jeudi 31 janvier 2013

Le dominant, le dominé

Sauf autre programme établi, je ne refuse presque jamais une sortie cinéma. C'est malgré tout avec appréhension qu'avec Franck, un ami, je suis allé voir The master, le tout dernier Paul Thomas Anderson. Le réalisateur a beau avoir quelques homonymes dans la profession, je l'en distingue et m'en méfie pour des raisons que j'essayerai d'expliquer en conclusion. Autant vous dire tout de suite que, sans m'emballer totalement, sa nouvelle production m'a paru intéressante. Et, ce qui n'est pas sa dernière qualité, franchement très bien filmée.

La caméra s'accroche d’abord à Joaquin Phoenix, prodigieux d'intensité. Revenu de la seconde guerre mondiale, Freddie Quell est devenu photographe dans un grand magasin. Il souffre d'une névrose obsessionnelle liée au sexe, qu'il entretient à coup de cocktails explosifs. The master parle de sa rencontre avec Lancaster Dodd (Philip Seymour Hoffman), qui va l'accueillir dans un grand groupe d'amis. Enfin, c’est ce qu’on peut croire, avant de vite comprendre qu'il s’agit d'une secte d'illuminés convaincus que l’homme n'est pas un animal et que, dépouillé de fausses idées sur la société, il peut revenir à un état de perfection. On dit que le long-métrage illustre par la fiction les méthodes de l'église de scientologie. C'est possible.

La confrontation Quell / Dodd tourne en tout cas de manière claire autour d'un rapport dominant / dominé, à double tranchant. Explication ressentie: la victime supposée pourrait bien être le maître de son gourou, qu'on peut également percevoir comme un homme soumis aux violentes lubies de sa femme (Amy Adams). Pouvoir observer se débattre ces personnages n'est jamais plaisant, pour tout dire. The master n'a rien d'un film grand public – il n'y avait d'ailleurs que quelques dizaines de spectateurs avec nous dans la salle, le jour de sa sortie, sur le plus grand écran du centre-ville. C'est toutefois probablement un long-métrage qui laissera une trace dans mon esprit. Quelque chose qui ressemble à de la vigilance. Je le conseille à ceux que sa thématique n'effrayera pas, comme le représentant éclatant d'un cinéma d'auteur ambitieux qu'il est bien sûr permis d'apprécier.

The master
Film américain de Paul Thomas Anderson (2012)
Maintenant, je vous explique: si j'étais quelque peu sur la défensive au moment d'entrer dans la salle de cinéma, c'est parce que j'avais eu de grandes difficultés à supporter Magnolia, un autre des films du réalisateur. Tout en lui reconnaissant beaucoup de talent pour l'image, sa manière d'aborder la noirceur de l'âme humaine m'avait profondément rebuté. Le film d'aujourd’hui m'a paru plus "soft" sur ce point. PTA, comme on l'appelle parfois, est un cinéaste de décalages. J'admets que je préfère quand il est positif (cf. Punch-drunk love).

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Un dernier point intéressant...

Le 8 septembre dernier, le film a valu à Paul Thomas Anderson d'obtenir le Lion d'or du meilleur réalisateur à la Mostra de Venise. Joaquin Phoenix et Philip Seymour Hoffman ont été récompensés ensemble de la Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine.

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