Bien des critiques cinéma ont interrogé leur ressenti pour déterminer si, oui ou non, Mommy était le meilleur film de Xavier Dolan. Je suis désolé pour ceux d'entre vous qui attendaient de moi une réponse définitive: à ce stade de la discussion, c'est le seul que je connaisse ! Je courais depuis longtemps après une occasion de découvrir enfin quelque chose du réalisateur québécois. Bien content, pour le coup...
Prix du jury à Cannes cette année, ex-aequo avec le dernier opus signé Jean-Luc Godard, Mommy est vraiment un chouette film, plein d'une énergie peu commune et d'une force émotionnelle incontestable. En quelques mots, l'histoire est celle de Diane, une quadragénaire québécoise. Un carton préalable nous indique que, dans ce Canada fictionnel, les parents peuvent abandonner leurs enfants et les laisser à la charge de la collectivité, quel que soit leur âge, s'ils présentent d'importants troubles de la personnalité. Au début du long-métrage, dans le sens inverse, Diane, elle, récupère son fils Steve, interné jusqu'alors dans une sorte de maison de correction médicalisée. Complètement instable, le gamin y a mis le feu, blessant gravement l'un de ses co-pensionnaires. Son père ? Il est mort depuis trois ans...
"Les sceptiques seront confondus", répond Diane à l'assistante sociale qui lui promet déjà les pires difficultés avec son môme. L'évidence saute aux yeux: gérer ce mouflet rebelle d'une quinzaine d'années n'aura rien d'une sinécure, surtout qu'il ne va plus à l'école et s'avère aussi calme que le lait porté à ébullition. Pire, Steve n'a aucun respect véritable pour sa mère, qu'il insulte copieusement quand elle ose remarquer que les cadeaux qu'elle reçoit de lui ont été volés. Mommy est donc d'abord l'histoire d'une confrontation d'autant plus viscérale qu'elle oppose les deux êtres les plus proches qui soient. On trouverait presque Diane coupable de s'aveugler autant, mais c'est sans compter avec l'empathie que Steve et elle finissent par susciter. Le fragile duo tente malgré tout de subsister: c'est ce qui fait sa force et sa beauté.
Un troisième personnage, Kyla, rejoint bientôt le terrible tandem mère-fils. Je m'arrête dans mon laïus sur le scénario pour vous laisser quand même quelques surprises, d'autant plus volontiers finalement que Mommy vaut aussi le détour sur le plan formel. Il a été dit beaucoup de choses déjà sur l'emploi audacieux d'un format d'image atypique, le 1:1, qui enferme le plan dans un carré parfait - à l'allure d'un rectangle assez haut, illusion d'optique liée à l'aspect des écrans de cinéma. Ce choix surprend, mais n'étouffe pas le spectateur. Contrairement à mes craintes initiales, c'est le contraire: il renforce justement l'impression d'intimité et, quand le cadre daigne s'élargir enfin, Xavier Dolan nous offre une très belle scène de renaissance. Quel incroyable talent pour ce réalisateur: il n'a jamais que... 25 ans !
Tout repose aussi, évidemment, sur l'extraordinaire énergie déployée par les acteurs. Je le dis: Antoine-Olivier Pilon est for-mi-dable ! Personne ne peut souhaiter se confronter de cette manière à un ado aussi provocateur et violent, mais dans les rares et courts moments d'apaisement, son interprète fait de Steve l'enfant dont tout parent rêverait. Face à lui, Anne Dorval est une maman-courage incroyable de justesse, personnage à la fois pragmatique et tout à fait perdue. L'alchimie parfaite de ces deux-là contribue alors à sublimer l'apport de Suzanne Clément, parfaite voisine, aussi discrète que décisive. Avec quelques sourires parfois, Mommy m'a surtout laissé les yeux embués: c'est certes un film emballant, pour peu qu'on s'embarque avec lui, mais c'est aussi un drame, par bien des aspects. Détonnant !
Mommy
Film canadien de Xavier Dolan (2014)
Bon, si je tiens absolument aux comparaisons, il me faudra attendre d'avoir vu les quatre (!) autres films du cinéaste québécois pour dire certaines choses sensées. Je remarque que je découvre Mommy quelques jours seulement après avoir vu Curling, autre long-métrage canadien pour partie consacré à la mono-parentalité. Rien de calculé. Les deux récits sont très différents... et on peut bien aimer les deux.
---------
Une info pour qui, comme moi, se posait la question...
Xavier Dolan le souligne lui-même: son nom se prononce Dolane. Migraineux ou ironique, le jeune homme précise: "Comme Doliprane".
Pour finir, des liens pour retrouver Diane, Steve et Kyla...
- "La cinémathèque de Phil Siné",
- "Le blog de Tinalakiller",
- "Sur la route du cinéma",
- "Le blog de Dasola",
- "Chez Sentinelle".
Prix du jury à Cannes cette année, ex-aequo avec le dernier opus signé Jean-Luc Godard, Mommy est vraiment un chouette film, plein d'une énergie peu commune et d'une force émotionnelle incontestable. En quelques mots, l'histoire est celle de Diane, une quadragénaire québécoise. Un carton préalable nous indique que, dans ce Canada fictionnel, les parents peuvent abandonner leurs enfants et les laisser à la charge de la collectivité, quel que soit leur âge, s'ils présentent d'importants troubles de la personnalité. Au début du long-métrage, dans le sens inverse, Diane, elle, récupère son fils Steve, interné jusqu'alors dans une sorte de maison de correction médicalisée. Complètement instable, le gamin y a mis le feu, blessant gravement l'un de ses co-pensionnaires. Son père ? Il est mort depuis trois ans...
"Les sceptiques seront confondus", répond Diane à l'assistante sociale qui lui promet déjà les pires difficultés avec son môme. L'évidence saute aux yeux: gérer ce mouflet rebelle d'une quinzaine d'années n'aura rien d'une sinécure, surtout qu'il ne va plus à l'école et s'avère aussi calme que le lait porté à ébullition. Pire, Steve n'a aucun respect véritable pour sa mère, qu'il insulte copieusement quand elle ose remarquer que les cadeaux qu'elle reçoit de lui ont été volés. Mommy est donc d'abord l'histoire d'une confrontation d'autant plus viscérale qu'elle oppose les deux êtres les plus proches qui soient. On trouverait presque Diane coupable de s'aveugler autant, mais c'est sans compter avec l'empathie que Steve et elle finissent par susciter. Le fragile duo tente malgré tout de subsister: c'est ce qui fait sa force et sa beauté.
Un troisième personnage, Kyla, rejoint bientôt le terrible tandem mère-fils. Je m'arrête dans mon laïus sur le scénario pour vous laisser quand même quelques surprises, d'autant plus volontiers finalement que Mommy vaut aussi le détour sur le plan formel. Il a été dit beaucoup de choses déjà sur l'emploi audacieux d'un format d'image atypique, le 1:1, qui enferme le plan dans un carré parfait - à l'allure d'un rectangle assez haut, illusion d'optique liée à l'aspect des écrans de cinéma. Ce choix surprend, mais n'étouffe pas le spectateur. Contrairement à mes craintes initiales, c'est le contraire: il renforce justement l'impression d'intimité et, quand le cadre daigne s'élargir enfin, Xavier Dolan nous offre une très belle scène de renaissance. Quel incroyable talent pour ce réalisateur: il n'a jamais que... 25 ans !
Tout repose aussi, évidemment, sur l'extraordinaire énergie déployée par les acteurs. Je le dis: Antoine-Olivier Pilon est for-mi-dable ! Personne ne peut souhaiter se confronter de cette manière à un ado aussi provocateur et violent, mais dans les rares et courts moments d'apaisement, son interprète fait de Steve l'enfant dont tout parent rêverait. Face à lui, Anne Dorval est une maman-courage incroyable de justesse, personnage à la fois pragmatique et tout à fait perdue. L'alchimie parfaite de ces deux-là contribue alors à sublimer l'apport de Suzanne Clément, parfaite voisine, aussi discrète que décisive. Avec quelques sourires parfois, Mommy m'a surtout laissé les yeux embués: c'est certes un film emballant, pour peu qu'on s'embarque avec lui, mais c'est aussi un drame, par bien des aspects. Détonnant !
Mommy
Film canadien de Xavier Dolan (2014)
Bon, si je tiens absolument aux comparaisons, il me faudra attendre d'avoir vu les quatre (!) autres films du cinéaste québécois pour dire certaines choses sensées. Je remarque que je découvre Mommy quelques jours seulement après avoir vu Curling, autre long-métrage canadien pour partie consacré à la mono-parentalité. Rien de calculé. Les deux récits sont très différents... et on peut bien aimer les deux.
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Une info pour qui, comme moi, se posait la question...
Xavier Dolan le souligne lui-même: son nom se prononce Dolane. Migraineux ou ironique, le jeune homme précise: "Comme Doliprane".
Pour finir, des liens pour retrouver Diane, Steve et Kyla...
- "La cinémathèque de Phil Siné",
- "Le blog de Tinalakiller",
- "Sur la route du cinéma",
- "Le blog de Dasola",
- "Chez Sentinelle".


































