dimanche 20 novembre 2016

Soif de justice

Je crois bien que cela arrive encore: quand on regarde tel ou tel film sur Arte, il est parfois précédé d'une petite présentation. Je crains toujours d'en apprendre trop, mais il se peut que ce soit drôle, aussi. Avant Le dernier train de Gun Hill, le journaliste disait: "Si regarder un western relève du plaisir coupable, alors il est temps de pécher"...

On ne saurait mieux encourager mon reste d'addiction pour le genre ! Je vous l'ai déjà expliqué, pas vrai ? Le western, c'est ma madeleine de cinéma. Des années avant que ce blog existe, j'en ai sûrement vu plusieurs dizaines quand j'étais enfant, dans une sorte de rituel sacré pour cinéphile en herbe. C'est pourquoi, sans aucun doute, je sais reconnaître les motifs classiques, tel celui de la vengeance, une fois de plus à l'oeuvre dans Le dernier train de Gun Hill. Kirk Douglas joue un shérif dont la femme (d'origine indienne, tiens !) a été violée et assassinée par deux bad boys. Il comprend vite que l'un d'entre eux est le fils d'un riche propriétaire terrien, propriétaire qu'il connaît depuis longtemps et dont il fut, en d'autres temps, un très grand ami. L'amitié saura-t-elle résister à cette épreuve ? That is the question...

Dans le camp d'en face, en tout cas, Anthony Quinn permet à l'intrigue de se développer autour de deux excellents comédiens. Il serait idiot pourtant de réduire Le dernier train de Gun Hill à ses protagonistes mâles. Même si une femme vulnérable est à l'origine du noeud gordien, il en est une autre - plus "costaude" - qui tient la dragée haute à ces messieurs. Et le film d'aborder alors des sous-thèmes plutôt rares dans les westerns, comme celui des femmes battues. D'une manière générale, en réalité, le long-métrage m'a paru dominé par l'amertume: les personnages semblent constamment incapables d'apporter une solution consensuelle à leurs différends. La justice paraît un concept fragile, qu'elle soit entre les mains d'un marshall idéaliste ou confiée à un vague fonctionnaire, lâche et corrompu. Ajoutez à cela la bande originale de Dimitri Tiomkin, les jolis décors et les costumes de la grande Edith Head... pas mal, cette madeleine !

Le dernier train de Gun Hill
Film américain de John Sturges (1959)

Un truc qui m'a fait sourire: dans le film, un type explique à Douglas qu'il sera mort bientôt et que, quarante ans plus tard, tout le monde l'aura oublié. Perdu ! Kirk est toujours vivant et devrait donc souffler sa centième bougie le 9 décembre prochain. C'était un bonus insolite et imprévu à ce long-métrage sympa, même si classique. Treize ans après, John Sturges détruisait un train dans Joe Kidd, le mal aimé...

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Si vous espériez l'unanimité, c'est raté...
Seule Chonchon évoque le film: son texte est bref... et plutôt négatif.

16 commentaires:

princécranoir a dit…

Chez Sturges, il y a à prendre et à laisser. Justement, j'ai pris ce train il y a fort longtemps maintenant et, comme toi semble-t-il, il m'a laissé un assez bon souvenir.

Laura L a dit…

Géniale ta chronique.
Et maintenant à moi le replay d'Arte.
Bon dimanche

Ronnie 64 a dit…

Concernant la bande originale de Dimitri Tiomkin, on a connu l'ukrainien plus inspiré, pas inoubliable sur ce coup.

newstrum a dit…

Hello, Un de ces westerns multi-rediffusés à la télé dans les années 1980. Pas revu depuis, mais dans mes souvenirs, c'est un des meilleurs Sturges.
Strum

Martin a dit…

@Laura:

Ravi que ça t'emballe !
Mais je ne suis pas sûr que tu puisses retrouver le film sur le replay d'Arte...

Martin a dit…

@Ronnie:

J'ai effectivement lu qu'il avait fait mieux, mais je suis trop peu connaisseur pour en juger.
Je tâcherai d'être plus attentif le (ou les) prochaine(s) fois.

Martin a dit…

@Strum:

J'en connais trop peu pour juger, mais je sais que c'est un grand nom du cinéma US en général et du western en particulier. Nul doute que je saisirai d'autres occasions de mieux connaître sa filmo.

Martin a dit…

@Princécranoir:

Je t'avais appelé "Sturges" dans un premier temps… euh…
D'où cette réponse lointaine, alors que tu étais le premier à commenter.

Oui, j'imagine que ce John-là était un peu inconstant. Mais avec une telle filmo…
Moi, j'ai avant tout regardé le film pour le tandem Douglas / Quinn. Grand moment !

Pascale a dit…

J'ai dû le voir aussi... car j'en ai bouffé du Western et j'aime toujours à la folie.
Mais dis moi, le train entre réellement dans la ville ???

Purée, 100 ans Kirk !!! C'est super et incroyable même s'il fait un peu peur...
https://i.ytimg.com/vi/GdznEG9sfa8/hqdefault.jpg

Martin a dit…

Oui, il me semble que le train entre réellement dans la ville !
Et en effet, notre ami Kirk a pris un coup de vieux. Mais bon... c'est inévitable.

Pascale a dit…

Je me souviens de lui dans Les sentiers de la gloire. Film incontournable mais un chouya poussiéreux... Sauf LUI qui avait un jeu étonnamment moderne par rapport au reste de la troupe qui semblait droit issu du muet alors que le film date de 57.
J'espère que tu as vu Les ensorcelés...
Bon Spartacus tu l'as vu c'est sûr.
C'est un GRAND. Et tellement un type bien.

Et c'est magnifique cette photo de ce train qui entre en ville.

Martin a dit…

Je ne trouve pas que "Les sentiers de la gloire" soit si poussiéreux. Le message qu'il délivre et le traitement dont il fut l'objet en France le rendent effectivement incontournable. Kirk y est magnifique et magnifié.

Non, honte sur moi, je n'ai toujours pas eu l'occasion de voir "Les ensorcelés". Je confonds d'ailleurs toujours ce titre avec "Les enchaînés" d'Alfred Hitchcock. Et ce d'autant que je veux voir les deux !

"Spartacus" ? Oui, c'est fait. Mon premier souvenir avec Kirk, ce serait plutôt un chant accompagné de guitare dans "20.000 lieues sous les mers". Que je voudrais revoir aussi, pour compléter ma collection de madeleines.

Il me reste à espérer que tu pourras voir ou revoir "Le dernier train de Gun Hill".

Pascale a dit…

OMFG j'ai failli faire une syncope... Tu n'as jamais vu Les enchaînés ??? Arrête tout, tout de suite !!! C'est urgent. Ce film c'est MON Hitchcock préféré, mais ça ne veut rien dire. C'est un des plus beaux, plus grand film de TOUS LES TEMPS. Dans mon top 10. Inoubliable. Cary Grant est AU SOMMET ! Et cette histoire et ce dénouement !!! J'ai bien envie de tout te dire pour te punir.

Pour le train. Je suis tombée dessus (façon de parler) hier soir sur Paramount Channel (j'adore cette chaîne surprenante). Et je me suis souvenue de cette photo que tu avais mise. Et effectivement le train entre dans la ville, comme s'il n'y avait pas de rails. C'est magnifique et ça se passe la nuit, c'est encore plus beau une ville la nuit.
J'ai beaucoup aimé. Kirk est incroyable.
Et comme tu le dis c'est très étonnant ce thème des femmes battues. Elle est très étonnante cette Linda (Carolyn Jones que je ne connaissais pas). Elle partirait bien avec Kirk dont elle sait qu'il ne lui ferait jamais de mal.

Martin a dit…

"Les enchaînés" fait effectivement partie de mes lacunes. Je tâcherai de le rattraper, sois-en sûre.

Ravi de voir que, de ton côté, tu as eu ta correspondance pour "Le dernier train de Gun Hill".
C'est vrai que Kirk Douglas est excellent (comme toujours, non ?). Anthony Quinn n'est pas en reste.
Je crois aussi que c'est l'un des westerns qui laisse une place très importante au personnage féminin.

Carolyn Jones ? Je ne le connaissais pas non plus. Elle a fait une belle (mais courte) carrière.
Elle est notamment connue pour avoir été… Morticia Addams dans la série des années 60 !

Pascale a dit…

Mais t'as pas à tâcher, il FAUT LE FAIRE de toute urgence.
Je crois que tu reviendras me baiser les pieds.

Anthony fait son Anthony. Il bat les fille et protège son assassin raciste de garçon.

La Caro, j'ai vu sa filmo. Elle apparaît dans des films que j'ai vus mais elle n'a pas imprimé la pellicule comme ici. Et elle n'avait que 29 et en paraissait 40. Mais sa taille de guêpe m'a fait baver gras.

Martin a dit…

On verra bien. J'attends son prochain passage sur TCM Cinéma.
J'aime bien ton expression, "baver gras". C'est vraiment classe et distingué.