mercredi 6 mai 2020

Initiales D. D.

Vous avez apprécié ma chronique de lundi ? J'ai une bonne nouvelle. J'avais envie de reparler de Danielle Darrieux et j'ai eu le privilège d'en discuter longuement avec Clara Laurent, auteure d'un livre biographique, Danielle Darrieux, une femme moderne, publié en 2017 aux éditions Hors Collection. Une vraie mine... de plus de 400 pages !

Je vous laisserai découvrir le parcours et les différentes activités professionnelles de Clara sur son site Internet: www.claralaurent.fr. Elle est aussi co-auteure de Il est poli d'être gai, un documentaire proposé par Arte en mars 2019. Elle témoigne d'un profond respect pour la grande dame et, même si elle ne l'a jamais rencontrée directement, la raconte avec un joli mélange d'humilité et de ferveur. Vous allez voir: c'est vraiment passionnant de redécouvrir le parcours artistique d'une femme née en 1917 et qui nous a offert son talent presque toute sa vie. Chut ! Je m'éclipse et vous "retrouve" à la fin...

Clara, bonjour. Danielle Darrieux est connue pour avoir commencé sa carrière très tôt. Est-ce que ce sont ses parents qui l’ont poussée dans cette voie ?
Non, pas vraiment. La petite Danielle a perdu son père quand elle avait sept ans. Sa mère était professeure de chant lyrique. Enfant, Danielle faisait du violoncelle et se destinait à être musicienne professionnelle. L’école la barbait. Un jour, elle entend que le mari d’une élève de sa mère organise un casting pour un film. Elle fait des pieds et des mains pour qu’on l’autorise à y participer. On est en 1930, à l’époque des balbutiements du cinéma parlant…

Quel est ce film ?
C’est Le bal (1931) de Wilhelm Thiele, qui adapte alors un court roman d’Irène Nemirovsky. Deux versions sont tournées, comme cela se faisait à l’époque: l'une en allemand (à Berlin), l’autre en français. Tandis que l’actrice de la version allemande, Dolly Haas, a vingt ans, Darrieux a pile l’âge de son personnage: 13-14 ans. Elle est donc choisie, au détriment notamment d’Odette Joyeux, la future mère de Claude Brasseur, laquelle avait alors 17 ans. C’est vrai qu’il était rare, à l’époque, de débuter aussi jeune et surtout en endossant le premier rôle. Un détail amusant: au moment où elle débute devant la caméra, la jeune Danielle n’a nullement conscience qu’il y a un micro. Le réalisateur la trouve désarmante de naturel, là où d’autres candidates plus âgées ont fait un peu d’art dramatique et ont donc déjà quelques tics du théâtre. Elle, c’était une petite adolescente totalement spontanée.

Danielle Darrieux - Le bal (1931)
Darrieux avait donc d’emblée un jeu naturel ?
C’est une notion complexe, le naturel: certains enfants acteurs nous semblent aujourd’hui avoir un jeu plus naturel que celui de Darrieux à ses débuts, car ils sont nos contemporains de 2020. Malgré tout, il est évident qu’en 1931, la jeune Darrieux est très à l’aise devant la caméra et que son jeu est plus cinématographique que celui de la plupart de ses homologues français de l’époque, qui ont reçu une formation dramatique…

Est-ce qu'elle connaît rapidement le succès ?
Oui ! Lorsque Le bal sort sur les écrans, elle reçoit des lettres d’admirateurs, des déclarations d’amour… alors qu’elle avait fêté ses 14 ans sur le tournage ! Comme elle s’ennuyait à l’école, elle a envie de poursuivre dans le cinéma et n’a pas trop de mal à convaincre sa mère - qui élevait également deux autres enfants (Claude, née en 1919 et Olivier, né en 1921). Et en quelques années, Darrieux devient DD, une véritable star adulée du public, une "it girl" faisant les couvertures des magazines, un modèle pour les jeunes de sa génération, comme Brigitte Bardot (alias BB) le sera à son tour dans les années cinquante. En 1937, Darrieux est l’actrice française la mieux payée du cinéma…

Comment expliquez-vous cet engouement du public ?
Dans la majorité de ses films des années trente, Darrieux incarne la jeune femme moderne de son époque, un nouveau type de femme. La Grande guerre est passée par là: les femmes se sont émancipées, on parle des "garçonnes". Aux États-Unis, c’est la "flapper". Ces jeunes femmes veulent être libres et vivre pleinement comme le font les garçons, qu’elles imitent en se coupant les cheveux, en portant des pantalons, en fumant aussi (on ignore alors les méfaits du tabac !). Quand on regarde le cinéma français des années trente, on peine à trouver d’autres actrices qui interprètent ce nouveau type féminin. Les autres stars sont distribuées dans des rôles de garce (Viviane Romance) ou de jeunes ingénues romantiques (Annabella). Oui, Arletty, elle, incarne des personnages de femmes dessalées, mais elle n’a pas vraiment le statut de star dans les années trente, et elle joue la plupart du temps des femmes de petite vertu, des prostituées… Bref, Darrieux est la seule star française qu’on peut comparer aux actrices américaines comme Katharine Hepburn ou Claudette Colbert. Elle est vive, trépidante, impertinente, libre - moderne !

L'or dans la rue - Curtis Bernhardt (1934)
Était-elle ainsi dans sa propre vie ou n’était-ce qu’une fabrication pour le cinéma ?
Tout porte à croire qu’elle était elle-même une jeune femme très libre. En gagnant vite beaucoup d’argent, elle a dû mûrir en accéléré: c’est elle qui permettait au foyer familial de vivre. Elle va travailler seule à l’étranger dès l’âge de 16 ans, dans les studios berlinois où se tournaient les films en versions multiples - comme L’or dans la rue, le film qui lui permet de rencontrer pour la première fois Henri Decoin, l’homme qu’elle épouse à 18 ans à peine ! Dans la presse de l’époque, les journalistes la décrivent dans la vie comme le double de ses personnages de l’écran. C’est certain qu’il y a une part de fabrication là-dedans: la star, c’est l’actrice qui, aux yeux du public, paraît être à la ville ce qu’elle incarne dans les films. C’est ce qui distingue la star de la simple vedette. Darrieux était aussi complexe: un mélange de lucidité précoce et d’impétuosité, ce qui en faisait une jeune femme libre. Son humilité, voire son manque de confiance en elle sur les tournages, ont évité qu’elle prenne la grosse tête. Je pense que cela a été pour elle un atout pour durer dans ce métier où beaucoup perdent les pédales face à la notoriété soudaine.

Pendant l’Occupation allemande, certains lui reprochent encore de ne pas avoir été exemplaire. Qu’en est-il, d’après vous ?
Je déplore que certains pensent qu’elle s’est mal comportée pendant cette période. Il est vrai aussi qu’elle s’est très mal expliquée ensuite. De fait, comme la majorité des acteurs hexagonaux, elle est restée en France en 1940. Si elle ne s’est pas exilée aux États-Unis, comme Michèle Morgan par exemple, je pense que c’est parce qu’elle avait déjà connu Hollywood en 1938 et qu’elle n’avait pas aimé cette expérience. Henri Decoin, avec qui elle était encore mariée, souhaitait qu’elle reste en France avec lui. La nouvelle société de production Continental fondée par l’Allemand Alfred Greven propose alors à Decoin de faire un film avec Darrieux: on leur garantit que le film ne sera pas une œuvre de propagande. Darrieux a fait trois comédies pour la Continental, effectivement exemptes de propagande vichyste: Premier rendez-vous, Caprice et La fausse maîtresse

Porfirio Rubirosa et Danielle Darrieux (1942)
En 1940, Darrieux rencontre Porfirio Rubirosa, un diplomate dominicain. Decoin lui-même avait noué une relation avec une autre femme et les époux ont décidé de se séparer d’un commun accord. C’est la passion entre DD et "Rubi". Le diplomate est interné en Allemagne. Alfred Greven exerce alors une pression sur Darrieux: si elle ne participe pas à un voyage à Berlin, elle ne reverra jamais Rubirosa. Elle accepte donc de faire ce fameux voyage qui a fait couler beaucoup d’encre par la suite. Viviane Romance, Suzy Delair, Albert Préjean et Junie Astor sont aussi dans le train. Greven tient sa promesse: Darrieux a le droit de voir son amoureux. Il sera ensuite exfiltré d’Allemagne. DD et lui se marient peu de temps après en France. Ce mariage avec un diplomate dominicain (pays ennemi de l’Allemagne) donne à Darrieux une raison supplémentaire de ne plus faire de film pour la Continental. Elle refuse la pression de Greven, qui a envoyé Clouzot en émissaire. Elle s’installe à Megève avec "Rubi" et n’a plus le droit d'en partir. Greven ordonne que son nom soit banni de tous les médias. À la Libération, convoquée par le comité d’épuration du cinéma, Darrieux est facilement blanchie.

Malgré tout, on entend souvent qu’elle a vécu une traversée du désert après la guerre…
Son premier film d’après-guerre sort dès 1945: c’est une comédie réalisée par Marcel L'Herbier, Au petit bonheur. Un film dans le style screwball américain, avec il est vrai une thématique un peu macabre, reflet de ces lendemains de guerre. En fait, Darrieux tourne un film par an entre 1945 et 1950: pas vraiment le chômage ! Adieu chérie, l’un des films de cette époque, elle le fait avec Raymond Bernard, un cinéaste d’origine juive qui s’était caché toute la guerre, menacé par Vichy, et dont le propre père, l’écrivain Tristan Bernard, a échappé de peu à la déportation en Allemagne. Si Darrieux avait eu une attitude condamnable durant l’Occupation, je ne pense pas que Raymond Bernard aurait eu envie de la faire tourner.

Tous ces films de cette période ne sont pas géniaux, mais ce ne sont pas des fours non plus. Ruy Blas et Bethsabée sont des grosses productions. Les comédies valent bien celles des années trente. Il se trouve que Darrieux a elle-même alimenté l’idée d’une traversée du désert par les propos désillusionnés qu’elle a tenus sur cette période. En fait, elle vit une situation sentimentale mouvementée à cette époque: les paparazzi la traquent lorsqu’elle se sépare de Rubirosa, puis les journaux la traînent dans la boue quand elle rompt avec un jeune acteur (Pierre Louis). Darrieux disait qu’Occupe-toi d’Amélie était le "film de sa résurrection". Il est vrai que ce film d’Autant-Lara, sorti en 1949, est un chef-d’œuvre.

Danielle Darrieux et Gérard Philipe - Le rouge et le noir (1954)
C'est vite reparti ! Danielle Darrieux n’a donc jamais eu de creux dans sa longue carrière ?
De fait, au début des années 1950, sa carrière repart fort avec des films qui font le buzz, comme on ne disait pas encore: Le rouge et le noir (avec Gérard Philipe), Typhon sur Nagasaki (avec Jean Marais). Et puis, il y a la rencontre avec Max Ophuls et leurs trois collaborations: La ronde, Le plaisir et Madame de... Ces films sont restés comme le sommet de sa filmographie, même si, à l’époque, ils n'ont pas un immense succès en salles. Max Ophuls a une admiration sans borne pour Darrieux. Il ne veut tourner qu’avec elle et obtient dans ses films un jeu d’une rare subtilité de la part de la comédienne, qui elle-même adorait être dirigée par le maestro. Le film que Darrieux préférait était Madame de... et on la comprend. Lorsqu’elle psalmodie "Je ne vous aime pas", en forme d’antiphrase, en s’adressant à Vittorio de Sica, on atteint au sublime…

Bon… il ne faut pas se mentir, au cours des années 1950, avec la tornade Bardot, Darrieux se démode quand même un peu. Les cinéastes de la Nouvelle Vague l’ignorent, à l’exception de Chabrol, qui fait d’elle dans les années 1960 l’une des femmes zigouillées de Landru, comme s’il souhaitait l’évacuer. Mais elle échappe à la méchanceté des jeunes réalisateurs de cette époque : Truffaut, par exemple, l’appréciait, aussi parce qu’elle était l’actrice préférée de Max Ophuls. Et puis, avec sa palette de jeu immense, sa modernité de jeu, elle n’est jamais la cible des moqueries des Jeunes Turcs de Cahiers du cinéma, contrairement à d’autres de sa génération.

Préférait-elle le cinéma au théâtre ?
C’est une vraie colle ! Elle avait une aisance dans les deux, en tous cas. Darrieux avait eu une première expérience dès 1937, dont elle n’avait pas gardé un bon souvenir. Elle a retrouvé le chemin des planches après la guerre. Dans les années 1960, elle a fait beaucoup de théâtre, aussi parce qu’elle avait moins de rôles intéressants au cinéma. Elle y a rencontré beaucoup de succès, comme dans la pièce de Françoise Sagan, La rose mauve de Valentine. En vieillissant, elle continue à faire des tournées en province parfois fatigantes, notamment parce que son troisième et dernier mari ne gagnait pas un kopeck et qu’elle devait faire bouillir la marmite. Elle joue alors qu’elle a plus de 80 ans et, en 2003, obtient même un Molière pour Oscar et la dame en rose (28 ans après son César d'honneur).

Elle chantait, aussi. Une vraie voix de soprano léger, admirablement placée. Elle avait appris au contact de sa mère et elle était particulièrement douée. Dans Les demoiselles de Rochefort, elle est la seule de toute la distribution à ne pas être doublée. Au cours des années 1960, si elle a mis l’accent sur sa carrière de chanteuse, c’est parce les premiers rôles au cinéma étaient moins abondants. Mais elle chantait comme elle respirait: du matin au soir. En fait, elle adorait cela ! Et elle a une grosse discographie…

Comment vivait-elle sa célébrité ?
Même après 25 ans de carrière, elle n’aimait pas beaucoup les interviews dans les médias ! Elle n’était pas du tout mondaine et, dans sa prime jeunesse, n’aimait pas être reconnue dans la rue. Elle tirait même la langue à ceux qui l’interpellaient ! En fait, je crois que le vedettariat l’emmerdait. Les journalistes lui ont décerné le Prix citron plusieurs fois, au cours des années 1950. Elle s’est manifestement détendue en interview sur le tard, vers 70 ans, en montrant la femme drôle qu’elle était dans la vie, et parfois la vieille dame un peu indigne. Quand Drucker l’interroge sur Hollywood, elle raconte avec drôlerie comment, lorsqu'elle arrivait sur le plateau, elle se trouvait moche et le clamait, alors que les maquilleurs le lui interdisaient, parce qu’elle était "un produit des studios" ! Elle raconte aussi qu’elle côtoyait Ava Gardner "qui avait déjà un coup dans le nez" dès le matin. Vis-à-vis du public, elle a aussi su évoluer. Pour preuve: j’ai des amis qui l’ont vue au théâtre et, après la pièce, elle ne s’est pas dérobée.

Danielle Darrieux et Catherine Deneuve - 8 femmes (2002)
Pour vous, qui est l’héritière de Darrieux ? En termes de longévité au cinéma, je pense à Catherine Deneuve ou à Isabelle Huppert…
Difficile à dire. Avec Catherine Deneuve, je vois une filiation. Elles ont joué dans quatre films ensemble. Dans le premier, Darrieux interprète sa tante, et ensuite, elle incarnera toujours sa mère. Aujourd’hui, on y pense un peu moins, mais Deneuve est également très bonne dans le registre comique (comme on peut le voir dans Le sauvage ou La vie de château, par exemple). Elle a d’ailleurs un débit très rapide, comme Darrieux. On peut aussi déceler des analogies physiques entre Darrieux et Deneuve dans leur jeunesse. Quant à Isabelle Huppert, c’est un tempérament différent. Une cérébrale qui construit sa carrière dans une démarche beaucoup plus volontariste. Darrieux, elle, avait commencé un peu par hasard et a pris les choses comme elles arrivaient.

Quels sont ses films indispensables à vos yeux ?
C’est toujours difficile d’établir ces classements… Disons Battement de cœur, Occupe-toi d’Amélie, Madame de… Certains films auparavant introuvables ont été enfin édités en DVD, comme Mademoiselle Mozart ou Club de femmes, des comédies que je recommande pour apprécier la DD jeune femme moderne des années trente. Je conseille aussi La vérité sur Bébé Donge, un grand film de Decoin où elle donne la réplique à Gabin. Dans les années cinquante, il y a La Maison Bonnadieu, moins connu, avec Bernard Blier, où Darrieux joue une femme drôlement subversive. Pas besoin de citer Les demoiselles de Rochefort: celui-là, tout le monde le connait. Dans les films tardifs, j’aime beaucoup Nouvelle chance d’Anne Fontaine, un peu méconnu, où elle a le premier rôle féminin et où elle est géniale. Le film vaut la peine d’être vu: c’est une œuvre un peu atypique dans la filmographie de la réalisatrice, plus libre dans sa facture et dans sa narration.

Y a-t-il des films encore introuvables ?
Roses rouges et piments verts, avec Gina Lollobrigida ! Je n’avais pas pu le voir avant la publication de mon livre, hélas. Un ami collectionneur m’a finalement permis de le découvrir et j’en parle sur mon site. Darrieux y joue une femme de cinquante ans, encore désirable, qui a des histoires avec des amants plus jeunes, et qui est la mère d’un petit gigolo. Un film OVNI, production franco-italo-espagnole d’avant la Movida, qui peut faire penser parfois à du Almodovar lorsqu’il s’aventure dans le Madrid interlope. J’espère qu’il ressortira un jour en DVD. Il y a par ailleurs un film où Darrieux s’est un peu perdue: Les oiseaux vont mourir au Pérou, de Romain Gary. Je l’ai également découvert grâce à l'un de mes proches. Personnellement, je trouve ce film très pénible, même si le directeur photo est Christian Matras (qui travaillait notamment pour Max Ophuls) et même si le casting est cinq étoiles: Jean Seberg, Pierre Brasseur, Maurice Ronet, Jean-Pierre Kalfon et Danielle Darrieux, donc. Elle joue une tenancière de bordel, amoureuse de Jean Seberg et exerçant une pression sexuelle sur la jeune femme. Le film date de 1968: elle avait donc cinquante ans. Il fallait oser, quand même !

Et au départ, comment avez-vous découvert cette actrice ?
J’ai été cinéphile très jeune. Vers sept ans, je me mettais en boucle La mort aux trousses et Certains l’aiment chaud. Vers 15 ans, je me suis intéressée aux classiques français des années 1930, les Carné, Renoir, Duvivier, René Clair… Darrieux n’était pas dans ces films-là. À l’époque, j’adorais déjà les comédies américaines de Cukor, Hawks, McCarey, etc. J’aimais aussi les actrices des années 1930-40 avec du tempérament, comme Katharine Hepburn, Carole Lombard, Rosalind Russell… Dans les films français des années trente, je ne voyais pas leurs homologues, des jeunes femmes intelligentes, virevoltantes, avec un esprit de répartie - en dehors peut-être d’Arletty, mais elle jouait des prostituées, comme je le disais.

Danielle Darrieux et Claude Dauphin - Battement de coeur (1940)
Quand j’ai découvert Battement de cœur, je devais avoir 20 ans. Et voilà enfin une actrice moderne dans le cinéma français des années trente ! Plus tard, j’ai appris que Decoin avait suivi Darrieux à Hollywood lorsqu’elle a fait une screwball sous la direction d’Henry Koster en 1938, La coqueluche de Paris. Il avait observé la manière de travailler des réalisateurs américains. Battement de cœur garde la trace de cette influence américaine. Quelques années ont passé. J’ai fait un Master 2 en études cinématographiques et j’ai alors travaillé sur la femme moderne dans le cinéma français des années trente. Et, forcément, sur beaucoup de films avec DD…

Quelle est sa place dans l’histoire du cinéma, d’après vous ?
Elle a un charme unique et un génie singulier dans tous les registres de jeu ! Dès les années trente, un journaliste parle d’elle comme d’un Stradivarius de l’écran ! Sa longévité reste unique aussi, dans le cinéma français… et dans le cinéma mondial. Elle débute alors qu’elle a à peine 14 ans. Dans Nouvelle chance d’Anne Fontaine, elle a déjà 89 ans et tient encore le premier rôle. Elle fait son dernier film, Pièce montée, à 93 ans ! On l’associe assez souvent à deux autres actrices de sa génération: Micheline Presle et Michèle Morgan, qui ont commencé adolescente, vers l’âge de quinze ans. Mais Morgan s’est arrêtée beaucoup plus tôt et, si Presle a eu des films tardifs, elle n'y tenait pas le premier rôle. Bref, oui, DD est unique pour avoir travaillé durant huit décennies presque sans interruption... et en ne se faisant pas trafiquer le visage par la chirurgie esthétique ! Aujourd'hui, cela devient un phénomène exceptionnel - n'est-ce pas ? - de voir vieillir à l’écran une très belle femme...

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Il est temps de conclure...
Sous cette image de la couverture de son livre, je tiens évidemment à remercier Clara pour sa gentillesse et sa GRANDE disponibilité. Grâce à elle, j'ai appris beaucoup de choses... et mieux mesuré aussi tout ce que je dois encore découvrir pour connaître Danielle Darrieux. Bon, ce n'est pas pour tout de suite, mais je vais garder cela en tête !

Danielle Darrieux sur Mille et une bobines...
- Mauvaise graine / Alexandre Esway et Billy Wilder / 1934,
- Battement de coeur / Henri Decoin / 1940,
- Madame de... / Max Ophuls / 1953,
- Le cavaleur / Philippe de Broca / 1979,
- 8 femmes / François Ozon / 2002,
- Persepolis / Marjane Satrapi et Vincent Parronaud / 2007,
- Pièce montée / Denys Granier-Deferre / 2010.

4 commentaires:

Laurent a dit…

Merci Martin, pour ce bel entretien. Je pense me procurer l'ouvrage en question ;-)

Pascale a dit…

Jolie "rencontre".
Elle est vraiment intéressante cette DD.

Martin a dit…

@Laurent:

Merci à toi, surtout ! Je suis très content d'encourager à lire le livre de Clara.

Martin a dit…

@Pascale:

N'est-ce pas ? Huit décennies de carrière, c'est quand même assez dingue...
Je vais m'inscrire dans une médiathèque et chercher d'autres films pour approfondir le sujet.