mercredi 30 novembre 2016

Janine et Jeannette

Les chiffres ont leur vérité: ils me disent que je ne vois que très peu de films d'avant les années 50. Paradis perdu m'offrait l'opportunité rare d'en découvrir un de 1940, tout en ajoutant le nom d'Abel Gance à la liste des grands réalisateurs que je "connais". Je l'ai donc regardé avec un certain ravissement, même si son récit est très pathétique...

Dans le Paris de 1914, le hasard place sur la route de Pierre Leblanc, peintre et dessinateur, une toute jeune femme prénommée Janine. Elle est belle, résolument, naïve, évidemment, et il tombe amoureux, forcément. La guerre sonnera bientôt la fin de l'idylle: sur le front, Pierre apprendra que sa bienaimée est morte en couches. Meurtri comme jamais, il confiera son enfant aux bons soins de l'assistance. Puis, après quelques années de deuil, il finira par reprendre le cours de sa vie avec cette petite Jeannette, qui révélera une ressemblance troublante avec feue sa maman. J'imagine à quel point cette histoire devait bouleverser les Français de l'époque. Et elle m'a touché aussi...

Il m'a toutefois fallu consulter une source écrite pour être convaincu que c'est une seule actrice - la jeune Micheline Presle - qui interprète chacune des deux femmes, Janine et Jeannette. Pierre, lui, est joué par l'acteur belge Fernand Gravey: depuis le mot "fin", quelque chose me dit que je l'avais déjà vu ailleurs... mais je reste bien incapable de dire où. Peu importe: Paradis perdu est à prendre tel qu'il est. Évidemment datée, l'intrigue qu'il propose n'en met pas moins quelques paillettes dans les yeux. Elle se montre assez audacieuse quand elle inverse le schéma ultra-classique de l'homme mort au front et de la veuve éplorée. Si j'en crois les spécialistes, j'ai vu un film "mineur" d'Abel Gance: le fait est pourtant qu'il m'a beaucoup plu. C'est dire finalement que j'ai bien d'autres plaisirs en perspective ! Découverte après découverte, tout me confirme que le cinéma ancien dissimule bien des trésors, que je serais bête de négliger. À suivre...

Paradis perdu
Film français d'Abel Gance (1940)

C'est un fait: ma cinéphilie s'accorde tout à fait avec ce type de films anciens, portés par les grands sentiments. Je ne vois aucune raison pour les bouder ! Ils sont sûrement les héritiers des grands chefs d'oeuvre du muet, comme L'aurore. Qui s'intéresse au vieux cinéma français et populaire se tournera sans hésiter vers Le jour se lève. J'espère avoir l'opportunité de remonter d'autres perles à la surface...

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Si vous misez sur d'autres pêcheurs...
Vous lirez avec joie "L'oeil sur l'écran" et "Sur la route du cinéma".

6 commentaires:

newstrum a dit…

François Truffait adorait ce film ! :) Et le cinéma classique cache des trésors par milliers. ;)
Strum

Pascale a dit…

Bien vu :-)
J'ai redécouvert ce film et je me souvenais avoir pleuré en étant jeune. J'avais complètement oublié comme la première partie est drôle.
Micheline Presle est un tourbillon.
Pour rassasier ta soif de film d'avant :-)il faut absolument que tu ailles à Lyon au Festival. Une moisson proposée par Bertrand Tavernier : chefs d'œuvres garantis.

Martin a dit…

@Strum:

Je suis bien convaincu de la richesse du cinéma classique.
Pourquoi "classique", d'ailleurs ? Moi, j'utilise ce thème avec parcimonie et parle de "cinéma ancien".

Merci pour la précision sur François Truffaut: tu me l'apprends.

Martin a dit…

@Pascale:

Absolument d'accord... sur tout (même sur le Festival de Lyon !).
Je n'ai pas insisté là-dessus, mais c'est vrai: les deux parties du film ont une tonalité différente.

newstrum a dit…

Pourquoi "classique" ? et bien par référence à l'histoire de l'art (classique, baroque, etc.) et parce que le cinéma dit "classique" a fixé les normes et les règles du cinéma en tant qu'art qui sont toujours en vigueur aujourd'hui. Cinéma "ancien" me plait moins car l'expression a un côté naphtaliné, vieillot, démodé, et ne rend pas justice aux classiques du cinéma qui sont souvent plus inventifs que les films actuels. D'ailleurs, en littérature, on ne parle pas de livres anciens pour parler de Balzac par exemple, alors ce serait étrange de le faire pour l'art qui a connu le moins de bouleversement formel.
Strum

Martin a dit…

OK, merci pour cette explication du terme "classique", Strum. Je m'y retrouve.

Quand je parle de "cinéma ancien", sois assuré que c'est avec beaucoup de respect. J'espère que mon blog plaide pour ma bonne foi, en tout cas. Pour le dire encore plus clairement, je suis comme toi convaincu que certains des films les plus classiques (donc) sont plus neufs dans leur approche que bien des longs-métrages d'aujourd'hui.

Et comme je suis gourmand, je compte bien évidemment continuer à visiter toutes les époques !