samedi 7 septembre 2013

Le trip ultime ?

Je l'ai déjà dit: parler d'un classique du cinéma ne m'est pas facile. Entre l'appréhension de répéter ce que tout le monde sait et la crainte de trop en dévoiler aux profanes, le rédacteur passionné que je suis hésite toujours quant au ton à adopter. 2001: l'odyssée de l'espace présente ainsi un défi important. De son film, Stanley Kubrick disait avoir voulu faire "une expérience visuelle intensément subjective". Peu bavard sur sa vision, son idée était en réalité de laisser chacun "libre de spéculer sur la signification philosophique et allégorique" donnée au long-métrage. La porte béante à toutes les perceptions.

La première surprise qu'offre le film, c'est d'ouvrir sur quelques plans larges d'une planète presque déserte: la Terre. Une incrustation textuelle nous informe que nous sommes à l'aube de l'humanité. Effectivement, très vite, apparaissent quelques hominidés aux traits encore simiesques. La question de la survie paraît devoir se poser entre plusieurs petits groupes. 2001: l'odyssée de l'espace la résout brutalement quand, après la découverte d'un étrange monolithe lisse et noir, un singe plus malin que les autres (?) tue un rival à l'aide d'une arme primitive. La naissance de l'humanité par le crime...

Il faut attendre une vingtaine de minutes avant la première parole. Soudain, la caméra s'élève et 2001: l'odyssée de l'espace justifie pleinement son titre. Je ne vais pas tout vous raconter. Sachez simplement que les hommes sont donc désormais lancés à la conquête de l'univers, non sans un certain succès. Une énigme se pose à eux, partis de fait à la recherche de leurs origines ou d'une possible vie extra-terrestre. Il faut ici se souvenir que le film est sorti en 1968. Neil Armstrong ne devait marcher sur la Lune qu'un an plus tard. L'inspiration de Stanley Kubrick a bien quelque chose de précurseur.

Le maître américain s'est assuré de la collaboration d'un auteur spécialiste de la science-fiction, le Britannique Arthur C. Clarke. Ensemble, les deux hommes développent l'intrigue de La sentinelle. Cette nouvelle, parue en... 1951, reprend l'idée du monolithe, totem peut-être d'une autre civilisation. Ainsi que je l'ai souligné précédemment, le film reste toutefois ouvert aux interprétations personnelles qu'on voudra bien lui donner. Bien plus sensitif qu'explicite, 2001: l'odyssée de l'espace est une expérience unique. Un long-métrage qui a su rester fascinant, 45 ans après sa création.

Le trip ultime ? Officiellement, Stanley Kubrick n'a jamais consommé de drogue lui-même. Parmi les éléments qui font que le film est resté dans les annales du cinéma, il y a toutefois un Oscar pour ses effets spéciaux - le seul obtenu malgré quatre nominations. Il faut admettre que, même après avoir vu beaucoup d'autres images de ce genre, celles de 2001: l'odyssée de l'espace scotchent la rétine. On glisse alors dans la peau de ce scientifique halluciné qui nous les fait découvrir. Réflexion sur l'intelligence artificielle sur fond de musique classique, le film est un voyage dont on ne revient qu'avec peine.

2001: l'odyssée de l'espace
Film américain de Stanley Kubrick (1968)
Que c'est agréable de savourer un vieux classique et de mobiliser l'ensemble de ses sens pour en percevoir le possible message ! J'aimerais témoigner qu'il n'est pas nécessaire de vouer un amour inconditionnel à la science-fiction pour apprécier le spectacle. Référence parmi les références, 2001... est à voir pour lui-même. Comme le sont aussi La guerre des étoiles ou Blade runner...

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Toujours pas convaincus ?
Vous le serez peut-être par la chronique de "L'oeil sur l'écran". Alternative possible: celle d'une nouvelle lectrice, Aelezig. Signataire de quelques commentaires récents, cette passionnée du septième art est aussi l'auteur du très éclectique "Mon cinéma jour après jour".

vendredi 6 septembre 2013

Six ans déjà !

J'ai compté: avec 738 films référencés, un total de 915 chroniques publiées et 386 commentaires à ce jour, Mille et une bobines célèbre aujourd'hui ses six ans. J'ai certainement déjà eu l'occasion de dire mon étonnement devant sa longévité. Quand j'ai décidé de me lancer dans l'aventure, j'avais certes l'expérience d'un blog, mais je dois dire que j'étais loin d'imaginer que mon intérêt pour le cinéma prendrait une telle ampleur. Et voilà ! Je suis heureux du "chemin parcouru". Assez fier, aussi, surtout d'avoir pu m'ouvrir à la parole des artistes.

L'histoire ne s'arrête pas là. Comme il y a six ans, j'ignore encore tout du temps que je vais continuer à consacrer à ces pages. Je sais simplement qu'elles répondent bien à leur vocation première - être d'abord ma mémoire de cinéma - et aussi que je prends un réel plaisir à y évoquer mes découvertes. Élargir le débat en mettant en valeur d'autres avis est une tentation qui revient me titiller à intervalles réguliers. Et si c'était l'une des nouveautés de cette septième année ? Nous verrons bien. D'ici là, je demeure ouvert à toute suggestion...

mercredi 4 septembre 2013

Vues subjectives

L'idée d'Angles d'attaque n'est pas mauvaise. Ce film américain évoque la visite officielle d'un président US en Espagne, dans le cadre d'une grande conférence internationale de lutte contre le terrorisme. Nous sommes ici invités à suivre l'événement depuis le camion-régie d'une équipe télé assurant la retransmission en direct. Les chefs d'État sont installés à une tribune en plein air, acclamés par une foule immense. La tension monte et, soudain, plusieurs coups de feu claquent. Le président s'écroule. Fondu au noir. Tout recommence...

L'idée dont je parlais au départ, c'est celle qui consiste à reproduire plusieurs fois la même séquence de lancement, vue pour commencer par le truchement des caméras télé, puis de l'oeil du garde du corps présidentiel, au travers du regard d'un anonyme dans la foule, etc... Chaque fois que le film "redémarre", la nouvelle perspective permet d'apercevoir de nouveaux détails pour comprendre ce qui se passe. Angles d'attaque ménage ainsi un bon petit suspense et le spectateur amateur d'énigme se régalera pendant une bonne moitié du métrage. Ensuite et presque malheureusement, ce qui est montré relève davantage de l'ordinaire du cinéma d'action venu d'outre-Atlantique. Courses-poursuites, explosions et lutte du gentil combattant en solo contre les méchants en bande organisée: tout ça, c'est du déjà-vu.

Au crédit du film, on pourra toujours porter une distribution globalement étincelante. Dennis Quaid, William Hurt, Forest Whitaker et Sigourney Weaver en sont les joyaux. Le "problème" vient du fait qu'aucun n'a un rôle réellement développé, le grand éclatement initial de l'intrigue n'offrant pas au réalisateur l'opportunité de développer des caractères plus précis. Angles d'attaque est ce qu'il est convenu d'appeler un film efficace. Bon point: il a le mérite de ne pas durer plus d'une heure trente, ce qui suffit largement à son scénario minimaliste. Pour l'apprécier à sa juste valeur, encore faut-il passer sur quelques grossières invraisemblances. J'y suis plutôt parvenu. Comment ? En me rappelant que tout ça n'était que du cinéma. Objectivement, et sans regret, on peut aussi très bien s'en passer...

Angles d'attaque
Film américain de Pete Travis (2008)

La phobie américaine à l'égard des attentats terroristes a généré d'autres films, bien meilleurs que celui-là. Délesté des scories patriotiques, le long-métrage d'aujourd'hui offre un divertissement honnête. C'est déjà ça. J'espère avoir des occasions pour découvrir d'autres oeuvres sur le même principe des vues subjectives. Je suis donc à l'écoute de vos éventuelles suggestions. J'ai entendu parler d'un vieux film d'Akira Kurosawa, Rashômon (1950). À suivre...

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Pas génial, peut-être, mais tout de même...

Le film est commenté sur plusieurs des blogs que je fréquente régulièrement: "Sur la route du cinéma", "L'oeil sur l'écran" et enfin "Le blog de Dasola". Les opinions divergent: je vous laisse regarder.

lundi 2 septembre 2013

Un peu gros

Ce n'est pas tous les jours qu'un film israélien déboule sur les écrans français. En 2010, quand Sumô y est parvenu, il n'y en a eu que sept en tout, parfois en coproduction internationale. Ce simple constat suffirait à expliquer pourquoi j'ai donné sa chance à ce long-métrage. J'espérais dépaysement et fantaisie, surtout que le pitch annonçait l'histoire d'un groupe d'amis "un peu enveloppés" décidés à devenir sumotoris ! Au final, je n'ai rien vu de mauvais. Rien d'extraordinaire non plus, malheureusement, le film ne portant rien de ses origines...

Sumô pourrait tout aussi bien être une production américaine lambda. Encore une chance qu'Arte ait diffusé le film en hébreu ! Hormis l'usage de cette langue bien différente de la nôtre, je cherche encore l'originalité du long-métrage. Les deux réalisateurs proposent finalement une petite galerie de portraits à la sauce très classique. Handicapé par son poids, le héros perd son boulot, déprime et finit par faire la plonge dans un restaurant de sushis. Très vite "adopté" par un vieux sage nippon, il aura donc l'occasion d'abandonner quelques complexes au passage et, mieux, de trouver enfin la femme de sa vie. Je vous laisse découvrir seuls les (rares) rebondissements.

Pour ma part, sans savoir quoi exactement, il faut bien que j'admette que j'attendais un peu mieux. Ne soyons pas bégueule: il m'est arrivé de sourire. Trop gentil pour être descendu en flammes, Sumô demeure tout à fait supportable à condition de ne pas avoir tout misé sur son côté "exotique". À la limite, on peut aussi évoquer son mérite à faire d'acteurs corpulents les héros de son histoire - ce n'est pas tous les jours non plus que ça arrive, ça ! Dans l'ensemble apprécié par la critique professionnelle, le long-métrage a aussi pour qualité d'avoir cherché le réalisme - les réalisateurs ont fait plusieurs voyages au Japon et les acteurs ont été soumis à de vrais entraînements. Dommage que tout ça n'aille pas vraiment plus loin dans la découverte d'une autre culture. Aux States, on parle déjà d'un possible remake...

Sumô
Film israélien de Sharon Maymon et Erez Tadmor (2010)

La déception prédomine: les qualités du long-métrage n'ont pas suffi à me convaincre que nous tenons là une nouvelle pépite du cinéma social. Il arrive pourtant que Sumô soit comparé à The full monty. Admettons quelques similitudes sur le plan du scénario. J'aurais aimé que tout ça s'emballe un peu plus. Il manque en fait un peu de folie...

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Vous cherchez quelqu'un qui aurait mieux apprécié le film ?

C'est le cas de Dasola. Chronique à lire sur... "Le blog de Dasola".

vendredi 30 août 2013

Dix ans sans Charles

Charles Bronson n'est sûrement pas le plus populaire des acteurs américains. Il n'empêche que j'ai eu envie d'écrire un petit mot sur lui aujourd'hui, jour du dixième anniversaire de sa disparition. Souvenirs marquants de l'homme à l'harmonica d'Il était une fois dans l'Ouest...

Même si j'ai finalement vu peu de ses films, Karol Dionizy Buczynski mérite d'après moi qu'on ne l'oublie pas. Sa carrière au cinéma commence assez tardivement, en 1951, alors qu'il a déjà 30 ans. Auparavant, il a été mineur de fond et mitrailleur dans un bombardier pendant la seconde guerre mondiale. Avant l'écran géant, il est attiré par les planches, non sans succès d'ailleurs. Issu d'une famille ouvrière d'origine polonaise et lituanienne, il joue fréquemment les Indiens pour Hollywood. Et devient traitre à sa tribu dans Bronco Apache...

Sergio Leone est sans aucun doute l'un des grands réalisateurs européens qui ont permis à Charles Bronson de faire valoir son talent sur le Vieux Continent. En 1970, avec Marlène Jobert, il tourne aussi sous la direction d'un Français: René Clément. Adapté du roman éponyme de Sébastien Japrisot, Le passager de la pluie obtient même le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère. Il faut préciser que l'Américain y est doublé. Son personnage a un accent américain très prononcé, celui de l'acteur et réalisateur John Berry.

Connaissez-vous Michael Gordon Peterson ? Cet ancien boxeur gallois est considéré comme le prisonnier le plus violent de Grande-Bretagne. Il a choisi Charles Bronson comme pseudonyme, sans vouloir en faire une référence à l'acteur, paraît-il. Ce dernier a également fréquenté la prison, mais pour la fiction, dans La grande évasion. Il est toutefois souvent apparu en apôtre de la justice, fut-elle expéditive. Bronson, c'est bien sûr Un justicier dans la ville et ses quatre suites. Sylvester Stallone, qui envisageait un remake, a fini par y renoncer.   

mardi 27 août 2013

En quête d'éternité

L'anecdote remonte au 12 juin dernier. Invités à prendre la parole devant un parterre d'étudiants, George Lucas et Steven Spielberg disent leurs inquiétudes et se font prophètes... de la fin du cinéma ! Leur argument: les films sont devenus trop chers. Il suffirait donc que, lassé du spectacle, le public se détourne pour que la pyramide des studios s'écroule. Je ne sais pas combien a coûté Le congrès. J'ai toutefois la conviction - et l'espoir, à vrai dire - qu'un avenir radieux du septième art passe surtout par l'inventivité. Et là, j'ai été servi...

De manière explicite, Le congrès parle d'ailleurs lui aussi de l'avenir du cinéma. Soit Robin Wright, comédienne réelle, dans la robe chic d'un personnage qui porte son nom. Un personnage ? Le film s'ouvre sur son visage en gros plan avec, en voix off, celle de son agent. Deux ou trois minutes pour évoquer une carrière et sa possible fin. Une solution se présente, toutefois: Robin pourra être à plein temps la mère parfaite qu'elle s'efforce d'incarner si elle consent à laisser son image faire du cinéma... sans elle. L'idée consiste à scanner l'ensemble de ses émotions pour façonner une sorte de clone chargé de tourner les films à sa place. Au-delà de l'argent, l'actrice oubliée gagnerait aussitôt une part d'éternité, cet incroyable privilège habituellement réservé aux authentiques étoiles. Vous aurez compris que le mythe de Faust n'est pas loin quand le réalisateur Ari Folman lance son histoire à la conquête de notre imagination. J'ajoute juste que cette première partie du film est diablement efficace. On y croit !

Vingt années passent d'un coup et le pacte signé par Robin est arrivé à expiration. Alors que se pose la question de son renouvellement pour - au moins - vingt années de plus, la comédienne est l'invitée d'une réunion virtuelle. Elle bascule alors dans un monde animé. Décalque du nôtre ? Ça, parce que j'ai déjà trop dit, je vous laisserai le découvrir seuls, ainsi que le second enjeu dramatique qui sous-tend le scénario de cette belle seconde partie du long-métrage. L'originalité vient également d'un virage à 180 degrés sur le plan formel: Le congrès devient un film d'animation, en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire. Cette audacieuse volte-face esthétique risque de dérouter certains d'entre vous. Je salue toutefois ce choix courageux - la liberté de choisir, c'est d'ailleurs l'un des grands thèmes du film. Sachez-le: le message n'est pas des plus optimistes. Je dois dire toutefois qu'au final, en allant jusqu'au bout de sa logique maternelle, Robin Wright a bien su m'émouvoir. Mission accomplie !

Le congrès
Film israélo-américain d'Ari Folman (2013)

Un point à préciser: le long-métrage a aussi bénéficié de soutiens luxembourgeois et polonais. Comme Solaris avant lui, il puise l'inspiration de son sujet dans un roman de l'écrivain Stanislas Lem. Les deux films ne se ressemblent pas, cela dit. Je crois même pouvoir dire que Le congrès ne ressemble à aucun autre des films que j'ai vus jusqu'à aujourd'hui. Notez toutefois qu'Ari Folman est un nom connu des cinéphiles pour avoir été le réalisateur du film Valse avec Bachir. Ce documentaire d'animation évoque une intervention militaire israélienne au Liban au printemps 1982. J'en reparlerai probablement.

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Est-ce que d'autres internautes ont aimé le film ?
Oui. Pascale en parle d'ailleurs sur son blog, "Sur la route du cinéma".

samedi 24 août 2013

Destinées tsiganes

Je suppose que ces choses-là arrivent. L'autre soir, assez peu inspiré à l'heure de choisir un film à poser sur ma platine DVD, j'ai retenu Liberté, prêté par un ami (salut, Johan !). J'avais franchement envie de l'aimer, mais je suis quelque peu passé à côté. Pas question ici pour moi d'en dire du mal, mais je suis vraiment déçu: j'espérais quelque chose d'autre, un souffle épique ou je ne sais quoi. Me faire raconter la déportation des tsiganes pendant la seconde guerre mondiale aurait pu être un moment d'émotion, mais c'est resté plat...

Reprenons. En faisant des fils de fer barbelés d'un camp concentrationnaire les cordes d'une guitare, le film semblait vouloir m'embarquer dans un univers onirique riche d'une certaine promesse. Las ! Il est vite redevenu très terre-à-terre. Je respecte le choix personnel de Tony Gatlif, mais limiter les enjeux de son long-métrage au suivi d'une famille de quinze Tsiganes m'a paru en restreindre exagérément le périmètre et la portée dramatique. Si je veux croire qu'elle existe, la portée universelle du film ne m'a pas atteint. Aussitôt, j'ai même tiqué sur les inexactitudes du script, qui évoque le président de la République française en 1943, et j'ai été interloqué du rôle subsidiaire que le film fait jouer à l'occupant allemand. Finalement, tout m'a paru se passer comme si la déportation n'était qu'une simple conséquence des petits préjugés franchouillards vis-à-vis des gens du voyage. Liberté joue dans un cadre trop petit.

Ce qui se passe à l'écran m'a parfois semblé trop allusif ou elliptique pour toucher vraiment le public ignorant de ces faits. Le film garde toutefois quelques qualités et, bien sûr, a le grand mérite d'évoquer ces faits, justement, ce qu'aucun autre long-métrage n'avait fait avant lui, sauf erreur. De plus, en intégrant de fait une communauté tsigane, le spectateur lambda découvre un peu de leur mode de vie nomade, opportunité rare et plaisante. Peut-être que Liberté compte trop de personnages: on s'attache à deux ou trois, mais les autres paraissent posés là pour faire figuration. Les gentils sédentaires joués par Marc Lavoine et Marie-Josée Croze n'ajoutent que bien peu de choses à l'intrigue, en dépit d'un joli plan où leurs regards inquiets se croisent entre deux portes. J'ai mieux aimé la prestation acrobatique de James Thierrée, petit-fils de Charles Chaplin. Souvent en harmonie avec la musique, il apporte rythme et émotion. Enfin !

Liberté
Film français de Tony Gatlif (2010)

C'est à regret que je n'attribue que trois étoiles à ce long-métrage. Peut-être que j'en ai trop attendu pour l'apprécier à sa juste valeur. Je veux redire mon respect pour la démarche du réalisateur. S'emparer de cette thématique n'avait rien d'évident et j'y vois donc un choix personnel, presque intime, digne d'être soutenu et loué. Steven Spielberg ne fait pas autre chose avec La liste de Shindler. J'aimerais revoir Au revoir, les enfants, le film de Louis Malle...

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Si vous voulez lire d'autres avis sur le film...
Vous en trouverez un chez Pascale ("Sur la route du cinéma"). Dasola l'évoque dans une chronique à films multiples ("Le blog de Dasola"). 

mercredi 21 août 2013

Combat pour l'honneur

L'histoire ne dit pas si les toutes premières séances ont fait le plein. Quand, à la fin de sa première semaine d'exploitation, je me suis rué pour aller voir Les sept samouraïs au cinéma, il y avait encore moins de spectateurs dans la salle que de guerriers à l'écran ! La ressortie dans une copie neuve et en version intégrale du film d'Akira Kurosawa m'a offert la chance de le voir dans de belles conditions, meilleures sûrement que celles offertes par le DVD que j'avais d'abord envisagé de regarder. Un plaisir rare et raffiné, le fruit d'un Japon fantasmé.

Sauf oubli malencontreux, Les sept samouraïs devient le plus vieux des films que j'ai découverts en salle. L'histoire ? Celle d'un village perdu dans la montagne, au 16ème siècle. Fauchés comme les blés qu'ils récoltent pour survivre, ses habitants craignent légitimement l'attaque d'un gang de bandits cavaliers. Jugeant qu'ils n'ont plus rien à perdre, certains d'entre eux partent à la recherche d'un groupe d'hommes aguerris au combat pour leur venir en aide. Leur souci premier, c'est qu'ils n'ont qu'un peu de riz à offrir en compensation. Heureusement, après quelques jours de recherche, un brave type accepte le marché et convainc même quelques autres de se joindre avec lui à l'équipée-retour. Je ne vais pas vous parler de la suite. Simple précision à l'attention de celles et ceux qui auraient eux aussi l'occasion d'appréhender le film pour la première fois: cette version intégrale dure près de trois heures et demie. Il est d'ailleurs amusant d'avoir droit à un entracte au milieu, image fixe et musique à la clé. C'est qu'en 1954, tout le métrage ne tenait pas sur la même bobine...

Sur le grand écran blanc, Les sept samouraïs a encore belle allure. Question de ressenti, bien sûr. Sauf à être véritablement réfractaire au noir et blanc ou ignare en cinéma, il n'est pas compliqué d'imaginer quelques-unes des prouesses réalisées ici par les équipes engagées. Si ce que j'ai lu est exact, le film est resté longtemps le long-métrage le plus cher de l'histoire du cinéma japonais. Akira Kurosawa préparait son coup depuis un bon moment, mais avait initialement dû renoncer à tourner une histoire de ce genre, alors freiné dans son élan artistique... par la censure de l'occupant américain ! On peut juger qu'après coup, le cinéaste s'est joliment rattrapé. Dépassant largement les délais et les moyens que la production lui avait octroyés, il parvint à définir une nouvelle référence du film d'action. Attention: son oeuvre est nettement plus riche et ne se cantonne certainement pas à une suite de batailles homériques. Les talents multiples des comédiens engagés en font aussi une très belle galerie de portraits, portée encore par un discours signifiant sur la société nippone et les rapports de force entre les hommes d'un même pays. Aujourd'hui encore, il y a vraiment de quoi penser et s'émerveiller !

Les sept samouraïs
Film japonais d'Akira Kurosawa (1954)

Avec un peu de recul, je crois pouvoir dire que je suis assez mûr aujourd'hui pour apprécier ce genre de longs-métrages. Il y a encore quelques années, j'aurai fini par trouver le temps long. Je suis allé cette fois au cinéma en connaissance de cause... et de durée. Désormais, Akira Kurosawa m'apparaît en père d'une cinématographie assez fascinante. Le plus beau reste à découvrir: je n'ai encore vu que trois de ses films, tous tournés sur fond de Japon médiéval. Kagemusha ? J'en reparlerai. D'ici là, vous pouvez relire ici mon avis sur Le château de l'araignée. D'autres encore pourraient suivre. Possible que je commence par un remake: Les sept mercenaires !

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Et en attendant ces chroniques non encore programmées...
Vous pouvez noter que le perfectionniste Akira Kurosawa avait choisi d'utiliser cinq villages différents pour donner l'impression d'un seul dans le film !  Un autre avis sur le long-métrage ? Il y en a un publié sur ce blog ami qu'est "L'oeil sur l'écran". Il vous reste à cliquer...   

dimanche 18 août 2013

Une simple jeune fille

Quand La dentellière sort sur les écrans français, Isabelle Huppert vient d'avoir 24 ans. Ancienne étudiante au Conservatoire national d'art dramatique, elle compte déjà quinze longs-métrages à son actif. Celui de Claude Goretta va marquer sa carrière: le réalisateur suisse lui offre en effet son premier rôle principal. Isabelle devient Béatrice alias Pomme, une fille un peu plus jeune qui, elle aussi, a commencé à gagner sa vie, comme apprentie dans un salon de coiffure. Un jour d'été, la shampooineuse part en vacances avec sa patronne. Elle fait alors la connaissance d'un garçon, François, et en oublie sa solitude...

Si j'ai décidé de regarder La dentellière, c'est pour essayer d'effacer mon a priori persistant à l'égard d'Isabelle Huppert. Je ne sais pas pourquoi, mais je n'aime pas beaucoup cette comédienne - je voue d'ailleurs la même inimitié à Fanny Ardant, qui ne m'a pourtant causé aucun tort particulier. Allez comprendre... le fait est que je suis content aujourd'hui d'avoir défié mes préjugés. J'ai vraiment apprécié le jeu d'Isabelle Huppert dans ce film. Elle a su m'emmener avec elle dans la peau de son personnage et m'en faire ressentir le pathétisme. Soyez prévenus: les âmes sensibles auront peut-être du mal à digérer l'évolution et le dénouement de cette histoire. Je les connaissais d'avance, moi, mais j'ai quand même été secoué. La lente évolution vers ce qui ne paraissait pourtant pas inéluctable est très poignante. Adapté d'un roman éponyme de Pascal Lainé, récompensé du prix Goncourt 1974, le long-métrage cite Maupassant. C'était donc écrit...

Je crois que je n'oublierai pas de sitôt le dernier plan sur le visage d'Isabelle Huppert. Sa fixité a achevé de me tétaniser. Il serait toutefois injuste de résumer le film à cette parfaite composition. Techniquement, le travail accompli me paraît tout aussi digne d'éloges. Oeuvre de trois femmes, le montage est ainsi une merveille de précision. D'une grande beauté dans la simplicité même, la photo contribue elle aussi significativement à la réussite de l'ensemble. J'ignore si vous y serez sensibles, mais j'ai trouvé que le cadre s'enrichissait d'éléments symboliques, comme ces saisons qui défilent et conduisent doucement vers le froid. Je dirais que La dentellière demeure jusqu'au bout un film pudique. Il s'achève sur un silence persistant, sans cris, sans larmes, et j'ai envie d'insister pour dire aussi que ce n'est pas la moindre de ses qualités. L'émotion nait parfois de ces toutes petites choses qui trouvent en nous un écho...

La dentellière
Film franco-suisse de Claude Goretta (1977)

La reconnaissance de son talent ? En France, Isabelle Huppert devait l'attendre encore un peu, avec un Prix d'interprétation féminine obtenu à Cannes en 1978. Le film que je vous ai présenté aujourd'hui lui valut tout de même d'être célébrée en Angleterre et en Italie. Comparaison n'est jamais raison, mais son jeu ici m'a remémoré celui d'Isabelle Adjani dans L'histoire d'Adèle H. Ce sera mon dernier mot.

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Vous voulez malgré tout en savoir plus ?
Je vous renvoie à la chronique de mes amis de "L'oeil sur l'écran". Attention: en la lisant, vous connaîtrez prématurément la fin du film.

jeudi 15 août 2013

Miss tourbillon

J'en formule le voeu: qui veut s'aventurer hors des sentiers balisés trouvera toujours sur les écrans de cinéma des chemins de traverse dignes d'être parcourus. Il me paraît à la fois étonnant et réjouissant de constater qu'aux États-Unis, par exemple, le septième art génère annuellement quantité de films dispensables, aux côtés desquels il est possible de trouver de petites perles de technique et/ou d'intelligence scénaristique. Porté par un noir et blanc classieux, Frances Ha émarge en seconde catégorie. Et son héroïne est très attachante...

Frances Ha - c'est... une partie de son nom, le film vous expliquera tout ça beaucoup mieux que moi - a 27 ans. Elle habite un appart dans New York, avec Sophie, sa meilleure amie et colocataire, refuse de déménager pour vivre avec un garçon et pense qu'un jour, elle sera danseuse ou chorégraphe. Elle se dit aussi qu'en attendant, le monde peut bien lui laisser vivre dans son insouciance d'adolescente tardive. Or, toute gentille qu'elle soit, la demoiselle n'arrive plus franchement à retenir les gens autour d'elle. Quand le film commence, elle est même "plaquée" par Sophie, décidée, elle, à s'engager durablement avec son petit copain. D'adresse provisoire en vraie galère, Frances découvre la vraie vie dans la douleur. Le moment est venu pour moi d'indiquer que le film, lui, n'a rien de pathétique. À l'image d'ailleurs de son personnage principal, il est drôle, assez farfelu et touchant. Tourbillonnant, aussi, avec certains dialogues d'une rare volubilité.

Quel est le mot pour ça ? Arty ? Peut-être bien. La critique professionnelle souligne volontiers que le film multiplie les références au cinéma d'auteur et notamment à la Nouvelle Vague française. Comme vous pouvez l'imaginer, le choix de tourner en noir et blanc n'est pas anodin: cette technique apporte au long-métrage une patine artisanale, pas dénuée d'intérêt. Frances Ha n'en demeure pas moins d'une incontestable modernité, les atermoiements de la jeune femme ressemblant fort à ce que bien des jeunes adultes peuvent ressentir. Je ne suis pas sûr du coup que le scénario puisse séduire un public très large - en fait, ce serait plutôt même le contraire. On notera pour sa défense qu'il a été co-écrit par Greta Gerwig, titulaire du rôle principal. Pour le coup, à l'écran, l'abattage de la comédienne contribue grandement à la réussite formelle de l'ensemble. Suffisamment en tout cas pour que je parle d'un petit coup de coeur.

Frances Ha
Film américain de Noah Baumbach (2013)

Un noir et blanc tourné dans New York: le réalisateur peut sembler marcher dans les pas de Woody Allen et de son superbe Manhattan. On peut aussi trouver de (lointains) échos avec Alice, autre histoire de femme tardivement révélée à elle-même. C'est à vous de saisir d'autres références, maintenant: la musique de Georges Delerue pourrait vous y aider. J'ignorais tout de Noah Baumbach avant de voir ce film. Depuis, j'ai appris qu'il avait collaboré avec Wes Anderson. Délire: il a co-scénarisé le dernier volet de la franchise Madagascar !

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Et maintenant, une autre opinion sur le film ?

J'ai l'impression que Pascale ("Sur la route du cinéma") a aimé aussi. Dasola ("Le blog de Dasola") est plutôt passée à côté.