mercredi 25 novembre 2020

Attrapée au vol

Coïncidence troublante: j'ai regardé Pas de printemps pour Marnie et, le lendemain, appris la mort de Sean Connery. Je me souviens que, longtemps, la présence de l'Écossais dans un film hitchcockien m'étonnait. Je le réduisais à James Bond, qu'il n'avait alors incarné que deux fois (sur sept en tout). Je suis content d'être allé plus loin...

Ici, point d'espion au service de Sa Gracieuse Majesté. Sean Connery incarne le patron d'une grande maison d'édition, qui vient juste d'embaucher une nouvelle secrétaire-comptable: c'est elle, Marnie. Véritable personnage principal du film, cette blonde piquante s'illustre d'emblée par ses talents de voleuse, habituée qu'elle est de dérober les richesses de ses employeurs successifs avant de disparaître. Seulement voilà, cette fois, le big boss n'est pas dupe: il est fasciné par son employée et prêt à fermer les yeux sur sa kleptomanie. L'idée serait tout de même qu'elle s'en débarrasse... avant le mariage. Autant le dire: Pas de printemps pour Marnie n'est pas un Hichcock similaire aux autres oeuvres du réalisateur que je connaissais déjà. Le suspense qu'il met en place n'est pas policier, mais psychologique !
 
Tippi Hedren a beaucoup donné pour composer ce personnage tourmenté que celui de Sean Connery essaye de remettre d'aplomb. L'habituelle perversité hitchcockienne est toujours là, en sourdine. L'homme qui prétend sauver la femme de sa névrose obsessionnelle veut aussi la dominer - et semble y parvenir, au moins pour partie. Bref, le film n'est pas féministe et l'est d'autant moins que l'on sait que Tonton Alfred a malmené sa comédienne au cours du tournage. Bref... personnellement, tout cela ne m'a pas totalement convaincu. Attention: les acteurs n'y sont pour rien, qui jouent leur partition dignement et sans que je trouve grand-chose à y redire. C'est juste que j'ai senti ici une volonté de construire une intrigue assez crédible pour paraître vraie... et que je l'ai trouvée quelque peu outrancière. Pas de printemps pour Marnie n'a pas cette dimension "horrifique" d'autres Hitchcock ultérieurs. Je crois que, limite, j'aurais préféré...

Pas de printemps pour Marnie
Film américain d'Alfred Hitchcock (1964)

Un long-métrage un peu "daté", ni mauvais, ni de plus emballants. Sean Connery n'avait que 34 ans et a fait de meilleures choses ensuite. Hitch, je le trouve mieux inspiré dans ses films postérieurs (Sueurs froides ou Psychose) ou plus sobres (L'ombre d'un doute). Ce qui n'enlève rien au talent et au courage de Tippi Hedren, choisie après le refus de Grace Kelly, alors devenue la princesse de Monaco...

----------
Ne vous y trompez: c'est un film dont on peut débattre...

Vous pourrez trouver d'autres éléments chez Dasola, Ideyvonne et Lui.

8 commentaires:

Pascale a dit…

Je l'ai revu la semaine dernière. Je l'ai en DVD. Comme toi je suis mitigée et comme toi (si j'ai bien compris) c'est aussi l'aspect psy qui m'a semblé bien lourdaud. Les scènes avec la mère sont pataudes. Et Tippi qui joue la petite fille jalouse de la petite fille... c'est assez pénible.
Par contre, quand les deux 'adultes' entrent en scène, les acteurs font merveille.
Ah non, rien de féministe en effet. Marnie est une poupée influençable pourtant très indépendante au début.
Quant au comportement odieux d'Hitch... j'essaie de l'évacuer mais il a tendance à me hérisser le poil. Tippi ayant refusé ses avances insistantes (il est tellement irrésistible !) qu'il a tout fait pour briser sa carrière et y est parvenu. En dehors des Oiseaux et de Marnie, Tippi s'est fait bien discrète ensuite. Merci Hitch !

Martin a dit…

Sur l'aspect psy, nous sommes d'accord. C'est lourdaud/pataud. Daté, dirais-je aussi.

J'ai l'impression que Hitch aimait bien créer des personnages de femmes fortes pour mieux les punir ensuite. Il avait déjà été très dur avec Tippi Hedren pour "Les oiseaux" (film dans lequel la belle indépendante finit par être ramenée au rang de victime... ce qui m'a mis très mal à l'aise à la revoyure). Il semble qu'il n'ait jamais été aussi vil avec Grace Kelly, pourtant. Peut-être parce qu'elle lui résistait avec plus d'aplomb que d'autres.

Bref... je continue de préférer "Psychose", "L'ombre d'un doute" et "Sueurs froides" ("Vertigo"). Et ce brave Alfred, aussi référentiel soit-il dans l'histoire du cinéma, ne se place pas au plus haut de mon Panthéon personnel des grands cinéastes.

Pascale a dit…

On est d'accord.

Tu as raison, il s'est bien acharné à démolir Tippi dans les Oiseaux. Les femmes sont vraiment très perturbées dans ses films. Sauf peut-être sa Grâce beaucoup plus entreprenante dans Fenêtre sur cour que James Stewart.

C'est quand même toujoyrsun régal. Personnellement j'ai beau voir et revoir ses films, j'apprécie toujours.

Mon préféré indétrônable : Les enchaînés.

dasola a dit…

Bonjour Martin, malgré tes réserves, Marnie reste mon Hitchcock préféré. Merci pour le lien. Bonne après-midi.

Valfabert a dit…

Je trouve également lourdaud tout le côté psy, qui occupe hélas une place capitale dans l'intrigue. Ce que l'on peut apprécier du film réside dans certaines scènes, où l'art du maître est bien là.
Le second photogramme ci-dessus correspond à un plan fixe (de la scène d'ouverture) typiquement hitchcockien : le personnage s'enfonce en ligne droite dans la profondeur de l'écran, créant ainsi chez le spectateur l'impression d'être happé dans l'image et dans le film.
Joli titre, "attrapée au vol" !

Martin a dit…

@Pascale:

Je surveille "Les enchaînés", film rare. Moi aussi, je fais abstraction du contexte quand je regarde un Hitchock. Mais c'est clair que j'en tiens compte dans mes modestes analyses.

C'est un génie du cinéma dont je n'aime pas tous les films et pas vraiment ma personnalité.

Martin a dit…

@Dasola:

Ton préféré ? Pourquoi pas ? Je peux comprendre que ce soit un film que l'on apprécie plus que je n'ai su le faire.

Martin a dit…

@Valfavert:

Merci pour le compliment. Je suis d'accord avec vous et j'ai beaucoup aimé le côté graphique du deuxième photogramme. Je l'ai trouvé très... hitchcokien.