jeudi 17 mai 2012

Un petit bout de chemin

Une chronique de Martin

On retourne en Belgique, d'accord ? J'avoue regretter qu'un nombre relativement restreint de films traverse la frontière et que le public français soit ainsi privé des productions venues du plat pays. L'étude sérieuse sur la vitalité des cinémas wallon et flamand reste à faire. Disons alors que, parmi cette filmographie, j'ai bien aimé Torpédo.

Film récent, sorti il y a deux mois environ, il m'a tout d'abord attiré parce que j'y ai vu François Damiens. L'humoriste hardcore se mue en mec un peu paumé et il fait ça très bien. Confirmation d'un talent rare et que nous pouvons envier ou, ce serait mieux encore, soutenir.

Dans Torpédo, François Damiens est Michel Ressac. On le découvre au saut du lit, réveillé par le téléphone. Au bout du fil, un inconnu, vendeur de canapés, lui assure qu'il a gagné un dîner en tête à tête avec Eddy Merckx. Il se trouve justement que le père de Michel idolâtre le champion cycliste. L'emmener à la maison serait dès lors pour les deux hommes l'occasion idéale de se rabibocher - on saura plus tard le motif de la bouderie. Seul petit problème: pour "retirer son lot", Michel doit venir au magasin en famille, donc se réconcilier avec son ex et convaincre un jeune du quartier de l'accompagner...

Vous imaginez bien que les choses ne seront pas aussi simples. Contraint et forcé, le "joyeux" trio devra affronter l'imprévu, kidnapper un chef de rayon récalcitrant et prendre aussitôt la route pour une pérégrination jusqu'à... Brest ! Torpédo ? C'est la marque du vélo sur lequel sera juché le gamin de la troupe, pour une raison que je vous laisse découvrir. Même si, un petit mois après la sortie du film, nous n'étions que trois (!) dans la salle de cinéma, le voyage m'a été agréable. François Damiens est parfait. Amoureuse déçue mais fidèle à sa façon, Audrey Dana joue de belle manière ce rôle tendre. Impossible d'oublier le jeune Cédric Constantin, d'un naturel prometteur. Il est l'étincelle de vie de ce petit film et, à son image d'ailleurs, à la fois drôle et touchant. Que j'aime ce genre d'histoires !

Torpédo
Film franco-belge de Matthieu Donck (2012)

Après Le gamin au vélo, la Belgique nous présente un nouvel enfant sur deux roues. J'ignore toutefois si ce clin d'oeil aux frères Dardenne est volontaire. Matthieu Donck est en fait un nouveau venu: il signe ici son premier long-métrage, après deux courts seulement. Bravo ! Je n'ai pas été surpris d'apprendre que le cinéaste avait pu travailler avec Benoît Mariage, d'ailleurs crédité au générique. Le hasard a voulu que je les découvre presque simultanément: son Michel à lui m'a fait penser à celui de Les convoyeurs attendent. La parenté entre François Damiens et Benoît Poelvoorde me paraît évidente.

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De la lecture ailleurs...
Le blog "Sur la route du cinéma" parle lui aussi du film. En bien.

mercredi 16 mai 2012

Cannes à l'ouverture

Une chronique de Martin

La chasse à la Palme d'or est ouverte ! C'est en effet aujourd'hui mercredi que démarre la 65ème édition du Festival de Cannes. J'évite les pronostics: ils seraient hasardeux, sachant que j'ignorais tout de la sélection officielle quand j'ai préparé cette chronique. Laissons la Croisette s'emballer pour le suspense de la compétition...

Que vous dire en attendant de savoir ? Peut-être est-ce utile d'abord de rappeler que Thierry Frémaux et Gilles Jacob, le délégué général et le président du Festival, ont choisi de faire appel au réalisateur italien Nanni Moretti comme président du jury. Lui-même couronné de la Palme il y a onze ans, le cinéaste est, il me semble, connu comme un homme engagé à gauche. De là à dire qu'on retrouvera trace de cette sensibilité dans le futur palmarès, il y a un pas important que je ne franchirai pas. Ce dont je suis sûr, en revanche, c'est que les festivaliers ont de la chance: en ouverture, ils vont découvrir aujourd'hui le nouveau film de Wes Anderson, sous le titre Moonrise kingdom. La bande-annonce m'a fait de l'oeil il y a déjà quelques semaines. Bonne nouvelle: la sortie en salles simultanée.

Maintenant, un mot sur l'affiche de cette 65ème édition. J'ai déjà eu l'occasion d'en parler autour de moi et je sais donc qu'elle a plutôt plu à certain(e)s de mes proches, cinéphiles ou non. Moi, je la trouve belle et "problématique" à la fois. J'apprécie l'idée de l'hommage rendu à Marilyn Monroe et, même si l'idée avait déjà été retenue pour l'affiche du Festival 2008, cette redite ne me gêne pas en soi. Ce que j'aime moins, c'est de voir un gâteau d'anniversaire. Je finis par me demander: mais de quel anniversaire parle-t-on ? L'événement cannois a 66 ans: ça ne tombe pas rond. Le seul chiffre symbolique serait 50, mais on parlerait alors de la mort de Marilyn ! Je ne vois aucune raison de le surligner, même ainsi. Et je relève également que la star est ici photographiée dans ce qui semble être un moment intime: je vois Norma Jeane Baker, en fait. Je suis déçu que, pour rendre hommage à la comédienne, on montre la femme. Cette femme qui a paraît-il tant souffert des excès de sa célébrité. Enfin... gageons que ça ne privera pas Cannes d'un beau Festival !

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Et maintenant, pour en savoir plus sur la sélection...
Je vous laisse lire la chronique que j'ai écrite il y a quelques jours.

lundi 14 mai 2012

Surprise-partie (en sucette)

Une chronique de Martin

Ce n'est pas imparable, mais j'ai une méthode pour repérer les films produits à la chaîne sans grand souci de cinéma: sur l'affiche, le nom du réalisateur n'apparaît pas ou alors n'est mentionné qu'en tout petit.

Illustration avec Projet X: c'est d'abord sur l'identité du producteur que le distributeur a choisi de faire le buzz. Nima Nourizadeh s'incline donc devant Todd Philips, connu et apprécié des cinéphiles potaches pour la franchise Very bad trip. Quand, sans en être une suite directe, une oeuvre de cinéma marche ainsi d'emblée dans les pas d'une de ses devancières, je préfère n'en attendre aucune originalité.

En allant voir Projet X, je me doutais globalement de ce que j'allais trouver. Pas question toutefois de jouer au plus malin. J'assume franchement l'envie que j'ai eue ce jour-là de récurer mes neurones devant un scénario n'évoluant qu'au ras des pâquerettes. L'histoire s'avère simplissime: quatre copains décident d'organiser une fête pour l'anniversaire d'un des leurs. Celui qui vient d'avoir 17 ans obtient péniblement la confiance de ses parents: il pourra disposer de la maison pendant un week-end. Le reste de la bande s'épanouit autour de trois archétypes vus, revus et assez ridicules, du petit gros à lunettes qui n'en croit pas ses yeux de pouvoir se lâcher au jeune au look gothique qui s'apprête à filmer toute la tribu - ah, les joies de la caméra subjective ! Et, bien sûr, il y a aussi celui qui rameute aussitôt 300 personnes, dont une armée de filles à gros seins. L'étincelle qui va transformer la nouba du siècle en bataille rangée !

Sauf à avoir débranché son cerveau, je crois qu'il faut voir Projet X comme un film crétin pour l'apprécier réellement. Le scénario s'enfonce tellement dans la surenchère qu'il finit presque par devenir sympathique. Plus que les répliques balancées à la mode wesh wesh, ce sont certaines situations qui prêtent franchement à rigoler. J'espère pour eux que les jeunes acteurs qui ont osé jouer là-dedans sont armés d'un solide sens du second degré. Autre indice du peu d'importance que leur accorde la production: leur nom et leur visage ne figurent même pas sur l'affiche ! J'y vois le signe ultime du côté racoleur du long-métrage, sans doute conçu comme une sorte d'aspirateur à ados. Je vous épargne le couplet moral: les héros sont tout de même ici des jeunes qui picolent, se droguent et ne pensent qu'à coucher. En prenant ce truc sans trop réfléchir, je n'ai pas passé un si mauvais moment. Mission récurage de neurones accomplie !

Projet X
Film américain de Nima Nourizadeh (2012)
En sortant du cinéma, Killaee, qui était venue avec moi, m'a conseillé la série des American pie en films du même genre et plus rigolos. Very bad trip - film dont elle m'a offert le DVD, merci toi ! - est aussi une production comparable, qui d'ailleurs m'amuse davantage. Mais ce que je préfère largement à tout ça, ce sont les comédies potaches avec un fond de tendresse. Et s'il vous faut un jeune comme héros, dans ce registre-là, je ne saurais trop vous conseiller La folle journée de Ferris Bueller. Un film qui a déjà 26 ans, oui !

samedi 12 mai 2012

De la liberté d'expression

Une chronique de Martin

Attention, sujet sensible: "C'est dur d'être aimé par des cons" retrace le procès de Philippe Val contre plusieurs personnes morales s'affirmant représentatives de la communauté des croyants musulmans. Le point de départ de cette affaire est (assez) simple.

Au moment des faits, c'est-à-dire tout début 2006, Philippe Val occupe les fonctions de directeur de la publication du journal satirique Charlie Hebdo. Il est à ce titre juridiquement responsable de son contenu. La rédaction se sent solidaire d'un autre journal, danois, qui, quelques jours plus tôt, a publié une série de caricatures sur l'intégrisme islamique, après l'assassinat du cinéaste néerlandais Thomas Van Gogh, revendiqué par un homme se réclamant du Coran. Charlie Hebdo reprend deux de ces caricatures. Le périodique augmente son tirage habituel et fait sa Une avec un dessin de Cabu. Un homme barbu y pleure à chaudes larmes sous le titre "Mahomet débordé par les intégristes" et avec une bulle "C'est dur d'être aimé par des cons". Le numéro sera ensuite réédité à deux reprises.

Poursuivi au pénal, Philippe Val doit répondre du délit d'injure publique. C'est là que commence en fait pour moi la difficulté d'analyser le film. Il me semble en effet impossible d'occulter le fond du débat. Par principe favorable à une conception extensive de la liberté d'expression et par ailleurs républicain convaincu respectueux de l'autorité de la chose jugée, je constate que Philippe Val a été relaxé des faits qui lui étaient reprochés, le tribunal suivant en cela le réquisitoire du procureur. J'aimerais être sûr que cette décision met réellement fin à la polémique et aux passions qu'elle a suscitées.

Documentaire oblige, je n'ai pas grand-chose à dire sur l'aspect cinématographique du travail que signe ici Daniel Leconte. Globalement, je n'ai rien à lui reprocher, aucun effet facile, la parole donnée à beaucoup des protagonistes et un intervieweur qui parvient à se faire oublier. La chose qui me gêne, au plan éthique et humain, c'est que ce reportage ne montre pas que la justice, tout en refusant de sanctionner Charlie Hebdo, a pu admettre la réalité du sentiment d'humiliation de la communauté musulmane. "C'est dur d'être aimé par des cons" me semble donc un peu complaisant. Au-delà des faits et du procès, la grande cause de la liberté d'expression me paraissait digne d'être défendue avec un peu plus de nuance. J'admets toutefois que, face à une matière si sensible, il puisse y avoir d'autres visions de la vérité, dans un sens comme dans l'autre. Journaliste de terrain dans l'âme, sinon en pratique, citoyen français viscéralement attaché à la démocratie, je me dis aussi que la République peut s’enorgueillir de ne pas interdire la provocation sur les questions de religion. L'Islam ne saurait évidemment faire exception à ce principe.

"C'est dur d'être aimé par des cons"
Documentaire français de Daniel Leconte (2008)
Jugement de Salomon au niveau des étoiles: je laisse chacun placer le curseur de par et d'autre du milieu selon sa sensibilité. Je note aussi l'usage (prudent ?) des guillemets dans le titre du film, présenté au Festival de Cannes hors-compétition. Plus qu'un documentaire judiciaire sur une autre affaire médiatique, je vous recommande surtout des lectures complémentaires sur ce cas précis pour forger votre opinion. En exerçant ainsi une autre liberté: celle d'y réfléchir. J'ai un résumé de la décision du tribunal pour ceux que ça intéresse.

jeudi 10 mai 2012

C'est ça, la Belgique ?

Une chronique de Martin

Il avait été prévu qu'on regarde deux films de Benoît Poelvoorde. Changement de programme: une soirée ciné organisée chez l'ami Philippe a finalement vu passer au premier rang ce qui devait n'être "que" le deuxième long-métrage visionné. Les convoyeurs attendent: sous ce titre mystérieux, formule rituelle issue du jargon des éleveurs de pigeons voyageurs, se cache un film compliqué.

Circonspect, j'ai posé une question en titre de ma chronique, question sans réponse définitive, d'ailleurs, plutôt née d'un ressenti que d'une analyse approfondie du septième art créé chez nos voisins.

Que je vous explique. Quand j'affirme que Les convoyeurs attendent est un film compliqué, je ne parle pas de ce qu'il raconte exactement: j'évoque ce qu'il donne à voir et d'abord son personnage principal. Roger, père de famille et journaliste localier d'un niveau intellectuel plus que discutable, ressasse sans arrêt sa frustration sociale en cherchant un moyen de s'en sortir. Et le moyen, ô miracle, il le trouve dans la lecture... du Livre des records. Roger apprend alors qu'une voiture est offerte à celui qui réussira à en battre un. Généreux à sa curieuse façon, il offre donc à son fils Michel un coach pour l'ouverture et la fermeture de portes, dans l'espoir qu'il devienne un champion du monde et cède sa récompense à la famille. Pathétique et incroyable, ce scénario s'avère franchement rugueux.

J'ai envie de parler d'humour noir, très noir, même, mais j'ai du mal pour dire si je trouve ça vraiment drôle. Disons qu'une fois encore, l'investissement affectif de Benoît Poelvoorde dans le projet emporte le morceau et suscite mon adhésion. Moins connue, à l'exception peut-être de Bouli Lanners, le reste du casting - et particulièrement les enfants - impressionne également. En dépassant l'absurdité même du propos, on se rend compte que, derrière ce vernis délirant, se cache un second niveau de lecture et ce que j'appellerai du respect de la dignité des petites gens. Avec l'aide d'un réalisateur qui est aussi son ami, Benoît Poelvoorde s'enfonce tour à tour dans le délire, la frustration, la colère et finalement l'apaisement. Je vois bien peu d'acteurs pour le remplacer sur une palette d'émotions aussi étendue. Le comédien est un peu, tour à tour, chacun de nous. Tellement vrai qu'il est bouleversant, à moins d'être profondément cynique ou blasé.

C'est ça, la Belgique, cet humour politesse du désespoir ? La vision me paraît un peu réductrice, mais toutefois assez sensée: il y a là quelque chose que je ne retrouve pas véritablement à l'identique dans d'autres écoles de cinéma, quelque chose qui suscite un rire grinçant et qui réconforte à la fois, un peu comme le cadeau vachard d'un ami proche. Le mieux est qu'ici, la photo du film correspond parfaitement à l'émotion qu'il a suscitée en moi. Je m'étais demandé pourquoi Benoît Mariage avait choisi de tourner en noir et blanc.

Sans avoir pu lui en parler, j'ai trouvé après coup que c'était une idée remarquable: l'absence de couleurs apporte une distance salutaire dans les passages d'émotions fortes et, dans les moments apaisés, fait marcher notre imagination pour recréer ce que nous connaissons à partir de cette demi-fiction. Même constat lié à la réalisation quant à certaines scènes visiblement tournées en studio, quand Roger enfourche sa mobylette et arrive sur le terrain de ses investigations sa petite fille derrière lui. Les convoyeurs attendent ne donnent pas du journalisme une idée très reluisante. M'y confronter m'a fait penser à l'émission Strip tease et aux débats que j'avais pu avoir quant à la pertinence de filmer les gens quand ils sont malheureux, pathétiques ou visiblement "à côté de la plaque". Le long-métrage que je vous présente aujourd'hui me semble au fond pouvoir reposer des interrogations fondamentales: ces gens sont-ils vraiment fous ? Faut-il les considérer idiots ou simplement différents ? Il me semble que les deux Benoît ont de la tendresse pour eux, peut-être d'ailleurs parce qu'ils se sentent assez proches d'eux. Sans m'avoir paru répondre à toutes les questions qu'il pose, le film m'a touché. J'ose croire qu'avec un peu de cran et d'ouverture d'esprit, il est accessible à tout le monde et laisse à chacun tirer ses propres conclusions. Rire et pleurer d'après son ressenti, ne serait-ce pas le but du cinéma ?

Les convoyeurs attendent
Film belge de Benoît Mariage (1999)
J'ai choisi de dire que le film était belge, parce que son réalisateur l'est, ainsi qu'au moins une bonne partie de sa distribution. Il faut toutefois admettre qu'il est aussi français et suisse, ses producteurs se répartissant sur ces trois nationalités. J'espère bien trouver d'autres occasions de mieux capter l'âme belge au cinéma, si tant est qu'elle existe réellement. En attendant, je vous renvoie à la rubrique Cinéma du monde pour d'autres longs-métrages de cette origine. Conseil parmi d'autres: il est assez intéressant de mesurer l'évolution du travail du duo Mariage/Poelvoorde en regardant Cowboy, sorti huit ans après son aîné de cinéma et qui lui fait souvent écho.

mardi 8 mai 2012

Derrière les grilles

Une chronique de Martin

Derrière les grilles du château de Versailles, Sidonie et Honorine surveillent le roi. Nous sommes au mois de juillet 1789 et les couloirs du palais bruissent d'une incroyable rumeur: en révolte, le peuple aurait pris la Bastille, tranché la tête de son gouverneur et libéré quelques pauvres hères qui traînaient par là. Les petites servantes de la reine Marie-Antoinette ont bien du mal à y croire et pourtant...

Un chat organisé il y a quelques semaines par le journal Libération m'a permis de demander à Benoît Jacquot pourquoi il s'est intéressé à la femme de Louis XVI. J'ai eu la chance qu'il me réponde: "Sa fin tragique a été comme emblématique de la fin d'un monde. Et la fin de ce monde, c'est le début d'un autre". Le réalisateur a aussi évoqué une souveraine étrangère pour le peuple de France. Celle qu'on a appelé l'Autrichienne a su le fasciner pour sa dualité et les évolutions de son comportement. "Elle a d'abord été une jeune femme frivole, légère, une princesse capricieuse, pour devenir, au cours des jours que j'ai essayé de représenter, une reine de tragédie". On l'a dit avant moi: Les adieux à la reine porte toutefois un titre trompeur. C'est la reprise de celui du roman dont le film est tiré, c'est vrai. Reste que le premier personnage n'est pas celle que l'on peut croire. L'héroïne, en fait, c'est bel et bien Sidonie, une jeune femme dévouée à sa royale patronne, à son service pour lui faire la lecture selon l'étiquette et son bon plaisir du moment. D'où vient-elle exactement ? A-t-elle un protecteur ? Un amant ? Personne ne le sait. Inutile d'espérer des indices: il faudra attendre la fin de l'histoire. L'intérêt du film est ailleurs. Dans le devenir de cet improbable duo.

Un duo qui est en fait un trio, puisqu'aux côtés du personnage imaginaire de la lectrice, Benoît Jacquot ressuscite une femme tierce. Gabrielle de Polastron, duchesse de Polignac, a existé, elle. Quoique son aînée de quelques années, elle fut un long moment l'amie et la confidente de Marie-Antoinette, ainsi que la gouvernante des enfants du couple royal. Sans entrer dans le détail, le scénario suggère qu'elle aurait pu être davantage aux yeux de la reine. Maintenant, qu'en dire ? Les adieux à la reine est un beau film. Ayant choisi de laisser la Révolution hors-champ, le réalisateur gagne toutefois son pari d'une reconstitution crédible et flamboyante. Costumes, décors et même musique: le travail des équipes techniques est remarquable. Une vraie force pour un film au rythme étonnamment lent. Ce n'est pas tout à fait un défaut. Si les scènes sont longues, elles ont le mérite de bien camper les protagonistes. Léa Seydoux, Diane Kruger et Virginie Ledoyen m'ont convaincu. L'enjeu dramatique se dévoile petit à petit et c'est une fois attaché aux trois femmes de ce drame que j'ai finalement mieux su mesurer le pathétisme de leur destinée. Le long-métrage aborde pudiquement la palette des sentiments, entre attachement, respect et amour. Discutable, pas... révolutionnaire, mais finalement assez touchant.

Les adieux à la reine
Film français de Benoît Jacquot (2012)
La comparaison avec le Marie-Antoinette de Sofia Coppola s'impose d'elle-même. Rien à voir, pourtant, dans le traitement. À la fable moderne et américaine sur l'adolescence contrariée, le cinéaste français répond par une cartographie du Versailles intime. Stupeurs et tremblements à la Cour de France, avec une situation si imprévue qu'elle est - fatalement - ingérable. En Chine et avec bien plus d'éclat encore, avec également de très nombreux sous-thèmes, c'est un peu ce qu'avait montré Bernardo Bertolucci dans Le dernier empereur.

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Envie de lire un autre avis ?

C'est possible: je vous conseille la lecture de "Sur la route du cinéma".

dimanche 6 mai 2012

Un canard dans la jungle

Une chronique de Martin

Coin ! Et revoilà Alain Chabat ! Huit ans après son dernier film, onze après une adaptation réussie des aventures d'Astérix, l'ex-Nul s'offre un autre personnage de BD populaire: le Marsupilami. Le titre même de son film - Sur la piste du Marsupilami - montre que la bestiole est difficile à dénicher, planquée qu'elle est dans la luxuriante forêt de Palombie, pays imaginaire planté au coeur de l'Amérique du sud.

Pseudo-journaliste d'investigation, Alain Chabat/Dan Geraldo s'associe avec Jamel Debbouze/Pablito Camaron pour un reportage sur le terrain. Son but: rencontrer le peuple paya, à la longévité légendaire, et enfin connaître son secret. Pas bien malin, le gringo...

Une première précision: je n'ai lu aucune des BD Marsupilami. L'animal fête ses 60 ans cette année. Inventé par le grand auteur belge André Franquin, le papa de Gaston Lagaffe, il se caractérise par sa force physique, son pelage jaune à tâches noires et sa queue multi-fonctions longue de 8 mètres. Plutôt pacifique, il est capable du pire si on s'en prend à sa femelle et/ou à sa progéniture. Le film lui offre une histoire originale: avec Jeremy Doner, auteur américain qui avait également travaillé sur L'arnacoeur, Alain Chabat apporte à son petit héros poilu un scénario 100% nouveau. Tout en y insérant son propre univers, il aurait ainsi respecté les codes de l'oeuvre originelle, projet sur lequel, paraît-il, il travaillait depuis longtemps. Plutôt tourné vers le jeune public, Sur la piste du Marsupilami reste un spectacle sympathique pour les grands. Il mélange les ingrédients du film d'aventures, de la comédie potache et de l'esprit nul. Houba !

Du côté des acteurs, rien à redire. Alain Chabat prend - et donne - toujours un malin plaisir à s'auto-ridiculiser. C'est la même chose pour Jamel Debbouze: à l'inverse des "héros", on est ici en terrain connu et balisé. Classique mais efficace. L'un des grands bonheurs offerts par Sur la route du Marsupilami vient d'une épatante galerie de personnages secondaires. On rigole avec Fred Testot en dictateur de pacotille, Géraldine Nakache en botaniste sexy et Patrick Timsit en caporal frustré. Pas attendue du tout, en revanche, la prestation étonnante d'une Céline Dion franchement drôle ! Et je ne dirai rien sur celle de Lambert Wilson, à contre-emploi et juste jubilatoire ! Reste à saluer le travail des équipes techniques, qui prouvent encore une fois qu'on peut faire de la comédie tout en soignant décors, costumes et intermèdes graphiques - mention spéciale pour le talent des créateurs du petit dessin animé inséré dans le film. À vous désormais de vous perdre en Palombie pour... comprendre mon titre.

Sur la piste du Marsupilami
Film français d'Alain Chabat (2012)
Une demi-étoile spécialement pour le jeu en roue libre des acteurs ! Je suis volontairement resté discret sur les vannes et situations gaguesques du film pour préserver la fraîcheur de votre regard. Ceux qui connaissent et apprécient Astérix et Obélix: mission Cléopâtre retrouveront ici l'esprit général qui y était développé. En attendant d'en reparler un jour ou l'autre, je n'ai pas spécialement de référence antérieure à donner. L'humour nul associe réparties foireuses, événements improbables et clins d'oeil multiples, le tout étant délivré à 200 à l'heure. Sans crier au chef d'oeuvre, j'aime autant... en rire !

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Bon, je suis désolé...
J'avais vaguement eu l'idée de profiter de cette journée électorale pour vous parler d'un film politique, mais ça ne s'est pas présenté. Allez, hop: un lien vers la chronique de "Sur la route du cinéma" !

vendredi 4 mai 2012

Enfant du rock

Une chronique de Martin

Je m'étais posé la question: faut-il déjà bien connaître Joy Division pour apprécier le film qui leur est consacré, Control ? Si j'en crois mon ressenti personnel, la réponse est non. J'ignorais presque tout de ce groupe anglais mythique de la fin des années 70, mais j'ai aimé découvrir le long-métrage. À vrai dire, plus qu'une biographie filmée des quatre musiciens, il se tourne surtout vers le leader, Ian Curtis.

Ce que le jeune homme a de fascinant ? Sa carrière de météorite autour d'une vie de rock star, mariée à dix-neuf ans, suicidée à 23.

Tout en musique, évidemment, Control ressemble donc à un film social anglais de la veine d'un Ken Loach, plus qu'à une hagiographie univoque d'ancien groupie. Anton Corbijn, le réalisateur (hollandais) de ce drame, connaît pourtant la chanson: avant d'oser se lancer ici dans le tournage de son premier long-métrage, il a fait ses débuts comme photographe dans un mensuel musical. C'est ainsi qu'il a notamment connu Joy Division. Depuis les années 80, il a aussi signé un grand nombre de clips vidéo, fruits notamment d'une collaboration de longue durée avec Depeche Mode. Sa première semi-fiction porte évidemment la marque de cette riche expérience. On notera également au passage que, filmée en noir et blanc, elle crédite Debbie Curtis, la veuve de Ian, investie en qualité de co-productrice.

Debbie est aussi l'âme du film, l'une de ses victimes innocentes. Première muse, épouse fidèle, mère d'une petite Natalie, elle reste au foyer en attendant les retours de tournée de son rockeur de mari. Elle supporte ses silences et ses inspirations nocturnes, assume comme elle peut son angoisse devant son absence et ses crises d'épilepsie répétées, essaye chaque jour de se dire que tout va bien et qu'elle a bien la vie qu'elle avait imaginé vivre. On ne regrette pas que Control ait fait le choix d'aborder la vie d'une star par l'intime. Cette audace offre au contraire au film ses plus beaux contrastes. Entre la blancheur aveuglante des projecteurs et la noirceur retrouvée à l'intérieur de sa relation de couple, Ian Curtis se débat avant de se laisser emporter. Et, sans le connaître, on part avec lui...

Control
Film anglais d'Anton Corbijn (2007)
Bravo à tous les acteurs qui se sont investis dans cette œuvre âpre ! C'est seulement après avoir apprécié le long-métrage que j'ai voulu me pencher plus avant sur la carrière de Joy Division. Il s'avère finalement que ce que montre le film est conforme à la triste réalité. Difficile, dès lors, de trouver une oeuvre cinématographique comparable. Je citerais bien Amadeus pour un autre destin tragique lié à la musique, mais c'est aller chercher loin. Cloclo ? Piste crédible certes, mais dans un registre bien différent. Autant que j'attende d'avoir vu d'autres films musicaux pour y revenir. Et d'ici là, je peux revenir à l'essentiel en écoutant quelques morceaux rock des 70s.

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Une autre chronique à lire ?
Pascale, rédactrice de "Sur la route du cinéma", partage mon avis.

jeudi 3 mai 2012

Kubrick, projets inachevés

Une chronique de Martin

Que je parvienne un jour à avoir vu tous les films de Stanley Kubrick me paraît chose envisageable. Le réalisateur américain en a signé treize et j'en connais déjà quatre - je vous laisse découvrir leur nom dans la page dédiée aux cinéastes. Amusé, je constate que le mythe s'est aussi écrit sur le vide, puisqu'un certain nombre de projets cinématographiques du maître ne sont jamais sortis des cartons.

Ainsi aurait-il notamment voulu tourner un film sur Napoléon. L'histoire du cinéma est passée à côté de quelque chose de grand !

Un autre des projets avortés de Stanley Kubrick a pu voir le jour grâce à... Steven Spielberg. Les deux hommes se connaissaient. Amis, ils avaient décidé de travailler ensemble pour une adaptation d'un roman d'anticipation d'Aldiss Baker. La mort du premier décidera le second à aller jusqu'au bout et à lancer A.I. Intelligence artificielle, un long-métrage que je n'ai pas encore vu. Je suis content de pouvoir avoir l'occasion de me rattraper. Je ne peux toutefois pas en dire autant pour d'autres films fantômes, tel celui que Stanley Kubrick voulait réaliser sur l'Holocauste - en fait abandonné pour ne pas venir concurrencer La liste de Schindler.

Douze ans auront passé entre les deux derniers films du cinéaste, Full metal jacket et Eyes wide shut. De quoi oublier qu'il avait eu l'intention d'adapter Stephan Zweig, Umberto Eco ou Patrick Süskind. Mais également que Terry Southern, scénariste connu entre autres pour Docteur Folamour et Easy rider, espérait le convaincre facilement de tourner un film pornographique. L'histoire complexe d'un homme dont l'histoire demeurait en fait "une légende inventée de toutes pièces par la presse", selon sa propre femme Christiane.

mardi 1 mai 2012

L'opportuniste

Une chronique de Martin

C'est la Fête du travail ! Aujourd'hui, du coup, je tire ma flemme. J'ai choisi de reparler d'un film déjà commenté ici même: Barry Lyndon. Enfin, disons plutôt que je l'ai revu et que, en suivant l'ordre logique de mes sessions cinéma, je suis amené à l'évoquer à nouveau. J'ai eu la chance d'en profiter sur écran géant, dans le cadre d'une opération baptisée Il était une fois, qui voit quelques grands classiques ressortir en salles. J'en reparlerais probablement si j'en ai l'occasion.

En attendant, donc, quelques mots nouveaux sur Barry Lyndon. Qu'ajouter à ma première chronique ? J'ai peu d'idées, à vrai dire. Sorti en 1975, récompensé par quatre Oscars techniques l'année suivante, le long-métrage a traversé toutes ces années avec éclat. Stanley Kubrick semble transcender son matériau littéraire pour créer une oeuvre unique en son genre. Chaque plan du film est un tableau. Musicalement, la perfection n'est pas loin avec, pour la première fois je crois chez ce réalisateur, l'usage exclusif d'oeuvres classiques. Quant au scénario, lui, il est passionnant, brillant d'un bout à l'autre de ces trois heures de grand cinéma. Le spectateur s'embarque immédiatement pour un voyage au 18ème siècle: une leçon d'histoire et d'efficacité cinématographique. Mon amour des films en costumes trouve là un Graal bien difficile à égaler. Chacun son truc, bien sûr. D'aucuns pourraient trouver l'ensemble trop grandiloquent, empesé. Quant à moi, je ne saurais que trop vous conseiller de vous y plonger.

Barry Lyndon
Film américain de Stanley Kubrick (1975)
Un tel chef d'oeuvre ne se compare pas... ou alors peut-être simplement avec les autres merveilles nées de son maître-créateur. Même ainsi, j'ai bien de mal à mettre le long-métrage en parallèle avec un autre. Oeuvre à nulle autre pareille, elle marque donc durablement l'histoire du septième art. Notez toutefois qu'en matière de films à la mode 18ème, j'ai une (petite) préférence pour Amadeus.

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Si cette mini-chronique ne vous suffit pas...

Je vous invite à lire ce que j'avais écrit la première fois.