mercredi 18 décembre 2019

Au-delà de l'horizon

Combien de figures historiques Gérard Depardieu a-t-il incarnées ? J'ignore la réponse à cette question introductive, mais c'est confiant en son talent que j'ai choisi de regarder 1492 - Christophe Colomb. Toujours aussi friand de films en costumes, j'ai apprécié ce moment agréable. Deux heures et demie de (grand) spectacle... vite passées !

La genèse d'un film est parfois surprenante. Pour ce qui est du cas concret qui nous occupe aujourd'hui, tout est parti de l'idée originale d'une dénommée Roselyne Bosch, dont je n'avais guère entendu parler qu'à l'occasion d'une polémique sur l'émotion suscitée par l'évocation cinématographique de la Shoah. Âgée d'une petite trentaine d'années au début des nineties, la Française, journaliste, rédige une série d'articles sur Séville, qui se prépare à célébrer le 500ème anniversaire de la découverte de l'Amérique. Elle en tirera donc aussi un scénario ! Autant vous le signaler: ce dernier a été "validé" par une commission d'experts espagnols, le sujet étant de fait considéré comme sensible. Rassurez-vous: cela ne nuit pas (trop) à 1492 - Christophe Colomb. Bien qu'un peu grandiloquent parfois, le film est porté par un souffle épique tout à fait dans la droite ligne de ce que je pouvais attendre. Notre Gégé national n'y est pas pour rien, mais je dois reconnaître que, pour une fois, j'ai préféré la VF à la VO, jugeant l'accent anglais du grand acteur assez terrifiant. Même les meilleurs ont des limites...

Je me suis consolé en savourant la prestation d'ensemble d'un casting solide, d'où émergent quelques visages connus: Sigourney Weaver royale en Isabelle la Catholique, Tchéky Karyo pertinent en armateur complice ou Fernando Rey en moine et éphémère soutien de Colomb. Remarquable aussi, Michael Wincott, dont j'ignorais tout: un méchant très intense. Le fait que les uns et les autres soient de nationalités différentes ajoute un petit quelque chose d'étonnant à la crédibilité collective: après tout, nous sommes ici en présence d'une production internationale. Pour une fois, le cinéma européen sort plutôt grandi de l'expérience. 1492 - Christophe Colomb n'a pas séduit le public américain, peut-être parce qu'il montre que les motivations premières des explorateurs partis vers le Nouveau Monde n'avaient rien à voir avec un intérêt pour la science ou une quelconque philanthropie. Personnellement, j'en étais déjà convaincu et j'ai donc suivi ce récit sans me formaliser. Il y a bien quelques maladresses, mais passons...

1492 - Christophe Colomb
Film hispano-franco-britannique de Ridley Scott (1992)

Je mets quatre étoiles pleines pour confirmer mon choix - assumé - de ne retenir que le meilleur. Maintenant, pour jouer à mon petit jeu habituel des comparaisons, j'ai envie de voir Le nouveau monde réalisé par Terrence Malick (2005)... qui attend sagement son tour. Avant cela, s'il me faut vous suggérer un autre long-métrage consacré à un explorateur, je tiens à choisir un James Gray: The lost city of Z.

mardi 17 décembre 2019

Pied au plancher

C'est l'un de mes paradoxes: alors que je saisis toutes les occasions d'éviter de conduire, j'aimais regarder les Grands Prix F1 à la télé. Bon... j'ai arrêté depuis des années, mais, à cette époque, je me dis que je ne serais pas allé voir Le Mans 66 - et sans le moindre regret. C'est une chose curieuse, parfois, que l'évolution des envies cinéma...

Je vous l'avoue d'emblée: c'est essentiellement la présence conjuguée de Matt Damon et Christian Bale qui m'a encouragé à venir découvrir cette histoire d'amitié virile dans le milieu des courses d'endurance. Comme celui de nombreux films US aujourd'hui, le scénario s'inspire d'une histoire vraie, dont l'argument principal tiendrait sur une feuille de papier à cigarette. Carroll Shelby (Damon) est un brillant pilote automobile, mais son coeur est devenu trop fragile pour qu'il continue à courir. Il s'entend alors avec le groupe Ford pour construire une auto capable de mettre un terme à l'hégémonie des Ferrari sur le circuit manceau (où il a lui-même triomphé quelques années auparavant). Pour cela, il a aussi besoin d'un chien fou au volant... et il le trouve en la personne de Ken Miles (Bale), un mécanicien britannique émigré aux États-Unis, aussi doué sur la piste qu'il est irascible en dehors ! Reste à imposer ce choix au big boss de l'écurie. Et c'est pas gagné...

La suite, vous la devinez sûrement... ou au moins pour une partie. Objectivement, Le Mans 66 n'est pas le film le plus original qui soit. Côté mécanique, on est servi: sans toutefois entrer dans des détails inutiles sur la conception d'un bolide de course, le récit nous offre quelques jolis moments dans les labos et bien plus encore en course. Tout s'avère bien évidemment taillé pour le grand écran: les images sont spectaculaires et c'est aussi par le son que l'on est vite immergé dans ce milieu de compétition intense. Il ne manque que les odeurs. Une chose est sûre: la mayonnaise prend vraiment tout son temps pour monter, l'histoire complète durant deux belles heures et demie. Personnellement, je ne les ai guère vu passer, mais je comprends aisément que cela puisse paraître longuet à certain(e)s d'entre vous. Cela aura peut-être très légèrement influé sur ma note, finalement. Bref... n'en tenez aucun compte et ma foi, si cela vous tente, foncez !

Le Mans 66
Film américain de James Mangold (2019)

Trois étoiles et demie pour sanctionner un moment plutôt plaisant. L'une des grandes qualités du film est qu'il a du rythme, bien utile pour nous intéresser sur la durée. J'ai aussi apprécié quelques pointes d'humour, savamment distillées. Je ne suis pas sûr qu'il soit facile d'écrire un film sur le sport. Il me faudrait voir Le Mans (tout court) pour oser une comparaison. L'opportunité de revoir Steve McQueen...

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Encore un peu d'huile dans le moteur ?
Très bien: vous aurez peut-être envie de lire aussi l'avis de Pascale. 

lundi 16 décembre 2019

Le roi des montagnes

Pour beaucoup de Français amateurs de cinéma, le souvenir de 1988 est indissociable des dauphins. C'est cependant un tout autre animal qui avait fini numéro 1 du box-office français cette année-là: L'ours ! 9.136.266 entrées contre 9.074.317 pour Le grand bleu: cela a tenu à peu de choses. À moi de vous expliquer que ce n'est pas immérité...

Sur le plan statistique toujours, L'ours a toujours le plus gros score d'un film diffusé à la télé française, avec 16,4 millions de spectateurs lors de sa première programmation sur TF1, un soir de février 1992. Derrière la froideur des chiffres, une belle histoire et un long-métrage impressionnant. D'abord adapté d'un livre, le récit joue résolument sur nos cordes sensibles en prenant pour héros un ourson dont la mère vient de mourir. Désormais livré à lui-même, le jeune plantigrade rencontre un autre "adulte" et, insistant, parvient à se faire adopter. La principale menace qui pèse sur le duo est identifiée: les hommes ! La caméra, quant à elle, se focalise principalement sur les animaux...

Trois acteurs (dont Tchéky Karyo) incarnent le groupe des chasseurs. Les dialogues importent peu et sont réduits au strict minimum. Difficile de ne pas le remarquer: c'est bel et bien la nature sauvage qui est le sujet du film... et, très logiquement, elle est présentée dans toute sa magnificence. De ce fait, même si les bêtes à l'écran ont été dressées, le long-métrage a des vertus écolo avant l'heure ! Deux César - de la réalisation et du montage - en ont encore ajouté au triomphe public de ce qui peut presque s'apparenter à une fable. Pour la petite anecdote, bien que censé se passer dans les montagnes de Colombie britannique, L'ours a été tourné sur plusieurs sites européens, en Italie, en Allemagne et en Autriche. Forcé de s'adapter aux aléas climatiques, le tournage aura duré, en tout, 109 jours. L'idée était véritablement d'adopter le point de vue des animaux. D'après moi, le succès de cette démarche n'est pas usurpé: les efforts consentis nous permettent d'admirer une oeuvre cinématographique d'une puissance émotionnelle avérée, même plus de trente ans après !

L'ours
Film français de Jean-Jacques Annaud (1988)

La décennie 80 est véritablement triomphale pour notre compatriote cinéaste: il signe ici une oeuvre animalière mémorable, d'une beauté rarement égalée. On est proche d'un film récent: Le dernier loup. Car JJA est demeuré fidèle à ses idées ! Il lui aura fallu attendre quatre années pleines avant que les ours soient prêts, un long délai qu'il a très habilement exploité... pour nous offrir Le nom de la rose !

dimanche 15 décembre 2019

Main baladeuse

Si je vous dis La Chose, dans la famille Addams, ça vous parle ? Sortie d'un laboratoire, l'une des protagonistes de mon film du jour est une autre main, habituée à se promener seule, sans bras ou être humain pour la guider. J'ai perdu mon corps: voilà un titre explicite. Ce film d'animation est le grand vainqueur du Festival d'Annecy 2019 !

Également récompensé à Los Angeles et Cannes, il raconte l'histoire d'un livreur de pizza d'origine marocaine, Naoufel, tombé amoureux d'une fille aussitôt après... avoir entendu sa voix à l'interphone. Parfaitement déterminé à devenir pianiste de concert ET astronaute quand il était petit, le jeune homme ne veut surtout pas renoncer aussi à son nouveau rêve: retrouver cette Gabrielle qui n'a pas voulu de sa Napolitaine (avec supplément oignons) apportée en retard. Comme je le signalais en introduction, le film s'intéresse également au devenir d'une main, ce qui lui donne un petit côté fantastique. Certaines choses seront expliquées au cours du récit, d'autres non. Adaptation du roman Happy hand de Guillaume Laurant, ce dessin animé peut dérouter et s'adresse plutôt, a priori, à un public adulte...

Tout dépendra de savoir si vous êtes sensibles à son charme (ou pas). Dans le vaste paysage de l'animation française, J'ai perdu mon corps m'est apparu comme une oeuvre atypique. Sa singularité le rend intéressant à suivre, mais peut-être un peu complexe, a fortiori quand, une fois familiarisé avec cet univers proche du nôtre, on finit par admettre que certains mystères subsisteront jusqu'au bout. Immergé dans la très planante bande originale, j'ai dès lors accepté de ne pas tout comprendre et de me laisser porter, tout simplement. Quelque part, je me dis que l'auteur et le réalisateur ont voulu laisser au spectateur l'opportunité de "boucher les trous" avec son imaginaire propre: c'est bien ainsi. Je ne prédis pas un triomphe au box-office pour ce genre d'objet de cinéma, mais que cela existe me fait plaisir !

J'ai perdu mon corps
Film français de Jérémy Clapin (2019)
Ce premier long d'un jeune réalisateur - 45 ans - semble prometteur pour la suite d'une carrière désormais lancée. Je n'avais plus vu d'animé aussi novateur (et mature) depuis le futuriste Amer béton. J'ai encore tellement à découvrir, dans ce seul registre de cinéma ! Apprécié en salles, c'est par Netflix que ce film va partir à la conquête du marché mondial. Il n'y aura plus qu'à lui souhaiter un grand succès !

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Si vous souhaitez aller plus loin avec le film...
Vous en trouverez une autre chronique (dithyrambique) chez Pascale. Dasola en a parlé aussi, mais elle me paraît un peu moins convaincue.

vendredi 13 décembre 2019

Faire face

Elle a incarné - entre autres - une petite fille pourchassée par un gang de tueurs, la reine d'une lointaine galaxie et une ballerine parano. Natalie Portman n'est pas toujours là où on l'attend. Je la considère comme l'une des bonnes actrices américaines, mais pas la meilleure. Au final, je n'étais pas contre l'idée de la (re)découvrir dans Jackie...

Comme le titre pourra le suggérer aux passionnés d'histoire, ce film dresse le portrait de Jacqueline Kennedy née Bouvier, restée célèbre pour avoir été, dix années durant, l'épouse du président américain assassiné à Dallas en novembre 1963. Que dire ? Cet événement funeste est au coeur du scénario, bien sûr, mais il l'est d'une manière originale: quand le récit s'ouvre, le meurtre a d'ores et déjà eu lieu. Ainsi la caméra suit-elle une veuve et, concrètement, une femme sommée de faire face à la pire tragédie sans perdre sa dignité. Qu'importe si elle n'est déjà plus la First Lady: il lui faut se comporter comme si elle l'était toujours, ne pas céder à une quelconque panique ou au chagrin. Pour rendre ce bout de vie intéressant, le montage propose un enchaînement de courtes séquences, sans se préoccuper de la chronologie: il contient quelques flashbacks, oui, mais s'articule principalement autour d'une interview donnée par Jackie à un reporter de la presse écrite venu recueillir ses impressions quelques semaines après le drame. Cela m'a paru assez juste sur ce plan journalistique...

C'est vrai qu'il n'évite pas complétement de glorifier son personnage principal, mais Jackie est un film plus intelligent qu'un biopic moyen. Pour mémoire, je vous recommande de chercher le nom du réalisateur parmi ceux de mon index (à droite): vous verrez que ce cinéaste chilien avait déjà su se distinguer très favorablement par le passé. Cette fois, il aurait travaillé sur commande. Et alors ? Je vous certifie que cela n'enlève rien à la qualité de sa mise en scène, dynamisée encore par la très belle photographie du Français Stéphane Fontaine. Maintenant, une chose est sûre: un tel projet ne fonctionnerait pas sans l'investissement résolu d'une actrice intégralement impliquée. Bingo ! Natalie Portman se montre très convaincante. Elle a la classe des grand(e)s: pas question, donc, de tirer toute la couverture à elle. Dans le casting, j'ai ainsi été enchanté de revoir John Hurt, excellent en confesseur empathique, et Greta Gerwig, que je n'ai pas reconnue tout de suite, mais qui tient bien son petit rôle d'assistante et amie. Vraie surprise: le long-métrage est rentré bredouille des Oscars 2017 !

Jackie
Film américain de Pablo Larraín (2016)

Un long-métrage moins polémique que JFK, l'un des films-souvenirs de mon adolescence, qui contestait les sources officielles sur la mort de Kennedy. En attendant de comparer, je veux vous redire que l'opus présenté aujourd'hui, sans être parfait, vaut largement le détour. L'Amérique n'est pas avare en biopics "politiques", mais le résultat n'est pas toujours probant. De mémoire, Lincoln est plutôt efficace...

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Si jamais ma chronique ne vous suffit pas...
J'en ai lu d'autres chez Pascale, Sentinelle, Princécranoir et Eeguab. Bon... vous pouvez aussi donner du clic du côté de "L'oeil sur l'écran" !

mercredi 11 décembre 2019

Héritière malgré elle

Le saviez-vous ? Une légende néo-zélandaise dit que le premier chef maori est arrivé au pays depuis la mer, à dos de baleine. Ce mythe est à l'origine du film dont je vous parlerai aujourd'hui: tout au bout de la lignée, une fillette - dont le père est parti - est censée prendre la succession de son lointain ancêtre. Mais ce n'est pas aussi facile...

Malgré son sourire et son amour pour sa terre, la (très) jeune héroïne de Paï, l'élue d'un peuple nouveau n'est en fait qu'une "remplaçante" aux yeux du grand-père chargé de l'initier. C'est bel et bien un garçon qui aurait dû hériter du statut privilégié, mais voilà... le frère jumeau de la gamine finalement désignée est mort à la naissance. J'imagine que je n'ai pas besoin d'en rajouter pour que vous puissiez deviner ce qui va se passer ensuite: le film promeut des valeurs positives, quitte à ce qu'il faille contester des traditions anciennes. J'ai aimé qu'il me conduise dans un pays assez peu présent au cinéma. Tout à coup, les antipodes m'ont paru un peu moins loin. C'est bien...

Ne craignez pas un long-métrage trop sirupeux: si les bons sentiments sont effectivement de sortie, l'histoire, elle, s'avère assez dépaysante pour qu'on puisse profiter du film sans état d'âme. Le monde animal trouve une place importante dans l'évolution du récit et c'est un plaisir supplémentaire: de très belles scènes marines nous sont offertes. Quant aux acteurs, tous inconnus à mes yeux, je les ai trouvé sobres et, donc, dans le bon ton. Pour info, la petite Keisha Castle-Hugues avait été nommée à l'Oscar pour sa prestation dans le rôle-titre. Conseil: n'attendez pas de miracle et ouvrez simplement votre coeur. Vous pourriez alors trouver dans tout cela bien plus de jolies choses que dans l'un ou l'autre de ces films de Noël dont nos amies les télés risquent fort de nous "gaver" d'ici peu. Une belle occasion de voyager.

Paï, l'élue d'un peuple nouveau
Film néo-zélandais de Niki Caro (2003)

Sa nationalité lui vaut bien un petit surcroît d'enthousiasme. J'ai vu un film largement accessible à tous les publics et qu'une évocation touchante des légendes locales tire résolument vers le haut. Preuve s'il en fallait que le cinéma kiwi ne se réduit pas à Jane Campion. Maintenant, vous êtes libres de préférer (re)voir La leçon de piano. Ou, pour retrouver les mers, L'odyssée, Océans... et Le grand bleu !

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Et maintenant, pour faire un juste contrepoint...

Je vous signale qu'on est moins enthousiaste chez "L'oeil sur l'écran".

lundi 9 décembre 2019

Audrey et Paul

Mes décisions de rapprocher deux films sont bien sûr discutables. Pour ouvrir ma semaine sur un diptyque, ce lundi, j'ai choisi d'évoquer pour vous deux classiques, chacun étant porté par au moins une star. C'est aussi l'occasion de revenir sur deux des genres incontournables du cinéma hollywoodien des années 50. Allez... évadons-nous un peu !

Drôle de frimousse
Film américain de Stanley Donen (1957)

Un plaid ou un chat, quelques marshmallows et idéalement un chocolat chaud: sauf si vous êtes déjà en charmante compagnie, il n'y a rien d'aussi agréable pour savourer pleinement cette comédie musicale écrite par l'un des maîtres en la matière. Un après-midi de l'hiver prochain, vous pourriez être enchantés de retrouver Audrey Hepburn dans ses oeuvres. La belle ignore à quel point elle est charmante ! Sage bibliothécaire, elle est pourtant repérée par un photographe chevronné, qui fait d'elle une icône de la mode et l'emmène à Paris. La France est réduite à quelques clichés, mais c'est plutôt amusant. Problème: la pauvre enfant préfère de loin assister aux conférences d'un savant plutôt que de s'aventurer sur les podiums de la capitale. D'où, vous l'imaginez, quelques péripéties délicieusement vintage. Gentiment naïf, le spectacle est au rendez-vous, d'autant que le rôle masculin a été confié à Fred Astaire. On oubliera les trente années qui le séparent de sa jolie partenaire pour mieux craquer sur ce duo glamour. Dès qu'ils dansent, on ne voit pas ce qu'il y aurait de mieux !
 
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D'autres avis ? D'autres images ?
J'ai pu en trouver chez Ideyvonne et du côté de "L'oeil sur l'écran". Vincent aime lui aussi le film, mais son lien vidéo ne fonctionne plus.

Le gaucher
Film américain d'Arthur Penn (1958)
Pas un débutant, mais presque: Paul Newman n'a que quatre années de cinéma et six films derrière lui lorsqu'il incarne ici Billy le Kid. Reste que le jeune trentenaire peut déjà se targuer de récompenses prestigieuses: ainsi, après avoir reçu le Golden Globe de la révélation masculine en 1954, vient-il d'obtenir un Prix d'interprétation cannois. Sa carrière est lancée. Dans ce western mélancolique, le noir et blanc n'altère en rien sa force expressive. Au contraire, il la transcende ! C'est donc avec passion que l'on suit l'évolution du brave garçon devenu bandit (presque) malgré lui. On ne ressent d'abord que la soif de liberté d'un jeune type perdu, qui ne rencontre son père spirituel que pour le voir mourir aussitôt sous les balles d'hommes dépourvus de tout scrupule. Oui, c'est bien une destinée pathétique qui se joue sous nos yeux peu ou prou habitués aux figures de cowboys positives. Bien que prévisible pour le coup, la conclusion est un peu abrupte. C'est qu'on a fini par s'attacher au personnage et oublié du coup le jeu parfois outrancier de l'acteur-vedette. Un bémol qui n'en est pas un...

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D'autres opinions ? D'autres remarques ?
Une fois encore, "L'oeil sur l'écran" est au rendez-vous du classique. Notez bien qu'on parle également du film chez Eeguab et chez Vincent.

samedi 7 décembre 2019

L'enfant et les oiseaux

Je l'ai déjà dit plusieurs fois: les bons sentiments sont insuffisants pour construire un bon scénario. Si violent soit-il parfois, le cinéma regorge pourtant de "sucreries". Certaines sont peu vraisemblables. Donne-moi des ailes, de son côté, s'inspire de faits réels. L'exemple d'un film qui, à mon avis, cible en priorité les familles avec enfants...

Donne-moi des ailes est le récit d'une métamorphose. Thomas, ado pas-encore-boutonneux, passe tout son temps sur ses jeux vidéo. Pour l'aérer un peu, sa mère l'expédie chez son père, en Camargue. Privé de wifi, notre jeune ami n'a d'autre solution que de s'intéresser à l'activité pseudo-scientifique du paternel autour de l'élevage d'oies sauvages. L'intéressé poursuit un objectif: familiariser les oiseaux avec la présence humaine afin, ensuite, de voler avec eux (en ULM !) pour les conduire sur le chemin de leur migration, en les préservant des chasseurs et de tous les autres prédateurs animaux. Le miracle de la nature opère: après quelques râleries d'usage, le petit citadin qu'est Thomas devient un militant écolo convaincu. Les sceptiques feront la part des choses et les cyniques s'abstiendront ! Les autres...

Les autres voudront bien voir dans ce récit une fable contemporaine sans prétention. Le sujet est porteur et je pense assez fédérateur pour que le charme agisse auprès du public attendu, déjà convaincu sans doute de la légitimité de la cause (même si le tout est convenu). C'est volontairement que j'élude ici toute comparaison entre le récit et l'exactitude des faits: je vous laisserai vous pencher vous-mêmes sur la question, si tant est qu'elle puisse vous intéresser également. Difficile, à ce stade, de ne pas regretter que Donne-moi des ailes prête le flanc à la critique: mal géré, le tournage aurait causé la perte de plusieurs centaines d'oeufs de flamants roses, du fait du passage répété d'aéronefs motorisés au-dessus des salins d'Aigues-Mortes. Dommage... car les images sont fort belles, qu'elles aient été saisies en Camargue ou ailleurs, en Picardie ou en Norvège, par exemple. Allez savoir si elles n'éveilleront pas quelque vocation d'ornithologue !

Donne-moi des ailes
Film français de Nicolas Vanier (2019)

Ce (beau) film d'un spécialiste du genre vaut assurément le détour pour ses plans aériens absolument époustouflants. Je crois l'histoire capable de vous séduire aussi... si vous avez gardé une petite âme d'enfant. C'est indéniable: elle est assez linéaire et TRÈS prévisible. Pourquoi demander davantage ? Si vous tenez à rester dans les clous de la réalité, je reviendrais bien, un jour, sur Le peuple migrateur...

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Le film n'a pas l'air de faire beaucoup parler de lui...
Je précise qu'il y a tout de même une (mini-)chronique chez Pascale.

mercredi 4 décembre 2019

Une fois (encore) au Mexique

Je sais très bien que Sergio Corbucci a réalisé des dizaines de films dans des genres différents, mais que voulez-vous ? Seuls ses westerns me sont pour l'instant tombés sous la main. Il faut que je reconnaisse que c'est sans déplaisir que j'ai découvert le fameux Compañeros. Comme d'autres, il est assaisonné à la sauce mexicaine. Ay caramba !

Simple, le scénario repose assez classiquement sur le comportement d'hommes opportunistes au milieu de guérillas plus ou moins actives. L'idée est ici qu'on se bagarre seulement pour ses intérêts spécifiques et que toute alliance est par nature incertaine. Au final, le souffle libertaire qui parcourt le récit est censé nous rendre les personnages sympathiques - euh... les gentils, car les autres sont de purs salauds. Et, sans surprise, ça pétarade dans tous les sens, les protagonistes ayant souvent la capacité de se tirer des pires situations imaginables. C'est foutraque, bouffon, débridé, mais aussi sympa si on se laisse porter. Vous l'avez déjà compris, non ? C'est effectivement mon cas...

Fidèle en amitié, Sergio Corbucci aura fait appel à une petite "troupe" qu'il connaît bien, avec donc quelques visages d'ores et déjà familiers parmi les acteurs-stars (Franco Nero, Jack Palance, Fernando Rey...) et le retour de techniciens ayant déjà connu cet univers fou, fou, fou. Cinéma italien oblige, la bande originale, elle, a été en partie confiée au maestro Ennio Morricone, ce qui est toujours bon pour les oreilles. Je suppose qu'un film comme Compañeros se tourne avec deux bouts de ficelle et pas mal de débrouille, dans la bonne humeur générale. J'ose presque rapprocher ce type de spectacle des buddy movies américains des années 80, les (anti-)héros ne se ressemblant guère de prime abord, mais s'associant le temps d'éliminer des empêcheurs de chevaucher en rond pour enfin mener la grande vie ! Le collectif n'est pas toujours gagnant contre l'individu, mais je noterai toutefois que, dans le cas précis qui nous occupe aujourd'hui, les compagnons d'armes ne se séparent pas forcément une fois leur objectif atteint. Et à présent, je vous laisserai découvrir seuls ce qu'il advient d'eux...

Compañeros
Film italien de Sergio Corbucci (1970)
Malgré mon sincère enthousiasme, ma note reste en demi-teinte. Comment l'expliquer ? De manière très simple, rassurez-vous. Le fait est que j'ai préféré El mercenario, dont ce film est un peu le remake officieux. J'insiste sur la dimension comique: il est clair que Corbucci sait aussi révéler la face noire du western (cf. Le grand silence). J'espère bien pouvoir découvrir comment il traite les autres genres... 

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Attention à ne pas confondre...

Il existe un autre film intitulé Compañeros, sorti en mars dernier. Venu d'Uruguay, il parle de prisonniers politiques sous une dictature...

Vous avez de la chance, vous savez...
Une belle chronique de Vincent vous permettra d'approfondir le sujet !

lundi 2 décembre 2019

Leur différence

En France, aujourd'hui, quelque 37.000 personnes autistes souffrent de ne pas être prises en charge et accompagnées pour leur trouble psychique. Parmi elles, beaucoup d'enfants ! S'il y a peu de chances que le seul cinéma modifie la donne, un film comme Hors normes favorisera peut-être une mini-prise de conscience. Un pas en avant...

Mettons fin à tout suspense: j'ai bien aimé ce film et la délicatesse avec laquelle il aborde un sujet sensible, pour ne pas dire tabou. Têtes d'affiche embarquées dans l'aventure en tant que doubles ciné de travailleurs sociaux bien réels, Vincent Cassel et Reda Kateb témoignent d'un engagement fort à l'égard de leurs personnages. Inédit jusqu'alors, leur duo fait aussi merveille quand il s'agit de jouer avec de véritables jeunes autistes, en reproduisant donc les gestes ordinaires de ceux qui, parents ou professionnels, s'occupent d'eux jour après jour, sans parfois être sûrs que cela les aide à aller mieux. Hors normes rend compte de ces réalités avec beaucoup de subtilité. C'est d'autant plus touchant que l'on apprend alors que ce sont parfois de jeunes adultes "en galère" qui font le boulot. Vous pouvez imaginer que le scénario garantit le yo-yo émotionnel. Soyez assurés toutefois que le long-métrage n'est JAMAIS larmoyant. Et oui, c'est tant mieux !

Il n'est pas interdit de prendre le film négativement. J'ai pu constater qu'il ne faisait pas l'unanimité parmi les soignants: certains ont jugé son approche de l'autisme passéiste et estimé qu'en se concentrant sur des cas sévères, il pouvait même donner raison aux thérapeutes qui pensent certaines personnes incapables de s'insérer dans le milieu dit ordinaire. Je suis, moi, bien trop peu connaisseur pour en juger. Cinéphile avant tout, j'ai vu un long-métrage capable de m'émouvoir en me faisant réfléchir (ou inversement). C'est précisément en cela que je le juge réussi et, autant le dire aussi, résolument optimiste. Hors normes pourrait vraiment, j'imagine, mettre du baume au coeur à certaines personnes aidantes, ce qui serait déjà une bonne chose. J'en suis ressorti un peu plus mobilisé qu'avant... et avec le sourire. Quelques cartons finaux donnent une série d'éléments sur la situation des autistes et de leurs proches dans notre pays. Ne les négligez pas !

Hors normes
Film français d'Olivier Nakache et Éric Toledano (2019)

Ils l'avaient montré avec le méconnu Samba: les papas d'Intouchables ont du coeur et la fibre sociale. Le résultat est tout à fait probant dans le film dont j'ai parlé aujourd'hui - et, à vrai dire, même plus que dans tous les autres de ce duo magique. C'est très prometteur. Maintenant, j'aurais presque envie de revoir Rain man, "vieux" film oscarisé et premier, sauf erreur, à avoir évoqué l'autisme au cinéma !

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En attendant que je me décide enfin...
Je ne saurais trop vous recommander de lire la chronique de Pascale.