mardi 15 mars 2011

La prophétie du lapin

Une chronique de Martin

Je reconnais volontiers que la frontière est étroite. Si j'aime modérément la science-fiction, j'ai un intérêt pour le fantastique. L'idée est bien toujours de "partir ailleurs" et de revenir avec du neuf en soi: au-delà du pur divertissement, c'est ce que je recherche généralement au cinéma. En matière de situations du genre décalées de notre quotidien, j'ai été copieusement servi avec Donnie Darko. Ce film, je l'ai découvert un peu par hasard, après qu'il m'a été prêté. Son héros est un jeune Américain, en conflit ouvert avec sa famille: sous l'oeil impassible d'un père effacé, il insulte sa mère et sa soeur. La crise d'adolescence n'est pas l'unique explication: le garçon souffre également de troubles psychologiques sévères et, pour essayer malgré tout d'en venir à bout, consulte régulièrement un psy.

Ce que cette histoire a d'innovant ? Dans ce qui, à mes yeux, ressemble fort à une schizophrénie aggravée, Donnie Darko est aussi somnambule et, au coeur d'une nuit agitée, découvre un lapin géant qui lui annonce l'imminence de la fin du monde. Il reste exactement 28 jours 6 heures 42 minutes 12 secondes à vivre. Sans trop trahir les enjeux et rebondissements de cette intrigue, je crois pouvoir dire que le tout porte sur l'essence même du monde en question. Est-ce bien celui que nous connaissons tous ? Est-ce plus "simplement" celui de Donnie, sa réalité palpable et les fruits de son imagination ? S'interroger, ici, ce n'est pas répondre. J'ai l'impression que le film ne règle aucune interrogation fondamentale. Il laisse chacun libre d'interpréter ce qu'il voit comme il... l'entend. Et c'est bien ainsi.

Si vous doutez de ma bonne compréhension, vérifiez: la teneur exacte de Donnie Darko fait l'objet d'intenses débats un peu partout sur la toile. D'aucuns suggèrent qu'il est même très présomptueux que de prétendre avoir saisi l'ensemble du propos. Bref, chacun avance des hypothèses et, quand on synthétise les différentes pistes, aucune n'émerge de façon particulièrement convaincante. C'est probablement là que réside tout l'intérêt du métrage. Détail amusant et troublant à la fois: il n'avait pas eu grand succès lors de sa sortie, n'étant distribué, sauf erreur, que dans sept (!) salles américaines. Devenue culte après son édition DVD, l'oeuvre du jeune réalisateur Richard Kelly joue beaucoup sur l'ambiance et une belle reconstitution des années 80. Jake Gyllenhaal en tête, le casting est particulièrement convaincant, avec notamment un Patrick Swayze parfaitement à l'aise à contre-emploi ou, surprise, Drew Barrymore dans un petit rôle assez énigmatique. J'ai aussi eu le plaisir de revoir Mary McDonnell, une actrice qu'on ne voit finalement que rarement sur grand écran. Tous entrent dans le jeu et emportent l'adhésion.

Donnie Darko
Film américain de Richard Kelly (2001)
Un spectacle à déconseiller à vos amis trop cartésiens. Sous réserve que vous soyez ouverts à un cinéma plus "expérimental", je dois toutefois vous recommander de voir le film comme l'échantillon improbable d'un genre difficile à cerner. J'ai sans doute vu trop peu de ces oeuvres floues sur les frontières entre la réalité et la fiction, mais j'ai apprécié celle-là. Assez sombre à vrai dire, sa conclusion m'a laissé sans réponse à l'ensemble des questions qu'avaient posées son déroulé. À part dans le lointain Lost Highway de David Lynch, qu'il me faudrait de fait revoir, je n'avais pas eu cette sensation depuis longtemps. C'est une bonne expérience de cinéma à vivre. Après ça, peu importe qu'on en fasse une habitude ou non...

dimanche 13 mars 2011

Music and lights

Une chronique de Martin

Voyez-y un paradoxe si vous voulez: c'est en fait plutôt un hasard qu'autre chose. Moi qui vous ai dit avoir du mal à apprécier pleinement la science-fiction, il se trouve que j'ai pourtant enchaîné quelques films de ce genre dernièrement. Et je dois dire d'emblée que celui dont je vous parle aujourd'hui m'a plutôt plu. Ce n'est pas un chef d'oeuvre, mais j'ai été séduit par son univers. Peut-être bien grâce au fameux critère du "sujet crédible dans le monde dit normal".

C'est par l'image que j'ai abordé Tron l'héritage, dernière oeuvre venue des studios Disney. Vous le savez sans nul doute déjà: ce film est la suite lointaine d'un premier épisode sorti en 1982 (29 ans !). On y retrouve d'ailleurs le personnage principal du premier opus, Kevin Flynn: Jeff Bridges joue toujours ce concepteur de systèmes d'exploitation informatiques, disparu au coeur... du réseau qu'il a inventé ! La nouvelle aventure tourne autour de Sam, son fils, interprété par Garrett Hedlund. Un gamin devenu quasi-trentenaire et qui, à son tour, va être aspiré dans le monde virtuel de la Grille...

Pour les non-anglophones, j'aurais pu choisir d'intituler ma chronique Sons et lumières. Ce sont bien les premières images issues de Tron l'héritage qui ont fait naître l'envie: les trouvant belles, je me suis dit qu'elles parviendraient à m'emmener ailleurs, ce que j'attends généralement du cinéma. Mission accomplie et plutôt deux fois qu'une: la musique contribue aussi à la réussite formelle du métrage. Signée Daft Punk, elle pourrait paraître banale, mais colle parfaitement à l'esthétique générale du film. Et je dois aussi parler de la 3D: elle est utilisée avec parcimonie, si une scène particulièrement spectaculaire paraît s'imposer. Vraie bonne idée !

La magie des effets spéciaux est également de faire apparaître ici deux Kevin Flynn, l'un jeune et l'autre plus âgé, avec pour matériau un seul et même Jeff Bridges. Si le scénario rouvre - timidement - une porte sur la question du clonage, le résultat plastique obtenu reste impressionnant. Il faut le savoir pour le croire ! Pour le reste, Tron l'héritage repose sur une histoire classique, pour ne pas dire ordinaire, avec ce combat entre le bien et le mal dont Hollywood abreuve (très) régulièrement les écrans. Je garde toutefois le plaisir d'une exploration en territoire inconnu et l'envie est désormais forte d'un retour aux sources de l'épisode initial. Je cherche comment.

Tron l'héritage
Film américain de Joseph Kosinski (2010)
Pas question de noter là-dedans autre chose qu'un divertissement aimable, vite vu, vite oublié. Dans le genre, d'autres films existent, bien meilleurs que celui-là. Mais pas question non plus de me renier. J'ai passé un bon moment devant ces images. Sans fasciner, le film m'en a donné pour mon argent, offrant à ma rétine quelques plans assez somptueux. N'étant pas très porté vers la science-fiction habituellement, ainsi que je vous l'expliquais l'autre jour, j'ai du mal à vous proposer une comparaison adéquate. Il faudrait que je revoie Blade runner ou Minority report. Et si vous avez d'autres pistes...

samedi 12 mars 2011

Caramel ou chocolat ?

Une chronique de Moko-B

Si l'on pouvait refaire certains choix, que ferions-nous ? Si l'on nous offrait de connaître à l'avance notre destinée, cela nous éviterait-il de commettre les erreurs à venir ? Voilà qui est plus qu'incertain.

Ce sujet épineux est au centre de Mr. Nobody, 3ème long-métrage du Belge Jaco Van Dormael (Toto le héros et Le Huitième jour). J'avoue d'emblée m'être fait prendre au piège par la bande-annonce, un problème sur lequel je reviendrai fréquemment. Elle présentait le film comme futuriste, mystérieux, touchant peut-être à l'immortalité. En réalité, Mr. Nobody est un OVNI - comme je les aime - dans le paysage cinématographique du 21ème siècle. Jaco Van Dormael, spécialiste des univers oniriques selon certains, nous offre un conte philosophique qui force la réflexion personnelle.

Ainsi, le spectateur tente-t-il de se frayer un chemin dans les souvenirs - vrais ou supposés - de Némo Nobody, un vieil homme de 118 ans, qui accepte de laisser à la postérité la mémoire de sa vie humaine en racontant à un jeune journaliste son histoire. Ceci est une part de la réalité et l'équation est loin d'être aussi simple. Némo retrace, mélange, disperse et reconstruit son existence à l'infini. Il nous lance sur une voie, que nous suivons assidûment, puis un élément vient brouiller les pistes. La contradiction s'installe et le doute aussi. Et alors que l'on voudrait se remémorer des détails, chercher des indices et discerner le vrai du faux, Némo - et donc Jaco - nous entraîne déjà vers une autre piste. Faire et défaire, voilà le leitmotiv de ce film décalé qui se sert en guise de base, de 3 filles/femmes mises en parallèle aux parents séparés de Némo et représentant tous les chemins possibles.

Jaco Van Dormael a choisit (l'excellent) Jared Leto pour incarner Némo Nobody "adulte" et on l'en remercie. D'une précision incroyable, il transfigure complétement le rôle chaque fois qu'il apparaît à l'écran. Son visage doux et beau, qui oscille encore entre adolescence et âge adulte, et son regard bleu si perçant - détails qui pourraient lui valoir des critiques acides en d'autres circonstances - servent ici à donner au personnage une aura "angélique", nécessaire au personnage. Jared Leto fascine.

Diane Kruger - dont je ne suis pas spécialement fan au demeurant - offre elle aussi une justesse qu'on lui connaissait peu jusqu'ici. Loin des artifices "héléniens" - mais non, il n'y a point de sous-entendu - qu'on a pu lui connaître fréquemment, elle abandonne sa blondeur et son maquillage parfait, pour une allure plus "nature". Notons d'ailleurs qu'elle succède dans le rôle d'Anna - et pour la chronologie du film - à Juno Temple, incroyablement "teenagelicious" (terme complètement moko-inventé).




Mr. Nobody
Film franco-saxo-belge de Jaco Van Dormael (2010)
Boudé par le Festival de Cannes en 2009, Mr. Nobody fait partie de ces longs-métrages insolites qui prouvent que le cinéma peut encore et toujours étonner. Autour d'une histoire improbable et désarticulée s'entrelacent 1001 perspectives différentes. Jaco Van Dormael a créé un monde, des mondes, uniques et tour à tour drôles et effrayants. Nous observons alors toutes les difficultés à gérer le savoir et la vérité. Comme une thèse offerte au public avec des acteurs pour illustrer chaque argument, le réalisateur répond à ceux qui aiment à penser que tout irait mieux s'ils pouvaient prévoir ce qui va leur arriver. Mr. Nobody nous rappelle que plus qu'on ne le croit, il est difficile de choisir. Certains diront que ce film est élitiste, d'autres qu'il est trop long (2h30 pour la version director's cut). Pour ma part, je pense que Mr. Nobody, servi par une délicieuse bande-son, est un chef-d'oeuvre discret. Comme une matière vivante, le film évolue constamment, change de forme, de style. Laissons le mot de la fin à Jaco Van Dormael qui le dit lui-même: "C'est un film sur le doute. Enfin, je peux me tromper".

vendredi 11 mars 2011

Sacha crédible ?

Une chronique de Martin

Aujourd'hui, quelques mots sur un projet cinéma que j'ai déjà évoqué dans une chronique précédente: le tournage prochain d'un film consacré à Queen et la décision prise par la production d'enrôler Sacha Baron Cohen pour interpréter Freddie Mercury. Un sondage rapide et pas du tout représentatif accompli parmi mes amis montre que le concept ne fait pas l'unanimité, mais que d'aucuns jugent également que ce choix audacieux pourrait être le bon. L'argument mis en avant tient parfois à une certaine ressemblance physique. Mouais. Pas convaincu. J'essaye juste de faire confiance à l'acteur.

L'une des questions qui se pose et à laquelle je n'ai pas de réponse précise pour l'instant est: qu'est-ce que le film va raconter exactement ? Je connais un peu le scénariste, Peter Morgan: j'ai pu apprécier son travail dans The Queen ou Au-delà, et il a paraît-il signé d'autres oeuvres sympa comme Frost/Nixon l'heure de vérité et Le dernier roi d'Écosse. Il semble que le Britannique veuille concentrer son approche du groupe mythique sur la période du milieu des années 80, quand apparaissent quelques dissensions en son sein. Pas question pour lui de parler de la fin du leader et donc du Sida. Évidemment, on peut le regretter mais moi, à ce stade, je demande simplement à voir. Avec un certain scepticisme, il est vrai.

Pour revenir à Sacha Baron Cohen, il me paraît évident qu'il n'a pas partie gagnée et n'aura pas davantage le droit à l'erreur. Les fans l'attendent au tournant. J'ai tout de même noté que, s'il s'est fait connaître pour des films portés sur la gaudriole, l'acteur a aussi obtenu quelque reconnaissance et un Golden Globe pour son rôle farfelu de journaliste venu du Kazakhstan dans Borat. Comparaison n'est pas raison, mais je constate ici qu'il est l'héritier de comédiens que j'aime beaucoup, de Jack Lemmon à Bill Murray, en passant encore par Marcello Mastroianni, George Clooney ou Jim Carrey. Reste à attendre patiemment jusqu'en 2012 pour juger sur pièce. D'ici là, Sacha Baron Cohen devrait interpréter... Saddam Hussein !

jeudi 10 mars 2011

Géant vert

Une chronique de Moko-B

J'ai commencé mon année cinématographique par l'autre bout de la planète, au pays du Soleil levant (ou Japon pour les intimes). Depuis longtemps, les fameux studios Ghibli m'offrent de jolies gourmandises visuelles et sonores. Hayao Miyazaki en est l'un des senseïs - maîtres - les plus souvent cités. Mais il n'est pas le seul à oeuvrer dans cette fourmilière magique. Pour preuve, c'est Hiromasa Yonebayashi, autre petit prodige des couloirs Ghibli, qui est aux commandes de Karigurashi no Arrietty (en français: Arrietty, le petit monde des chapardeurs), leur 17ème et nouveau film.

D'emblée, sachez qu'il n'y a pas de choc au niveau graphique. Le "code" Ghibli est ici respecté à la lettre: générosité des couleurs, chara-design familier, expressions "forcées" des personnages (cheveux hérissés de peur, etc...). Le style Miyazaki n'est pas loin ...

L’histoire est celle de Shô, un jeune garçon malade âgé de 12 ans. À quelques jours de subir une opération du coeur, il vient en convalescence chez sa grand-mère, Sadako. Elle et sa domestique Haru vivent dans une ancienne demeure avec un grand jardin un peu à l’abandon, à l'ouest de Tokyo. Sous le plancher de cette maison résident aussi les membres d’une famille pas plus haute que trois cerises: Pod le père, Homily la mère, et leur fille de 14 ans, Arrietty. Ce sont des chapardeurs, créatures lilliputiennes vivant au crochet des humains (de grande taille). Ils ont pour règle de ne jamais être vus par eux. Cependant, Shô ne tarde pas à apercevoir Arrietty, peu après son arrivée.

Une sorte de romance insouciante et (sûrement) éphémère naît alors entre eux deux. Shô fait tout pour revoir Arrietty. Elle-même se retrouve tiraillée entre la confiance et les sentiments qu'elle a pour le jeune homme et les règles de stricte discrétion édictées par les siens, qui craignent pour leur survie. Sauvegarde d'une amitié éphémère ou d'une vie éternellement précaire ? Telle est la question...

Comment souvent (toujours ?) chez Ghibli, la prédominance de l'homme sur la nature et la condition écologique terrestre sont évoquées. La fuite éternelle du peuple des chapardeurs, dépendant des actions de l'homme, est une métaphore joliment dessinée sur la fuite en avant de nombreuses tribus animales face aux dégradations de l'environnement et pourquoi pas, demain, de certains hommes ? L'intolérance humaine et sa peur de la "différence" sont aussi clairement mises en scène. Est-ce dommageable au film ? Non, si l'on est habitué et aimant du style Ghibli.


Arrietty, le petit monde des Chapardeurs
Film japonais de Hiromasa Yonebayashi (2010)
Une nouvelle fois, ceux nommés - à mon grand désarroi - les studios Disney nippons proposent une oeuvre délicatement travaillée. Inspiré par le roman The Borrowers de l'Anglaise Mary Norton, Arrietty est une jolie histoire, offrant une matière idéale pour le talent magique de Ghibli. Ce long-métrage marque aussi l'ère des changements pour le studio avec un nouveau réalisateur (même s'il était déjà un familier des équipes techniques): Hirosama Yonebayashi. Le grand compositeur Joe Hisaishi a également été laissé sur la touche au profit de Cécile Corbel, jeune harpiste celtique française, qui a composé et chanté sur l'ensemble de la bande-son. Une très bonne surprise !Arrietty n'innove pas certes, mais le film donne une nouvelle fosi au spectateur la preuve du talent nippon en matière d'animation traditionnelle. La recette naïveté+écologie+drame fonctionne encore, sans surprendre cependant. Le Figaro faisait la remarque (affligeante) de la triste absence de technologie 3D sur ce long métrage. C'est à mon sens plutôt la force actuelle de Ghibli, qui devra cependant apporter plus de nouveautés scénaristiques et de magie pour prospérer.

Pour comparer les avis sur le film...
Vous pouvez lire ou relire l'ancienne chronique de Martin.

mardi 8 mars 2011

La ville sans lumière

Une chronique de Martin

Dark City: avant même les images, le titre du film annonce le ton. Le long-métrage d'aujourd'hui vous conduit d'emblée vers un univers sombre et inquiétant. Endormi dans la baignoire d'une chambre d'hôtel, John Murdoch se réveille difficilement et découvre, allongé sur le sol de la pièce voisine, le corps d'une femme qu'il ne connaît pas. Ce qui ressemble à l'ouverture d'un thriller est trompeur. Plutôt que d'une intrigue policière, c'est de science-fiction qu'il est question ici. On le comprend avec la voix off des premiers instants et c'est confirmé quand apparaissent d'étranges êtres au visage spectral...

Je crois savoir que le film est culte pour certains. Je ne rejoindrai cependant pas ce groupe-là. Scénario après scénario, je crois comprendre que j'aime la science-fiction quand elle n'est au fond qu'une transposition d'une situation crédible aujourd'hui dans un futur plus ou moins proche. Si Dark City avait consisté en une enquête, sans doute qu'il m'aurait plu davantage. En l'état, je n'accroche pas vraiment, mais conviens que le long-métrage a de vraies qualités. Citons son graphisme, notamment, et le jeu des acteurs, qui tirent efficacement les fils de cette drôle d'histoire. Une bonne base.

Pour ce qui est des effets spéciaux, je dirais qu'ils tiennent plutôt bien la route. Tourné à la fin des années 90, le film avance vraiment une esthétique particulière, un peu vieillie par certains aspects, mais formellement réussie. C'est assez glauque, pour tout dire, et je peux concevoir que ce type d'environnement ne plaise pas à tout le monde. Vous découvrirez plus tard que Dark City cache sa vraie nature, mais pas question pour moi de trop en dévoiler. Ce n'est évidemment pas parce qu'une oeuvre ne me parle pas qu'elle vous déplaira pareillement. Pour juger, le mieux est d'y porter votre propre regard.

Dark City
Film américain d'Alex Proyas (1998)
Sur le DVD, un journaliste spécialisé compare ce film à Matrix, sorti d'ailleurs à la même époque. Aucun des deux projets ne m'ayant réellement séduit, je peux valider le parallèle. Je le redis: il n'est pas dans mon propos de dénigrer un long-métrage dans lequel je ne suis pas "entré". Si je prends un peu de recul, je crois même pouvoir dire qu'il y a là beaucoup de choses qui peuvent plaire à un large public. Au fond, après ça, tant pis si je n'en fais pas vraiment partie...

lundi 7 mars 2011

Vous reprendriez bien un cocktail ?

Une chronique de Silvia Salomé

Aujourd’hui encore, je réponds par l’affirmative à cette question. Tom Cruise, alias le jeune et fougueux Brian Flanagan, quitte l’armée et décide de réaliser son rêve: conquérir Wall Street et faire fortune. C’est une ambition très classique de la fin des 80’s et du début des 90’s en Amérique: la Bourse et ses yuppies fascinaient autant qu’aujourd’hui ils rebutent la société. Autre lieu commun du jeune américain audacieux: travailler pour payer ses études. Et voilà notre Brian qui devient barman à Manhattan ! Un choix qui va déterminer la suite de sa vie, puisqu’il va rencontrer son mentor, Douglas Coughlin, pour le meilleur et pour le pire.

Avant tout, je dois vous préciser un petit quelque chose: je ne fais pas partie des fans de Tom Cruise, ni aujourd’hui, ni hier. Mais je dois admettre que dans ce film, il joue son rôle à la perfection. Il donne vie à un jeune premier débordant d’ambition, un poil sûr de lui, à tel point que parfois, on aurait presque envie de le gifler, comme par exemple, il drague Jordan, interprétée par la jolie Elisabeth Shue. Cela dit, on pleure avec lui quand son guide et ami Doug est au plus mal ! Sans trop m’avancer, je pense que c’était une période faste pour Tom Cruise, et qu’il a interprété ce moment-là ces meilleurs rôles. Dde cette époque, on peut citer Né un 4 juillet, Rain man, Jours de tonnerre, Horizons lointains, La firme et Entretien avec un vampire.

Bryan Brown joue le second rôle masculin: son personnage, Douglas Coughlin, un vieux baroudeur des zincs, on y croit dur comme fer. Il connaît toutes les astuces pour faire passer une bonne vieille gueule de bois. Et nous aussi par l’occasion. Prenez de quoi noter la recette de son fameux Red Eye et accrochez quand même votre estomac: une dose de bière, une dose de jus de tomate et un œuf ! Courage, avalez cul sec ! Il est aussi abîmé comme les personnes qui ont un peu trop abusé de certains plaisirs ou vices - je vous laisse choisir le terme qui vous convient ! Il est également cynique car il a vu trop de masques sur les visages de ces contemporains, trop d’illusions déçues. Et pourtant, il prend le fougueux Flanagan sous son aile: il va lui donner les ficelles pour réussir en tant que barman, et au-delà de ce métier, s’en sortir dans la vie sans trop se briser les ailes. Pari réussi: en très peu de temps, le duo devient très demandé à New York, et Flanagan a les faveurs de ces dames. Ils maîtrisent parfaitement l’art de manier les bouteilles: ils jonglent avec, les envoient en l’air et les glaçons subissent le même sort ! Les pourboires pleuvent ! Et les filles sont sous le charme ! Deux petits grains de sable, l’argent et les conquêtes amoureuses d’un soir ou pas, qui vont enrayer la mécanique Coughlin/Flanagan. Le duo se brouille, et Flanagan met les voiles sur la Jamaïque, son climat clément, ses plages de sable fin, et bien sûr ses jolies filles. Derrière son comptoir, une bible de Wall Street - what else ? - et devant les clients, le show à la Coughlin, of course.

La deuxième partie du film montre les querelles entre les mâles dominants: ils doivent toujours faire le coq fier devant leur cour, au péril de blesser celle(s) qui les aime(nt) réellement. Le jeu des apparences et du quand dira-t-on joue un rôle important: comment lutter contre ? Mais elle met aussi l’accent sur une belle amitié, parfois mal comprise, mais toujours sincère. Et bien sûr, ce cocktail est saupoudré d’une bonne dose d’amour, pas toujours évidente !

Mais pour en savoir plus, ce film tu le découvriras ou tu le verras à nouveau, «foi de Coughlin».

Cocktail
Film américain de Roger Donaldson (1988)
Pourquoi ce film m’a autant marquée ? Tout simplement parce qu’il explorait un univers que je ne connaissais pas quand j’étais ado. Et qui bien sûr exerçait sur moi une totale fascination: cet univers, c’est celui du monde de la nuit, avec ses rencontres, ses excès et ses abus. Autre atout pour moi: une partie du film se déroule à New York et une autre se passe à la Jamaïque, deux contrées complètement mythiques dans les années 90. New York car, la ville qui ne dort jamais représentait pour moi, et aujourd’hui encore, un endroit assez fou où tout est possible. La Jamaïque était, et reste, indissociable de Bob Marley, un des mes héros. Aujourd’hui encore, la night life me fascine et sa faune m’intrigue. Quant aux lieux du film, rien à changer: je les aime toujours autant ! Le film avait donc tout pour me plaire et reste dans ma mémoire.

samedi 5 mars 2011

Drôle de rencontre

Une chronique de Martin

Je suis encore loin de tous les connaître, mais, à ce jour, je n'ai pas encore relevé de fausse note parmi les films de Billy Wilder. C'est Arte qui m'a permis de découvrir La garçonnière il y a tout juste quelques semaines. Aimer ce long-métrage n'est pas difficile: il est présenté comme l'un des meilleurs de son auteur, couronné à l'époque de cinq Oscars. Il y a là le souvenir d'un temps révolu - les années 60 - et du plaisir à s'y replonger, accompagné pour l'occasion par un duo tout à fait charmant, constitué de Shirley McLaine et Jack Lemmon.

L'histoire en bref ? C.C. Baxter, employé de bureau et célibataire endurci, vit à New York. Pour progresser dans la carrière et quitte même à coucher dehors certains soirs, il prête assez régulièrement son appartement à ses patrons, lesquels, évidemment, y amènent des dames, et pas simplement pour jouer aux cartes - allusion compréhensible... en regardant le film ! La garçonnière profite donc à beaucoup, mais pas à son propriétaire légitime. C'est alors qu'intervient une jolie liftière, Fran Kubelik, dont notre héros tombe évidemment amoureux. Mais comme on est chez Wilder, point encore de grande déclaration: plutôt des allusions assez maladroites et, ça va de pair, une fâcheuse tendance à s'emmêler les pinceaux...

Les photos que j'ai choisies le montrent bien: si La garçonnière peut sans doute être présentée comme une comédie romantique, elle est aussi autre chose, une oeuvre nettement plus profonde qu'il n'y paraît à la lecture d'un simple résumé de scénario. Certes, le long-métrage est vraiment drôle et sonne particulièrement juste en illustrant tout à la fois la fausse assurance de C.C. Baxter et sa grande solitude. Quand il s'intéresse au personnage de Fran Kubelik, il arrive presque à la frontière du drame: on comprend vite que la belle demoiselle est très convoitée, mais pas franchement heureuse pour autant. Chagrin. Ces deux-là finiront-ils par se trouver ? Je ne le dirai pas. En leur laissant une chance de vous séduire, j'ajouterai simplement qu'il y a bien peu de risques que vous soyez déçus. À vous de voir...

La garçonnière
Film américain de Billy Wilder (1960)
Meilleur film, meilleur scénario et meilleure réalisation: rares sont les longs-métrages à s'être offert pareille moisson aux Oscars. L'exception confirme toujours la règle: si celui-ci y est parvenu et a complété sa collection de deux autres statuettes dorées, j'ai envie d'insister pour dire que c'est mérité. Pas spectaculaire pour un sou compte tenu de nos canons contemporains, cette oeuvre s'avère pertinente de bout en bout, associant la comédie, le drame et l'étude de moeurs. Comme souvent chez ce réalisateur, même la réplique finale fait mouche. Je vous laisse parcourir ce blog pour découvrir d'autres extraits de la filmographie de Billy Wilder. Pour citer un film comparable d'un autre cinéaste, je ne saurais trop vous conseiller d'apprécier (une nouvelle fois ?) le magnifique Diamants sur canapé de Blake Edwards, sorti à peine un peu plus d'un an plus tard.

vendredi 4 mars 2011

Cinékid !

Une chronique de Moko-B

Il y a quelque temps maintenant, je me suis laissée aller à voir ce que le petit écran pouvait me proposer comme programme du soir. Sur la chaîne Arte, je vois s'annoncer un film au titre improbable: Le fils de Rambow. Je suis d'abord incrédule évidemment. Et puis, n'ayant pas envie de regarder un film précis ce soir-là, je me dis "pourquoi pas ?". Je me dis que j'ai bien fait...

L'action de ce film est censée ce dérouler en Angleterre en l'an 1982 (un grand cru, cette année-là !). On y suit Will (Bill Milner), jeune collégien qui vit avec sa mère et sa grand-mère. Le père est mort. Leur quotidien est régi par un ensemble de règles très strictes édictées par la communauté religieuse à laquelle ils appartiennent. Notamment, ils n'ont pas le droit d'écouter de la musique ou de regarder des films. À ce petit point du long-métrage, mon oeil critico-agnostique commençait déjà à s'énerver, et je m'offusquais personnellement et intérieurement de l'emprise de la religion sur certaines personnes et de l'entrave aux libertés individuelles. Blablabla, ... j'ai failli bêtement passer à côté du film en ronchonnant ainsi comme une vieille rombière !

Ainsi, alors qu'on glisse dans le quotidien de Will comme dans une confortable paire de charentaises, un élément perturbateur entre dans le champ: Lee Carter (Will Poulter). Ce gamin et camarade de collège de Will en est tout l'opposé. Turbulent, violent, agitateur et pirate vidéo à ses heures, il vit
avec son frère aîné, quasiment livré à lui-même dans l'immense villa de leurs parents.

Le décor est planté. Les deux protagonistes vont entrer en collision émotionnelle comme deux comètes furieusement pressées. Deux mondes se confrontent pour le meilleur et surtout pour le pire. Pour ceux qui, comme moi, sont très difficiles à contenter cinématographiquement, sachez qu'on ne tombe pas dans le cliché après ça. Non. Point de scène où Will se mettrait à fumer, crier des injures, ferait de la prison ou frapperait une vieille dame. On est loin de Dog Pound ou de Billy Elliot...

L'Angleterre de ce film est toujours aussi froide et monochrome. Mais la lumière brille de par les jeunes acteurs qui portent le film. Oui, Lee va dévergonder un peu le jeune Will, notamment en lui faisant découvrir le film Rambo, (prononcez "Rambow" pour être plus ingliche). Mais là encore, le film prend un virage inattendu. Et Lee apparaît comme n'étant plus seulement une brute-tête-brûlée. Non, il s'avère avoir de l'imagination, de l'inspiration. Bref, il est plein de créativité et de vie, entraînant Will, plus réservé et introverti, dans son univers. Le but de leur jeune vie: réaliser un court-métrage et l'envoyer à un festival de jeunes réalisateurs pour gagner un prix. Leur projet artistique: un film sur le fils supposé de Rambo...

Étrangement, on ne pense pas une seule minute à balancer la zapette dans son téléviseur en se disant "mais c'est n'importe quoi, ce film!". Non, on se cale encore plus dans son fauteuil et on attend la suite, impatient, fébrile, curieux. Et on est servi quand entre en scène le personnage - et le mot est un faible euphémisme ici - de Didier Révol, correspondant français au look plus qu'approximatif (Jules Sitruk que je n'avais même pas reconnu !), quelque part entre un émo, un punk et 21 Jump Street. Celui-ci en impose rapidement et se constitue une petite "cour" qui exécute ses moindres désirs.

Sans vouloir trop en dire, vous comprendrez que Didier Révol va vouloir mettre son grain de sel (de khôl ?) dans le projet Le fils de Rambow. Les amitiés vont être éprouvées, l'autorité parentale et religieuse bouleversée, les rapports bousculés et dévoilés. Deux facettes de l'éducation juvénile sont très bien mises en opposition: la rigueur totale et le laxisme absolu. Les détails (amusants) sont à découvrir par vous-mêmes !


Le fils de Rambow
film franco-anglo-américain de Garth Jennings (2007)
Le cinéma offre de plus en plus rarement des oeuvres modestes et touchantes à la fois. Présenté au Festival du Film de Sundance en 2007, Le fils de Rambow est un long-métrage simple mais pas simpliste. Il permet de revisiter l'Art de l'enfance dans toute sa splendeur. Le temps de l'insouciance, des essais à volonté, des rêves et de la spontanéité est ici offert avec un label 100% bio-crédibilité ! Le côté "Monde des Bisounours" est soigneusement évité en incluant la dose minimale recommandée de scènes justes et froides de réalité. On a presque l'impression par moments d'être en face de ce qui aurait pu être une rencontre d'enfance de Matt Damon et Ben Affleck. Et puis, surtout, c'est un puissant curatif pour ceux qui auraient tendance à sombrer fréquemment dans le négativisme et la fatalité. Se rappeler qu'on a été un enfant, qu'on a cru en chaque chose qui nous arrivait, qu'on a dépensé son énergie sans compter pour ses projets et contre l'adversité. Plutôt que de courir avec votre gamin voir le dernier Disney en 3D, posez-vous en famille, chez vous, et regarder ce film plein de simplicité !

mercredi 2 mars 2011

Le roi ému

Une chronique de Martin

Si le destin ne s'en était mêlé, il ne serait jamais monté sur le trône. En 1936, George VI d'Angleterre n'hérite pas uniquement du pouvoir de son père: il "bénéficie" aussi de l'abdication de son frère. J'écris "bénéficie" entre guillemets car, ainsi que le montre parfaitement Le discours d'un roi, le jeune prince, en réalité prénommé Albert, n'est alors vraisemblablement pas un homme d'ambition. Son aîné ayant préféré l'amour d'une femme - américaine et divorcée - à la couronne, il doit juste faire face. Et donc assumer son inattendue responsabilité, tâche difficile et d'autant plus ingrate qu'il souffre de longue date d'un lourd handicap: le bégaiement.

Ce qui était déjà la plaie d'un homme de cour devient le cauchemar d'un chef d'État, l'obstacle à l'exercice serein de ses hautes fonctions. Autre souffrance: ailleurs en Europe, la paix est menacée par Hitler, Mussolini ou Staline, trois hommes politiques parfaitement à l'aise avec le verbe. Pour le coup, Le discours d'un roi ne s'appesantit guère sur ce contexte - il est évoqué pour mémoire, mais pas davantage. Le film se concentre sur ce monarque que les mots contrarient et sur son long chemin vers le mieux-être et la libération de phrases trop longtemps contenues. Ce qui s'avère captivant. J'insiste là-dessus: même quand on est aussi républicain que moi...

Plus encore qu'encouragé, Albert/George VI est poussé par sa femme à tout faire pour venir à bout de sa faiblesse langagière. C'est ainsi qu'il rencontre Lionel Logue, un drôle d'Australien, aux méthodes quelque peu "rentre-dedans", qui va accepter de l'aider. Vous l'aurez compris: Le discours d'un roi s'appuie d'abord sur un trio, constitué d'un royal sujet, d'une épouse aussi dévouée que déterminée et donc d'un curieux thérapeute. Dans chacun de ces rôles, Colin Firth, Helena Bonham Carter et Geoffrey Rush sont parfaits. Loin d'affadir le propos, le fait que, même romancée, cette histoire repose en fait sur la vérité rend le scénario plus étonnant encore. Ajoutez-y également une très belle reconstitution d'époque et vous aurez alors compris que je parle de l'un des très bons films de ce début 2011 !

Le discours d'un roi
Film anglo-américain de Tom Hooper (2010)
Le chic de ce long-métrage, c'est de jouer sur toute une palette d'émotions. J'ajoute qu'au-delà même de son intrigue, il m'a plu aussi sur le plan purement cinématographique. Il contient quelques plans d'une beauté à couper le souffle: je pense par exemple à la manière dont est filmée une promenade dans un parc londonien empli de soleil et de brume. Cette oeuvre touchante m'a fait songer au The queen de Stephen Frears, lui aussi largement consacré à la monarchie britannique - et en l'occurrence à la reine actuelle, Elizabeth II, la fille de George VI ! L'un et l'autre sont à voir de préférence en version originale. Après quoi, une petite recherche historique pourrait prolonger votre plaisir, quand vous noterez que le père de George VI n'aurait pas dû régner non plus, puisqu'il était lui aussi un cadet.