vendredi 3 novembre 2017

Retour vers le futur

Ridley Scott va fêter ses 80 ans à la fin du mois. Il paraît intelligent et raisonnable, du coup, qu'il ait transmis les rênes à Denis Villeneuve pour réaliser Blade runner 2049, la suite de son oeuvre légendaire. Le Québécois, qui vient de passer le cap du demi-siècle, se dit fana de ce premier volet. Il s'est montré culotté pour "affronter" le mythe !

En effet, l'attente à l'égard de ce second opus était juste ÉNORME. C'est d'ailleurs avec une petite dose d'appréhension que j'ai replongé dans ce Los Angeles futuriste, aussi glauque que son prédécesseur. Surprise: le personnage principal est un Replicant, l'un de ces robots conçus à l'image de l'homme, supposés lui obéir au doigt et à l'oeil. Comme vous pouvez probablement l'imaginer, c'est bien là que le bât blesse: flic, le matricule KD6.3-7 est censé retrouver ses congénères rebelles et les mettre hors d'état de nuire. Il va alors découvrir quelque chose de tout à fait inattendu, porteur d'une lourde menace pour l'humanité. Non, pas la peine d'insister: je ne dirai rien d'autre...

D'un point de vue formel, soyez sûrs d'une chose: Blade runner 2049 envoie du lourd. Sur écran géant, le spectacle est impressionnant ! C'est curieux, d'ailleurs, car le décor est souvent assez épuré, lisible en tout cas, et peu habité, à l'inverse de ce que j'avais pu anticiper. Bon... cela ne donne pas envie d'aller vivre dans le futur, en tout cas ! Comme dans le premier film et comme, je suppose, dans le roman originel de Philip K. Dick, cette vision de notre avenir est si sombre que l'on ne pourra que s'interroger sur la survie de l'espèce humaine telle que nous la connaissons. C'est l'un des objectifs, me direz-vous. Probable, oui. Ce qui n'empêche pas d'en prendre plein les mirettes...

Je le répète: je ne suis pas réellement un mordu de science-fiction. Pourtant, j'ai vraiment beaucoup aimé la manière dont le scénario traite de ce que j'appelle la virtualisation croissante de notre monde. Je vous laisserai la découvrir sans la dévoiler, mais je crois avoir vu l'une des scènes d'amour les plus saisissantes de tout le cinéma contemporain. Le mieux, c'est qu'en dehors peut-être des discours quelque peu ésotériques du bad boy de service, le récit nous épargne les dialogues trop pontifiants et les concepts incompréhensibles. Attention: d'une durée de deux heures trois quarts, le long-métrage réclame tout de même une attention soutenue. Rien d'insurmontable.

Sur le casting, c'est un sans-faute: le plaisir de voir Harrison Ford reprendre son rôle de 1982 est décuplé par la présence à ses côtés d'acteurs impliqués, au premier rang desquels figure un Ryan Gosling tout à fait convaincant (dans une nouvelle prestation assez mutique). Avec Robin Wright et Jared Leto, vous serez sans doute en terrain connu, mais je veux surtout citer la jolie Ana de Armas, qui donne une vraie consistance à son personnage... d'hologramme ! Il y a aussi de l'émotion dans ce film, mais il reste à l'écart de tout pathos inutile. Si, enfin, vous aimez que le cinéma pose des questions existentielles et les laisse sans réponse, Blade runner 2049 devrait vous combler !

Blade runner 2049
Film américain de Denis Villeneuve (2017)

Mon index des réalisateurs vous rappellera que le cinéaste est à l'aise avec d'autres genres, mais j'ai l'impression qu'il se place désormais comme cador de la SF / anticipation (cf. Enemy et Premier contact). On dit qu'il travaillerait à présent sur une nouvelle version de Dune. Je pense que je vais continuer à le suivre, car je le trouve très doué. Et, of course, il est aussi francophone: une belle cerise sur le gâteau !

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L'idée d'aller y regarder de plus près vous titille ?
Vous pouvez aller lire d'autres chroniques déjà publiées sur le film. Pascale, Dasola, Strum et Princécranoir sont allés plus vite que moi...

14 commentaires:

dasola a dit…

Bonjour Martin, je suis contente que tu aies aimé le film car je me rends compte que j'ai lu beaucoup de critiques qui font la fine bouche et il semblerait que le large public n'ait pas été totalement convaincu ce qui est bien dommage. Peut-être qu'il deviendra "culte" les années passant comme le premier Blade Runner qui avait été fraîchement accueilli à sa sortie. Bonne journée.

Martin a dit…

Hello Dasola. Je ne suis pas sûr que le film soit destiné à devenir culte. L'avenir nous le dira.
J'ai l'impression pour ma part que le large public (comme tu dis) a du mal avec les films longs.

Pascale a dit…

Tu veux qu'à 80 balais il faut raccrocher la caméra? C'est Clint qui serait content :-)

Je crois que ce film va "subir" le même sort que le 1er. Ceux qui ont fait la fine bouche seront bien ridicules.

C'est un grand film mélancolique avec des acteurs magnifiques.
Et oui la scène d'amour est belle.

Martin a dit…

Je n'ai rien dit de tel, Guillaume ! Simplement, ces derniers temps, Ridley Scott m'a souvent déçu.

Nous verrons le sort que l'avenir réserve à cette nouvelle vision de Denis Villeneuve. Elle a assez de qualités pour s'inscrire comme une référence solide dans l'histoire du cinéma de science-fiction. Mais tu sais que le public peut parfois être injuste...

En tout cas, compte tenu des attentes sur cette suite, c'est une belle réussite, oui.

Ronnie 64 a dit…

Pas vu & pas envie de voir.
Culte ? Verdict en 2049, ou pas .... :-)

Martin a dit…

32 ans à attendre... c'est un peu long, non ?
Je ne suis effectivement pas sûr que le film t'aurait plu, Ronnie.

GirlyMamie-Chonchon a dit…

Je m'intéresse de plus en plus à Villeneuve et en tant que fan absolue du premier Blade Runner, j'ai hâte de voir ce film. Super contente que tu aies apprécié, ça encourage !
(sais-tu que laisser un commentaire chez toi est une véritable épreuve ? pour vérifier qu'on n'est pas un robot, tu dois passer jusqu'à cinq tests ! c'est un peu énervant...)

Strum a dit…

Merci pour le lien Martin. Comme tu le sais, il y a certaines choses du film que j'ai bien aimé (toute la partie sur l'amoureuse virtuelle Joy) d'autres beaucoup moins : les personnages de Wallace et Luv notamment font assez méchants de pacotille. Et personne n'a le charisme de Rutger Hauer et Ford dans le premier. Pour le reste, on reconnait bien la patte de Villeneuve, c'est assez triste et angoissant. C'est toujours mieux que le Ridley Scott d'aujourd'hui.

princecranoir a dit…

Superbe billet Martin, qui a l'art d'allécher sans rien dévoiler. Une très bonne idée en effet qu'a eu mister Scott de laisser le Canadien s'occuper des réplicants tandis qu'ils se consacre de son côté à son élevage d'Aliens.

Martin a dit…

@Chonchon:

Si tu apprécies Denis Villeneuve, je vois mal comment le film pourrait ne pas te plaire.
Cela dit, j'espère qu'il reviendra vite vers des sujets plus personnels, hors des suites et autres remakes.

Désolé pour les tests: je les subis moi aussi, parfois, quand je vous réponds.
J'ai farfouillé dans l'administration du blog: impossible d'y couper, apparemment !

Martin a dit…

@Strum:

Jared Leto ne m'a pas spécialement convaincu non plus, mais il m'a paru anecdotique.
Luv, le personnage de Replicant féminin incarné par Sylvia Hoeks, m'a davantage convaincu.

Je crois qu'il vaut mieux oublier l'essentiel des références antérieures pour apprécier le film.
Évidemment, en termes de charisme, il est difficile de rivaliser avec les acteurs du premier opus.

Martin a dit…

@Princécranoir:

Merci du compliment. Donner envie sans trop en dire: c'est pile ce que je cherche à faire !
Je vois que je ne suis pas le seul à être sceptique sur les dernières réalisations de Tonton Ridley...

tinalakiller a dit…

J'aime beaucoup le premier Blade Runner mais en allant voir la suite, je savais que je devais le revoir pour l'avoir bien en tête et bizarrement je n'en avais pas envie. Et du coup je suis pas allée voir ce 2049 qui m'attire pourtant.

Martin a dit…

Ce sont des choses qui arrivent. Cela dit, tu as peut-être encore le temps de te rattraper.
Je crois toutefois que les deux films peuvent se voir indépendamment l'un de l'autre. Même s'ils se complètent bien.