mercredi 18 février 2026

La peau d'une autre

Le film que j'évoque aujourd'hui est-il "à mi-chemin du Grand Guignol et du document clinique" ? Et son réalisateur "l'un des grands poètes de l'écran" ? C'est bel et bien ce qu'a affirmé Claude Beylie, l'auteur d'un petit livre Les films-clés du cinéma, publié chez Bordas en 1987. En tout cas, je voulais voir Les yeux sans visage depuis longtemps...

J'ai aussi entendu parler de ce long-métrage comme d'une référence française en matière de cinéma "de genre", tout à la fois fantastique et horrifique. Son personnage principal est un grand chirurgien français, à la recherche de diverses techniques médicales innovantes. Son objectif ? Soigner sa fille, défigurée après un accident de voiture. Vous l'aurez compris, je suppose: seuls ses yeux ont été épargnés. Après une première opération ratée et plusieurs tests médicaux effectués sur des chiens, le professeur Génessier persiste à croire possible d'utiliser la tête d'une autre femme pour en greffer la peau sur celle de Christiane qui, recluse, en souffre et préférerait mourir. Autant vous avertir: quelques scènes sont assez difficiles à regarder. Le noir et blanc atténue bien sûr une (petite) part de cette violence...

Dans les rôles principaux, on retrouve Pierre Brasseur, d'une sobriété étonnante, et Édith Scob, qui porte le masque de son personnage avec courage et reste expressive par le regard. Les autres comédiens ont moins d'importance, même si je veux signaler la présence régulière de l'actrice italienne Alida Valli en assistante du professeur. C'est mérité et logique: le film est une coproduction franco-italienne. Pour accompagner Les yeux sans visage, je note également la qualité de la bande-originale, signée Maurice Jarre: un atout pour l'ambiance générale avec ces images, très concrètes et pourtant quasi-irréelles. J'ai beaucoup aimé la conclusion, ouverte et comme sortie d'un rêve. En salles, tout cela avait d'abord été interdit aux moins de 16 ans ! D'ailleurs, Wikipédia vous parlera d'un succès public "assez mitigé". Désormais et sans trop exagérer, on parlerait plutôt... d'oeuvre-culte.

Les yeux sans visage
Film franco-italien de Georges Franju / 1960

Pas totalement emballé, mais je suis content de l'avoir (enfin) vu. Pour son époque, je le trouve en effet innovant et plutôt audacieux. Pedro Almodóvar a dit qu'il l'avait en tête lorsqu'il a écrit le scénario de La piel que habito - un film encore plus hardcore, si j'ose écrire. J'avoue avoir peu de références dans ce type d'imaginaire de cinéma. Dario Argento et David Cronenberg peut-être, pour les corps abîmés ?

----------
Si vous vouliez regarder à deux fois...

Je vous proposerais volontiers de le faire avec Strum, Vincent et Lui.

Aucun commentaire: