efficace.

La grande attaque du train d'or
Film britannique de Michael Crichton (1979)

Le nom du réalisateur vous dit quelque chose ? Ce n'est pas étonnant. Michael Crichton était aussi écrivain et plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma - Jurassic Park et Soleil levant, par exemple. L'Américain avait prouvé ici sa capacité à se fondre dans un décor britannique, réutilisé dans Élémentaire, mon cher... Lock Holmes. Cela étant dit, mon Sean préféré reste L'homme qui voulut être roi.

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Comme très souvent pour ce genre de vieux films...

Vous pouvez également miser sur une chronique de Princécranoir.