mardi 18 mai 2010

La course au trésor

Un monde fou, fou, fou, fou: même le titre est improbable ! Remarquez, les trognes de Terry-Thomas et de Buddy Hackett disent assez bien à quel point le film peut être cinglé. Tout commence bizarrement: si vous croyez que les routes américaines sont toutes droites, sachez que celle du début de l'histoire est au contraire tout ce qu'il y a de plus tournicotante. Danger ? Oui, car, tout juste quelques minutes après le générique, l'un de ses usagers est victime d'un accident. Parti dans le fossé et éjecté de son engin, il meurt avant même qu'il lui soit porté secours. Aux autres conducteurs venus essayer de le sauver, à peine a-t-il le temps de révéler l'endroit (encore assez lointain) où sont enterrés... 350.000 dollars !

Vu que le film date de 1963, comprenez qu'il s'agit d'une somme encore plus rondelette qu'elle ne l'est aujourd'hui. Pas étonnant alors qu'elle suscite les convoitises: sur le bord de la route tournicotante dont je parlais à l'instant, on retrouve donc toute une série d'individus ordinaires devenus prétendants au magot. L'option partage ? Elle fait long feu. Un monde fou, fou, fou, fou débute alors vraiment, en même temps qu'une véritable course-poursuite pour toucher le pactole. Une frénésie s'empare de chacun, d'autant plus immorale que l'origine des fonds est douteuse et, tiens donc ! que des policiers s'en mêlent... dans l'espoir - même pas dissimulé - de mettre eux aussi la main sur l'argent. Dès cet instant, le film, lancé sur des rails assez conventionnels, devient tout à fait débridé et particulièrement loufoque. En un mot comme en cent: jubilatoire !

Cinéphile nostalgique, moi ? Pas seulement. Il me paraît toutefois clair qu'aujourd'hui, personne ne tournerait plus une telle oeuvre. Entendons-nous bien: Stanley Kramer n'atteint pas la perfection absolue - dans le genre, je préfère d'ailleurs La grande course autour du monde, de Blake Edwards, film chroniqué ici l'année dernière. Le fait est pourtant qu'à condition d'accepter les pitreries d'une bande de personnages cupides, on s'amuse beaucoup à suivre leurs pérégrinations. La course au trésor est folle - et de fait le titre du long-métrage tout à fait bien choisi. Un délire de près de 2h30 ! Vous trouvez ça long ? Sachez qu'une version de 3h12 a été tournée et que ce n'est donc que le format "court" que je vous recommande de découvrir aujourd'hui. Un monde fou, fou, fou, fou est assurément l'un de ces films choraux à l'ancienne que j'affectionne tant: rien de franchement réaliste dans tout ça, mais c'est justement pour cela que tout fonctionne à plein régime et dans tous les sens ! Et ce jusqu'à la chute, au sens propre comme au sens figuré...

dimanche 16 mai 2010

Mémoire morte

Ce n'est pas un scoop: j'aime bien Albert Dupontel. Je suis l'essentiel de ses films avec intérêt. C'est pour lui que j'ai regardé Chrysalis, premier long-métrage d'un jeune Français, Julien Leclercq. Flic confronté à la mort de son épouse et partenaire, David consent péniblement à reprendre du service pour traquer le responsable, également coupable d'une série de meurtres. Son enquête l'amène finalement à découvrir une clinique privée un brin étrange, dirigée par une femme psychiatre un brin autoritaire, le professeur Brügen. Il y sera notamment question de mémoire effacée, mais chut ! Maintenant, pas un mot de plus ! Sachez simplement que l'intrigue prend place dans un Paris futuriste, qu'on pourrait situer vers 2025.

C'est de fait sur cet aspect science-fictionnel que le film se démarque du commun des policiers français. Auteur d'un court-métrage tourné autour d'un univers équivalent, Julien Leclercq a paraît-il bénéficié d'un budget de 8,7 millions d'euros pour le format "longue durée". Précision: tout entre en moins d'une heure trente, malgré tout. Maintenant, que dire ? Visuellement, Chrysalis tient la route. Côté casting, ça va aussi, les rôles sont assez bien joués: Albert Dupontel entraîne avec lui une série de personnages secondaires intéressants. Le problème, c'est que le scénario m'a semblé un peu confus. Difficile de s'y retrouver dans une intrigue un poil sordide et alambiquée. L'image, c'est bien, mais l'idée, c'est mieux, vous ne croyez pas ?

Ce qui m'a beaucoup surpris aussi, c'est la violence du film. Polar oblige, je m'attendais évidemment à quelques scènes d'action musclées et à 2-3 échanges de coup de feu. Sur ce point, bingo ! D'emblée, on est servi, avant même que le générique de début ait fini de se dérouler. Une partie du problème est là: Julien Leclercq semble avoir privilégié la forme au fond. D'un point de vue graphique, Chrysalis est donc une réussite. Les colorations grisâtres du métrage lui donnent l'allure glauque qui correspond à ses enjeux. Le reste m'a déçu: je ne suis pas parvenu à "entrer dedans". Et même si, une fois encore, je souligne qu'Albert Dupontel n'a pas hésité un instant à payer de sa personne. Pour ça, chapeau l'artiste !

vendredi 14 mai 2010

Ses vies antérieures

Je pose la question franco: Gérard Depardieu est-il un homme bien ? J'en doute, pour tout dire. J'ai en mémoire l'image de son intrusion sur la scène des Césars 2004 et sa fille Julie, hagarde, parlant de lui comme d'un fardeau auquel elle était désormais "habituée". Malaise. Cela étant dit, il me paraît difficile de nier le talent du comédien, sans doute l'un des plus grands acteurs que la France ait vu naître. Ses choix artistiques, aussi diversifiés que surprenants, lui offrent des rôles changeants, qu'il endosse, sinon avec la même réussite, disons au moins avec une conviction sans cesse renouvelée. C'est bien ce qui fait - entre autres - qu'il me surprend encore et que j'ai une certaine admiration pour lui. Et c'est d'abord parce qu'il en est l'interprète principal que je suis allé voir Mammuth l'autre dimanche.

Le Gérard Depardieu des toutes premières scènes du film m'a fait penser au Mickey Rourke de The wrestler (archive du 20 mars 2009). Même situation sociale misérable, même boulot sans perspective autre qu'un salaire minable, même impression au fond d'avoir laissé filer la vie sans l'attraper vraiment. Serge Pilardos part à la retraite. Le pot de départ qu'organise son patron a des allures d'enterrement. Alors qu'un contremaître annone en lisant son discours, les collègues ont déjà entamé le buffet et l'écoutent d'une oreille tout en mangeant des chips. Le héros du jour repartira avec un puzzle et sans certitude du lendemain. Face aux demandes insistantes de sa femme (magnifique Yolande Moreau !), il remontera sur sa vieille moto. Objectif: récupérer, à droite et à gauche, les nombreux justificatifs qui lui manquent pour toucher sa pension. Débute alors ce qu'il faut bien appeler un road-movie, un retour vers ses vies antérieures.

La route, pour Depardieu-Pilardos, c'est évidemment la rencontre avec les autres. Le souvenir du temps passé, aussi, d'une jeunesse enfouie en lui et qui, soudain, remonte à la surface comme la force des choses. Le personnage le plus étonnant de cette drôle d'histoire est sans doute celui qu'incarne Isabelle Adjani, ex-petite amie décédée dans un accident de moto, symbole lointain d'un destin pathétique et qui aurait pu être tout à fait différent. Mammuth prête à sourire, mais on ne rit jamais aux éclats: c'est un humour grinçant que développent les deux co-réalisateurs, Gustave Kervern et Benoît Delépine, trublions télévisuels et citoyens du Groland. Malgré tout, et de manière à vrai dire assez surprenante, il y a aussi une certaine tendresse, dans cette histoire. Les retrouvailles du "biker" avec une nièce oubliée - et jouée par Miss Ming, comédienne autiste - sont remarquables. Sombres au départ, le film et son personnage avancent vers la lumière. La fable est granuleuse, tourmentée, mais finalement optimiste. Et ça, oui, ça fait du bien.

jeudi 13 mai 2010

Cannes, enfin !

Le journaliste cinéphile se repose. Ascension oblige, j'ai même pu m'offrir un week-end prolongé et j'ai, hier soir, lâché mon stylo jusqu'à lundi matin. Peut-être que dans quelques années, j'arpenterai les coulisses du Festival de Cannes. Sa 63ème édition s'est ouverte hier: la photo que j'ai choisie vous montre - à distance respectable - une partie de jury. Tim Burton, président, est deuxième en partant de la gauche. Sur le tapis rouge, on retrouve les stars d'hier soir, Cate Blanchett et Russel Crowe, venues ensemble présenter le film d'ouverture: le très attendu Robin des bois. C'est décidé: j'en fais ma prochaine sortie cinéma. J'en reparlerai donc... prochainement.

Kététakan ! On dirait du japonais, mais c'est juste du français désarticulé. "Cate est à Cannes", dirais-je, si toutefois la présence de la comédienne australienne sur la Croisette ne m'enthousiasmait pas tant. J'ai déjà eu l'occasion de dire ici tout le bien que je pense d'elle et me réjouis d'avoir quelques-uns de ses films à découvrir encore, à commencer donc par Robin des bois. Je remarque alors qu'une fois de plus, Ridley Scott m'a pris au piège: pas inconditionnel de ce réalisateur, je suis attiré par sa nouvelle oeuvre, dont j'attends un grand souffle épique, de ceux qui savent nous emmener ailleurs deux heures durant. Rappelons également qu'il n'aura de toute façon pas la Palme d'or, le premier film présenté lors du Festival ne faisant jamais partie de la sélection officielle. En fait, les choses sérieuses commencent aujourd'hui, avec - entre autres événements et montées des marches - la projection de deux des 19 films en compétition...

lundi 10 mai 2010

La passion de Tom

Marc Webb attaque fort. Dans (500) jours ensemble, le réalisateur américain annonce d'emblée la couleur. Et c'est assez saignant ! Extrait: "Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé serait totalement fortuite. Surtout avec toi, Jenny Beckman. Salope". En interview, il paraît qu'il se débrouille toujours pour botter en touche au moment de confirmer l'existence de la fille en question, renvoyant à une page Facebook d'autant plus introuvable qu'il existe plusieurs demoiselles ainsi nommées sur le réseau social. Est-ce vraiment important, dans le fond ? Le cinéaste a sûrement trouvé là un bon moyen d'assurer sa promotion, certes un peu décalé, mais plus sympa que cynique. Le film est à l'avenant, je dois dire: pas mémorable pour des siècles et des siècles, mais suffisamment agréable pour passer une bon début de soirée. Je n'en attendais rien d'autre, et pas même le fin mot de l'histoire sur Jenny Beckman. Comme vous l'aurez sûrement déjà compris, le film parle d'une fille, qui s'appelle... Summer Finn. Collègue de travail, un garçon répondant au nom de Tom Hanson en tombe éperdument amoureux au premier jour de leur rencontre. Une liaison débute quelque temps plus tard, qui va durer... oui: environ la moitié de 1.000 jours.

Si je me lasse des comédies romantiques ? Non, pas encore. Attention ! Je tiens toutefois à signaler que (500) jours ensemble n'en est pas une. Enfin, pas seulement. Il y a une certaine fraîcheur dans cette histoire, non pas qu'elle soit d'une quelconque façon originale, mais parce qu'elle est traitée sur un ton assez nouveau. Les personnages sont vite campés: en tant que garçon, je dois admettre sans rougir que je comprends assez bien Tom craquant devant la jolie Summer. Zooey Deschanel, qui lui prête sa frimousse, est indéniablement sexy. Bien filmée par Marc Webb, la belle resplendit pendant presque tout le film, et surtout dans les moments où elle partage les sentiments de son Roméo (Joseph Gordon-Levitt). Ce qui retient l'attention dans tout ça, c'est le montage du scénario: en fait, le long métrage est rythmé par plusieurs allers et venues dans le temps. Très vite, dès le titre en fait, on sait que le couple n'ira pas très loin et que la rupture se profile à l'horizon. La question de savoir si elle aura bien lieu étant elle-même assez vite tranchée par l'affirmative, reste à s'intéresser à ces atermoiements du coeur sur pellicule. Très franchement, cela pourrait être monstrueusement cul-cul, mais non. La manière dont les événements arrivent à l'écran scotche au fauteuil et nous place toujours dans l'attente de la scène qui suivra. Joli coup ! C'était simple, mais encore fallait-il y penser !

Je ne suis pas sûr que, restitué dans l'ordre chronologique pur et dur, le scénario ait le même intérêt. Saluons donc ici l'audace artistique d'un (jeune) réalisateur qui a su donner ainsi une coloration inattendue à une intrigue somme toute relativement convenue. J'imagine que vous ne serez pas surpris si j'ajoute que le charme discret de (500) jours ensemble tient aussi beaucoup au talent déployé par ses interprètes principaux: la fille certes, mais le garçon est vraiment très juste lui aussi, dans un rôle de cocker un peu triste qu'un Bill Murray moins âgé n'aurait pas forcément renié. Comparons tout de même ce qui est comparable et ne nous hasardons pas encore à coller au film une référence trop haute pour lui. Tel qu'il est, il est tout à fait bien. Si j'avais un bémol à mettre, ce serait pour les rôles secondaires. Le héros a en effet quelques potes, tous plus ou moins de bon conseil sur l'attitude à avoir avec les nanas. Il faut bien dire qu'ils n'ajoutent pas grand-chose à la recette et que leur présence s'oublie vite. La petite soeur s'en sort mieux, mais ce qui peut franchement s'effacer moins rapidement, c'est la chouette bande originale, pleine de tubes absolument emballants. Ce n'est certes pas non plus la première fois qu'un film moderne de cette génération s'illustre par sa musique, mais c'est toujours plus agréable ainsi. Marc Webb a désormais pris la place de Sam Raimi pour tourner Spiderman IV. Il n'est pas certain que le résultat me plaise autant...

samedi 8 mai 2010

L'amour violé

Permettez-moi d'ouvrir cette chronique par des remerciements suivis d'une anecdote. Les remerciements sont pour mes parents, qui m'ont offert l'intégrale d'Eric Rohmer. L'anecdote, elle, explique pourquoi j'ai choisi d'inaugurer cette prestigieuse série avec La marquise d'O... (1976). C'est que j'avais déjà entendu parler de la nouvelle d'Heinrich von Kleist dont est issu le film. La personne qui m'a permis de la découvrir est lui-même artiste et entamera à la mi-novembre sa quatrième année aux commandes du bel Opéra de Monte-Carlo. Jean-Louis Grinda trouve que cette histoire ferait un très bon livret. La différence entre lui et moi, qui suis toutefois d'accord sur le fond, c'est que notre homme a la possibilité de commander une oeuvre lyrique inspirée de. Oeuvre que je pourrai apprécier l'an prochain.

Femme du 18ème siècle, La marquise d'O... est une noble italienne et la victime collatérale d'un des nombreux conflits de cette époque difficile. Veuve, elle vit chez ses parents et élève courageusement ses deux enfants. Son père est le chef de la garnison locale, contraint d'agiter le drapeau blanc devant l'avancée de troupes russes. C'est là que se joue le destin de la fille. Menacée par une petite bande d'obscurs soudards, elle est sauvée par un officier qui, lui-même troublé par sa beauté, profite de sa faiblesse soudaine pour la violer. Enceinte, cette femme respectable prend pour un homme de valeur celui qui est le responsable de son malheur et de sa déchéance. Baste ! Pas question pour moi d'en dire plus: je vous laisse découvrir le reste en vous indiquant juste que le scénario du film n'est pas aussi convenu qu'il peut le laisser croire en son commencement. Et comme il est assez remarquablement interprété, il y a là de quoi passer un bon moment pour les amateurs d'oeuvres en costumes.

Ce qui pourrait toutefois en dérouter certains, c'est le fait que le film a été tourné en allemand. C'est en effet outre-Rhin qu'Eric Rohmer a trouvé ses producteurs et notamment la complicité d'un certain Barbet Schroeder. J'imagine qu'on peut attribuer cette circonstance au fait que l'auteur de la nouvelle originelle était lui-même un citoyen de l'actuel Brandenbourg, Land mitoyen de la Pologne. Les cinéphiles noteront toutefois qu'une version française existe et qu'elle fut d'ailleurs supervisée par le réalisateur lui-même, qui confia notamment une voix à Suzanne Flon. Un autre détail, pour s'amuser cette fois: si La marquise d'O... a connu un certain succès, c'est peut-être parce qu'il décrocha le Grand Prix spécial du jury à Cannes, mais aussi du fait que certains spectateurs assez mal avisés l'ont pris pour la suite d'un célèbre film érotique ! Pour parler image, je salue l'excellent travail de photographie accompli par Nestor Almendros. Certains plans s'inspirent directement du travail de peintres contemporains des scènes présentées, Greuze, Füssli ou bien Ingres. Le résultat est là: c'est très franchement et simplement magnifique.

jeudi 6 mai 2010

Un Roméo de trop

Au programme de ce soir, une autre comédie romantique. Un modèle du genre. J'imagine qu'il vous aura été assez difficile de passer complètement à côté de la promo qui entoure L'arnacoeur, film français bien sympa qui vient de dépasser la barre des 3 millions d'entrées - chiffre que seuls 4 longs-métrages tricolores ont atteint en 2009, pour info. Toujours le même thème, donc, mais un tandem différent: cette fois, c'est une Vanessa Paradis simplement craquante et un très mâle Romain Duris qui sont réunis à l'écran. Tous deux sont irrésistibles, mais il serait sûrement injuste d'oublier aussitôt l'autre couple-vedette de l'histoire: Julie Ferrier et François Damiens sont tout bonnement excellents en seconds rôles. Mais n'allons pas trop vite en besogne et reprenons depuis le début: direction Monaco !

Juliette est une jolie jeune femme, oenologue à quelques jours seulement d'un somptueux mariage avec un jeune cadre dynamique de la haute société britannique. Les tourtereaux s'aiment à la folie. C'est là qu'intervient Alex. L'arnacoeur, c'est lui, évidemment. Payé par le père de la belle, et d'ailleurs en mal d'argent, il est missionné pour faire capoter la noce par tous les moyens. Un rôle qui semble taillé sur mesure pour le garçon, qui s'est fait une spécialité de briser les couples mal assortis. Or, c'est là que le bat blesse ! La demoiselle qui lui sert de cible cette fois-ci n'est pas malheureuse, au contraire. Notre French lover masqué est bien embêté: le voilà qui découvre des états d'âme au moment d'agir ! Une situation d'autant plus piquante qu'il affronte un autre os d'un beau calibre: la personnalité de sa supposée "victime", qui ne ressemble en rien aux oies blanches qui tombent généralement dans ses filets. L'infortuné manipulateur est pris au dépourvu. Comme une bombe qu'on aurait désamorcée...

Un peu cynique, puis plutôt transi, Romain Duris est très bon, inspiré dans les deux facettes de son personnage. La filmographie complexe du jeune comédien nous a déjà montré qu'il était à l'aise et crédible partout: il le prouve une nouvelle fois ici. En face, Vanessa Paradis est un peu plus effacée, mais ce n'est pas grave: au fond, cela cadre presque parfaitement au tempérament de cette fille sûre d'elle, mais ni capricieuse, ni autoritaire. Eux aussi remarquables, Julie Ferrier et François Damiens, donc, sont exactement dans le bon ton requis par leurs rôles d'acolytes du piégeur piégé, aux combines multiples. Les rebondissements du scénario leur offrent quelques scènes purement et simplement désopilantes. C'est à regret que je passe rapidement sur les autres personnages et notamment celui qu'interprète Helena Noguerra, copine nympho de l'héroïne: il y a là matière à quelques pitreries pas piquées des hannetons. L'arnacoeur est un vrai bon petit film, qui mérite amplement son succès public. Rien de très original, mais ce n'est pas tous les jours qu'on peut savourer un cocktail aussi frais et sincère au cinéma. Champagne !

mercredi 5 mai 2010

Dans l'attente du bébé

Sacré Sam Mendes ! Pas franchement spécialiste de la filmographie du réalisateur américain, je crois pouvoir dire qu'en tournant Away we go l'année dernière, il a pris à contre-pied une partie du public. J'aurai l'occasion d'y revenir ultérieurement, mais il me semble bien que quelques-uns de ses longs-métrages étaient d'un cynisme glaçant. Là, c'est le contraire: l'oeuvre proposée est tout ce qu'il y a de plus tendre. Elle raconte l'histoire de Verona et Burt, un couple ordinaire qui attend un enfant. Nous sommes invités à les suivre, chez eux et sur la route. Les parents du jeune homme leur annonçant leur départ avant l'arrivée du nouveau né, les amoureux s'en trouvent un peu déboussolés et décident finalement de se mettre eux-mêmes en quête de l'endroit idéal où fonder une famille. Direction ailleurs...

Drôle ? Away we go l'est aussi, détaché de toute méchanceté gratuite. Il est facile de s'attacher aux deux jeunes adultes que sont Verona et Burt et je ne doute pas un seul instant que beaucoup d'entre vous se reconnaîtront en eux, peut-être pas tout le temps mais au moins à un moment ou à un autre du film. Sam Mendes offre également d'autres "modèles" d'identification, en fait une série d'autres personnes que le couple croisera sur son chemin. Galerie d'Américains lambda qui va du duo de hippies en guerre ouverte contre... la poussette aux pseudo-amis inquiétants, femme hystérique et mari parano, en passant par la famille composée à grands renforts d'adoptions successives et variées. Autant de miroirs plus ou moins déformants, repoussants ou au contraire attractifs.

Sur la forme, rien de révolutionnaire dans la technique Sam Mendes. Simplement une efficacité qu'on pourrait qualifier d'américaine. Cette petite heure et demie de cinéma, c'est d'abord la promesse (tenue) d'un chouette divertissement: on ne la voit pas passer ! Maintenant, je ne dirais pas que le film est trop court: de mon point de vue, il est parfaitement dosé. Au moment où démarre le déroulé du générique final, on se dit qu'on aurait volontiers passé un peu plus de temps avec Verona et Burt, ne serait-ce que pour voir comment, au final, ils s'en sortent dans leur nouvelle vie. Away we go s'arrête en fait juste avant de le montrer, comme si le réalisateur avait cherché à préserver l'intimité d'un vrai couple. Un ange passe alors. C'est aussi bien de quitter les tourtereaux sur le pas de leur porte. Sans faire de bruit et le sourire aux lèvres. C'est un vrai bonheur. Sentiment que Maya Rudolph et John Krasinski incarnent à merveille !

lundi 3 mai 2010

Bizarrerie hitchcockienne

Sept Alfred Hitchcock dans ma collection de DVD: le premier que j'ai tiré au sort s'appelle Mais qui a tué Harry ? Un film qui m'a surpris sans franchement m'emballer. De celui que les cinéphiles appellent souvent le maître du suspense, j'attendais à vrai dire autre chose. Non que ce long métrage de 1955 soit mauvais: c'est juste que je l'ai trouvé assez frustrant dans son principe. Le titre est trompeur. Effectivement, un dénommé Harry est retrouvé mort et, si on peut facilement imaginer qu'il a été liquidé, on ne sait évidemment pas par qui. Le truc, c'est que ce "détail" n'est finalement qu'anecdotique.

Le film est plutôt pour Hitch le prétexte à une galerie de portraits. Quelques exemples. Il y a d'abord l'enfant qui découvre le corps. L'ancien capitaine qui tombe dessus et trouve cette rencontre improbable pour le moins compromettante. La vieille fille qui, constatant l'infortune du pauvre bougre, l'aiderait bien si c'était possible. La mère du gosse, dont on apprend qu'elle connaît parfaitement la victime, qui se trouve en fait être... son époux disparu ! Et caetera. L'énigme proposée n'est pas celle du pourquoi du meurtre, ni même d'ailleurs du comment. Mais qui a tué Harry ? Tout le monde s'en moque. La question, ce serait: comment agir désormais pour faire comme si de rien n'était et avoir la paix ?

Même si la réponse est assez loufoque, supposant notamment nombre d'enterrements et de remises au jour pour le cadavre, je dois dire que ces improbables péripéties ne m'ont pas passionné. Allez ! J'admets qu'il m'est arrivé de sourire. Le problème, c'est que j'aurais largement préféré... frissonner. Je mettrai donc mon désintérêt (relatif) pour le film sur le compte d'un malentendu. Je suis sûr d'assouvir ma soif d'effroi avec les six autres Alfred Hitchcock encore en ma possession. Il me reste à dire ici que Mais qui a tué Harry ? mérite quand même le coup d'oeil pour ses images. La scène initiale où l'enfant repère le mort est juste tordante dans sa composition, comme vous pouvez l'apercevoir sur la première des deux photos illustrant cette chronique. Désolé pour les inconditionnels: le reste m'a semblé un peu trop étrange et m'a beaucoup moins captivé...

samedi 1 mai 2010

Une histoire, deux meufs

J'ai bien fait de suivre mon instinct. Voilà quelques dimanches, j'avais envie d'aller au cinéma, mais je projetais initialement de voir autre chose que Tout ce qui brille. Mon choix s'était d'ailleurs porté sur un autre film consacré à la banlieue, mais sans doute bien plus sérieux. Je ne l'ai toujours pas vu, mais me rattraperais peut-être prochainement: bien évidemment, j'en reparlerais le cas échéant. J'assume d'autant mieux d'avoir changé d'avis à la dernière minute que le long métrage pour lequel j'ai finalement opté est tout à fait séduisant. Mignonnettes, il est indéniable que les deux héroïnes (Lila / Leïla Bekhti et Ely / Géraldine Nakache) le sont aussi, de fait. Devant et derrière la caméra, la seconde gère efficacement ce cumul des mandats cinématographiques. J'imagine que son travail ne plaira pas à tout le monde, car il est très typé. Pour ma part, je l'ai trouvé très frais, très contemporain aussi. Certains pourront sans doute regretter un ton et une thématique assez "cliché": je n'en disconviens pas autrement que pour dire que, de mon point de vue, c'est bien là ce qui ancre le film dans un certain réalisme. Bien sûr, comme il est aussi pétri de bons sentiments, le discours social qu'il est susceptible de livrer est souterrain. Pour ma part, vous l'avez sûrement déjà compris: j'apprécie l'équilibre qui me semble avoir été trouvé.

Un mot sur l'histoire, tout de même. Les jolies Lila et Ely sont en fait deux copines ordinaires, la vingtaine, que les autres prennent régulièrement pour deux soeurs tant elles sont proches et complices. Les filles ont l'âge des grands emballements et des petites bêtises, du genre, depuis Puteaux, rejoindre Paris en taxi et partir en courant au moment de payer la note. Suffisamment habiles et en tout cas opiniâtres pour s'incruster dans une soirée chic et y trouver rapidement de nouvelles amies, en se faisant, ni une ni deux, passer pour de radieuses habitantes des beaux quartiers de Neuilly. Je l'ai suggéré: Tout ce qui brille est un film gentil. On pardonnerait presque tout à ces deux coquines, d'autant que, si elles sont un peu truqueuses, elles ne sont pas franchement méchantes et ont simplement tendance à profiter des opportunités. Tout n'est pourtant pas si simple. Le film créera une évolution, avec un personnage d'Ely rapidement beaucoup plus dur que celui de Lila. Les deux potes finiront même par se fâcher et ne plus se voir, brouille qui deviendra alors l'argument dramatique numéro 1 du long métrage. Là encore, dans la manière dont les choses changent et finissent par s'arranger, on pourra se dire que tout cela est un peu gros, trop gros en somme pour être vrai. Je ne le nierai pas. Je maintiens toutefois que le tout m'a fait plutôt sourire, ce qui n'est pas désagréable en salle obscure...

Retenez donc que Tout ce qui brille est un divertissement. Passez donc votre chemin si vous y cherchez un film social sur la banlieue, ses doutes et ses maux. Ils sont suggérés ici, mais ne constituent absolument pas la trame du scénario. C'est en fait le naturel du jeu des deux comédiennes principales qui emporte le morceau, je crois. Leur phrasé colle parfaitement à ce que l'on pensait entendre: un peu relou pour certains, il m'a paru à moi tout à fait juste et, contrairement à ce que j'avais pu craindre, pas si fatiguant que ça sur la durée. J'ajoute que le charme de l'ensemble doit aussi beaucoup aux décalages et à une kyrielle de seconds rôles savoureux, notamment celui de la troisième copine restée banlieusarde et fière de l'être, confié à Audrey Lamy - la soeur d'Alexandra alias Chouchou d'Un gars, une fille. Même s'il n'a pas grand-chose à jouer et tourne sous la direction de... sa femme, Manu Payet s'en sort bien, lui aussi, en petit copain abandonné. J'ai été un poil moins convaincu par Virginie Ledoyen et Linh-Dan Pham en Parisiennes bobo, mais sans doute parce que leur rôle n'est finalement qu'assez secondaire. D'une manière générale, sous son apparente légèreté, je trouve franchement que le film dit beaucoup de choses à qui veut l'entendre. On peut critiquer la forme: deux petites heures durant, la dynamique du fond m'a emporté "ailleurs". Tout ce que j'attends du cinéma.