mardi 10 janvier 2017

Piège d'amour

Arrêtez-moi si je me trompe: si ce n'est bien sûr leur nom de famille et leur statut d'icône du cinéma mondial, Katherine et Audrey Hepburn n'ont pas forcément grand-chose en commun. C'est même le hasard qui m'a conduit à voir un film de la seconde aussitôt après en avoir vu un autre de la première. Aujourd'hui, donc, place à Deux têtes folles !

Miss Audrey Hepburn y joue un énième rôle de jeune femme ingénue. Même si l'intrigue n'est donc pas très originale, j'apprécie toujours ces comédies romantiques "à l'ancienne". Cette fois, la demoiselle partage l'affiche avec William Holden, un homme qu'elle a aussi aimé à la ville. Leur complicité fait merveille et ajoute un peu de crédibilité aux péripéties visibles à l'écran: à Paris, une gentille dactylo tombe doucement sous le charme du scénariste franchement paresseux qu'elle était d'abord censée aider à terminer un travail urgentissime. Vous permettrez assurément que je vous passe les détails: c'est drôle et tendre à la fois, raccord avec ce que j'appelle le cinéma chamallow.

Une partie de l'efficacité de Deux têtes folles, très étonnant remake américain d'un film du Français Julien Duvivier, tient à une idée sympa: le réalisateur interprété par William Holden se donne une vie de rêve par l'intermédiaire de son personnage, laquelle vie de rêve étant bien sûr le premier sujet du film... et l'irrésistible piège d'amour tendu à la jolie Audrey Hepburn. Le fait que le tout se passe en France ajoute encore une cerise glamour à ce gâteau 100% sucre. Quelques esprits chagrins me diront peut-être que tout cela a vieilli. C'est vrai, mais ce n'est pas un problème pour moi. Je suis prêt à voir d'autres films de ce genre, sans ennui. Quand on aime, vous savez...

Deux têtes folles
Film américain de Richard Quine (1964)

La fête à Henriette... c'est le titre du film de Julien Duvivier, sorti douze ans plus tôt. Je ne l'ai pas vu, désolé ! Pour vous embarquer vers d'autres horizons familiers, je me contenterai de vous dire aussi que le long-métrage évoqué ce jour a pu me rappeler Le magnifique. C'est l'affaire de la mise en abyme, si vous voyez ce que je veux dire. Du coup, confirmation: j'aime quand le cinéma s'amuse... du cinéma !

lundi 9 janvier 2017

Voir Venise et...

Je l'ai sans doute déjà dit: David Lean reste connu comme l'homme derrière la caméra de plusieurs grosses productions hollywoodiennes. C'est mérité évidemment, mais c'est aussi réducteur, car le cinéaste britannique a d'abord fait carrière en Europe. Je vais vous parler aujourd'hui de l'oeuvre qui tient lieu de jonction entre ces périodes...

Dans Vacances à Venise, Katherine Hepburn, femme seule, découvre la Sérénissime dans la peau d'une touriste américaine. Elle croise d'abord quelqu'un dans le train, qui lui dit deux mots de la diversité des aspects de la ville. Plutôt qu'une gondole, elle choisit d'emprunter un bateau-bus pour rejoindre sa pension. Là, plutôt que de suivre aveuglément les conseils de ses nouveaux voisins, elle flâne d'abord selon sa propre inspiration, ce qui la conduira bientôt... à rencontrer un antiquaire particulièrement séduisant. Je vous laisserai découvrir par vous-mêmes la suite de ce portrait de femme. C'est peu de dire que le film a vieilli, mais il est resté assez subtil (et drôle, parfois)...

En entamant cette escapade dans la Cité des doges, je craignais surtout de tomber sur un film "carte postale", comme il est simple pour un pro du cinéma d'en réaliser un, en maîtrisant la technique. Fort heureusement, David Lean n'est pas seulement un illustrateur. Bien entendu, il n'hésite pas à parsemer son film d'images superbes pour nous ouvrir au rêve, mais il n'en oublie pas pour autant de tenir fermement la barre de son scénario. Vacances à Venise se révèle finalement bien plus mélancolique qu'il n'y paraissait de prime abord. Honneur à Rossano Brazzi, bel acteur italien emporté par la fougue. Pour un grand duo, c'est l'évidence même: il faut deux grands acteurs.

Vacances à Venise
Film américano-britannique de David Lean (1955)

Puisque j'ai vu plusieurs de ses grosses productions, je suis content désormais de connaître aussi ce film, le premier réalisé par le maître pour le compte d'un studio américain. Bien sûr, le regard qu'il porte sur la fière ville de la lagune s'en ressent. On reste toutefois bien loin du lyrisme de Mort à Venise ou, plus récemment, de la douce poésie de La petite Venise. La cité lacustre révèle ses mille et un visages... 

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Pour finir, une anecdote personnelle...
Dans l'un de mes films-cultes, à savoir The fisher king, un clochard magnifique pleure dans les bras de Jeff Bridges son désarroi profond de ne pas être Katherine Hepburn et de ne pas aller à Venise. Je sais pourquoi, maintenant - et cette scène-là me paraît encore plus belle !

Sans oublier enfin l'avis d'autres cinéphiles...
Chonchon évoque le film, mais il ne l'a visiblement pas emballée. Quant à Ideyvonne, elle offre l'une de ses fameuses galeries d'images.

dimanche 8 janvier 2017

Peur invisible

Le cinéma "à grand spectacle" engloutit des sommes considérables. Paranormal activity, lui, n'aurait coûté qu'à peine 13.500 dollars. Distribué par Paramount et DreamWorks, il en aurait ensuite rapporté plus de 193 millions, avant même ses quatre (!) suites et son épisode parallèle. C'est ce qu'on pourra appeler un très bon filon, j'imagine...

L'histoire raconte d'ailleurs que les producteurs du tout premier opus ont demandé au réalisateur de modifier sa conclusion, pour se garder l'opportunité d'aller encore plus loin avec ce même univers. Un constat s'impose: au tout départ, Paranormal activity repose sur un postulat simple. Katie et Micah sont un couple de jeunes Américains, installés depuis peu sous le même toit. Tout devrait donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais Katie s'imagine qu'un esprit rode dans la maison et attend qu'elle s'endorme pour venir la terrifier. D'abord assez compréhensif, Micah achète une caméra, qu'il installe dans leur chambre commune pour, au mieux, rassurer sa compagne et, au pire, filmer une éventuelle intrusion. Avec deux pauvres bouts de ficelle, le long-métrage s'avère assez efficace dans la construction d'un suspense basé sur la peur de l'invisible. De fait, rien n'est génial là-dedans, mais l'idée première est futée et exploitée à bon escient...

Pour certains, Paranormal activity a acquis le statut d'oeuvre culte. C'est sans aucun doute un film de référence dans son (sous-)genre. Sans me lancer dans la découverte exhaustive de la franchise, j'ai eu envie de voir ce premier opus, "histoire de". Je ne le regrette pas. Parce qu'il ne dure au fond qu'une petite heure et demie, il parvient assez bien à construire sa montée de tension et gagne ainsi son pari de nous scotcher à l'écran. Entendons-nous bien: celui qui a inventé cette histoire est un petit malin, qui instille une sensation d'effroi sans jamais vraiment la justifier, si ce n'est par une porte qui claque ou une lumière qui clignote. Il existe certes mille films de fantômes autrement plus explicites ! Si vous n'avez pas vu celui dont je parle aujourd'hui, je crois que la première demi-heure pourrait vous suffire pour déterminer s'il vous plaira ou non. En fait, deux types d'images alternent: celles prises par les personnages tenant la caméra et celles enregistrées de nuit par la même caméra, posée alors sur un trépied. Je peux bien entendre que l'on juge cela faiblard, comme dispositif...

Paranormal activity
Film américain d'Oren Peli (2009)

Aux suites et au spin-off évoqué plus haut, il me faut ajouter également une parodie franchouillarde: Pas très normales activités. Je passe vite sur ce film du tandem Norman / Maurice Barthélémy. Pour jouer à me faire peur, je verrai en revanche volontiers un film comme Le projet Blair witch, la grande référence du found footage. Cela étant dit, j'imagine que je continuerai de préférer Les autres...

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Adeptes du frisson, vous n'avez pas fini...

Le film que je vous ai présenté aujourd'hui ne fait pas l'unanimité. Exemples: Chonchon en dit plutôt du bien... et Princécranoir du mal. 

vendredi 6 janvier 2017

Á la découverte de Tina

C'est un fait: j'ai décidé de consacrer ces premières chroniques 2017 aux films que j'ai vus en fin d'année dernière. Je vais une exception aujourd'hui pour suivre mon fil rouge du 6 du mois et vous présenter sans plus attendre une autre page cinéphile: "Le blog de Tinalakiller". Vous y trouverez d'excellentes chroniques sur le cinéma et les séries.

Tina est aussi une vraie adepte des tags, ces questionnaires multiples qui circulent sur Internet et permettent aux curieux d'en apprendre davantage sur telle ou telle personnalité cachée derrière son écran. Depuis un plus de deux ans, notre amie rédactrice évoque ses coups de coeur et, de temps à autre, donne aussi quelques coups de griffe. Son style est tout à fait limpide et ses opinions très argumentées. Qu'elle soit d'accord avec eux ou pas, Tina respecte ses interlocuteurs et répond à tous les commentaires postés chez elle - un sacré boulot ! J'ai fait sur son blog quelques belles découvertes cinématographiques. C'est pourquoi je suis si content qu'elle ait répondu à mes questions...

Tina, quel est ton plus ancien souvenir lié au cinéma ?
En dehors des tonnes de Disney que j'ai bouffées et re-bouffées chez moi, je dirais qu'il y a tout d'abord certains films, en général des comédies, découverts grâce à mon grand-père qui aura fait n'importe quoi pour nous faire rire. Je pense à la saga Le gendarme, ainsi qu'aux Mr Bean (et à son adaptation sur grand écran), à La grande vadrouille, à L'aile ou la cuisse... ouais, en gros, Louis de Funès forever ! Mon père m'avait aussi montré très jeune - je devais à peine être entrée à l'école primaire - sur une vieille cassette moche (le carton, moitié déchiré, était violet et jaune) - Certains l'aiment chaud. Je ne comprenais pas forcément tout, mais ce film m'avait déjà plu. Enfin, à la maternelle, j'avais découvert Le magicien d'Oz, qui m'avait déjà fortement marquée.

Qu'est-ce que le cinéma apporte dans ta vie ?
Du bonheur, de l'évasion, du partage et de la réflexion aussi.

Comment choisis-tu les films que tu vas voir ?
Holà ! Il y a un tas de facteurs: l'horaire (si c'est au cinéma), le réalisateur, les acteurs, le sujet, la durée, la réputation sur le Net, les magazines, autour de moi, durant les festivals, etc...

Le lieu idéal et le moment parfait pour voir un film ?
Pour moi, il faut privilégier (quand on peut) la salle de cinéma et prendre le temps de profiter. Je n'aime pas forcément y aller à la bourre et aller uniquement au cinéma. En général, j'aime profiter de mes après-midis libres pour y aller et après (ou avant, c'est selon) boire un thé et manger des muffins ou scones dans une librairie-café anglaise pas loin de mes cinémas.

Je te propose de voir un film. Qu'est-ce qui te fera accepter ?
J'accepte toujours volontiers de regarder un film, même quand c'est une vraie merde. Toujours pour faire plaisir à la personne.

Ta passion pour le cinéma te semble-t-elle communicative ?
Oui ! Déjà l'idée de ce blog - depuis des années à travers d'autres plateformes - montre mon envie de communiquer ma passion. Et puis dans mon entourage, au boulot, à l'école à l'époque, etc... on me désigne comme la fille qui aime le cinéma !

Tes cinq derniers coups de coeur de cinéma ?
Mes cinq derniers coups de coeur "films":
- Tu ne tueras point de Mel Gibson,
- Captain Fantastic de Matt Ross,
- Sing Street de John Carney,
- Moi, Daniel Blake de Ken Loach,
- Moulin Rouge ! de Baz Luhrmann.

Les cinq prochains que tu attends avec impatience ?
En 2017, j'attends impatiemment:
- Nocturnal animals de Tom Ford,
- Split de M. Night Shyamalan,
- Trainspotting 2 de Danny Boyle,
- La Belle et la Bête de Bill Condon,
- Free fire de Ben Wheatley.

Quels seraient les dix films que tu me conseillerais ?
- 12 hommes en colère de Sidney Lumet,
- Mr. Smith au Sénat de Frank Capra,
- Autopsie d'un meurtre d'Otto Preminger,
- Old boy de Park Chan-wook,
- Memories of murder de Bong Joon-ho,
- Parle avec elle de Pedro Almodovar,
- Psychose d'Alfred Hitchcock,
- Du silence et des ombres de Robert Mulligan,
- Certains l'aiment chaud de Billy Wilder,
- Taxi driver de Martin Scorsese.

Dix personnalités de cinéma à choisir... qui retiens-tu ?
- Stanley Kubrick,
- Martin Scorsese,
- Quentin Tarantino,
- Pedro Almodovar,
- Nanni Moretti,
- Ethan et Joel Coen,
- Ken Loach,
- Hayao Miyazaki,
- Steven Spielberg,
- Clint Eastwood.

Pourquoi un beau jour avoir décidé d'écrire un blog ?
J'ai ouvert mon premier blog ado, autour de 14 ans, car je voulais parler de cinéma, des derniers films que j'avais pu voir. À mon âge, je ne connaissais pas forcément des gens avec qui je pouvais parler de cinéma. Et depuis, cette activité de bloguer m'a plu: je me suis aperçue que je pouvais concilier cinéma et écriture, deux de mes passions. Ça permet aussi de créer de nouveaux liens, ça me pousse aussi à connaître d'autres films, à tenter des expériences, etc...

Qu'est-ce qui te décide à parler d'un film sur ton blog ?
En général, je tente de suivre l'actualité cinéma. Depuis janvier dernier (et je continuerai en 2017 avec de nouvelles catégories), je chronique sur les films de mon Movie Challenge. Ça me permet de parler de l'actualité et des films sortis en dehors de l'année, tout en suivant un minimum un film conducteur.

Les cinq films que tu as défendus contre l'avis général ?
- Signes et Le village de M. Night Shyamalan,
- Red eye de Wes Craven,
- The duchess de Saul Dibb,
- In her shoes de Curtis Hanson.

Les cinq films que tu as dénoncés contre l'avis général ?
On ne me tape pas, s'il vous plaît ! Après, le terme "dénoncés" est peut-être fort. En tout cas, disons que je me sens seule contre tous !
- Birdman d'Alejandro Gonzalez Inarritu,
- Black swan de Darren Aronofsky,
- Steve Jobs de Danny Boyle,
- Closer de Mike Nichols,
- Garden state de Zach Braff.

Quelle place sur ton blog pour autre chose que le cinéma ?
Hélas peu. Je tente tout de même une fois par mois de parler de séries - même si on pourra dire qu'il s'agit d'une continuité (en quelque sorte) avec le cinéma. Ce n'est déjà pas facile de parler de tout ce que l'on veut, rien que sur un thème ! Cela dit, j'avais tout de même pensé à faire une sorte d'ouverture entre le cinéma et la littérature, mais pour l'instant, ce n'est qu'une idée.

Questions plus personnelles, pour finir. Quel est ton prénom ?
Je suis une sorte de psychopathe sur le Net: en gros, je ne peux pas m'empêcher de faire quelques recherches sur les gens - certaines personnes me prennent pour un génie de l'informatique alors que je suis une merde de ce côté-là ! Je fais donc un minimum attention et je n'écrirai jamais clairement publiquement mon prénom, assez rare pour une fille de mon âge. En message privé, cela ne me dérange pas de le dire - il faut évidemment que j'ai un minimum confiance en la personne, je ne balance pas l'info comme ça. Tout ce que je peux vous dire en guise d'indice est que mon prénom est le même qu'une "héroïne" de Stephen King (l'auteur préféré de mon père) et que Tina fait partie de ses diminutifs à l'anglo-saxonne.

Quel âge as-tu ?
23 ans.

Qu'est-ce que tu fais dans la vie ?
Après un master en lettres modernes en recherche (spécialité: littérature comparée), j'ai décidé de prendre un an de pause pour réfléchir à ce que je voulais vraiment faire. En attendant, pour gagner un peu ma croûte et avoir une expérience professionnelle, je suis pendant huit mois en service civique. En gros, on doit aider les associations de notre secteur à développer des projets (pros, culture, etc...) pour les jeunes de 11 à 25 ans.

Où habites-tu ?
À Aix-en-Provence.

Avec le cinéma, quel art préfères-tu ?
La littérature.

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Une petite conclusion sur ces mots...
Je remercie une nouvelle fois Tina de s'être si bien prêtée au jeu. Vous vérifierez que "Le blog de Tinalakiller" est une vraie mine d'or.

Et pour finir, une précision...
Puisqu'on m'a demandé de le rappeler, j'ajoute que j'ai déjà réalisé d'autres présentations de blogs, grâce à Pascale, Dasola et Sentinelle.

mercredi 4 janvier 2017

Figure du héros

L'aviez-vous deviné ? Clint Eastwood est le "vieil ami" dont je parlais lundi. Fidèle à mes habitudes, je suis vite allé voir son dernier film. C'est l'occasion de dire d'emblée que Sully n'est pas un chef d'oeuvre inoubliable, mais que c'est un film propre et d'une certaine efficacité. Notez qu'il ne dure qu'une grosse heure et demie: c'est bien suffisant.

Vous le savez sûrement: Clint Eastwood s'intéresse aux Américains ordinaires - sans doute parce que c'est à eux qu'il ressemble, en fait. Cette fois, son personnage-clé existe vraiment: Chesley Sullenberger était pilote de ligne quand, le 15 janvier 2009, un arrêt des moteurs de son Airbus A320 l'obligea à se poser en catastrophe... au centre même de Hudson River, le fleuve qui rejoint l'Atlantique dans la baie de New York. Sully nous montre plusieurs fois cet amerrissage forcé et réussi (aucune des 155 personnes à bord n'a été tuée !). Le film raconte aussi ce qui s'est passé ensuite: les très longues procédures d'audition du commandant Sullenberger devant les commissions d'enquête chargées d'établir la vérité. Je veux rassurer aussitôt celles et ceux d'entre vous qui craindraient de se retrouver tout à fait noyés sous le jargon aéronautique: à de rares exceptions près, les dialogues sont parfaitement compréhensibles pour un profane. L'aspect humain de ces événements prend très largement le dessus. Il n'est pas gênant de connaître la fin à l'avance: ce n'est pas non plus un frein au plaisir.

Il faut dire que, dans le rôle-titre, Tom Hanks livre une prestation inspirée: je l'ai trouvé excellent dans la peau de cet homme tourmenté, qui doute de son héroïsme et, en réalité, de la justesse de son comportement face au danger. Mais, mieux, il n'est pas seul ! Pour moi, la révélation du film s'appelle Aaron Eckart, qui existe réellement au second plan, ce qui donne du coup une belle épaisseur au personnage de Jeff Skiles, le copilote. Il faut admettre également qu'il ne reste pas beaucoup de lumière pour la distribution complémentaire et relever, pourquoi pas ? l'absence d'un rôle féminin fort. La forme, quant à elle, est empreinte de ce classicisme rigoureux auquel Clint Eastwood nous a habitués. Je peux comprendre que cela frustre les cinéphiles exigeants, mais je suppose qu'à 87 ans bientôt, mon "vieil ami" réalisateur ne changera plus (ou qu'à peine). Sully n'est pas incontournable, mais c'est un récit à la fois intéressant et bien raconté. Sans en faire une règle absolue, on n'est pas obligé d'attendre davantage du cinéma - enfin, pas à chaque fois, disons...

Sully
Film américain de Clint Eastwood (2016)

Faire une liste des films eastwoodiens qui mettent en scène des héros ordinaires... j'aimerais bien, mais je crains que ce soit fastidieux. Autant attendre avant de céder à la tentation de la rétrospective. Maintenant, l'ennui, c'est que je vois peu de films comparables aujourd'hui. Je n'ai par exemple pas vu le Flight de Robert Zemeckis. Ce que j'aimerais, c'est découvrir Les survivants. Pas tout de suite...

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Pour patienter, une solution simple...
Elle consiste à vous envoler pour lire les avis de Pascale et Dasola. Envie de poursuivre le voyage ? Le commandant Strum vous attend.

lundi 2 janvier 2017

C'est reparti !

Cette fois, c'est dans un train que je dois être à l'heure où ces lignes apparaissent sur le blog. Après une courte pause familiale, je rentre chez moi pour reprendre le boulot demain. Je vous ferai attendre jusqu'à mercredi pour parler de cinéma, mais je peux déjà annoncer que j'en profiterai pour fêter le retour d'un vieil ami. Mais chuuuuut !

En attendant, avec Frédéric, Ari et Medi, je trinque à votre santé pour vous souhaiter une très belle année 2017. Puisse-t-elle répondre favorablement à tous vos espoirs... et pas seulement à vos attentes cinématographiques ! Sur le plan du septième art, je dois admettre ne pas m'être encore penché sur ce que les mois à venir promettent. Après tout, les incertitudes ont du bon: je laisse venir, plutôt confiant en la capacité des films à m'étonner et à m'émouvoir, bien entendu. L'année dernière, rien qu'en janvier, j'en avais vu dix-sept, dont huit en salles - et tous pour la première fois. Quel sera le prochain ? Joker. Le champagne, c'est pareil: un millésime réserve bien des surprises...

samedi 24 décembre 2016

Interruption des programmes

Bon... soyez prévenus: je ne vais pas être très bavard aujourd'hui. Simplement, je voulais vous signaler que Mille et une bobines s'interrompait quelques jours, à l'occasion des fêtes de fin d'année. Quand vous lirez ces lignes, je serai très probablement dans un avion. J'en profite pour vous souhaiter à toutes et tous un très joyeux Noël !

Comme Chihiro, je vous salue et m'éclipse, pour une grosse semaine seulement. Cette pause va me faire du bien, car j'ai dû travailler d'arrache-pied pour partir en vacances l'esprit (à peu près) tranquille. Comme l'an passé, ce n'est donc qu'au mois de janvier que j'évoquerai les quelques derniers films que j'ai vus en 2016. Il est trop tôt encore pour parler de l'année à venir et du possible renouveau de ce blog. Mes ami(e)s, je sais en tout cas pouvoir compter sur votre fidélité. Sincèrement, elle m'est précieuse et je vous donne donc rendez-vous bientôt pour la reprise des chroniques. Je compte également sur vous pour bien profiter du cinéma pendant mon absence. That's all, folks !

jeudi 22 décembre 2016

Noël, du gâteau ?

Mon amie Joss avait beaucoup de travail, ce mois-ci. Elle a tenu cependant à rester fidèle à sa chronique mensuelle, même si un peu en retard. Fidèle à ses habitudes, elle a choisi un film "de saison"...

Avant la trêve de Noël, j'ai fait la mienne ! Et le créateur de ce blog a grelotté de froid en attendant de chauffer son âtre. C'en est fait. Et avec quel combustible de choix ! La bûche absente de sa filmographie ? Impossible. Réchauffons-nous enfin.

Trois soeurs sont réunies autour de leur mère lors de l'enterrement de leur beau-père. La première scène donne déjà le la de tout l'esprit du film: trois portraits féminins éclectiques liés par l'amour d'une mère et celui fédérateur que toutes trois lui  portent, tout comme à leur père d'ailleurs. Louba (Sabine Azéma), Sonia (Emmanuelle Béart) et Milla (Charlotte Gainsbourg), nées de Stanislas, un violoniste tzigane retraité (Claude Rich) et d'une superbe plante qui le rend encore jaloux en la personne d'Yvette (Françoise Fabian), se trouvent toutes trois au point charnière de leur existence.

L'aînée Louba, douce et bienveillante pour chacun, danseuse tzigane pour restos russes chics, est enceinte de Gilbert (Jean-Pierre Darroussin), marié et déjà père de cinq enfants, qui l'aime depuis des années sans avoir le courage de se décider. Louba ne sait si elle doit garder cet enfant ou pas. De son côté, Sonia mène une existence insatisfaisante de bourgeoise aisée auprès de ses deux enfants, d'un mari snob et infidèle, et d'un amant sincère, fleuriste à Rungis. Quant à la jeune Milla, rebelle de la famille, elle cumule les échecs sentimentaux tout en orchestrant avec brio une carrière commerciale autonome. Leurs indécisions respectives trouvent leur point d'orgue dans la montée en puissance de deux lourds secrets couvés par chacun de leurs parents. C'est le crescendo d'une mélopée tzigane: ça monte en force et quelle force !

Les deux révélations apporteront à leurs progénitures la confirmation d'une nécessaire prise de conscience et aussi de décisions respectives. Nous n'y assisterons pas mais nous le pressentons, et c'est déjà bien suffisant pour donner à ce scénario toute sa valeur. Danièle Thomson fait preuve d'un talent fou pour mener trois portraits de jeunes femmes avec toujours une face cachée, tout en introduisant des personnages périphériques goûteux, sans mièvrerie et eux aussi bien plus profonds que d'apparence: Jean-Pierre Darrroussin, Isabelle Carré et Christopher Thomson sont à croquer. La réalisatrice s'est saisie des préparatifs de Noël comme cadre d'un drame à multiples tiroirs dont la particularité est aussi de communiquer entre eux, notamment dans leur dénouement individuel, mais aussi dans une peinture familiale authentique qui pourrait bien faire réfléchir beaucoup d'entre nous. Noël est-il toujours vécu avec joie et douceur ? Ne remet-on pas en cause notre propre parcours dans ce pot où fraternité et amour ne sont pas forcément au rendez-vous ?

En tout cas, la bûche peut parfois s'avérer très lourde à digérer. Celle-ci demeure positive, pleine d'espoir et de vie au fil de dialogues savoureux et jamais dénués d'humour. Dès les premiers instants, dans l'écrasement attendu de l'enterrement au Père Lachaise, la sonnerie du téléphone du défunt au fond du trou fait réaliser à sa veuve qu'elle a oublié de prévenir l'ex-femme avec laquelle le couple conservait des liens. Plus tard, Gilbert, criant son désespoir à un inconnu qu'il a confondu de dos avec sa belle-soeur Milla... tout cela ponctue le rythme de jolis sourires remplis d'esprit. À la façon des pizzicati tziganes, ils viennent poser leurs surprises vivifiantes entre quelques scènes décisives comme Sonia distribuant les riches cadeaux d'entreprise Lancel de son mari aux passants des Tuileries ou encore la mère apprenant de manière anodine au patriarche que sa dernière fille - sa préférée - est le fruit de ses amours avec un autre. Des instants carrément douloureux nous soulèveront vers le dénouement: Joseph faisant face à l'irresponsable mère de ses enfants le soir de Noël en est un bel exemple. Mais tout s'arrange, les angles se polissent. Y'a de la force et aussi de l'amour là-dedans. Ce premier film de Danièle Thomson en tant que cinéaste fut servi par une écriture solide et un casting de valeur. En dix-sept ans, il n'a pas pris une ride. Je vous en sers une part ?

Pour finir, un grand merci à Joss pour ses différentes chroniques ! Puisqu'il m'a été conseillé de les rendre accessibles plus facilement pour les lecteurs tardifs, j'ajoute un lien vers les précédentes:
- L'avenir / Mia Hansen-Løve / 2016,
- Aya de Yopougon / Marguerite Aboué et Clément Oubrerie / 2013,
- Camille redouble / Noémie Lvovsky / 2012,
- The station agent / Thomas McCarthy / 2003,
- Journal intime / Nanni Moretti / 1993.

mardi 20 décembre 2016

Une longue filature

Le cinéma avance au rythme de 24 images par seconde. Deux heures de film correspondent donc à un enchaînement de 2.073.600 photos ! C'est pourtant une image relativement précise que j'avais en tête quand j'ai décidé de voir - ou revoir ? - La prisonnière du désert. Inutile d'attendre longtemps: elle est en fait issue... du premier plan.

Cette image, la voici: une femme sortie de sa maison pour découvrir un homme à cheval, son beau-frère, au coeur du Texas de 1868. Moins d'une minute de projection et, déjà, John Ford plante le décor de ce que beaucoup considèrent comme son meilleur western. L'histoire elle-même n'est pas d'une originalité folle: un ancien soldat de la Guerre de Sécession retrouve les siens après de longues années d'absence. Puis, le ranch de son frère étant  attaqué par une tribu d'Indiens, il entame une longue traque aux Peaux rouges, bien décidé qu'il est à délivrer les deux femmes qui ont été capturées. J'imagine que vous aurez déjà remarqué que La prisonnière du désert s'écrit au singulier: pas question pour moi d'en dire davantage sur le sujet ! Maintenant, ce dont je suis sûr, c'est qu'on tient là un western classique au possible, d'une grande beauté plastique. En vrai amateur du genre, je dois dire que j'en ai vraiment pris "plein les mirettes"...

Assez curieusement, pourtant, j'ai ressenti quelques imperfections. Sans doute le mot est-il un peu fort: je vais me contenter d'indiquer que, par brefs instants, le film ne m'a pas totalement convaincu. L'idée, c'est qu'il est censé dérouler son intrigue sur cinq ans environ. Or, parfois, j'ai trouvé les ellipses un peu brutales et il m'a fallu quelques minutes pour relier une scène à sa devancière, par exemple. Bref... tout bien considéré, ce ne sont que de tous petits détails. Chose intéressante, en revanche: le ton de La prisonnière du désert m'est apparu un peu moins consensuel que ce à quoi je m'attendais. Sur ce point, le traitement du personnage interprété par John Wayne est franchement parvenu à me surprendre. J'aurais parié avoir affaire à un héros au coeur pur, sans peur ni reproche, défenseur acharné des petites gens... mais en fait, il s'est avéré que sa personnalité était bien plus complexe - et pas forcément exempte de racisme ! Rien que pour ça, le film vaut le détour et mérite son statut d'oeuvre maîtresse du cinéma américain. Et à vous de (re)découvrir le reste...

La prisonnière du désert
Film américain de John Ford (1956)

C'est un fait: mes westerns préférés sont le plus souvent spaghetti. Pourtant, face au talent des grands maîtres américains, je m'incline volontiers. La vérité est que la comparaison demeure fort discutable. Cela faisait un bon moment que j'avais pas eu l'occasion d'apprécier un tel standard du cinéma US. J'en reverrais bien quelques autres quand l'occasion se présentera, tels par exemple Rio Bravo ou Alamo.

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Envie de rester dans le grand Ouest ?
D'autres avis sont à lire chez Elle et Lui, Chonchon et Princécranoir. Strum et Eeguab, eux, vous reparleront de John Ford plus en détails.

dimanche 18 décembre 2016

Disparue

Gregg avec deux G: jusque dans son prénom, Gregg Araki surprend. Je suis dernièrement entré dans l'univers du cinéaste en regardant son dernier film à ce jour, White bird, adaptation cinéma du roman presque éponyme de Laura Kasischke. Je n'avais guère d'autre info quand j'ai allumé ma télé pour cette nouvelle séance de rattrapage...

Se lancer ainsi dans la découverte d'un long-métrage sans en avoir lu le pitch, je trouve que ça peut être intéressant. Cette fois, j'avais quand même deux points de repère, à savoir les deux actrices principales, Shailene Woodley et Eva Green. Sachant qu'onze années les séparent, il n'est pas très crédible que la seconde incarne la mère de la première, mais peu importe: en passant sur cette incongruité toute relative, on peut sans doute se satisfaire de ce White bird. L'intrigue repose sur la disparition soudaine d'une femme au foyer dans la classe moyenne américaine. Le film scrute les conséquences de cet événement et nous fait constater... qu'il n'y en a presque pas !

Parce qu'elle n'aimait pas son mari, parce que sa relation avec sa fille devenait de plus en plus tendue, parce que sa vie se limitait finalement à ses tâches ménagères quotidiennes, Eve Connors laisse derrière elle non pas un grand vide, mais une totale indifférence. Maintenant, c'est à vous de savoir si ce récit autour d'une absence peut vous intéresser. Objectivement, Gregg Araki a un talent certain pour instiller le doute et nous faire nous demander ce qui s'est passé. Je ne sais pas l'expliquer en peu de mots, mais ses seuls cadrages dégagent une impression de malaise, accentuée par une photo relativement sombre et le détachement dont les divers personnages font preuve. Entrecoupé de flashbacks et de cauchemars, White bird s'ouvre aussi à un certain onirisme, en se montrant assez intelligent pour éviter d'en faire des caisses. Deux défauts viennent pour moi altérer le bilan: un ton assez froid et une conclusion-résolution plaquée, qui dévoile le fin mot de l'histoire de manière un peu bêta. Bon, c'est peut-être fidèle au roman, mais je demeure un peu déçu...

White bird
Film américain de Gregg Araki (2014)

Qui dit "femme disparue" pense forcément à Gone girl, je suppose. Attention: le film du jour est retors, mais celui de David Fincher développe une tension beaucoup plus forte... et quelques surprises frappantes ! La comparaison ne tient donc pas vraiment la distance. Maintenant, les ami(e)s, je vous écoute pour d'autres suggestions cinéma sur le thème des disparitions. Moi, je vous conseille Frantic !

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Un dernier constat: Gregg Araki fait recette...

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