dimanche 23 août 2015

Un rêve américain

Un poulet rôti, des chips et un bon film: c'était le menu d'une soirée de juillet, chez l'ami Philippe. Les agapes m'ont permis de découvrir enfin Paris, Texas, à l'écart duquel j'étais passé par deux fois récemment - dont l'une l'été dernier dans un cinéma... parisien. Emballé par ces retrouvailles avec Wim Wenders, j'ai un temps pensé écrire une longue chronique, mais autant vous laisser des surprises...

Paris, Texas n'en manque pas, qui démarre dans un désert brûlant. Un homme seul, engoncé dans un costume poussiéreux, le parcourt silencieusement, visiblement hébété. Et quand il retrouve finalement un semblant de civilisation, il s'enferme dans une gargote, avale prestement quelques glaçons et perd connaissance. On découvrira qu'il s'appelle Travis, qu'il a une famille et qu'il a disparu subitement quatre ans auparavant: c'est ce que lui raconte Walt, son frère, venu le sortir de la clinique de pacotille dans lequel il est tombé. Certains parmi vous, sensibles à l'harmonie texte / images, pourraient se dire que les photos que j'ai choisies n'évoquent pas ce début de pitch. Bonne observation: c'est justement ma volonté de ne pas dévoiler l'essentiel des ressorts de l'intrigue qui explique cette démarche. Moi-même, je suis parti dans ce film à l'aveuglette, en ayant lu moins de choses encore que ce que je viens d'écrire. Je n'ai rien à regretter.

Le film a reçu la Palme d'or du Festival de Cannes 1984, à l'unanimité du jury - je pourrais donc le citer en exemple de bon film récompensé sur la Croisette. Tout, ici, m'a convaincu, et d'abord l'histoire écrite par Sam Shepard, dont j'ignorais - mea culpa ! - qu'il n'était pas qu'acteur, mais aussi auteur et scénariste. Chacun des comédiens m'est aussi apparu à sa place, à commencer par Harry Dean Stanton dans le rôle de Travis. Nastassja Kinski, bien qu'elle n'apparaisse qu'au cours de la seconde partie du métrage, a la grande intelligence de ne pas tout jouer sur la netteté de ses traits: elle se met pleinement au service de son personnage et de ses partenaires. Paris, Texas étant traversé d'une grande mélancolie, je m'en voudrais d'oublier Hunter Carson, qui, à 9 ans, joue l'enfant au centre de tout. Visuellement, le style est un peu daté, tout en restant convaincant. L'ensemble de ces belles images défile sur une bande originale devenue culte: un simple morceau de slide guitar signé Ry Cooder. Quelque chose me dit que je n'oublierai pas de sitôt ce beau voyage...

Paris, Texas
Film franco-allemand de Wim Wenders (1984)

En dépit de sa double nationalité européenne, ce long-métrage résonne comme une véritable déclaration d'amour à l'Amérique éternelle, tel un précurseur désabusé (et mobile) de Bagdad Café. Maître de cérémonie, Wim Wenders se montre parfaitement capable de parfaitement intégrer une dramaturgie locale déjà perceptible dans d'autres grands films: Le canardeur, Macadam cowboy, etc...

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Vu à la télé, puis lu sur d'autres blogs...
Elle et Lui, de "L'oeil sur écran", aiment beaucoup le film également. Pascale le jugeait - au moins - incontournable pour Cannes 1984. 

8 commentaires:

princécranoir a dit…

De ce Wenders à l'Américaine, survolé par les arpèges sudistes du grand Cooder, je garde également un excellent souvenir, bien que très lointain maintenant. Cette chronique m'aura donné très envie de rejoindre les rails de ce Wim's movie.

Martin a dit…

L'aurais-tu découvert au cinéma l'année de sa sortie ? J'espère que tu auras l'occasion de le revoir, cher ami. Après tout, il est d'abord question d'un homme que les siens retrouvent des années plus tard...

princécranoir a dit…

Je ne l'ai découvert qu'après sa sortie (un peu jeune encore en 84 pour ce genre de film), mais durant les glorieuses années VHS. J'en garde encore un souvenir ému. Mon premier Wenders en salle fut d'aller avec lui "jusqu'au bout du monde".

Martin a dit…

Merci de cette précision. Elle est d'autant plus utile qu'au passage, elle me rappelle fort justement que j'ai encore plein de films de Wim Wenders à découvrir...

Anonyme a dit…

J'ai découvert ce film grâce au replay d'Arte et je ne le regrette pas, un des plus beaux films que j'ai pu voir. Je n'ai pas encore la force d'écrire la critique de ce film car j'ai peur de ne pas être à la hauteur et de ne pas honorer suffisamment ce film comme il se doit. Mais c'est un film magnifique, un chef-d'oeuvre, je ne m'attendais pas du tout à ça, une vraie bonne surprise! Même s'il s'agit de mon troisième Wenders, il faut que je rattrape vraiment le reste de sa filmo ! (hélas avec les vacances et tout ça, j'ai pas eu l'occasion de rattraper les autres films sur Arte, j'ai choisi Paris, Texas un peu au feeling et par rapport à sa réputation).

Martin a dit…

J'espère que tu finiras par trouver l'inspiration, Tina, et je suis d'accord avec toi pour dire que parler d'un tel film n'a rien d'évident. Il faut se lancer ! J'irai lire ta chronique avec un grand intérêt, sois-en sûre.

Anonyme a dit…

(je réponds 300 ans après désolée, j'avais zappé que j'avais écrit un comm ici !). Oui j'aimerais vraiment l'écrire, je pense que je vais prendre mon temps et la publier quand je la jugerais à peu près bien. Merci beaucoup ! :)

Martin a dit…

No problemo, Tina ! Oui, tu as raison: la chronique d'un tel film, il faut la peaufiner.