lundi 11 août 2008

Cinq jours en famille

Il y a les parents, Robert et Jeanne-Marie. Il y a également les enfants, Albert, Raphaël et Fleur. Au départ, il y a même le chien, Ulysse. C'est une famille ordinaire et, bien sûr, il lui arrive essentiellement des choses ordinaires. Est-ce que les histoires simples peuvent suffire à créer un univers intéressant au cinéma ? J'aurais tendance à répondre oui, surtout après avoir vu, hier, le deuxième film du réalisateur français Rémi Bezançon: Le premier jour du reste de ta vie. Avant d'entrer dans la salle, je n'avais guère d'autres repères que ce titre, m'évoquant simplement une des chouettes chansons d'Etienne Daho. Pour la forme, j'avais jeté un oeil rapide sur Allociné, le temps de lire deux malheureuses lignes de résumé et de découvrir un casting méconnu - à l'exception notable de Jacques "Robert" Gamblin et Zabou "Jeanne-Marie" Breitman.
Je dois admettre que je suis allé vers ce film à reculons. Je ne sais pas pourquoi, mais le fait est que je ne sentais pas trop Gamblin sur ce coup-là. Breitman, elle, me servait même de repoussoir, un peu plus objectivement, dans la mesure où je m'étais vraiment ennuyé devant L'homme de sa vie, deuxième oeuvre de sa filmographie en tant que réalisatrice. N'étant pas allé au cinéma depuis longtemps, je me suis tout de même laissé convaincre par mes parents qui, eux, souhaitaient visiblement laisser sa chance à ce film français. Ils ont bien fait d'insister: j'ai pris du plaisir à découvrir cette histoire, bien plus que je n'avais imaginé de prime abord. Je l'ai déjà dit: c'est pourtant le récit ordinaire de la vie d'une famille ordinaire. Deux aspects font néanmoins de ce film une oeuvre particulière: les émotions y sont bien mélangées sans être complexes et la réalisation apporte un regard nouveau sur une intrigue somme toute classique.

Niveau émotions, Le premier jour du reste de ta vie se développe sur toute la gamme. Certaines scènes fonctionnent très bien autour d'un comique de situation, d'autres sont au contraire poignantes dans des moments plus difficiles de la vie des personnages. Ces personnages, je m'y suis vraiment attaché, d'autant plus, peut-être, qu'ils ne sont au fond que cinq et qu'on apprend à bien les connaître. C'est d'ailleurs là qu'à mon sens, l'idée originelle du réalisateur prend toute sa valeur. Pas de linéarité: Bezançon a fait le choix de suivre les Duval sur douze ans et, de ces douze ans, de ne retenir au fond que cinq journées seulement. Chacune d'entre elles est marquante pour l'un des membres de la famille. Expliqué ainsi, cela peut paraître confus. A l'écran, au contraire, c'est limpide et - mieux - cohérent. Cette belle fiction me semble délivrer un message optimiste: par les temps qui courent, je trouve que ça fait du bien.

mercredi 6 août 2008

Cinq garçons de 1975

Si je me souviens bien, j'ai d'abord vu Le péril jeune sur petit écran. Logique: le film est passé à la télé AVANT de sortir au cinéma. Logique encore: il faisait partie d'une série commandée par et diffusée sur Arte, baptisée "Les années Lycée". Le concept, je crois, était donc d'illustrer la vie des lycéens, sur plusieurs générations, des années 50 aux années 90. Comme vous pouvez peut-être l'imaginer au vu de la photo illustrant cette chronique, Le péril jeune aborde les années 70. Grâce à la même méthode, vous aurez également compris qu'il s'attache à suivre le destin de cinq copains.

Au début du film, pourtant, ils ne sont plus que quatre: Momo, Alain, Bruno et Léon sont dans une maternité. Ils attendent l'accouchement de leur copine Sophie. Sophie ? C'est la copine du cinquième larron, Tommasi. Puisqu'on l'apprend dans les cinq premières minutes, je ne trahirai rien de fondamental en dévoilant ici que ledit Tommasi est mort. Le péril jeune est donc avant tout un long flash-back, un retour à l'époque où il était bel et bien vivant, rebelle écorché vif d'une bande de "petits branleurs" (je cite un des personnages secondaires du film). Triste ? Nostalgique ? Pathétique ? Le deuxième long-métrage de Cédric Klapisch est tout ça, mais pas seulement: c'est aussi une oeuvre très drôle, où chacun de nous, quelque soit l'époque où il est allé au lycée, pourrait bien se reconnaître un peu.

Bref, téléfilm devenu film de cinéma, Le péril jeune s'en sort très bien. J'aime beaucoup cette histoire. Le casting est tout simplement au top: Romain Duris sorti d'un casting sauvage pour son premier rôle, Vincent Elbaz, Elodie Bouchez et Hélène de Fougerolles dans l'un des premiers, et puis tous les autres qu'on a guère revus depuis. En somme, c'est une oeuvre modeste qui grandit en touchant le public, un peu comme Bienvenue chez les ch'tis dans un autre registre. Pink Floyd, Jimi Hendrix, Janis Joplin, etc... comme souvent chez Klapisch, la bande originale elle-même est aux petits oignons, même si Steppenwolf remplace Franck Zappa sur le DVD, de manière quelque peu anachronique et pour une bête raison de droits. L'édition "galette" se rattrape avec des bonus intéressants, dont le très chouette Ten years after, nom du groupe qui ouvre le film et du documentaire sur les retrouvailles des acteurs, dix ans après le tournage. Un joli moment de complicité rigolarde et communicative.

dimanche 3 août 2008

Belmondo et une surprise

Jean-Paul Belmondo et Bernard Blier au casting. Michel Audiard comme dialoguiste. Ce n'est pas très fréquent que je regarde un film à la télé, mais, l'autre jour, j'ai été franchement appâté par la bande annonce d'une oeuvre d'Henri Verneuil: Le corps de mon ennemi. Ensuite, j'ai été surpris. Je n'irai pas jusqu'à dire que je m'attendais à un film comique, mais c'est presque ça. Disons en tout cas que je m'imaginais rire de temps en temps autour d'une histoire plutôt loufoque. Une énième aventure de tontons, en somme, où le truand le plus malin ridiculise une brochette d'associés un peu idiots. Je dois admettre que j'avais tout faux...

Le corps de mon ennemi n'est donc pas un film comique. Remarquez, avec un titre pareil, j'aurais également pu m'en douter. L'histoire ? En gros, c'est celle du personnage joué par Belmondo. Double assassin condamné avec des circonstances atténuantes, sorti de prison au début du film, "Bébel" remonte le temps et cherche... à se venger. On comprend vite que, tenancier d'un établissement de nuit quelque peu sulfureux, il s'est fait repasser par ses associés. Ces derniers ont ajouté "fourniture de drogues dures" à la liste des activités du lieu. Et donc fait porter le chapeau à leur naïf partenaire.

Sauf que voilà, naïf, le partenaire ne l'est pas tant que ça. Et que, de nouveau libre, il saura remonter la filière - misant notamment sur l'attirance irrésistible que les femmes ressentent à son égard. Tout cela fleure bon le cinéma d'antan et, à l'écran, on reconnaît sans trop de problèmes les années 70. Démodé, Le corps de mon ennemi ? Je ne l'ai pas dit. Je ne l'ai pas pensé non plus. Il y a une vraie ambiance dans ce film - et donc des dialogues d'Audiard. Oui, c'est sans doute une histoire d'ambiance. Dès lors, soit on accroche à cette ambiance et on passe un bon moment. Soit on aime les films un peu plus animés et, finalement, on décroche assez rapidement. Moi, c'était juste entre les deux: j'ai passé un bon moment, mais tout de même pas au point de porter le film au rang d'incontournable.

samedi 26 juillet 2008

Kaspar et les questions

"Et moi, comment aurais-je réagi devant un tel personnage ?". C'est le genre de questions que l'on peut se poser en regardant L'énigme de Kaspar Hauser, film allemand de Werner Herzog sorti en 1975. Kaspar Hauser ? Un drôle de bonhomme, qu'on découvre assis dans la paille, avec pour seule nourriture du pain sec et de l'eau, visiblement incapable d'articuler un mot. Prisonnier. La première interrogation logique, c'est à coup sûr celle de la cause de cet enfermement forcé. Qui est cet homme visiblement maltraité ? Le film - et la réalité, car le film s'inspire d'une histoire vraie - n'apportent pas vraiment de réponse. Chacun fera les siennes. Ce qui est sûr, c'est que Kaspar est rapidement sorti de sa prison et de nouveau abandonné, porteur d'une lettre, sur la place d'un village.

Nous sommes alors à Nuremberg, le jour de la Pentecôte 1828. Bientôt, les villageois s'approchent de Kaspar. Constatant sa fatigue et son incapacité à s'exprimer, ils le couchent de nouveau, dans une étable cette fois. Puis, devant son comportement franchement incongru, cherchent (en vain) à comprendre qui il est. Certains sont gentils avec lui, d'autres se moquent de son évidente différence avec cruauté. On l'incarcère à nouveau, jusqu'à ce l'on décide qu'il faut tout de même qu'il contribue à sa subsistance. Kaspar devient véritablement une bête de foire, exhibée sans vergogne. Malgré tout, et petit à petit, son apparente débilité s'estompe doucement grâce aux rares personnes qui prennent soin de lui. Paradoxe intéressant: en certaines circonstances, le fou devient presque sage. Atypique cartésien, il refuse par exemple les leçons de la logique ou les dogmes de la morale chrétienne.

"Et moi, comment aurais-je réagi devant Kaspar ?". C'est difficile de répondre à cette question. Le réalisateur a certainement voulu qu'on se la pose, malgré tout, comme pour mieux nous émouvoir du destin funeste du héros, agressé à plusieurs reprises et finalement assassiné dans des circonstances encore troubles. Interrogation sur la différence et la tolérance, le film doit beaucoup à l'interprétation de Bruno S., "acteur" improbable déniché par Werner Herzog, orphelin, ancien enfant battu et ex-pensionnaire d'un hôpital psychiatrique. On oublie qu'il est beaucoup plus vieux que son rôle. Puis, en s'en souvenant, on se dit que ça n'a guère d'importance.

lundi 21 juillet 2008

Tonton avant l'heure

Humphrey Bogart n'est pas seul, finalement. Il y a de cela quelques jours, je viens de découvrir un autre acteur américain spécialiste des films de gangsters en noir et blanc: Eddie Constantine. Lors des dernières fêtes de Noël, on m'a offert un coffret de trois de ses films. J'ai commencé avec Cet homme est dangereux, titre explicité sitôt le générique initial terminé. Lemmy Caution est un criminel échappé de prison et par conséquent recherché par toutes les polices. Ce qui ne l'empêche nullement de rouler en décapotable sur les routes de la Côte d'Azur, pour retrouver d'anciens complices et tenter un dernier gros coup. Il est ici question de l'enlèvement d'une demoiselle un peu pimbêche au papa très fortuné. Je résume.
J'ai consulté Wikipédia pour en savoir plus sur Eddie Constantine. Surprise: j'ai découvert qu'il avait repris son rôle de Lemmy Caution dans un nombre impressionnant de films, onze exactement si j'ai bien compté, de La môme vert-de-gris de Bernard Borderie en 1953 à... Allemagne 90 neuf zéro de Jean-Luc Godard en 1991. L'impressionnante filmographie de la star ne s'arrête pas là, mais je vous laisse regarder ça, si d'aventure le sujet vous intéresse. J'y reviendrai peut-être plus tard, s'il s'avère que mes deux autres DVDs d'Eddie Constantine sont aussi des Lemmy Caution. A suivre...

Bon. Tout ça ne vous dit pas si j'ai aimé Cet homme est dangereux. La réponse est positive, mais nuancée. Le film a un âge avancé ! Ouais, 55 ans: ça se voit, ça s'entend et ça se sent ! En clair, l'image est un peu abîmée, le son parfois confus et l'intrigue... sympathique sans être trépidante (surtout pour un film de gangsters !). Mais le noir et blanc convient bien aux déambulations d'Eddie/Lemmy. L'intérêt de voir ou revoir ce genre de films ? Avoir un aperçu supplémentaire de la longue histoire du cinéma. Je préciserai que ce cinéma-là est français: en un peu moins drôle, il préfigure les films de Georges Lautner, comme Les barbouzes ou Les tontons flingueurs. C'est peut-être ce qui rend la chose intéressante.

dimanche 13 juillet 2008

Pirates d'antan

Il est bon parfois de redevenir un enfant, de se laisser aller à prendre les choses au premier degré, sans a priori, sans chercher plus loin qu'un plaisir simple. C'est ce que j'ai fait devant L'île aux pirates. Un film qui n'a rien de franchement extraordinaire, mais qui, pour peu qu'on s'y laisse prendre, détend l'esprit. Vendredi soir, à vrai dire, c'est exactement ce dont j'avais besoin. Pas question pour moi alors de chipoter sur les petits défauts du film, scénario convenu, couleurs un peu ternes et effets spéciaux assez moyens. On s'en moque, non ?

Le pitch lui-même n'invente rien. Morgan Adams, fille de pirate, mène son équipage en bon capitaine. Sa route croise celle de William Shaw, aussi voleur que séducteur. Sans surprise, tout ce beau monde se met en quête de trésor. Le truc, c'est que pour récupérer le butin, évidemment enfoui dans l'épave d'un galion espagnol, il faut d'abord trouver une île inconnue des géographes et, pour cela, assembler les trois morceaux d'une carte. Morgan a bien le premier, va récupérer le deuxième, mais devra se battre avec Dawg, méchant tonton, pour obtenir le troisième. Péripéties et retournements de situation en vue, surtout que la marine royale s'en mêle, bien évidemment !

Autant le dire: L'île aux pirates ne soutient pas la comparaison avec Pirates des Caraïbes (disons avec le premier épisode de la trilogie). Geena Davis est mimi, mais beaucoup risquent de la trouver un peu fadasse comparée à Keira Knightley. Matthew Modine, lui, cabotine avec joie, mais il manque le petit plus de la folie de Johnny Depp. M'enfin ! Ce n'est pas parce qu'on a fait mieux depuis qu'il faut oublier que ces films nous plaisaient déjà quand ils étaient moins "sophistiqués". Pour apprécier cette oeuvre à sa juste valeur, je l'ai dit: il faut redevenir un enfant. Oublier ses références présentes et se prendre au jeu. Ce faisant, on profite de deux heures de friandise. Le goût s'oublie vite, mais on passe un bon moment.

jeudi 10 juillet 2008

Crimes en famille

Louis Mazzini n'a pas de chance. Pire, il est victime d'une injustice flagrante. Son ascendance maternelle aurait dû faire de lui l'héritier des d'Ascoyne, illustres représentants de la noblesse anglaise. Encore eut-il fallu que sa mère, placée immédiatement avant lui sur la liste successorale, ne fraye pas avec un roturier, italien et chanteur d'opéra. Ejecté de sa cousinade sans autre forme de procès, Louis nourrit donc - et presque logiquement - de sombres désirs de revanche. Et, sous le coup de la colère et du chagrin consécutifs à la mort de sa pauvre maman, voit même naître en lui des envies de meurtre. "Et s'il me suffisait d'assassiner les autres prétendants pour devenir le nouveau duc de Chalfont ?", se demande-t-il en lui-même. Un chagrin d'amour plus tard, l'heure est venue de passer à l'action.
Présenté ainsi, vous pourriez penser que Noblesse oblige, film anglais daté de 1949, est un film policier teinté d'un sombre suspense. Il n'en est rien ! Assez facile d'accès malgré son âge avancé, ce long métrage des studios Ealing - auteurs également de Tueurs de dames, chroniqué sur ce blog le 15 juin - est plutôt une comédie, d'un humour froid et assez cynique, il est vrai. Tout commence en fait dans une prison, à la veille de l'exécution de Louis. Forcément, on comprend donc aussitôt qu'il a bien mis son machiavélique projet à exécution et, tout aussi rapidement, qu'il est bel et bien devenu duc de Chalfont. Le bourreau lui-même lui donne volontiers du "Votre Grâce". Avant de faire son office ? Non ! N'insistez pas: ça, je ne vous le dirai pas !

Et ça, vous ne l'apprendrez qu'à la fin du film, quelques minutes avant un ultime (et brillant) rebondissement ! Ce que je peux et veux vous dire, c'est que j'ai beaucoup aimé Noblesse oblige. L'intrigue est quasi-parfaite et le jeu des acteurs vraiment aux petits oignons. Dennis Price donne le ton dans le rôle principal. Je signalerai également la caractéristique la plus insolite du film: le jeu époustouflant d'Alec Guiness. Décidément, l'homme me surprend de plus en plus, à mesure que je remonte dans le passé de sa filmographie. Cette fois, sir Alec joue plus qu'un rôle: plus ou moins développés, il en joue huit ! Tous les d'Ascoyne au grand complet ! Une drôlerie qui bonifie encore une oeuvre franchement savoureuse.

vendredi 27 juin 2008

Une loufoquerie tzigane

Plus foutraque tu meurs ! Est-ce que tous les films d'Emir Kusturica sont aussi déjantés ? Il faudrait certainement que j'en vois d'autres pour me faire une opinion. Je n'écarte pas l'idée a priori. Hier, avant d'en lancer un nouveau sur ma platine DVD, je m'attendais d'ailleurs à "plonger" dans une histoire farfelue, mélangeant allègrement le burlesque, l'onirique et le grand n'importe quoi, peut-être même assaisonné d'un soupçon de tragique. Je n'ai été ni déçu, ni surpris. Chat noir chat blanc fête peut-être ses dix ans cette année: il n'en a rien perdu de sa vitalité ! Quelle explosion que ce film ! Il paraît qu'on appelle Kusturica le Fellini des Carpates. Pour le peu que je connais du réalisateur italien, la comparaison me paraît osée, mais juste. Autre impression à confirmer par d'autres films...

Commençons, si possible, par "décortiquer" Chat noir chat blanc. L'histoire part tellement dans tous les sens qu'il est bien difficile de la résumer. Pour une fois, il faut reconnaître que la boîte du DVD annonçait plutôt bien la couleur. Imaginez un groupe de gitans. Garçon attachant, Matko est aussi certainement l'un des plus minables. Afin de s'assurer une fortune facile, il pense pouvoir détourner un train rempli d'essence, sans doute pour en faire profiter quelque margoulin de ses amis. Le problème de Matko, c'est qu'il ne sait pas s'entourer et que, faute de correctement monter son soi-disant gros coup, il se fait endormir par Dadan, plus malin que lui, plus fou aussi, et donc beaucoup plus dangereux...

Evidemment, quand on fraye avec des truands plus roublards que soi, il arrive toujours un moment où il faut passer à la caisse et payer les pots cassés. C'est ce que Matko va apprendre à ses dépens et (presque) à ceux de son fils, Zare, marié de force à Afrodita, alias Coccinelle ou Gnomette, la soeur naine de Dadan. Si, avec tout ça, vous n'avez pas encore compris que Chat noir chat blanc part en vrille plus souvent qu'à son tour, c'est que vous n'avez pas d'imagination ! Et quelque part, ça tombe bien, car Kusturica, lui, en a à revendre ! Attention délire: il faut savoir rentrer dans l'histoire de ce film pour l'apprécier à sa juste valeur. Apparemment, de ce que j'ai lu ici et là, beaucoup de gens y sont parvenus. Personnellement, je vous conseillerai au moins d'essayer.

dimanche 15 juin 2008

Cinq voleurs et une mémé

C'est l'histoire d'une vieille dame un peu mythomane dans l'Angleterre des années 50. Depuis la mort de son mari, Mrs Wilberforce vit dans une maison trop grande pour elle: elle y reçoit quelques amies et cohabite avec... trois perroquets. En quête de locataire, elle a déposé une petite annonce pour proposer une chambre à l'étage. Voilà justement un homme qui se présente. Le professeur Marcus est musicien et, si Mrs Wilberforce est d'accord, il s'installera et conviera quatre de ses collègues pour répéter un concert prochain. La vieille dame est enchantée, elle qui aime tant la musique. Marché conclu.

Seulement voilà, les cinq prétendus musiciens se servent de leurs instruments d'une bien étrange façon. Leur quintet à cordes n'en est pas un: il s'agirait plutôt qu'une brochette de brigands, prêts à s'assurer la complicité naïve d'une grand-mère pour attaquer un fourgon blindé et repartir avec le magot sans garder une part pour ladite mémé. Tueurs de dames raconte cette drôle d'histoire. J'avais vaguement entendu parler du film récent, sorti sous le titre anglais Ladykillers, signé des frères Coen, avec Tom Hanks dans le rôle du professeur Marcus. J'ai découvert l'original, avec l'incontournable Alec Guiness. Pour ce qui est resté son seul rôle majeur, Kathie Johnson, l'actrice principale, nous offre un petit délice à la sauce british.

Le film date de 1955. Fatalement, son humour est lui-même un peu daté. Un comique de situation qui doit beaucoup aux attitudes presque clownesques des voleurs, tendance Pieds nickelés, ainsi bien sûr qu'aux réactions mi-normales mi-surprenantes de leur comparse forcée. L'intrigue tient finalement en quelques mots: Mrs Wilberforce s'apercevra-t-elle du jeu dangereux que lui font courir le professeur Marcus et ses acolytes ? Réagira-t-elle à temps et si oui, comment ? Bien évidemment, je ne vais pas répondre ici à ces interrogations légitimes. Vous n'avez qu'à acheter (ou louer) le DVD ! M'est avis que, si vous aimez le cinéma un peu ancien, vous ne le regretterez pas. Le charme suranné de ce film écartera sans doute quelques cinéphiles en quête d'action plus soutenue. Pour les autres, en revanche, le spectacle n'est franchement pas désagréable.

samedi 14 juin 2008

Une épopée russe

Décidément, il y aurait des raisons de croire à la loi des séries. Après que j’ai visionné plusieurs films hospitaliers, ce sont maintenant les acteurs qui se répètent. Celui que je vais chroniquer aujourd’hui est, cette quinzaine, le deuxième que j’ai vu avec Alec Guiness, le deuxième aussi avec Geraldine Chaplin. Retour aux bons vieux charmes du Technicolor avec Le docteur Jivago, fresque en images adaptée du roman fleuve éponyme du Russe Boris Pasternak.

Ce que ça raconte ? Le destin d’un docteur, Youri Jivago, issue d’une famille modeste, orphelin adoptée par un couple de bourgeois moscovites à la fin du 19ème siècle. Quelques images de l’enfant et la caméra avance dans le temps, jusqu’à peu près la Première guerre mondiale, puis la Révolution d’octobre (1917, pour rappel). Et nous voilà embarqués pour trois heures de spectacle, au cours desquelles la petite histoire du médecin côtoie la grande de la Russie. Passionnant.

Quand Papa m’a offert ce film (dans un somptueux coffret avec Autant en emporte le vent), j’avoue avoir craint une œuvre plus manichéenne. Sorti en salles dans les années 1960, parmi les derniers représentants de la grande époque hollywoodienne, je m’attendais à ce que Le docteur Jivago soit pour ainsi dire militant. Que les bolcheviks y soient dépeints comme des monstres sanguinaires. Mais non. David Lean – le réalisateur – a su garder un propos nuancé. Tant mieux.

Un mot sur le jeu des comédiens ? L’immense Alec Guiness n’est pas ici le personnage principal, mais son demi-frère. Jivago, c’est Omar Sharif, tout à fait à la hauteur lui aussi. En fait, l’ensemble du casting s’en sort très bien, le talent de chacun étant probablement encore mise en valeur par un scénario « cousu main » et évidemment une réalisation magistrale. Souvent, devant une telle production, j’ai une certaine nostalgie. Des films comme ça, on n’en fait plus. Et je trouve ça bien dommage…