lundi 13 avril 2026

Feu la princesse

C'était un froid dimanche, en fin de matinée: j'ai délaissé mes cinémas habituels pour une première séance de 2026 dans un multiplexe Pathé. Seul ce "paquebot" de béton diffusait alors Scarlet et l'éternité, un film d'animation dont j'ignorais encore tout à peine quelques jours plus tôt. Réserver ma place n'aurait servi à rien ! Nous étions cinq dans la salle...

Venu du Japon, ce film enrichit le C.V. d'un réalisateur que les esthètes connaissent bien (et moi un peu): Mamoru Hosada, cofondateur en 2011 du studio Chizu. Le maître nous raconte ici l'histoire d'une princesse danoise, figurez-vous, en s'inspirant du Hamlet de Shakespeare (1603). Fillette insouciante, Scarlet voit son père revenir d'une longue période d'absence et ramener avec lui la paix retrouvée du royaume scandinave. Cela ne plaît guère à Claudius, le frère belliciste du bienaimé souverain. Non sans la complicité de la reine Gertrude, le félon assassine son aîné. Scarlet est mise à l'écart et, quelques années plus tard, empoisonnée. Elle se retrouve alors dans le monde des morts, un effrayant lieu intermédiaire où une sorcière lui explique que le passé et l'avenir cohabitent. Les hommes s'y retrouvent et leurs guerres sont incessantes.

On ne meurt bien sûr qu'une seule fois. Dans ces limbes où Scarlet débarque, certains prient pour rejoindre le Pays infini, quand d'autres sont promis à l'anéantissement total. Problème: Claudius sévit encore. Sans surprise, cela alimente le vif désir de vengeance de sa nièce officiellement défunte. Stop ! J'en ai bien assez dit sur le scénario. Objectivement, Scarlet et l'éternité se montre parfois d'une candeur désarmante - ce qu'une partie de la critique lui a vivement reproché. Trêve de suspense: pour ma part, je me suis très franchement régalé. Assis au beau milieu de la salle, j'ai été immédiatement impressionné par les images et le son, destinés je crois à un public "expérimenté". Prudence: pour les plus jeunes enfants, cela peut être une expérience difficile. En somme, vous qui entrez ici... abandonnez toute espérance !

Si je cite Dante Alghieri, c'est parce que c'est également une source d'inspiration pour Mamoru Hosoda, qui l'évoque au détour d'une scène. Je n'ai pas lu La Divine Comédie, mais cela ne m'a guère empêché d'apprécier cette référence à sa juste valeur et de savourer le film épique que j'ai découvert sur l'un des plus grands écrans de ma ville. C'était une plongée dans un imaginaire débridé, à l'origine d'émotions inattendues - un écho possible à nos questionnements contemporains. Après tout, la vie et la mort sont des sujets éternels, non ? Je reconnais que je ne m'attendais pas à prendre autant de plaisir: la naïveté relative du propos ne dissimule qu'en partie sa force et sa pertinence. Naturellement, chacun d'entre nous en aura probablement une vision différente, mais n'est-ce pas le véritable intérêt du cinéma ? Je le crois.

D'ici quelque temps, il est envisageable que j'approfondisse le sujet après m'être offert le livre édité pour accompagner la sortie du film. J'espère y retrouver quelques séquences majeures et percutantes. Souvenez-vous: j'avais fini 2025 en regardant une série de quatre films de Hayao Miyazaki. Scarlet et l'éternité a aussi eu le grand mérite d'apporter un regain de vigueur à mon intérêt pour le cinéma japonais d'animation... et, dans cet élan, pour le cinéma japonais "tout court". Autant dire que j'imagine en témoigner ici même assez rapidement. Cette envie s'appuie d'ailleurs sur une autre bonne occasion de le faire. Avant cela, je ne crois pas utile de revenir sur les techniques utilisées pour la conception et la fabrication du bel opus présenté aujourd'hui. Vous aurez déjà compris que je pousse à la curiosité ! Comme souvent...

Scarlet et l'éternité

(果てしなきスカーレット - Hateshi naki Suk
āretto)
Film d'animation japonais de Mamoru Hosoda / 2025
Jusqu'alors, je n'avais vu qu'un seul autre long-métrage de ce cinéaste nippon: Le garçon et la bête, que j'avais trouvé très chouette aussi. Bon... j'ai également entendu parler en bien d'autres de ses créations. Cette constance m'invite à les découvrir, si possible et sans me presser. Sur les Bobines, vous pourrez trouver sans délai plusieurs pépites "japanimées". Ma préférée ? Le conte de la princesse Kaguya, toujours.

4 commentaires:

Princécranoir a dit…

Je découvre grâce à toi qu'un nouveau film de Mamoru Hosoda est sorti au cinéma. J'en étais resté à "Belle" qui m'avait, je dois l'admettre, moyennement plu. Hosoda est un maître de l'animé, sans doute un des plus importants de l'après Ghibli. Je pense les avoir tous vu depuis "la traversée du temps". Je t'invite à découvrir "Ame et Yuki, les enfants loups", une merveille. Mais aussi ses autres films ("le Garçon et la Bête" était très bien en effet).
Me reste à dénicher ce film désormais. Mais quelle tristesse de savoir qu'il n'y avait que cinq personnes dans le salle.

Martin a dit…

Je ne sais plus exactement comme j'ai appris la sortie de ce film. Peut-être juste... en scrollant. Merci pour ton conseil sur "Arne et Yuki, les enfants loups". J'aimerais le voir, ainsi que "Miraï, ma petite soeur".

SI tu repasses par là, ce serait sympa d'expliquer pourquoi tu parles d'après-Ghibli. Je crois savoir que le studio a connu des difficultés, mais il est toujours actif, non ?

Pour en revenir à "Scarlet et l'éternité", je suis dépité qu'il soit passé inaperçu. Mauvaise diffusion, peut-être. Cinq dans la salle, c'est bien triste, mais c'était un dimanche matin : le créneau pour avoir à la fois la VO et une place à un tarif encore raisonnable. Il y avait peut-être davantage de monde l'après-midi ou le soir. Je n'ai finalement pas acheté le livre évoqué dans ma chronique. C'est un roman, en fait, signé Mamoru Hosoda lui-même. J'avais espéré une bande dessinée ou un roman graphique...

princecranoir a dit…

Un roman, ça peut être intéressant aussi.

Quand je parle de l'après-Ghibli c'est parce que, de toute évidence, le studio aura bien du ma à survivre à la disparition de Miyazaki. Et Takahata est déjà parti. Quant à Toshio Suzuki (dont je recommande la lecture des mémoires), le gardien du temple, il n'est plus très jeune non plus. Une fois ceux-là disparus, je pense que l'âme du studio ne sera plus la même, quant bien même y survivrait-il.

Hosoda avait été pressenti pour intégrer le studio me semble-t-il, à l'époque du "Château ambulant" et puis il a préféré fonder sa propre société, effrayé je crois par la rigidité de Miyazaki.

Martin a dit…

Tu as raison : le roman pourrait être intéressant aussi. Simplement, je voulais revoir les images.
Il me reste à espérer que ce film sorte en DVD. J'ai l'impression qu'il a fait un sacré flop, en attendant...

Un grand merci pour toutes ces précisions sur Ghibli et le parcours de Mamoru Hosoda.
Il est certain que le studio prendra un coup quand Miyazaki père ne sera plus de ce monde.